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notes culturelles

Hervé Sard et les Gueux

Publié le par Alexandre Anizy

 

Lorsqu'il évoque le quotidien des paumés, Hervé Sard a la délicatesse de travailler le style pour en restituer le langage, comme le fit un poète oublié.

L'intrigue policière du Crépuscule des Gueux(éditions Krakoen, 2012, 298 pages, 11 €) est bien ficelée : les rebondissements ne manquent pas, le dénouement est à la fois plausible et inattendu.

 

Nous mettons un bémol : misant sur l'unité de ton, Sard fait parler la stagiaire Christelle comme une morpionne banlieusarde, ce qui ne colle pas avec les études de la demoiselle. Dommage.

 

Disons que Crépuscule des Gueux est une chanson noire, un bon polar de voyage. Ferroviaire évidemment.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Ivana Sajko et son Europe

Publié le par Alexandre Anizy

 

Ivana Sajko est une jeune dramaturge croate qui se singularise par une pratique théâtrale de lecture–spectacle (avec musiciens) et par une déconstruction de la forme dramatique. Mais déjà quatorze pièces à son actif.

 

Le 18 juin à l'ambassade de Croatie, nous avons eu la chance de voir jouer Europe (Monologue pour Mère Courage et ses enfants) (traduit du croate par Mireille Robin; adaptation pour la représentation bilingue de Sava Andjelkovic), par l' Atelier Théâtre serbo-croatede l'Université Paris Sorbonne.

 

Dans cette pièce, Ivana Sajko propose une vision féminine de l'Europe, de ses débuts mythiques à nos jours, en pointant particulièrement l'éclatement de la Yougoslavie.

Comme nous étions songeur à la fin de la représentation, nous avons lu le texte pour savoir si l'auteur explicitait son idée digne d'un polémologue :

« La guerre est un processus sociétal indissociablement lié au développement de la société. »

             « Rat je društveni proces neraskidivo povezan s razvitkom društva. »

Elle le fait à sa manière, avec humour, quand elle écrit par exemple :

« La guerre était une source inépuisable de revenus : je remplissais des comptes en banque, achetais des actions, des biens immobiliers, faisais construire une piscine dans la cour. La guerre était comme un grand magasin immense. »

 

Malgré le cynisme de la fin de la pièce (que nous résumons ainsi : pour se préserver, mieux vaut obéir aux normes des vainqueurs), il nous semble qu'Ivana Sajko est du côté de Paul Valéry lorsqu'il écrivait :

« La guerre est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent, mais ne se massacrent pas. »

 

 

Alexandre Anizy

 

 

P-S : Ivana Sajko sera présente au Festival Est-Ouest de Die (Drôme), dont le thème 2012 (du 19 au 30 septembre) est "Croatie sans transition",

comme Igor Štiks et Velibor Čolić dont nous avons déjà parlé ici.

 

 

Le serpent du destin d' Igor Štiks

Publié le par Alexandre Anizy

 

Quand on a fui à 15 ans une ville assiégée, comme Sarajevo l'était en 1992, il n'est pas surprenant d'être marqué par les questions de l'identité et de l'Histoire. Cependant l'écrivain croate Igor Štiks a l'élégance d'aborder ces thèmes en revisitant le mythe d'Œdipe qu'il centre au cœur de la tourmente balkanique, ce qui lui permet de révéler sa maîtrise de l'art romanesque (le serpent du destin, Galaade éditions, février 2012, 492 pages, 22 €)

On note quelques menues faiblesses du style, qui ne sont peut-être dues qu'au choix d'un traducteur (Jeanne Delcroix-Angelovski) trop respectueux du texte original.

 

En attendant sans impatience le prochain livre du talentueux Igor Štiks, nous vous invitons à le découvrir dès maintenant avec ce roman subtil.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

 

Voyager avec Tony Cossu

Publié le par Alexandre Anizy

 

Connaissant notre intérêt pour le polar et la découverte hasardeuse de nouveaux auteurs non promus sur la scène du monde littéraire, on nous offrit « à prendre ou à laisser » de Tony Cossu (Plon, février 2011, 304 pp.), une figure du milieu marseillais qui a eu du temps derrière les barreaux pour se lancer le défi de l'écriture.

 

Comme il connaît le métier, Tony Cossu bâtit une histoire crédible qui vous fera oublier les désagréments d'un train bondé lors des départs en vacances. Même s'il n'est pas riche, l'auteur n'a pas massacré la langue : bien des Normaliennes en vogue devraient en prendre de la graine.

 

Ce livre nous a ramené furtivement à un autre ex-taulard, Auguste Le Breton. Nous étions donc en bonne compagnie.

 

 

Alexandre Anizy

 

P-.S : loin de nous le romantisme du bon voyou …

 

 

James Lee Burke dans le Montana

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans le 17ème volet de la série des Dave Robicheaux, titré Swan Peak(Payot & Rivages, février 2012, 440 pages, 22 € ; traduit par Christophe Mercier), l'Américain James Lee Burke situe son polar dans le Montana, ce qui nous incita à revenir chez cet écrivain que nous considérons comme un maître du genre¹.

 

Nous étions curieux de découvrir dans un nouvel environnement l'évolution des personnages habituellement placés en Louisiane : loin des rednecks, une autre Amérique profonde. Nous n'avons pas été déçus. N'étant pas un auteur des grands espaces comme Jim Harrison, Burke a su sobrement planter le décor naturel, s'attachant comme toujours à dépeindre la psychologie de tous les personnages embarqués dans une intrigue sans faille.

Du grand art, assurément.

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : lire la note du 12 août 2007

http://www.alexandreanizy.com/article-7026637.html

 

 

Famille nucléaire nuit à Caryl Férey

Publié le par Alexandre Anizy

Ayant dit du bien de Caryl Férey avec Mapuche, nous ne pouvions pas ne pas parler de Famille nucléaire qu'il vient de commettre dans la collection « les petits polars du Monde » (août 2012, 64 pages, 2 €).

En effet, la platitude, pour ne pas dire la médiocrité de cette nouvelle, autant par le style que par l'intrigue, oblige le lecteur à s'interroger sur les qualités réelles de l'écrivailleur.

 

Il ressort de ce brouillon juvénile que les écrits sur commande nuisent gravement à la réputation des auteurs.

Espérons pour Caryl :

qu'il n'a pas été maqueroté par le Polac, que c'est bénef en cash ! en Suisse ! comme aurait écrit LFC ;

que les deniers de Férey valent autant que des diamants.

 

 

Alexandre Anizy

 

Sérieux MAPUCHE de Caryl Férey

Publié le par Alexandre Anizy

 

Quand nous avons découvert Caryl Férey avec La jambe gauche de Joe Strummer(folio policier n° 467), dont nous avons parlé le 14 juillet 2007,

http://www.alexandreanizy.com/article-6931301.html ,

nous décidâmes aussi que nous lui laisserions le temps de publier quelques ouvrages avant de le lire à nouveau.

 

Compte tenu du tamtam médiatique autour de Mapuche(Gallimard, avril 2012, livrel de 411 pages), il nous a semblé que le moment des retrouvailles était venu.

 

Incontestablement Caryl Férey a évolué, prouvant qu'on peut devenir sérieux sans pour cela être ennuyeux. En effet, il inscrit son polar dans le cadre des années noires de l'Argentine : pour ceux qui ne connaissent rien de cette époque horrible, on peut dire que c'est une bonne introduction (après, il faut creuser … pourquoi pas en commençant dans la bibliographie fournie par l'auteur ?).

 

De notre propos, il ne faut pas en conclure que Caryl Férey a salopé la partie romanesque. Que nenni ! Vous apprécierez l'architectonique bétonenrobée d'une langue travaillée(humour noir...).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Un café maison de Keigo Higashino

Publié le par Alexandre Anizy

 

Fort le café maison de Keigo Higashino ! (Actes Sud, 2012, livrel de 256 pages, traduit du japonais par Sophie Refle)

L'auteur parvient à nous intéresser à son histoire somme toute banale (empoisonnement à l'arsenic) grâce à un découpage rythmé qui maintient l'envie de savoir, même et surtout quand il s'agit de pinailler autour du café, de son eau, etc., car le style sobre n'est pas l'attrait de ce bon polar nippon.

 

Le crime était presque parfait, mais l'énigme est résolue par des policiers qui osent penser l'impossible.

 

C'est une leçon que bien des experts et politiciens impuissants (¹) devraient méditer en ces temps de crise où rien n'est résolu.

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : lire les notes ci-dessous

http://www.alexandreanizy.com/article-l-etat-va-encore-etre-taxe-par-la-famille-peugeot-renault-et-consorts-108441056.html

 

http://www.alexandreanizy.com/article-deja-la-debandade-pour-le-clan-hollande-108685561.html

 

 

 

Fêlé Svetislav Basara ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

De toute évidence, l'imagination ne fait pas défaut dans les Balkans : il y avait longtemps que nous n'avions pas rencontré un texte aussi déjanté, absurde, que « le miroir fêlé » de Svetislav Basara (en poche 10/18). Dans cette histoire décousue, l'auteur s'adonne à l'ironie permanente, l'humour irrévérencieux, la sentence définitive.

 

Donnons quelques exemples.

« La similitude du football et de l'histoire est d'une autre nature : vaincre à tout prix, vaincre en dépit des victimes, en dépit du fair-play. Le fair-play est une charmante illusion du baron de Coubertin que des voyous ont mise à profit et monnayée. J'ai joué au football, je peux jurer qu'il n'y a là aucun fair-play. » (p.27)

 

« Ah, ces jours du renouveau et de la reconstruction, ces années d'élan où il n'y avait pas de crise d'identité, où nous croyons ferme que nous existions, que le BIEN c'était de piquer les femmes des autres et le MAL de se les faire piquer. » (p.61)

 

« La raison humaine est vraiment superflue. Mais envahissante. (…) Les psychiatres parlent leur langage de psychiatres, les ingénieurs celui des ingénieurs, les fous la langue des fous. On ne peut plus se comprendre avec personne. » (p.46)

 

« Ce n'est que le psychiatre et le fou ensemble qui font la folie. Comme mari et femme font un ménage. Pour l'ineptie, il faut être au moins deux. Ça ne marche pas autrement. » (p.33)

 

« « Boba, que penses-tu de mon roman ? » Il a réfléchi pendant quelques instants, puis il a dit : « Je pense qu'il est barbant. » » (p.54)

 

Finalement, malgré le brio de Basara, eh bien nous pensons un peu comme Boba le boxeur (clin d’œil à Boban ?).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Sarajevo omnibus : terminus pour Velibor Čolić ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

Velibor Čolić est entré dans la prestigieuse collection de Gallimard avec son roman Sarajevo omnibus (mars 2012, 176 pages, 15,90 €) : il atteint ainsi le Golgotha de beaucoup d'écrivailleurs ambitieux. Nous qui avions apprécié son Jesus et Tito,

http://www.alexandreanizy.com/article-velibor-oli-tcholitj-n-est-ni-footballeur-ni-jesus-ni-tito-53667706.html

ne pouvions pas manquer cette nouvelle rencontre.

 

Malheureusement, Sarajevo omnibus joue sur un autre registre : l'évocation d'un XXe siècle tragique à partir de lieux emblématiques comme le Pont Latin et de personnages les ayant fréquentés. Si Velibor Čolić garde ses distances avec le pathos, il n'en devient pas moins plus sérieux. Mais c'est plutôt l'architectonique de l'ouvrage qui suscite notre réserve : si « le romancier n'a de compte à rendre à personne, sauf à Cervantès » (Milan Kundera, cité en avant-propos), le même auteur dit aussi que « … composer un roman c'est juxtaposer différents espaces émotionnels, et que c'est là, selon moi, l'art le plus subtil d'un romancier. » (l'art du roman, poche folio septembre 2009, page 110-111), et de ce point de vue, le but n'est pas atteint.

 

Ayant lu La route de Sarajevo de Vladimir Dedijer (que le temps passe...), qui raconte justement l'attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 (partie centrale de la chronique de Čolić), nous l'avons cherché dans la bibliothèque pour le feuilleter : on y retrouve les protagonistes (Gavrilo Princip l'assassin, Čabrinović – le 1er nationaliste qui lança la grenade sur la capote de l'automobile du prince héritier, rebondissant pour éclater sous le véhicule suivant -, le colonel Dimitrijević – le chef de l'organisation secrète "la main noire" -, etc.) et la confirmation que les conjurés ont eu beaucoup de chance pour réussir (après le 1er attentat manqué, les autorités décident de changer l'itinéraire prévu et d'emprunter le quai Appel à vive allure – évitant ainsi les petites rues du centre -, mais, les 2 premières voitures du convoi se trompant et prenant le 1er itinéraire, la 3ème qui porte François-Ferdinand d'Autriche s'arrête brutalement sur ordre du gouverneur Potoriek … à l'endroit où se tient Princip ! « Au premier moment, j'eus l'intention de lancer la bombe que je portais dans ma ceinture, du côté gauche. Mais la vis était serrée si fort que j'aurais eu du mal à l'ouvrir. Et puis, dans une foule aussi dense, il aurait été difficile de la sortir et de la lancer. Je sortis donc le révolver et le levai en direction de l'automobile, sans viser. J'ai même détourné la tête en tirant. » (p.306) récit de Princip lors de l'interrogatoire du 3 juillet).

A quoi tient l'orientation d'un siècle vers la boucherie ?

 

Prions pour que Velibor Čolić retrouve la grâce d'un style plus léger sans quitter les ors de la rue Sébastien Bottin !

 

Alexandre Anizy