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748 articles avec notes culturelles

Les "Dolce" de Frédéric Petitjean

Publié le par Alexandre Anizy

 

C'est une note spéciale ados.

Les éditions Don Quichotte, dont le jeune savoir-faire en matière des livres portraits ou documents n'est plus à démontrer, tente une percée sur le marché des ados avec la série « les Dolce » de Frédéric Petitjean. Et c'est aussi une curiosité toute paternelle qui nous incita à feuilleter longuement le tome 1 : « la route des magiciens » (octobre 2011, livrel de 540 pp.)

 

Agréable surprise, notamment pour le style qui vise plus haut que la moyenne générale. Exemple :

« (…) Antonius plaqua sur sa Gibson noire et feu l'harmonique exact. L'âme de Brooklyn, aux milliers de migrants brassés dans les feuillets des siècles, âpres au travail, décidés à crever mais portés par la chimère d'une existence semblable à la vie rêvée, fut soudain quintessenciée et distillée en substance artistique. » (p.17)

Un peu rock, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

 

 

Alexandre Anizy

 

Sous la mine de Pierre Borromée

Publié le par Alexandre Anizy

 

« L'hermine était pourpre » (Fayard, 2011, livrel de 204 pages) est un roman de Pierre Borromée, qui vient d'obtenir le Prix du Quai des Orfèvres 2012, ce qui est mérité lorsqu'on découvre sa prose subtile.

Prenons l'incipit :

« Il aimait ces départs avant l'aube, quand sa voiture s'enfonçait dans la nuit sur ces routes de campagne qu'il connaissait si bien, semblant appareiller pour une destination sans retour, comme un marin fuyant un foyer dont il serait las. »

 

Si vous cherchez un polar, voilà un bel ouvrage … que rien ne vient gâcher.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Manotti & Doa ou comment gâcher un bon ouvrage

Publié le par Alexandre Anizy

 

Deux auteurs de polars, Dominique Manotti et Doa, dont nous avons déjà évoqué les qualités indéniables, ont écrit à 4 mains « l'honorable société » (Gallimard, collection Série Noire, bouquinel de 332 pages), en plaçant en exergue cette citation de Karl Marx :

« Toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d'abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l'intérêt général. » L'idéologie allemande

Force est de constater qu'ils étaient ambitieux.

 

Ils racontent une histoire qui débute par un cambriolage, qui vire au meurtre sous les yeux horrifiés de pirates informatiques mal intentionnés pour la bonne cause, une action ordinaire des luttes économiques impitoyables, surtout quand elles tournent autour du nucléaire puisque la raison d’État s'en mêle, quand la France est en train de succomber aux postures putassières d'un candidat – qui n'a jamais beaucoup travaillé, lui – à l'élection présidentielle.

 

L'intrigue est habile et le style se veut mordant, efficace (à l'américaine ?).

« Le studio est grand, aéré, au dernier étage d'un vieil immeuble parisien, au fond d'une cour. Les deux fenêtres sont ouvertes. Dehors, les toits et, ici et là, les échos de télés en sourdine. (…) Trois jeunes sont là. » (p.7)

 

Mais patatras ! La fin, du fait de son improbabilité (l'ex future Première Dame en amour avec le flic raté sur la plage ensoleillée … du grand n'importe quoi !), disqualifie le projet d'une peinture sociale sous-jacente.

Manotti & Doa, ou l'art de s'autodétruire dans la chute.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Camilla Läckberg n'atteint pas les sommets

Publié le par Alexandre Anizy

 

Ayant à faire un court voyage, nous achetâmes un petit polar de Camilla Läckberg : « cyanure » (Actes sud, novembre 2011, 157 pages, 16,80 € ; traduction de Lena Grumbach).

 

C'est un huis clos au large de Fjällbacka : un richissime Suédois meurt empoisonné au cours d'un repas familial, juste après avoir débiné ses rejetons, en présence d'un policier invité qui devra mener seul l'enquête puisque l'île est coupée du monde à cause d'une tempête.

 

Ça se lit facilement, sans déplaisir, mais on est surpris de trouver chez un éditeur ambitieux un texte empli de trivialités consternantes, comme par exemple :

« Il était persuadé que s'il jetait un coup d'œil derrière ses oreilles, il découvrirait les cicatrices d'un certain nombre d'interventions chirurgicales. Heureusement, il réussit [italiques de AA] à s'en abstenir. » (p.14)

 

« Il se laissa tomber dans un fauteuil et enfouit le visage entre ses mains. On aurait pu entendre une mouche voler dans la pièce alors que tous l'observaient. » (p.54)

 

Nous arrivâmes à destination sans encombre et sans avoir atteint les sommets du genre policier.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Avec Goran Petrović qui s'égare

Publié le par Alexandre Anizy

 

Incontestablement, comme on peut le remarquer avec son cinéroman « sous un ciel qui s'écaille » (les allusifs 2010, 192 pages, 16 €), l'écrivain serbe Goran Petrovića un ton personnel, une manière d'écrire les choses où l'humour, l'ironie, la bouffonnerie font bon ménage.

 

Citons pour exemple le titre d'un chapitre :

« Même au paradis, les gens colleraient partout leurs chewing-gums » (p.27)

Et plus longuement :

« Soit dit en passant, le camarade Avramovitch levait aussi sans raison la main droite en d'autres situations : lors d'une promenade en ville ou dans un jardin public, au marché, pendant qu'il lisait son journal, regardait la télévision, se tenait assis sur son balcon, flemmardait allongé sur son lit matrimonial, et il l'a même levée à l'église de la Trinité, le jour où il a fini par s'y rendre, quand sa femme, après l'avoir harcelé pendant des semaines, a réussi à le décider d'aller assister au baptême de l'enfant d'un proche parent. Avramovitch n'a cédé que pour préserver la paix du ménage, cette cellule fondamentale de la société. Il s'est habillé avec soin, a garni la poche de poitrine de son veston de ses neuf stylo-billes. » (p.46)

 

Pour autant, Goran Petrović a-t-il un style, i.e. une vision du monde ou plus modestement de l'existence humaine ? Non. Du moins dans son cinéroman, où il enquille les personnages sans leur donner une véritable consistance.

C'est pourquoi au fil des pages de cette galerie de portraits, l'intérêt du lecteur s'étiole comme la poiscaille qui s'écaille.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Le talent de Vladimir Pištalo

Publié le par Alexandre Anizy

 

Ceux qui penseraient que le peuple serbe suivait unanimement la chienlit nationaliste à la fin du siècle dernier devraient lire sans tarder « Millénaire à Belgrade » (Phébus, septembre 2008, 274 pages, 20,90 €), le bon roman de Vladimir Pištalo.

 

En racontant l'éparpillement inéluctable d'un groupe de Belgradois, l'auteur dévoile les déchirements d'une jeunesse perdue dans ce qui fut un naufrage : tel un radeau sans gouvernail, la Yougoslavie filait de cascade en cascade …

 

Le projet romanesque est servi par une écriture ciselée :

« Après la guerre, lorsqu'il fit un tour dans Belgrade, Bané Yanovitch eut l'impression d'une ville irréelle. Celui qui rentrait de la guerre s'étonnait de voir que les gens étaient capables de confondre ce mirage civil avec la vie. Après la boue de Slavonie, Belgrade paraissait d'une beauté envoûtante. » (p.112)

 

Bien que Vladimir Pištalo possède un style, il n'est pas parvenu à livrer une fin de roman satisfaisante. Mais ce n'est qu'un bémol pour ce texte de qualité.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

 

 

Les enfants gâtés de Philippe Hériat (Goncourt 1939)

Publié le par Alexandre Anizy

 

Philippe Hériat, pseudonyme de Georges Raymond Payelle (famille de fonctionnaires et magistrats) né en 1898, débute sa carrière dans le cinéma avant de publier son premier roman en 1931 (prix Renaudot). Son roman « les enfants gâtés » (Gallimard, 289 pages), tome 2 d'une saga, est primé par le prix Goncourt en 1939.

 

Dans ce livre, Hériat raconte l'émancipation d'Agnès Boussardel par rapport à sa famille bourgeoise obnubilée par la défense et l'accroissement de son patrimoine. L'ouvrage est bien structuré, et l'écriture soignée. Cependant, le style est ampoulé à force de préciser les détails anodins, d'expliquer les arrière-pensées des personnages au milieu des scènes … Le rythme est ralenti sans contrepartie esthétique. Dommage.

 

« Notre vie n'est faite que de cela. De ce chevauchement alterné ; de cette imbrication, parmi nos sensations neuves, de nos sensations antérieures et de la notion qui nous en vient d'un coup. Nous imitons ces architectes italiens de la Renaissance qui incorporaient à leurs constructions nouvelles les pierres des anciens Colisées. » (p.59)

 

Définissons le style de Philippe Hériat : une sorte de Bernard Clavel empêtré parfois dans un essai vaguement proustien de psychologie.

Évidemment, il souffre de la comparaison des deux côtés.

 

Un détour chez Hériat est tout de même possible pour les amateurs.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Post-scriptum :

n'est-il pas curieux d'attribuer le Goncourt 1939 à un livre décrivant les mœurs de la grande bourgeoisie, avec un titre équivoque puisqu'il atténue la force de la critique morale portée par l'héroïne ?

 

 

 

La petite leçon de Claude Arnaud

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans « Qu'as-tu fait de tes frères ? » (Grasset, juin 2011, 374 pages), Claude Arnaud romance sa vie tourbillonnante, qui va de Lutte Ouvrière puis de la Gauche Prolétarienne aux back rooms parisiens, en passant par une Université dont nous chérissons le projet initial.

 

A force de voir tomber les noms, on se dit qu'il en fait trop.

 

La leçon ? Le héros se voit comme une succession de personnages et de masques, qu'il ne renie pas, considérant que chacun l'a aidé à devenir ce qu'il est. Interesting, isn't it ?

Comme ce roman n'en est pas vraiment un, on se dit que le petit Claude a encore feinté pour se dissimuler dans cette histoire narcissique.

 

 

Alexandre Anizy

 

La propriété de Carole Martinez

Publié le par Alexandre Anizy

 

Avec « du domaine des Murmures » (Gallimard, juin 2011, bouquinel), Carole Martinez nous gratifie d'une histoire merveilleuse, i.e. pleine de bizarreries des temps anciens. Elle a peaufiné son expression de sorte que le lecteur baigne dans les eaux troubles des croyances médiévales.

Sommes-nous pour autant ébahis par l'ouvrage ? Que nenni !

 

Carole Martinez est en train de s'enfermer dans une tour d'écriture, d'où elle n'émettra périodiquement qu'un produit réservé à un public de jouvencelles, attardées ou non. Dommage.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

La vie de Durruti recomposée par Hans Magnus Enzensberger

Publié le par Alexandre Anizy

 

En 1972, l'écrivain allemand Hans Magnus Enzensberger publiait « le bref été de l'anarchie » (traduit en 1975 chez Gallimard, réédition décembre 2010, 420 pages, 11 €), dans lequel il retraçait le parcours terrestre de Buenaventura Durruti, un leader charismatique des anarchistes espagnols de 1936.

 

Ceux qui méconnaissent cette période historique seront captivés par ce récit, à la fois personnel et collectif. Grâce à la méthode employée par l'auteur, ils seront abreuvés de faits précis, qui plus est relatés sous divers angles, grâce à des témoignages variés. "Examen critique" deviendra une expression familière pour certains d'entre eux.

 

Sur le plan politique, nous ne doutons pas que beaucoup tomberont des nues en découvrant le rôle et le poids du mouvement anarchiste dans la Guerre civile espagnole, en apprenant les turpitudes des communistes inféodés à Moscou et les contradictions du mouvement républicain.

 

Du point de vue littéraire, ce livre en étonnera plus d'un, parce que c'est un assemblage de documents¹ que Hans Magnus Enzensberger qualifie de roman, rappelant ainsi au lecteur l'importance de sa subjectivité dans l'élaboration de l’œuvre : la vie de Durruti recomposée en 1972 à partir de papiers divers, d'entretiens avec les acteurs rescapés de l'enfer, etc. Dans le choix des pièces repose le travail du romancier.

 

Nous vous invitons à sauter dans le torrent de vie de Buenaventura Durruti.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

¹: pour d'autres raisons, nous avons partiellement adopté cette manière dans notre récit « instruction ordinaire » (éditions Noirval, juin 2011, 19 € ou bouquinel à 9,49 €)