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notes culturelles

Téa Obreht et la femme du tigre

Publié le par Alexandre Anizy

 

Téa Obreht, originaire de Yougoslavie, vit aux USA. A 25 ans elle achève un roman, où elle montre qu'elle a bien acquis le savoir-faire américain dans la construction romanesque, en positionnant son récit dans les décombres d'un pays qu'elle n'a pas really connu et dont finalement elle ne parle pas, évitant ainsi d'empiler les idées communes et d'émettre des conneries définitives.

 

Dans « la femme du tigre » (Calmann-Lévy, août 2011, 332 pp., 20,50 €), on reste à la surface des choses, bien qu'on plonge dans l'onirisme à la manière d'un Gabriel Marquez.

 

Téa Obreht a du talent, c'est évident, mais elle nous intéressera le jour où elle mettra sa technique au service d'une vision personnelle de l'humanité.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

"la liseuse" de Paul Fournel

Publié le par Alexandre Anizy

Ayant été abondamment cité dans « la liseuse » de Paul Fournel (POL éditeur, janvier 2012, livrel ePub à 10,99 €), ce qui était fait en cohérence avec le sujet du roman, il était difficile à Bernard Pivot d'échapper à la recension : mission accomplie puisqu'il nous a donné envie de le lire … sur notre liseuse.

Par contre, nous ne sommes pas sûrs que François Busnel ait réellement lu l'ouvrage (cet homme des médias a tellement d'activités annexes à celle du magazine …), notamment quand il écrit « D'autres, plus malins, plus élégants, opposent à la nouveauté [le livrel, ndAA] une arme redoutable, venue des temps anciens : la poésie. Paul Fournel appartient à cette dernière catégorie d'écrivains. » (Express du 4 janvier 2012)

En effet, Paul Fournel a travaillé son sujet : il nous raconte comment un vieil éditeur contribue à l'évolution de son métier en mettant le pied à l'étrier à une bande de jeunes qui ouvrent de nouvelles voies pour "la transmission des textes". Mieux que cela : il nous semble que Paul Fournel, dont nous avons lu un autre roman (« un homme regarde une femme ») que nous n'arrivons pas à retrouver dans notre bibliothèque (ce qui n'arriverait pas avec un livrel !), a écrit son texte en pensant aux nouveaux supports (chapitres courts, mise en page et style épurés, dialogues brefs). C'est aussi une réflexion sur l'usage de ces nouveaux outils dans l'édition, et par conséquent sur la littérature.

Ceux qui l'aiment iront flâner du côté de chez Fournel.


Alexandre Anizy

L'avenir de "Bel-Ami" de Maupassant

Publié le par Alexandre Anizy

Ayant découvert « une vie », l'envie de relire « Bel-Ami » (disponible en livrel gratuit) de Maupassant s'empara de nous. Et le même enchantement nous reprit face à cette prose limpide sans matière adipeuse, à cette structure romanesque sans faille, à ces caractères finement observés.

En suivant le parcours de l'opportuniste Georges Duroy dans le milieu de la presse parisienne, nous avons pensé au Rubempré des « illusions perdues » de Balzac,
 

 

http://www.alexandreanizy.com/article-illusions-de-balzac-toujours-d-actualite-64027709.html ,
 

 

mais aussi à l'actualité de ce secteur économique sinistré : lire la propagande sarkozyste dans le torchon de M. Serge Dassault, ou bien l'objectivité biaisée du quotidien vespéral aux mains d'un triumvirat d'affairistes, etc., n'est-ce pas un remake permanent de la "Vie Française" ?


Alexandre Anizy

 

 

PS : il y a quelques jours, Henri Guaino, pour qui nous n'avons aucune sympathie, s'est emporté face au tricheur-jouisseur Joseph Macé-Scaron,

http://www.alexandreanizy.com/article-l-arrogance-du-tricheur-jouisseur-mace-scaron-84308633.html

en disant notamment à ce sinistre journaliste qu'il était « indigne de [son] métier », alors même que cet individu lui faisait la leçon de morale et d'honnêteté intellectuelle en politique (voir la vidéo qui circule sur Internet).
Faut-il rappeler ici que malgré ses emprunts intellectuels répétés l'opportuniste  Macé-Scaron sévit toujours comme directeur chez Marianne, le magazine de l'indignation morale permanente ?
 


"une vie" de Maupassant

Publié le par Alexandre Anizy

Par un curieux hasard, il se trouve que nous avons quasiment enchaîné le « Stoner » de John Williams avec « une vie » de Guy de Maupassant (livrel gratuit), que nous ne connaissions pas.
Là encore, il s'agit d'une histoire apparemment ordinaire, celle d'une femme de la bourgeoisie provinciale, dans laquelle on peut apprécier l'architectonique, savourer la prose simple et délicate d'un auteur qui nous épargne discours et pesanteur morale.

« Parfois, en longeant les fossés des fermes, une odeur de pommes pilées, cette senteur de cidre frais qui semble flotter en cette saison sur toute la campagne normande, les frappait au visage, ou bien un gras parfum d'étable, cette bonne et chaude puanteur qui s'exhale du fumier de vaches. Une petite fenêtre éclairée indiquait, au fond de la cour, la maison d'habitation. » (p.81)

Comme une madeleine, pour ceux qui se souviennent de nos villages d'un temps pas si lointain.

 


Alexandre Anizy


"Stoner", le chef d'oeuvre de John Williams

Publié le par Alexandre Anizy

Il paraît que c'est Anna Gavalda¹ qui suscita l'édition du chef d’œuvre de John Williams , « Stoner » (le Dilettante, 2011, 384 pages, 25 €), en se donnant la peine de traduire ce roman américain de 1965 : qu'elle en soit vivement remerciée !

Le sujet de ce roman finement ciselé ? Le premier paragraphe en fixe sobrement le cadre :


« William Stoner est entré à l'université du Missouri en 1910. Il avait dix-neuf ans. Huit ans plus tard, alors que la Première Guerre mondiale faisait rage, il obtient son doctorat et accepte un poste d'assistant dans cette même université où il continuera d'enseigner jusqu'à sa mort en 1956. Il ne s'est jamais hissé plus haut que le rang de maître de conférences et parmi ses élèves, rares sont ceux qui auront gardé un souvenir précis de lui après la fin de leurs études. »

 

Mais à l'intérieur de cette vie apparemment sans histoires, quel travail sur les caractères des personnages, sur les aléas et les difficultés du métier d'enseignant, sur les accidents de la vie … Un exemple ? La soutenance de l'étudiant Walker.

A vous de la découvrir en courant acheter ou emprunter ce bijou !


Alexandre Anizy


: elle-même a la capacité d'écrire un livre de cette qualité (nous l'y encourageons) ;


« S'il est vrai que je suis poète par la grâce de Dieu - ou du diable -, je le suis aussi par la grâce de la technique et de l'effort. » Federico Garcia Lorca ;


nous n'en disons pas autant pour son clone dégradé, David Foenkinos.


Les "Dolce" de Frédéric Petitjean

Publié le par Alexandre Anizy

 

C'est une note spéciale ados.

Les éditions Don Quichotte, dont le jeune savoir-faire en matière des livres portraits ou documents n'est plus à démontrer, tente une percée sur le marché des ados avec la série « les Dolce » de Frédéric Petitjean. Et c'est aussi une curiosité toute paternelle qui nous incita à feuilleter longuement le tome 1 : « la route des magiciens » (octobre 2011, livrel de 540 pp.)

 

Agréable surprise, notamment pour le style qui vise plus haut que la moyenne générale. Exemple :

« (…) Antonius plaqua sur sa Gibson noire et feu l'harmonique exact. L'âme de Brooklyn, aux milliers de migrants brassés dans les feuillets des siècles, âpres au travail, décidés à crever mais portés par la chimère d'une existence semblable à la vie rêvée, fut soudain quintessenciée et distillée en substance artistique. » (p.17)

Un peu rock, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

 

 

Alexandre Anizy

 

Sous la mine de Pierre Borromée

Publié le par Alexandre Anizy

 

« L'hermine était pourpre » (Fayard, 2011, livrel de 204 pages) est un roman de Pierre Borromée, qui vient d'obtenir le Prix du Quai des Orfèvres 2012, ce qui est mérité lorsqu'on découvre sa prose subtile.

Prenons l'incipit :

« Il aimait ces départs avant l'aube, quand sa voiture s'enfonçait dans la nuit sur ces routes de campagne qu'il connaissait si bien, semblant appareiller pour une destination sans retour, comme un marin fuyant un foyer dont il serait las. »

 

Si vous cherchez un polar, voilà un bel ouvrage … que rien ne vient gâcher.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Manotti & Doa ou comment gâcher un bon ouvrage

Publié le par Alexandre Anizy

 

Deux auteurs de polars, Dominique Manotti et Doa, dont nous avons déjà évoqué les qualités indéniables, ont écrit à 4 mains « l'honorable société » (Gallimard, collection Série Noire, bouquinel de 332 pages), en plaçant en exergue cette citation de Karl Marx :

« Toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d'abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l'intérêt général. » L'idéologie allemande

Force est de constater qu'ils étaient ambitieux.

 

Ils racontent une histoire qui débute par un cambriolage, qui vire au meurtre sous les yeux horrifiés de pirates informatiques mal intentionnés pour la bonne cause, une action ordinaire des luttes économiques impitoyables, surtout quand elles tournent autour du nucléaire puisque la raison d’État s'en mêle, quand la France est en train de succomber aux postures putassières d'un candidat – qui n'a jamais beaucoup travaillé, lui – à l'élection présidentielle.

 

L'intrigue est habile et le style se veut mordant, efficace (à l'américaine ?).

« Le studio est grand, aéré, au dernier étage d'un vieil immeuble parisien, au fond d'une cour. Les deux fenêtres sont ouvertes. Dehors, les toits et, ici et là, les échos de télés en sourdine. (…) Trois jeunes sont là. » (p.7)

 

Mais patatras ! La fin, du fait de son improbabilité (l'ex future Première Dame en amour avec le flic raté sur la plage ensoleillée … du grand n'importe quoi !), disqualifie le projet d'une peinture sociale sous-jacente.

Manotti & Doa, ou l'art de s'autodétruire dans la chute.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Camilla Läckberg n'atteint pas les sommets

Publié le par Alexandre Anizy

 

Ayant à faire un court voyage, nous achetâmes un petit polar de Camilla Läckberg : « cyanure » (Actes sud, novembre 2011, 157 pages, 16,80 € ; traduction de Lena Grumbach).

 

C'est un huis clos au large de Fjällbacka : un richissime Suédois meurt empoisonné au cours d'un repas familial, juste après avoir débiné ses rejetons, en présence d'un policier invité qui devra mener seul l'enquête puisque l'île est coupée du monde à cause d'une tempête.

 

Ça se lit facilement, sans déplaisir, mais on est surpris de trouver chez un éditeur ambitieux un texte empli de trivialités consternantes, comme par exemple :

« Il était persuadé que s'il jetait un coup d'œil derrière ses oreilles, il découvrirait les cicatrices d'un certain nombre d'interventions chirurgicales. Heureusement, il réussit [italiques de AA] à s'en abstenir. » (p.14)

 

« Il se laissa tomber dans un fauteuil et enfouit le visage entre ses mains. On aurait pu entendre une mouche voler dans la pièce alors que tous l'observaient. » (p.54)

 

Nous arrivâmes à destination sans encombre et sans avoir atteint les sommets du genre policier.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Avec Goran Petrović qui s'égare

Publié le par Alexandre Anizy

 

Incontestablement, comme on peut le remarquer avec son cinéroman « sous un ciel qui s'écaille » (les allusifs 2010, 192 pages, 16 €), l'écrivain serbe Goran Petrovića un ton personnel, une manière d'écrire les choses où l'humour, l'ironie, la bouffonnerie font bon ménage.

 

Citons pour exemple le titre d'un chapitre :

« Même au paradis, les gens colleraient partout leurs chewing-gums » (p.27)

Et plus longuement :

« Soit dit en passant, le camarade Avramovitch levait aussi sans raison la main droite en d'autres situations : lors d'une promenade en ville ou dans un jardin public, au marché, pendant qu'il lisait son journal, regardait la télévision, se tenait assis sur son balcon, flemmardait allongé sur son lit matrimonial, et il l'a même levée à l'église de la Trinité, le jour où il a fini par s'y rendre, quand sa femme, après l'avoir harcelé pendant des semaines, a réussi à le décider d'aller assister au baptême de l'enfant d'un proche parent. Avramovitch n'a cédé que pour préserver la paix du ménage, cette cellule fondamentale de la société. Il s'est habillé avec soin, a garni la poche de poitrine de son veston de ses neuf stylo-billes. » (p.46)

 

Pour autant, Goran Petrović a-t-il un style, i.e. une vision du monde ou plus modestement de l'existence humaine ? Non. Du moins dans son cinéroman, où il enquille les personnages sans leur donner une véritable consistance.

C'est pourquoi au fil des pages de cette galerie de portraits, l'intérêt du lecteur s'étiole comme la poiscaille qui s'écaille.

 

 

Alexandre Anizy