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notes culturelles

On re Meša Selimović avec L'île

Publié le par Alexandre Anizy

            Pour Noël, vous avez peut-être eu du mal à offrir un exemplaire du roman de Meša Selimović dont nous avons parlé dans le billet précédent : Le derviche et la mort.  Qu'à cela ne tienne, nous présentons aujourd'hui L'île (ce livre a l'avantage d'avoir été publié récemment par Phébus : mars 2013, 206 pages, 19 €), qui est aussi un chef d'œuvre à mettre dans toutes les mains.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Le talent de Meša Selimović

Publié le par Alexandre Anizy

Cet automne, l'avalanche habituelle des nouveautés n'aura pas permis l'émergence d'un nouvel auteur prometteur. C'est pourquoi nous vous invitons à lire Le derviche et la mort de Meša Selimović (Gallimard, collection l'imaginaire, avril 2012, 380 pages ; nous soulignons le travail remarquable des traductrices Mauricette Begić et Simone Meuris).

 

            Pour vous ouvrir l'appétit, un extrait pris quasiment au hasard :

            « On juge l'homme d'après ses  actes, non d'après ses pensées. Mais une fois la lourde porte de chêne refermée, quand, le loquet tiré, je me retrouvai dans la sécurité du jardin de la tekké, contrairement à toute attente, à toute logique puisque ce monde familier me protégeait, l'angoisse soudain s'empara de moi, presque sans aucune transition, comme si, par le fait d'ouvrir et de refermer la porte, de tirer le loquet, de vérifier qu'il était bien logé dans son berceau de bois, j'avais laissé échapper la pensée qui nourrissait mon élan. (...) La pensée humaine, je ne le compris que bien plus tard, est une vague instable, que soulève ou apaise le vent capricieux de la peur ou du désir. » (p.138 et 139)

           

            Quelle précision, quel rythme ! En un mot : quel style !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Le divertissement de Giono

Publié le par Alexandre Anizy

          Jean Giono a écrit en 1946 un roi sans divertissement (Gallimard, Pléiade, Oeuvres romanesques complètes, tome 3), sorte de polar provençal. Tel fut son bon plaisir. Pas le nôtre.

 

 

Alexandre Anizy


La Capitana d'Elsa Osorio

Publié le par Alexandre Anizy

          Elsa Osorio est un auteur argentin qui a écrit des scénarios. Cela se voit dans la construction de La Capitana (éditions Métailié, août 2012, en livrel au prix honteux de 13,99 €), car elle romance la biographie de sa compatriote Micaela Feldman de Etchebéhère à partir des notes de cette héroïne de la guerre civile espagnole, des entretiens avec ceux qui l'ont croisée, des faits historiques. Grâce à son talent, elle est parvenue à rendre supportable les figures de style incessantes de cette histoire chorale.

          Mais cela ne suffit pas pour le recommander, hormis à ceux qui s'intéressent à 36.

 

 

Alexandre Anizy

 

Franz Bartelt ne se pousse pas du col avec le fémur de Rimbaud

Publié le par Alexandre Anizy

 

Et pourtant il pourrait le faire. Avec l’opiniâtreté légendaire des Ardennais, et après avoir publié cette année sa version du Poulpe, Franz Bartelt poursuit son œuvre originale avec un nouveau roman titré le fémur de Rimbaud (Gallimard, octobre 2013, en livrel au prix exorbitant de 12,99 €).

 

Comme nous avons déjà écrit tout le bien qu’il faut penser de Bartelt, nous confirmons ici que vous allez découvrir ou retrouver son style dans cet opus, un Bartelt au meilleur de sa forme. Citons trois passages pris au hasard :

« Autant jouer carte sur table : je ne suis pas n’importe qui. Je ne l’ai jamais été. Solitaire, mais sociable. Taciturne, mais beau parleur. Intelligent, mais sans prétention. Plutôt beau garçon, n’ayons pas peur de la vérité, mais dénué de la vanité des bellâtres. » ;

« Mes connaissances en psychologie me préservent de la tentation de contrarier les personnes en phase aiguë d’alcoolisation. » ;

« Je crois que ma petite homélie produisait son effet sur la sensibilité plébéienne de Ployette. (…) Dans son regard, je lisais comme une fraternité de classe. ».

 

Alors ne vous rongez pas les os,

Achetez le fémur de Rimbaud !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Débuts de Don Winslow

Publié le par Alexandre Anizy

Ceux qui ont aimé La griffe du chien¹ seront forcément déçus par Dernier verre à Manhattan (Seuil, octobre 2013, 375 pages, 21 € - gracieusement offert par l'éditeur), un polar antérieur (10 ans !) au chef d'œuvre de Don Winslow, mais les amateurs pourront y chercher le début de la méthode de l'auteur.

 

En effet, dans Isle of Joy (le titre original de Dernier verre à Manhattan – pourquoi ce choix ?)  on  trouve : un sénateur de Boston catholique d'origine irlandaise qui veut se présenter à la présidentielle de 1960, ayant pour éminence grise son frère, marié à une femme de vieille famille désargentée et d'origine française, un politicien qui culbute allègrement les donzelles qu'on lui fournit, notamment une starlette blonde qui ne crache pas sur le sexe, un patron du FBI qui adore les dossiers boueux sur le personnel politique (et les autres), etc.

Vous avez bien sûr reconnu le petit monde de Don Winslow, qu’il plonge dans l'univers impitoyable de l'espionnage en 1958.

 

C'est l'architectonique sophistiquée qui nous a maintenus dans ce livre, quand l'anachronisme du fond de l'intrigue nous aurait fait lâcher. L'erreur fut corrigée avec La griffe du chien. Ne parlons pas du style, puisque ce n'est pas de toute façon ce que l'on retient de Don Winslow.   

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/article-la-griffe-de-don-winslow-119827889.html

 

 

Pas de lauriers Arden(ts) pour Frédéric Verger

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour le Goncourt, la maison Gallimard ayant raté son coup avec le faiseur Tristan Garcia a ramé en octobre pour pousser un premier roman : Ardende Frédéric Verger(septembre 2013, en livrel au prix honteux de 15,99 €).

 

Que dire ? Si l'auteur trousse correctement son affaire, labeur sans passion d'un professeur agrégé, force est de constater que nous n'y avons trouvé ni plaisir ni intérêt. Seulement l'ennui. Au prix d'un effort méritant de notre part, nous ne le lâchâmes qu'à mi-parcours.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Tristan Garcia est un mauvais faiseur

Publié le par Alexandre Anizy

         Personne n’a dit au normalien Tristan Garcia qu’il n’était pas obligé d’écrire : c’est dommage. Les tables des librairies ont gagné des produits racoleurs, et ce "jeune homme" a raté sa première vie puisqu'il s'acharne depuis 6 ans à balancer sur le marché au moins un bouquin par an, afin de prendre une place significative dans le champ culturel. Bon courage, mon petit...

 

         En août 2008, il sortait avec succès (les éditeurs ne crachent pas sur les avantages du "réseau corporatiste") un premier roman parfaitement ciblé pour le bruit médiatique : Marais, sida, jeunesse bohème… En cet automne 2013, il va cartonner avec son Faber. Le destructeur (Gallimard, août 2013, en livrel au prix exorbitant de 15,99 €). La nouvelle cible ? Les vieux cons de 68 et leurs rejetons de 83. Dans le concert de louanges pas toujours désintéressées qui accompagna la parution de l'objet, nous serons donc un grain d’honneur de la littérature.

 

         Commençons par dire que le carriérisme congénital de Garcia se révèle déjà dans le titre, en n’osant pas le pur oxymoron « Faber destructeur » : on flatte d’un côté les germanopratins qui se piquent de culture, et de l’autre côté on soigne sa courbe des ventes.

         Poursuivons en relevant des expressions ridicules comme « l'odeur médicamenteuse des peupliers noirs », « Entre les murs écroulés de livres ». Hulm, c'est pathétique... Voulant œuvrer coûte que coûte chaque année et peut-être aspirant, quién sabe, à devenir le Lucky Luke de l'édition française, l'écrivailleur Garcia en vient à négliger le style et le reste.

         Finissons avec la pensée profonde de l'auteur : « Nous étions des enfants de la classe moyenne d'un pays moyen d'Occident (…) une génération après une révolution ratée. » 68, une révolution ? Sans doute est-ce là le fruit d'un abus de "Que sais-je ?". Quant à la vision moyenne des choses, elle s'inscrit dans un courant d'air houellebecquien, qui s'exporte bien il est vrai.

 

         Ayant usé ses culottes sur les bancs d'une grande école publique, tous frais payés et rémunéré par-dessus le marché, Garcia régurgite les leçons d'architectonique. Malheureusement, il veut tellement épater le lecteur que son roman tourne en eau de boudin. 

         Le faiseur Garcia est le Zéro de la rentrée.

 

Alexandre Anizy

Notre voeu pour Ramon Diaz-Eterovic

Publié le par Alexandre Anizy

Modestement mais avec la passion d’un aficionado, nous souhaitons contribuer en France à la découverte de Ramon Diaz-Eterovic. Aujourd’hui nous vous recommandons le deuxième vœu (éditions Métaillié, 2013, en livrel au prix exorbitant de 11,99 €)

 

Dans cet opus, Heredia part à la recherche de deux vieillards : un inconnu et son père. La quête sera difficile pour les deux fils. Mais une lueur d’espoir traverse l’ouvrage, puisque Griseta revient progressivement dans le cercle intime du détective privé.

 

Bien sûr, nous rappelons que l’important, chez Ramon Diaz-Eterovic, c’est le style, c'est-à-dire une vision de la société chilienne exprimée dans un phrasé doucereux et chaloupé.

 

Por favor, exaucez notre vœu ! Faites grimper Ramon Diaz-Eterovic dans les palmarès de vente.

 

 

Alexandre Anizy

 

Jean Hatzfeld revient du pas de tir

Publié le par Alexandre Anizy

Encore la guerre de Bosnie ! Est-ce que les écrivailleurs français manqueraient d’imagination ? Est-ce que la perspective d’un funeste centenaire attiserait les espoirs commerciaux des éditeurs ? Toujours est-il qu’après Samoyault et Montéty (1), voilà Jean Hatzfeld dans les librairies avec Robert Mitchum ne revient pas (Gallimard, août 2013, livre à 17,90 €, livrel à 12,99 € - un prix honteux !) : un titre ridicule pour accrocher le chaland.

 

Des causes de la guerre vous n’en saurez rien. Hatzfeld veut surtout nous parler d’une discipline olympique, le tir, qu’il situe dans un cadre propice au développement romanesque. Incontestablement, il a bûché : les armes, la technique (il paraît que l’école yougoslave brillait en ce temps-là). Pour le reste, en tant qu’ancien reporter de guerre blessé à Sarajevo, il connaît la topographie des alentours et les drames du siège de cette ville.

Ajoutons qu’il nous épargne le manichéisme germanopratin qui situait la méchanceté et l’ignominie du côté serbe, et qu’il montre par des détails combien les fils de l’humanité ne sont jamais rompus dans une folle époque guerrière, comme par exemple lorsque Josip le coach belgradois va conseiller puis régler un ressort de l’arme de Vahidin, le champion bosniaque aux Jeux de Barcelone.

 

Jean Hatzfeld a du métier (2). Il le prouve avec son dernier roman. 

  

 

Alexandre Anizy

 

 

PS : si l’éclatement (et ses conséquences) de la Yougoslavie vous intéresse, lisez les auteurs locaux d’envergure internationale comme Slobodan Selenić (meurtre avec préméditation), Igor Štiks (le serpent du destin), Dubravka Ugresić (le ministère de la douleur) (voir nos billets sur ces livres).

 

 

(1) lire les billets suivants :

http://www.alexandreanizy.com/article-tiphaine-samoyault-est-une-bete-de-cirque-119507215.html

http://www.alexandreanizy.com/article-la-deroute-de-montety-et-les-moeurs-de-l-edition-120471868.html

(2) : beaucoup de confrères toujours bienveillants dans la presse pour saluer à chaque fois son nouveau produit … les mœurs de l’édition, écrivions-nous pour le Montéty.