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notes culturelles

Izner sang dessus dessous

Publié le par Alexandre Anizy

 

Sang dessus dessous est le premier roman policier de Claude Izner (pseudonyme de 2 sœurs), dont le héros Milo Jassy exerce la profession de bouquiniste sur les quais de Seine (les auteurs savent de quoi elles parlent).

 

Le style est plaisant et c'est bigrement bien fichu.

On devine la raison du succès des aventures de Victor Legris.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Argent brûlé de l'argentin Ricardo Piglia

Publié le par Alexandre Anizy

 

C'est le bouche à oreille qui nous a conduit à l'écrivain argentin Ricardo Piglia, et non pas le travail mercatique de son éditeur pour son dernier livre sorti en janvier 2013. Pour une raison pratique, nous optâmes pour le livrel de Argent brûlé (Zulma, epub de 2013, à 9,99 €)¹.

 

Piglia raconte sans fioriture le braquage d'un convoyeur dans le Buenos Aires de septembre 1965, la cavale et le Fort Chabrol sanglant à Montevideo, deux mois plus tard. Mais parce qu'il a sérieusement étudié cet épisode du banditisme argentin (rencontres des témoins, accès aux dossiers policiers de l'enquête, lectures des récits de presse, etc.), il nous livre mieux qu'un polar exaltant, car il s'attache à révéler la décomposition des milieux politiques et policiers de son pays.

« Malito, le chef, avait pensé à tout : il avait établi les contacts avec les politiques et les flics qui lui avaient passé les infos, les plans dans les moindres détails avec les noms de ceux à qui on devrait remettre la moitié du paquet. Cela faisait beaucoup de gens sur cette affaire, mais Malito pensait qu'avec dix ou douze heures d'avance, on pourrait tous les planter et filer avec le flouze en Uruguay. »

Funeste choix donc, car la traque sera impitoyable.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : Piglia met en exergue une citation de Bertolt Brecht, furieusement d'actualité : « Il y a pire que braquer une banque : en fonder une. »

 

 

Sermonner Jérôme Ferrari

Publié le par Alexandre Anizy

 

Nom de Dieu ! Quel ennui ! Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud, 2012, livrel – trop cher... soit dit en passant), comme ceux du curé de campagne de notre jeunesse, a bien failli nous endormir à plusieurs reprises. Pourtant, compte tenu de sa profession d'enseignant, Jérôme Ferrari ne peut pas ignorer que savoir écrire et savoir bâtir ne suffisent pas à l'intellectuel pour devenir romancier.

 

Modeste philosophe sorbonnard, Ferrari a plombé une histoire banale avec un coffrage augustinien dont on peut discuter la pertinence, rendant pénible la lecture puisqu'il consacre son énergie à lier les pans épars de son architectonique au lieu de muscler la psychologie des personnages, comme dirait Aimé Jacquet.

 

L'incipit aurait dû nous alerter de la confusion :

« Comme témoignage des origines – comme témoignage de la fin, il y aurait donc cette photo, prise pendant l'été 1918, que Marcel Antonetti s'est obstiné à regarder en vain toute sa vie pour y déchiffrer l'énigme de l'absence. »

Peut-on comprendre un auteur qui ne ferme pas sa parenthèse ? ¹

 

Ce livre ayant obtenu le prix Goncourt, on s'interroge sur la qualité de ses concurrents, ou sur la nature d'un éventuel deal dans le petit monde de l'édition.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : dans le Grévisse – le bon usage (12ème édition refondue par André Goosse, mars 1986, 1768 pages), on lit au § 134 :

« Si, à l'endroit où se place la parenthèse encadrée de tirets, la phrase demande une virgule, celle-ci se met, logiquement, après le second tiret : voir ci-dessus l'ex. de Tournier ["Parce que c'était mardi – ainsi le voulait son emploi du temps -, Robinson ce matin-là glanait …"]. Mais [s'] il est assez fréquent que la virgule soit mise avant le second tiret, il est rare qu'elle soit devant le premier tiret ... » (p.187)

 

 

 

Fromont Jeune et Risler Aîné d'Alphonse Daudet

Publié le par Alexandre Anizy

 

On a tous des points d'entrée dans le monde des livres : pour nous, c'est Lamartine en poésie, Alphonse Daudet en fiction. Pas le Daudet du moulin, celui de « Jack », un pavé digeste évoquant la condition ouvrière au XIXe, et celui du « petit chose ».

 

« Fromont Jeune et Risler Aîné » (livrel gratuit de 271 p.) est un autre roman de mœurs de Daudet. Cette fois-ci, il dépeint l'ascension sociale d'une enfant pauvre et volontaire, qui mettra sa beauté et son intelligence au service d'une ambition personnelle dévastatrice, dont les jeunes patrons Fromont et Risler seront les jouets.

 

« L'ex-comédien termina sa tirade par un clignotement d'yeux à l'adresse du comique et du financier, et pendant un moment il y eut un échange de mines, de grimaces convenues, des « hé ! Hé ! » des « hum ! Hum ! », toute la pantomime des sous-entendus. » (p.132)

 

C'est une histoire qui sera éternellement d'actualité : alors plonger dans la version de Daudet, avec son écriture délicieusement surannée, vous emmène doublement en voyage.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Les déracinés de Maurice Barrès

Publié le par Alexandre Anizy

 En ces temps démocratiques incertains, il n'est pas inutile d'aller s'encanailler du côté de Maurice Barrès, précisément dans « les déracinés » (poche collection Omnia, éditions Bartillat, janvier 2010, 13 €), bien que cela soit « un pesant livre, d'une excédante mais admirable tension », comme l'écrivait Gide.

 

C'est un roman à thèse confuse, que Blum qualifiait de "chef d’œuvre d'art", qui amalgame Bonaparte et Proudhon dans la vision d'une nation socialisante, antiétatique et frondeuse.

« Chaque individu est constitué par des réalités qu'il n'y a pas à contredire ; le maître qui les envisage doit proportionner et distribuer la vérité de façon que chacun emporte sa vérité propre. » (p.23)

Heureusement nous pouvons apprécier le style, quelquefois suranné mais jamais médiocre, ainsi que les observations malicieuses comme :

« A nul âge on ne philosophe plus volontiers qu'à vingt ans, et surtout vers quatre heures du matin. » (p.72) ;

« Le service militaire devrait être une école de morale sociale ; on sait ce qu'il est, par manque de sous-officiers. Les jeunes Lorrains [7 Lorrains forment le noyau du livre. NdAA] n'en rapportèrent que des notions sur la débauche et l'ivrognerie (...) » (p.52) [déjà à cette époque ! (ndAA)]

 

Un des passages pesants est le chapitre IX (titré "La France dissociée et décérébrée"), où l'on apprend que « … la France est décérébrée, car le grave problème et, pour tout dire, le seul, est de refaire la substance nationale entamée, c'est à dire de restaurer les blocs du pays ou, si vous répugnez à la méthode rétrospective, d'organiser cette anarchie. » (p.184) Qu'est-ce que la substance nationale ? « Le véritable fonds du Français est une nature commune, un produit social et historique, possédé en participation par chacun d'entre nous ; c'est la somme des natures constituées dans chaque ordre, dans la classe des ruraux, dans la banque et l'industrie, dans les associations ouvrières , ou encore par les idéals religieux, et elle évolue lentement et continuellement. » (p.182)

En somme, un ordre immuable qu'il convient de restaurer, avec cette touche champêtre mise en exergue puisque la ville abîme les hommes (« Quand le train de province, en gare de Paris, dépose le novice, c'est un corps qui tombe dans la foule, où il ne cessera pas de gesticuler et de se transformer jusqu'à ce qu'il en sorte, dégradé ou ennobli, cadavre. »)

 

L'idéal barrésien en résumé : une substance fumeuse, un monde rural fantasmé.

 

Et dire que la France est entrée dans le XXe siècle avec ces représentations chimériques ancrées dans les esprits. Mais sommes-nous mieux lotis en ce début de XXIe ?

 

 

Alexandre Anizy

 

Le colibri d'Hervé Jovelin

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour les amateurs de polars : le colibri d'Hervé Jovelin (Ravet-Anceau, février 2011, 165 pages, 9,13 €).

Voilà un ouvrage joliment troussé, au style plaisant.

Pour découvrir Amiens et le colibri, personnage central bien campé par l'auteur, rendez-vous dans les points de vente ou de lecture !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

De la qualité chez Juli Zeh

Publié le par Alexandre Anizy

 

Juli Zeh, avocat de formation, a très vite commencé à écrire, son Spieltrieb (fort malencontreusement traduit¹ chez Actes Sud par la fille sans qualité – collection Babel, septembre 2008, 659 pages, 11,50 €) lui ayant donné une notoriété internationale à 30 ans.

 

Incontestablement, Juli Zeh sait écrire. Mieux que ça : elle a du style. Mais elle a aussi le défaut de sa profession initiale : le bavardage. A notre avis, un tiers du livre pouvait nous être épargné.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(¹) : littéralement, c'est « enjouement ».

 

 

Le prochain Grégoire Delacourt n'est pas dans la liste de mes envies

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le publicitaire Grégoire Delacourt a connu le succès en 2012 avec un court roman, la liste de mes envies (éditions JC Lattès, février 2012, livrel de 96 pages - sur un mobile). C'est tant mieux pour lui.

 

Mais en lisant l'ouvrage, nous restâmes insensibles à cette historiette mélodramatique dont le style très dépouillé, où les énumérations s'accumulent même en dehors de la fameuse liste, ne parvint pas à la sauver.

 

« Une fois, il m'a dit que j'étais belle. Il y a plus de vingt ans et j'avais un peu plus de vingt ans. J'étais joliment vêtue, une robe bleue, une ceinture dorée, un faux air de Dior ; il voulait coucher avec moi. Son compliment eut raison de mes jolis vêtements. » (p.8)

 

Pire. Plus nous lisions, plus nous pensions à un autre publicitaire dont l’œuvre cinématographique montre paradoxalement le plus profond mépris pour l'espèce humaine en générale, et les petites gens en particulier. Il s'agit d'Etienne Chatiliez. Une curieuse sensation pour un livre dit populaire.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Meurtre littéraire de Sollers par Alice Ferney

Publié le par Alexandre Anizy

 

Il fallait que ce soit une femme, forcément, qui assassine un pape de la cité germanopratine, à savoir Philippe Sollers, parce que les quadragénaires médiocres qui ont pris le pouvoir dans le champ médiatique de la culture n'ont pas assez de couilles pour tuer un de leurs bienfaiteurs.

Pour notre part, nous n'avons pas attendu pour le dauber :

http://www.alexandreanizy.com/article-6342494.html

 

Donc Alice Ferney s'est attelée à cette tâche ingrate : lire le dernier produit du faux maître. Florilège de son article paru dans le Figaro littéraire du 17 janvier 2013 :

 

« Platon distinguait trois niveaux de la conversation : les ragots, les opinions, les idées. Pourquoi se priver du niveau 3 ? »

 

« On lit avec regret, parce que l'auteur se devrait à lui-même d'avoir travaillé davantage. »

 

« (…) Sollers rêve d'une écriture sèche (ce que Yourcenar appelait la concision brillante) mais cette ambition (de moraliste) s'anéantit dans une suffisance qui lui donne un ton péremptoire, et des facilités qui rabaissent l'ensemble. »

 

« En voulant être lapidaire, voire elliptique, Sollers devient ennuyeux : ses commentaires sont faibles, le tout-venant de la pensée. »

 

 

Quelquefois sur le boulevard Port-Royal, nous apercevons Philippe Sollers à la terrasse d'un café, ou bien assis sur un mobilier urbain, le visage un peu rougeaud - indice d'un déjeuner trop arrosé ? Mais jamais il ne parle à un arbre, lui. Le bourgeois ridicule préservera son image jusqu'au bout, c'est là son unique constance.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

PS : le Monde des Livres du 18 janvier 2013 cire toujours l'ancêtre : autrefois Savigneau, désormais Georgesco

 

 

La vérité sur Tina Uebel (exclusivité, s'il vous plaît)

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour tout vous dire, on a reçu un paquet inattendu contenant la vérité sur Frankie de Tina Uebel (ombres noires – Flammarion, 377 pages ; sortie le 23 janvier 2013).

 

 

Illico nous l'écrivons : impossible de rentrer dans ce polar !

Cela tient au procédé narratif adopté : la transcription d'enregistrements. Malgré les efforts de l'auteur (et du traducteur Stéphanie Lux), nous n'avons jamais pu dépasser les 2 premières pages des premiers chapitres, tant le style heurtait notre envie de littérature.

 

La vérité sur Tina Uebel ? Si son talent se résume à ce genre de documents facilement balancés sur un dictaphone (hypothèse), vaguement arrangés dans un traitement de textes, on se doit de parler cash : garbage !

 

Peut-être qu'en version audio, ce texte est supportable  ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

  PS du 9 février 2013 : dans Marianne de ce jour, le journaliste Alain Léauthier fait la promo de Tina (copinage ou échange de mauvais procédé ?), mais il n'a pu s'empêcher de soulager sa conscience en écrivant que le texte est "articulé pataudement sur les confessions enregistrées des trois protagonistes ..."