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748 articles avec notes culturelles

Visa transit de Nicolas de Crécy

Publié le par Alexandre Anizy

            Billet furtif.  

 

 

            En mai 2019, Nicolas de Crécy ajoutait un item  à sa longue bibliographie : Visa transit (Gallimard Jeunesse, en livrel). L'intérêt ? C'est le dessin qui maintient le lecteur dans cette pérégrination insipide.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

P.S. : les incrustations du poète Michaux surprennent agréablement dans cette non-aventure.

 

 

Ce que nous dit "Libres d'obéir" de Johann Chapoutot

Publié le par Alexandre Anizy

            Voilà un essai que les coquelets de l'élisphère n'étudieront pas à HEC, Insead, Polytech. etc. Grand mal leur fasse !

 

 

            Johann Chapoutot est un historien spécialiste du nazisme : son œuvre, à commencer par sa thèse Le national-socialisme et l'Antiquité soutenue en 2006, en témoigne déjà abondamment. Dans son nouvel essai Libres d'obéir, le management du nazisme à aujourd'hui (Gallimard, décembre 2019), il montre l'héritage nazi dans les théories modernes du management : par exemple, le Management par objectif de Peter Drucker n'est que la version allégée du "management par délégation" de Reinhard  Höhn (membre du NSDAP et de la SA, ce juriste très actif, fait Général, a échappé aux poursuites pénales en 1945, comme l'essentiel des dirigeants nazis avec la bénédiction américaine, pour continuer sa recherche et enseigner le management aux "pas si nouveaux dirigeants" allemands). Un lecture édifiante.

 

            Ici, nous voulons d'abord relayer les travaux de Chapoutot qui établissent des faits : « L'Allemagne nazie fut une organisation complexe où le pouvoir chercha à acheter le consentement par le contentement et fut en négociation ― au moins tacite ― quasi permanente avec son peuple (...). Cette réalité politique, participative plus que répressive [c'est nous qui soulignons], avait un sens idéologique (...)» (p.130)

            Maintenant, à partir du constat de Chapoutot (le nazi « Höhn n'a jamais abandonné son cadre conceptuel de référence, à la fois principe et idéal ― celui de la communauté, fermée de préférence. » p.123), nous voulons esquisser une problématique qui pourrait être un sujet de thèse. En 1949, la République Fédérale d'Allemagne (RFA) était prête pour la reconquête, puisqu'elle possédait :

  • sa stratégie : l'atlantisme ;
  • son idéologie : l'ordolibéralisme (de Walter Eucken, entre autres) ;
  • son organisation : l'économie sociale de marché (d'Alfred Müller-Armack, ex NSDAP) ;
  • sa méthode : le management par délégation (de Reinhard Höhn, ex NSDAP). 

 

 

            Libres d'obéir de Johann Chapoutot est un essai transformé, parce que chaque lecteur en sort avec son questionnement.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

P.S. :  Le meurtre de Weimar de Johann Chapoutot vient de ressortir (PUF, Quadrige, 96 pages, 10 €) : le fait qui pousse Hitler à l'épreuve de force avec le pouvoir politique, l'épuration des SA... Clair et précis.

L'hôpital permanent de Pessoa

Publié le par Alexandre Anizy

            D'actualité.   

 

 

La vie n'est rien qu'un hôpital

Dans lequel manque presque tout.

Ainsi nul n'y guérit son mal :

On ne s'en sort que dans un trou.

 

Fernando Pessoa

(Pléiade, Oeuvres poétiques)

 

 

Les grigris vus par Andrée Chedid

Publié le par Alexandre Anizy

            Que de béquilles opiacées pour les petits hommes ! 

 

 

 

Pour mieux tenir debout

L'homme inventa la fable

Se vêtit de légendes

Peupla le ciel d'idoles

Multiplia ses panthéons

Cumula ses utopies

 

Se voulant éternel

Il fixa son oreille

Sur la coquille du monde

A l'écoute

D'une voix souterraine

Qui l'escorte    le guide

Et l'agrandit

 

Andrée Chedid

(Rythmes, poésie-Gallimard)

Echenoz s'amuse avec Gérard

Publié le par Alexandre Anizy

            En bon artisan tenant à prouver son aptitude tout-genre, Jean Echenoz a fabriqué un polar à sa manière. 

 

 

            Dans Vie de Gérard Fulmard (éditions de Minuit, janvier 2020 ; en livrel), il s'agit de casser les codes du genre, de les détourner, voire de les sublimer :

            « Au-delà de ce cadre, la perspective urbaine a l'air d'un grand lit plus ou moins fait sur lequel s'accumule un fouillis d'étoffes diverses, châles de pierre et de plaids en béton, écharpes d'étages et froncis de balcons, jetés de terrasses sur camaïeu froissé de draps clairs, patchwork de couvertures pâles à carreaux de zinc, de plomb, d'ardoises ― et plus loin encore, au bord de l'horizon, la ville prend un tour portuaire sur une mer floue de banlieues étales, bornée par le donjon de l'hôtel Hyatt Regency qui lui tiendrait lieu de phare. » (p.69/182)

            Chapeau bas !

            Mais ce mois-ci, nous avons préféré la distanciation ironique de Franz Bartelt (lire le billet de la semaine dernière, et ici et ici ) à la docte démonstration d'Echenoz.

 

 

Alexandre Anizy

Ah, le brave Bartelt !

Publié le par Alexandre Anizy

            Bartelt, c'est un Ardennais sans peur et sans reproche qui suit son bonhomme de chemin pour le plaisir des lecteurs.

 

 

            Dans son nouvel opus titré Ah, les braves gens ! (Seuil, octobre 2019), Franz Bartelt nous régale une fois encore avec ses personnages improbables dans un village français si cocardier, avec son style élégant et narquois.

            « C'est à l'enterrement de mon oncle Georges que j'ai appris que mon père avait accompli une impeccable carrière de tueur. D'après le peu que j'en sache, il serait mort de sa belle mort, dans son lit, comme un général. Je ne l'ai pas connu. Il m'avait confié aux bons soins de mon oncle Georges, un original qui ne se déplaçait qu'en Cadillac jaune citron, mangeait kiwi, buvait armagnac et fumait havane. »

 

            On lit Bartelt comme on lisait San-Antonio, l'argot en moins, la finesse en plus.

 

 

Alexandre Anizy

Polar polonais de Zygmunt Miloszewski

Publié le par Alexandre Anizy

            A défaut d'un polar yougoslave, un libraire compétent suggéra Zygmunt Miloszewski .

 

 

            Précisément le premier de la trilogie Teodore Szacki : Les impliqués  (Pocket, janvier 2015). Sur un fond documenté  de thérapie Hellinger, l'auteur a conçu une architectonique savante qui lui permet de raconter la Pologne sous le joug marxiste-léniniste, du moins de sa police, et la Pologne libérée...

            La cure de Zygmunt est salvatrice pour les naïfs du genre à croire que les nazis avaient disparus instantanément des cadres administratifs (droit, police, armée, entreprises... ) après la chute de Berlin en 1945. Ils vont tomber des nues, mais la littérature ne sert-elle pas à cela : déchirer le pseudo voile d'ignorance des colonels d'opinion ?

            A Varsovie comme à Paris.

 

 

Alexandre Anizy  

 

Cuba 60 avec Gani Jakupi

Publié le par Alexandre Anizy

            En mai 2019, Gani Jakupi sortait un roman graphique : El Comandante Yankee.

 

 

            S'il repose sur un travail de documentation sérieux sur William Morgan au coeur de l'épopée castriste, ce livre reste un album agréable à lire et voir, intéressant pour qui veut avoir un autre angle sur la Révolution cubaine.

            A consommer sans alcool libre !

 

Alexandre Anizy

 

Chef-d'oeuvre de Thomas Savage

Publié le par Alexandre Anizy

            Avec ce roman de Thomas Savage, le mot n'est pas galvaudé.

 

            Le pouvoir du chien (Belfond, 2014, livrel ) décrypte le mode de fonctionnement d'un être malfaisant qui agit sous le masque de la sincérité : l'expression d'une vérité au moment inopportun comme une arme de destruction intime. Qui se méfie de l'ami qui, en principe, vous veut du bien ?

 

            Dans le cas analysé par Thomas Savage, les soubassements psychologiques des personnages sont exposés avec finesse, y compris la perversité du héros dont la clef nous est donnée dès la première page. En effet, ayant refoulé son homosexualité, il persécute avec plaisir sa nouvelle belle-sœur pour détruire son couple, il humilie toute personne exprimant un contentement (comme l'enfant aux billes) ou un mécontentement face à l'ordre et les valeurs qui régissent son monde. Bref, le refoulement a corrompu cette nature humaine en déclenchant une animosité de principe à l'égard de tous.

            Dire la vérité avec une intention de nuire est sans doute le stade ultime de la restriction mentale chère aux jésuites.

 

            Alors... cave canem.

 

 

Alexandre Anizy

 

La mauvaise littérature de Gisèle Bienne

Publié le par Alexandre Anizy

            S'il n'y avait que les bons sentiments...

 

 

            Le récit de Gisèle Bienne titré La malchimie (Actes Sud, 2019) aurait pu être une charge terrible contre la chimie de l'agriculture productiviste et de la médecine curative (quand elle dépasse les bornes de la raison). Au lieu de cela, l'auteur digresse : « Je suis allée me chercher une bière à la cuisine. Il me restait à préparer la prochaine séance de l'atelier d'écriture que j'animais dans un quartier de la ville, une vingtaine de personnes écrivaient sur le thème des maisons, tout ce qui tient lieu de maison aux humains sur la Terre. Leurs textes étaient bons et les séances se déroulaient dans une atmosphère amicale. » (p7/143)

            Bien sûr, elle écrit pourquoi son frère Sylvain (1) se retrouve à l'hôpital avec une leucémie aiguë : « Je suis étudiante et il conduit le tracteur de son patron, laboure, ensemence, moissonne les champs de son patron et les "traite". "Traiter", il a commencé jeune. On traite contre les maladies, pour les rendements, la propreté. On traite dans la plaine de façon préventive, curative, et intensive toujours. On traite, c'est radical et ça rapporte. Les engrais, les produits phytosanitaires, la terre absorbe tout cela. Son blé, aux épis drus et courts sur tige, donne en moyenne cent quintaux à l'hectare, dans certains endroits ça grimpe à cent dix ou cent vingt quintaux, on les appelle les "120". La plaine et le vignoble sont gâtés "côté traitements", la vigne cinq fois plus peut-être que les champs.» (p13/143)

            Plus loin elle précise : « Le vignoble de Champagne est parmi les plus pollués de France et on n'en souffle mot, le silence est d'or et l'or est dans les bouteilles. » (p16/143) La balance commerciale de la France mérite-t-elle cette indulgence ? Est-on si bien placé pour vilipender la "viande pharmaceutique" (2) des Ricains ou des Argentins ?  

            Bien sûr Gisèle Bienne a des fulgurances, qu'elle rédige maladroitement : « La visiteuse m'instruit, Bayer vous submerge de ses produits phytosanitaires qui vous détruisent à petit feu, vous amène à abandonner vos champs pour une chambre stérile et fabrique des cathéters et des poches de chimio. Diabolique, non ? » (p15/143)

            Mais dans un récit titré La malchimie, que viennent faire l'Algérien du tramway et la triste histoire d'Albertine Sarrazin ? Du remplissage émotionnel. "Hors sujet", aurait écrit Mme Canini (3), en rouge et dans la marge de la copie.

 

 

            Inutile d'éreinter longuement cet ouvrage mal fichu : comme les mercaticiens, disons que la promesse produit n'est pas tenue. C'est dommage.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Un enfant qui lisait Kit Carson et Buck John.

(2) Avec hormones, antibiotiques, etc.

(3) Mme Canini était professeur de Français et Latin au lycée Margueritte de Verdun.  

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