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notes culturelles

Zoran Živković vaut mieux que Chevillard

Publié le par Alexandre Anizy

            Puisque Bernard Pivot a sorti un papier dithyrambique sur Eric Chevillard (son humour, son style, sa loufoquerie, etc.), il nous semble opportun de signaler les qualités de Zoran Živković.

 

            Si avec Dino Egger et Démolir Nisard nous n'avons pas réussi à pénétrer le monde de Chevillard, échappant ipso facto à l'abêtissement si l'on en croit Tiphaine Samoyault (1), lire L'écrivain fantôme (Galaade éditions, janvier 2014, 165 pages, 16 €) fut plaisant.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : pour vous épargner la lecture du livre Pour Chevillard, lire la chronique de Patrick Besson (dans le Point).

 

Le fatras de Joyce Carol Oates

Publié le par Alexandre Anizy

            Longtemps nous avons eu une prévention à l'égard de cette Américaine qui écrit plus vite que son ombre : Joyce Carol Oates. Par bonheur, nous commençâmes avec son roman Les chutes (1). Porté par un courant de sympathie et curieux de voir une autre version du monde universitaire de l'empire (force est de constater que nous abordons à nouveau Oates pour une raison particulière), nous attaquâmes Mudwoman (éditions Philippe Rey, 2013, livrel à 16,99 € - un prix honteux !).

 

            Attaquer est le bon mot, puisque c'est une mosaïque complexe, pour ne pas dire confuse, qui se tient entre les mains du lecteur perplexe mais bienveillant. Au bout du texte, c'est une histoire sans grand intérêt racontée dans un cadre narratif savamment déconstruit (Oates étant professeur de littérature, est-ce le résultat d'un exercice utile à son cours ?), mais dans un style déplaisant.

            Quel ennui !

 

            En ce qui concerne le monde universitaire, le roman de John Williams, titré Stoner , est d'un autre tonneau. (2)

 

            Et en ce qui concerne Joyce Carol Oates, nous disons qu'elle aurait pu être une feuilletoniste réputée pour sa qualité et sa quantité, au lieu d'encombrer de son fatras les rayons des bibliothèques. 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) http://www.alexandreanizy.com/article-l-ascension-des-chutes-par-joyce-carol-oates-113984086.html

 

(2)     http://www.alexandreanizy.com/article-stoner-le-chef-d-oeuvre-de-john-williams-97200814.html  

 

 

La vie idéale de Charles Cros

Publié le par Alexandre Anizy

          Parfois la misère qui sévit de par notre monde, les guerres faussement humanitaires dans les contrées africaines, et ailleurs, la violence économique que les forces économiques dominantes imposent sur le vieux continent, la non-culpabilité permanente des grands responsables lorsqu'ils lâchent la rampe (quand ils renoncent au pouvoir, ce qui est rare...), pèsent sur vous comme un couvercle noir.

          Dans ces moments-là, la douce mélancolie d'un poète comme Charles Cros nous semble opportune.

 

 

          La vie idéale

 

Une salle avec du feu, des bougies,

Des soupers toujours servis, des guitares,

Des fleurets, des fleurs, tous les tabacs rares,

Où l'on causerait pourtant sans orgies.

 

Au printemps lilas, roses et muguets,

En été jasmins, œillets et tilleuls

Rempliraient la nuit du grand parc où, seuls

Parfois, les rêveurs fuiraient les bruits gais.

 

Les hommes seraient tous de bonne race,

Dompteurs familiers des Muses hautaines,

Et les femmes, sans cancans et sans haines,

Illumineraient les soirs de leur grâce.

 

Et l'on songerait, parmi ces parfums

De bras, d'éventails, de fleurs, de peignoirs,

De fins cheveux blonds, de lourds cheveux noirs,

Aux pays lointains, aux siècles défunts.

 

                              Charles Cros, Le coffret de santal.

 

Pinar Selek doit rester à la Maison

Publié le par Alexandre Anizy

Nous venions juste de terminer La maison du Bosphore de Pinar Selek (Liana Levi, mars 2013, livrel à 15,99 € - trop cher !), quand nous apprîmes que la Turquie d'Erdogan avait demandé son extradition, une demande incongrue puisque la sociologue a obtenu l'asile politique en France, mais pas irréaliste. Nous avons donc deux bonnes raisons de parler de Pinar Selek.

 

            Dans La maison du Bosphore, l'auteur immerge le lecteur dans Istanbul, racontant la vie d'un quartier où se mêlent les nationalités. Par touches délicates et successives (c'est un roman chorale), elle évoque le passé douloureux de son pays intranquille, depuis si longtemps.

            A vrai dire, nous eûmes du mal à rentrer dans l'histoire : disons que les 50 premières pages n'emportaient pas notre adhésion. Mais comme ni l'architectonique de l'ouvrage, ni le style ne nous ont bloqués par la suite, force est de conclure qu'il ne s'agit que d'une mise en route imparfaite ou bien d'une indisponibilité momentanée du lecteur, car au fur et à mesure, nous fûmes séduits par l'œuvre réussie de Pinar Selek.

 

            Concernant l'acharnement judiciaire de l'Etat turc à l'encontre de la sociologue, nous pensons qu'il confirme, ici comme ailleurs, tout en laissant de l'espoir puisque des tribunaux l'ont déjà acquittée à 3 reprises, la thèse de Carl Schmitt : le droit dépend du politique. Est-ce une raison pour la livrer à son pays qui lui veut du mal ? Non, évidemment.

           

            Alors tant qu'elle le voudra, Pinar Selek doit rester chez nous, à la Maison.

 

 

Alexandre Anizy

 

On re Meša Selimović avec L'île

Publié le par Alexandre Anizy

            Pour Noël, vous avez peut-être eu du mal à offrir un exemplaire du roman de Meša Selimović dont nous avons parlé dans le billet précédent : Le derviche et la mort.  Qu'à cela ne tienne, nous présentons aujourd'hui L'île (ce livre a l'avantage d'avoir été publié récemment par Phébus : mars 2013, 206 pages, 19 €), qui est aussi un chef d'œuvre à mettre dans toutes les mains.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Le talent de Meša Selimović

Publié le par Alexandre Anizy

Cet automne, l'avalanche habituelle des nouveautés n'aura pas permis l'émergence d'un nouvel auteur prometteur. C'est pourquoi nous vous invitons à lire Le derviche et la mort de Meša Selimović (Gallimard, collection l'imaginaire, avril 2012, 380 pages ; nous soulignons le travail remarquable des traductrices Mauricette Begić et Simone Meuris).

 

            Pour vous ouvrir l'appétit, un extrait pris quasiment au hasard :

            « On juge l'homme d'après ses  actes, non d'après ses pensées. Mais une fois la lourde porte de chêne refermée, quand, le loquet tiré, je me retrouvai dans la sécurité du jardin de la tekké, contrairement à toute attente, à toute logique puisque ce monde familier me protégeait, l'angoisse soudain s'empara de moi, presque sans aucune transition, comme si, par le fait d'ouvrir et de refermer la porte, de tirer le loquet, de vérifier qu'il était bien logé dans son berceau de bois, j'avais laissé échapper la pensée qui nourrissait mon élan. (...) La pensée humaine, je ne le compris que bien plus tard, est une vague instable, que soulève ou apaise le vent capricieux de la peur ou du désir. » (p.138 et 139)

           

            Quelle précision, quel rythme ! En un mot : quel style !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Le divertissement de Giono

Publié le par Alexandre Anizy

          Jean Giono a écrit en 1946 un roi sans divertissement (Gallimard, Pléiade, Oeuvres romanesques complètes, tome 3), sorte de polar provençal. Tel fut son bon plaisir. Pas le nôtre.

 

 

Alexandre Anizy


La Capitana d'Elsa Osorio

Publié le par Alexandre Anizy

          Elsa Osorio est un auteur argentin qui a écrit des scénarios. Cela se voit dans la construction de La Capitana (éditions Métailié, août 2012, en livrel au prix honteux de 13,99 €), car elle romance la biographie de sa compatriote Micaela Feldman de Etchebéhère à partir des notes de cette héroïne de la guerre civile espagnole, des entretiens avec ceux qui l'ont croisée, des faits historiques. Grâce à son talent, elle est parvenue à rendre supportable les figures de style incessantes de cette histoire chorale.

          Mais cela ne suffit pas pour le recommander, hormis à ceux qui s'intéressent à 36.

 

 

Alexandre Anizy

 

Franz Bartelt ne se pousse pas du col avec le fémur de Rimbaud

Publié le par Alexandre Anizy

 

Et pourtant il pourrait le faire. Avec l’opiniâtreté légendaire des Ardennais, et après avoir publié cette année sa version du Poulpe, Franz Bartelt poursuit son œuvre originale avec un nouveau roman titré le fémur de Rimbaud (Gallimard, octobre 2013, en livrel au prix exorbitant de 12,99 €).

 

Comme nous avons déjà écrit tout le bien qu’il faut penser de Bartelt, nous confirmons ici que vous allez découvrir ou retrouver son style dans cet opus, un Bartelt au meilleur de sa forme. Citons trois passages pris au hasard :

« Autant jouer carte sur table : je ne suis pas n’importe qui. Je ne l’ai jamais été. Solitaire, mais sociable. Taciturne, mais beau parleur. Intelligent, mais sans prétention. Plutôt beau garçon, n’ayons pas peur de la vérité, mais dénué de la vanité des bellâtres. » ;

« Mes connaissances en psychologie me préservent de la tentation de contrarier les personnes en phase aiguë d’alcoolisation. » ;

« Je crois que ma petite homélie produisait son effet sur la sensibilité plébéienne de Ployette. (…) Dans son regard, je lisais comme une fraternité de classe. ».

 

Alors ne vous rongez pas les os,

Achetez le fémur de Rimbaud !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Débuts de Don Winslow

Publié le par Alexandre Anizy

Ceux qui ont aimé La griffe du chien¹ seront forcément déçus par Dernier verre à Manhattan (Seuil, octobre 2013, 375 pages, 21 € - gracieusement offert par l'éditeur), un polar antérieur (10 ans !) au chef d'œuvre de Don Winslow, mais les amateurs pourront y chercher le début de la méthode de l'auteur.

 

En effet, dans Isle of Joy (le titre original de Dernier verre à Manhattan – pourquoi ce choix ?)  on  trouve : un sénateur de Boston catholique d'origine irlandaise qui veut se présenter à la présidentielle de 1960, ayant pour éminence grise son frère, marié à une femme de vieille famille désargentée et d'origine française, un politicien qui culbute allègrement les donzelles qu'on lui fournit, notamment une starlette blonde qui ne crache pas sur le sexe, un patron du FBI qui adore les dossiers boueux sur le personnel politique (et les autres), etc.

Vous avez bien sûr reconnu le petit monde de Don Winslow, qu’il plonge dans l'univers impitoyable de l'espionnage en 1958.

 

C'est l'architectonique sophistiquée qui nous a maintenus dans ce livre, quand l'anachronisme du fond de l'intrigue nous aurait fait lâcher. L'erreur fut corrigée avec La griffe du chien. Ne parlons pas du style, puisque ce n'est pas de toute façon ce que l'on retient de Don Winslow.   

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/article-la-griffe-de-don-winslow-119827889.html