Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

notes culturelles

Voyager avec Tony Cossu

Publié le par Alexandre Anizy

 

Connaissant notre intérêt pour le polar et la découverte hasardeuse de nouveaux auteurs non promus sur la scène du monde littéraire, on nous offrit « à prendre ou à laisser » de Tony Cossu (Plon, février 2011, 304 pp.), une figure du milieu marseillais qui a eu du temps derrière les barreaux pour se lancer le défi de l'écriture.

 

Comme il connaît le métier, Tony Cossu bâtit une histoire crédible qui vous fera oublier les désagréments d'un train bondé lors des départs en vacances. Même s'il n'est pas riche, l'auteur n'a pas massacré la langue : bien des Normaliennes en vogue devraient en prendre de la graine.

 

Ce livre nous a ramené furtivement à un autre ex-taulard, Auguste Le Breton. Nous étions donc en bonne compagnie.

 

 

Alexandre Anizy

 

P-.S : loin de nous le romantisme du bon voyou …

 

 

James Lee Burke dans le Montana

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans le 17ème volet de la série des Dave Robicheaux, titré Swan Peak(Payot & Rivages, février 2012, 440 pages, 22 € ; traduit par Christophe Mercier), l'Américain James Lee Burke situe son polar dans le Montana, ce qui nous incita à revenir chez cet écrivain que nous considérons comme un maître du genre¹.

 

Nous étions curieux de découvrir dans un nouvel environnement l'évolution des personnages habituellement placés en Louisiane : loin des rednecks, une autre Amérique profonde. Nous n'avons pas été déçus. N'étant pas un auteur des grands espaces comme Jim Harrison, Burke a su sobrement planter le décor naturel, s'attachant comme toujours à dépeindre la psychologie de tous les personnages embarqués dans une intrigue sans faille.

Du grand art, assurément.

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : lire la note du 12 août 2007

http://www.alexandreanizy.com/article-7026637.html

 

 

Famille nucléaire nuit à Caryl Férey

Publié le par Alexandre Anizy

Ayant dit du bien de Caryl Férey avec Mapuche, nous ne pouvions pas ne pas parler de Famille nucléaire qu'il vient de commettre dans la collection « les petits polars du Monde » (août 2012, 64 pages, 2 €).

En effet, la platitude, pour ne pas dire la médiocrité de cette nouvelle, autant par le style que par l'intrigue, oblige le lecteur à s'interroger sur les qualités réelles de l'écrivailleur.

 

Il ressort de ce brouillon juvénile que les écrits sur commande nuisent gravement à la réputation des auteurs.

Espérons pour Caryl :

qu'il n'a pas été maqueroté par le Polac, que c'est bénef en cash ! en Suisse ! comme aurait écrit LFC ;

que les deniers de Férey valent autant que des diamants.

 

 

Alexandre Anizy

 

Sérieux MAPUCHE de Caryl Férey

Publié le par Alexandre Anizy

 

Quand nous avons découvert Caryl Férey avec La jambe gauche de Joe Strummer(folio policier n° 467), dont nous avons parlé le 14 juillet 2007,

http://www.alexandreanizy.com/article-6931301.html ,

nous décidâmes aussi que nous lui laisserions le temps de publier quelques ouvrages avant de le lire à nouveau.

 

Compte tenu du tamtam médiatique autour de Mapuche(Gallimard, avril 2012, livrel de 411 pages), il nous a semblé que le moment des retrouvailles était venu.

 

Incontestablement Caryl Férey a évolué, prouvant qu'on peut devenir sérieux sans pour cela être ennuyeux. En effet, il inscrit son polar dans le cadre des années noires de l'Argentine : pour ceux qui ne connaissent rien de cette époque horrible, on peut dire que c'est une bonne introduction (après, il faut creuser … pourquoi pas en commençant dans la bibliographie fournie par l'auteur ?).

 

De notre propos, il ne faut pas en conclure que Caryl Férey a salopé la partie romanesque. Que nenni ! Vous apprécierez l'architectonique bétonenrobée d'une langue travaillée(humour noir...).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Un café maison de Keigo Higashino

Publié le par Alexandre Anizy

 

Fort le café maison de Keigo Higashino ! (Actes Sud, 2012, livrel de 256 pages, traduit du japonais par Sophie Refle)

L'auteur parvient à nous intéresser à son histoire somme toute banale (empoisonnement à l'arsenic) grâce à un découpage rythmé qui maintient l'envie de savoir, même et surtout quand il s'agit de pinailler autour du café, de son eau, etc., car le style sobre n'est pas l'attrait de ce bon polar nippon.

 

Le crime était presque parfait, mais l'énigme est résolue par des policiers qui osent penser l'impossible.

 

C'est une leçon que bien des experts et politiciens impuissants (¹) devraient méditer en ces temps de crise où rien n'est résolu.

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : lire les notes ci-dessous

http://www.alexandreanizy.com/article-l-etat-va-encore-etre-taxe-par-la-famille-peugeot-renault-et-consorts-108441056.html

 

http://www.alexandreanizy.com/article-deja-la-debandade-pour-le-clan-hollande-108685561.html

 

 

 

Fêlé Svetislav Basara ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

De toute évidence, l'imagination ne fait pas défaut dans les Balkans : il y avait longtemps que nous n'avions pas rencontré un texte aussi déjanté, absurde, que « le miroir fêlé » de Svetislav Basara (en poche 10/18). Dans cette histoire décousue, l'auteur s'adonne à l'ironie permanente, l'humour irrévérencieux, la sentence définitive.

 

Donnons quelques exemples.

« La similitude du football et de l'histoire est d'une autre nature : vaincre à tout prix, vaincre en dépit des victimes, en dépit du fair-play. Le fair-play est une charmante illusion du baron de Coubertin que des voyous ont mise à profit et monnayée. J'ai joué au football, je peux jurer qu'il n'y a là aucun fair-play. » (p.27)

 

« Ah, ces jours du renouveau et de la reconstruction, ces années d'élan où il n'y avait pas de crise d'identité, où nous croyons ferme que nous existions, que le BIEN c'était de piquer les femmes des autres et le MAL de se les faire piquer. » (p.61)

 

« La raison humaine est vraiment superflue. Mais envahissante. (…) Les psychiatres parlent leur langage de psychiatres, les ingénieurs celui des ingénieurs, les fous la langue des fous. On ne peut plus se comprendre avec personne. » (p.46)

 

« Ce n'est que le psychiatre et le fou ensemble qui font la folie. Comme mari et femme font un ménage. Pour l'ineptie, il faut être au moins deux. Ça ne marche pas autrement. » (p.33)

 

« « Boba, que penses-tu de mon roman ? » Il a réfléchi pendant quelques instants, puis il a dit : « Je pense qu'il est barbant. » » (p.54)

 

Finalement, malgré le brio de Basara, eh bien nous pensons un peu comme Boba le boxeur (clin d’œil à Boban ?).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Sarajevo omnibus : terminus pour Velibor Čolić ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

Velibor Čolić est entré dans la prestigieuse collection de Gallimard avec son roman Sarajevo omnibus (mars 2012, 176 pages, 15,90 €) : il atteint ainsi le Golgotha de beaucoup d'écrivailleurs ambitieux. Nous qui avions apprécié son Jesus et Tito,

http://www.alexandreanizy.com/article-velibor-oli-tcholitj-n-est-ni-footballeur-ni-jesus-ni-tito-53667706.html

ne pouvions pas manquer cette nouvelle rencontre.

 

Malheureusement, Sarajevo omnibus joue sur un autre registre : l'évocation d'un XXe siècle tragique à partir de lieux emblématiques comme le Pont Latin et de personnages les ayant fréquentés. Si Velibor Čolić garde ses distances avec le pathos, il n'en devient pas moins plus sérieux. Mais c'est plutôt l'architectonique de l'ouvrage qui suscite notre réserve : si « le romancier n'a de compte à rendre à personne, sauf à Cervantès » (Milan Kundera, cité en avant-propos), le même auteur dit aussi que « … composer un roman c'est juxtaposer différents espaces émotionnels, et que c'est là, selon moi, l'art le plus subtil d'un romancier. » (l'art du roman, poche folio septembre 2009, page 110-111), et de ce point de vue, le but n'est pas atteint.

 

Ayant lu La route de Sarajevo de Vladimir Dedijer (que le temps passe...), qui raconte justement l'attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 (partie centrale de la chronique de Čolić), nous l'avons cherché dans la bibliothèque pour le feuilleter : on y retrouve les protagonistes (Gavrilo Princip l'assassin, Čabrinović – le 1er nationaliste qui lança la grenade sur la capote de l'automobile du prince héritier, rebondissant pour éclater sous le véhicule suivant -, le colonel Dimitrijević – le chef de l'organisation secrète "la main noire" -, etc.) et la confirmation que les conjurés ont eu beaucoup de chance pour réussir (après le 1er attentat manqué, les autorités décident de changer l'itinéraire prévu et d'emprunter le quai Appel à vive allure – évitant ainsi les petites rues du centre -, mais, les 2 premières voitures du convoi se trompant et prenant le 1er itinéraire, la 3ème qui porte François-Ferdinand d'Autriche s'arrête brutalement sur ordre du gouverneur Potoriek … à l'endroit où se tient Princip ! « Au premier moment, j'eus l'intention de lancer la bombe que je portais dans ma ceinture, du côté gauche. Mais la vis était serrée si fort que j'aurais eu du mal à l'ouvrir. Et puis, dans une foule aussi dense, il aurait été difficile de la sortir et de la lancer. Je sortis donc le révolver et le levai en direction de l'automobile, sans viser. J'ai même détourné la tête en tirant. » (p.306) récit de Princip lors de l'interrogatoire du 3 juillet).

A quoi tient l'orientation d'un siècle vers la boucherie ?

 

Prions pour que Velibor Čolić retrouve la grâce d'un style plus léger sans quitter les ors de la rue Sébastien Bottin !

 

Alexandre Anizy

Le poète Jean Sénac porté au pinacle

Publié le par Alexandre Anizy

En 1999, les éditions Actes Sud publiait les « œuvres poétiques » de Jean SéNAC (831 pages, 199 FF) : remercions cette entreprise d’avoir osé ce projet insensé d’un point de vue financier.

 

René de CECCATTY commençait sa préface par ses mots : « La poésie aura le dernier mot, comme pour PASOLINI. De la vie tragiquement terminée dans une cave, la nuit du 29 ou 30 août 1973, reste une œuvre considérable que l’on peut désormais classer à la hauteur de LORCA, de WHITMAN, de CAVAFY, de PENNA et bien sûr de ce frère dont il admirait l’œuvre cinématographique, mais qui, lui-même, ignorait leur proximité, Pier Paolo PASOLINI. » (p.9)

 

Les références sont élogieuses, ce qui n’est pas exceptionnel dans une préface. Mais, pour tout vous dire, la production nous paraît de qualité inégale et surtout, nous n’avons pas entendu une musique personnelle dans ces feuillets épars.

 

Bien sûr, nous appréciâmes quelques morceaux qui raviront les chercheurs d’étoiles. A ceux-là, le livre est destiné.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

P.-S. : dans les Lettres Françaises de mai 2012, vous trouverez un dossier sur ce poète assassiné.

 

 

Pour NS : "Ausgang" de Theodor Fontane

Publié le par Alexandre Anizy

 

Les soirs de mélancolie, certains font ce bilan définitif :

 

« Immer enger, leise, leise

Ziehen sich die Lebenskreise,

Schwindet hin, was prahlt und prunkt,

Schwindet Hoffen, Hassen, Lieben,

Und ist nichts in Sicht geblieben

Als der letzte dunkle Punkt. »

 

« Ausgang », Theodor Fontane

 

Que l'on peut traduire ainsi :

 

« Les cercles de la vie, doucement, doucement,

Se tracent toujours plus étroitement.

Tout s'en va, qui n'était que pavane et parade,

L'espoir s'en va, la haine et l'amour,

Et il n'est rien resté en vue

Que le dernier point obscur. »

 

 

Pour ce poète allemand, la fin est une modeste sortie.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

"Tcherno", le nouveau polar de Gérard Laveau

Publié le par Alexandre Anizy

 

Presque un an après la parution d'un roman titré « le pas de l'ombre » (excellent livre, où le lecteur se délecte de la maîtrise du style ciselé et de l'architectonique savante), Gérard Laveau publie un polar : « Tcherno » (éditions Noirval, avril 2012, 298 pages, 23 €).

 

Inspiré par des faits réels graves, qui montrent qu'en France la Santé publique est une préoccupation mineure, l'auteur a troussé une nouvelle enquête de l'agence Torpédo & Amer dans laquelle la détermination de l'une n'a d'égale que la désillusion de l'autre, noyée dans un engagement risqué.

 

L'aventure est sur les trimards dans un cadre bucolique. Ne la ratez pas ! Comme la découverte d'un scandale d'État.

 

 

Alexandre Anizy