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notes culturelles

"Tcherno", le nouveau polar de Gérard Laveau

Publié le par Alexandre Anizy

 

Presque un an après la parution d'un roman titré « le pas de l'ombre » (excellent livre, où le lecteur se délecte de la maîtrise du style ciselé et de l'architectonique savante), Gérard Laveau publie un polar : « Tcherno » (éditions Noirval, avril 2012, 298 pages, 23 €).

 

Inspiré par des faits réels graves, qui montrent qu'en France la Santé publique est une préoccupation mineure, l'auteur a troussé une nouvelle enquête de l'agence Torpédo & Amer dans laquelle la détermination de l'une n'a d'égale que la désillusion de l'autre, noyée dans un engagement risqué.

 

L'aventure est sur les trimards dans un cadre bucolique. Ne la ratez pas ! Comme la découverte d'un scandale d'État.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

L'intrusion d'Adam Haslett

Publié le par Alexandre Anizy

 

Cet auteur américain surgit en 2002 dans le milieu littéraire anglo-saxon avec un livre de nouvelles, « vous n'êtes pas seul ici » (éditions de l'Olivier, 2005), qui obtint des prix et un succès retentissant. En 2010 sortait son roman « l'intrusion » (poche folio en 2011).

 

C'est une construction romanesque comme on l'enseigne dans les écoles d'écriture américaine, que l'auteur connaît très bien. Alors cela sent le préfabriqué … et le style ne peut en cacher la fadeur.

 

« Accompagnée de Cressida, elle quitta la tranquillité étanche de l'entrée [hum ! NdAA], passa par les portes à tambour, avant d'émerger dans Congress Street, et toutes deux se firent happer par l'air frais de la nuit, qui trimballait avec lui le vacarme et la trépidation de la voie express. » (p.197)

 

On dirait du John Grisham évolué, puisque Adam Haslett est tendance avec son trader homosexuel qui surfe sur la ligne blanche et finit blousé par un subalterne tocard sur les marchés asiatiques.

La dose écolo n'a pas été oubliée dans le shaker.

Mais il n'a pas encore mis en pratique ses cours de maquillage : dommage.

 

 

Alexandre Anizy

Philby de Robert Littell

Publié le par Alexandre Anizy

 

« Philby. Portrait de l'espion en jeune homme » (éditions BakerStreet, novembre 2011, 330 pages, 21 €) est un livre habilement construit : Robert Littell possède indéniablement ce talent.

L'absence de style (au sens djianesque – lire la note sur ce sujet) ne nuit pas à l'intérêt du lecteur.

 

 

Alexandre Anizy

 

Sous le ministère de Dubravka Ugrešić

Publié le par Alexandre Anizy

 

En 2004, Dubravka Ugrešić publiait « le ministère de la douleur » (Albin Michel, août 2008, 325 pages, 22 €), dans lequel elle rassemblait un échantillon pas forcément représentatif de la colonie yougoslave à Amsterdam. C'est un roman âpre sur les affres de la guerre et de l'exil.

 

Nous avons particulièrement apprécié son auto-dérision.

« Il a fallu que je me retrouve dans un autre pays pour remarquer que mes compatriotes s'expriment dans une sorte de semi-langage, comme s'ils avalaient la moitié des mots, qu'ils recrachaient la moitié des voyelles. Ma langue maternelle me semble alors prononcée avec effort par quelque invalide ayant des difficultés d'élocution et devant étayer sa pensée la plus simple par des gestes, des grimaces et des intonations. » (p.14)

C'est une croate lucide sur le pays éclaté :

« Les nouveaux potentats ne sauraient se contenter du pouvoir : dans leurs Etats devaient vivre des zombies, des gens sans mémoire. Le passé yougoslave était ainsi publiquement conspué (...) » (p.75)

« La Yougoslavie avait été un pays horrible. Ils mentaient tous, comme ceux d'aujourd'hui. La seule différence, c'est que d'un seul mensonge ils en ont fait cinq. » (p.102)

 

La façon dont Dubravka Ugrešić dépeint le personnage de la bourgeoise zagréboise

(« Ah, Ines ! Ce babillage, cette affèterie austro-hongroise, ce soft-croatisme, cette prétendue chaleur méridionale, cette satisfaction de soi-même et de sa maison, dont les murs s'ornaient du butin marital, le butin du premier mariage. » p.240),

nous renvoya à celle de Slobodan Selenić quand il parle du serbe belgradois (lire nos notes sur cet auteur). Il est sûr que dans les Balkans l'auto-dénigrement est une valeur commune.

 

Grâce au talent et à l'ironie de Dubravka Ugrešić, vous parviendrez à passer le cap de cette douleur.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Rêverie de Régis Debray

Publié le par Alexandre Anizy

 

Lundi 19 mars 2012, Régis Debray présentait son livre « Rêverie de gauche » (Flammarion, mars 2012, 103 pages, 10 €) au Café du Croissant à une centaine d'Amis de l'Humanité. Il confirma son "allergie" à Sarkozy de Nagy Bocsaet son aspiration gaullienne, évoqua l'historien Marc Bloch(un thème de son ouvrage), « l'évidage de l'école républicaine, peu à peu envahie par tout ce qui la nie ». (p.85)

 

On y trouve aussi cette réflexion pertinente sur les concepts de société et de peuple : « Une société est un éparpillement de mémoires, un amoncellement de poches à rancune et de comptes à régler ; un peuple est une histoire longue, ou plus exactement l'unité de cette histoire. Les deux coexistent, bon an mal an, et il n'est pas bon que l'un chasse l'autre. Le peuple sans société devient une mystification et la société sans peuple, un capharnaüm. » (p.51)

 

Mais aussi cela : « Parce que les conversions morales commencent par d'inoffensives et anodines habitudes que ne réprouve nullement le Code pénal, mais seulement la common decency. "Les âmes mortes, disait Péguy, sont d'abord des âmes habituées". » (p.29) Puisqu'il s'agit de la gauche, cela vaut pour Strauss-Kahn, mais à notre avis aussi pour Rocard et Moscovici, qui sont allés médiocrement "rassurer" l'ambassadeur américain de leur atlantisme ontologique, quand la France s'opposait à l'invasion de l'Irak par l'Empire.

 

On passe un bon moment dans les pensées en volute de Régis Debray.

 

 

Alexandre Anizy

 

() : là où Jaurès fut assassiné.

 

 

 

La tristesse de Victor Del Arbol

Publié le par Alexandre Anizy

 

La vague des polars nordiques va se retirer après avoir inondé le marché de produits frelatés, dans lesquels la neurasthénie plombe la peinture d'une société sclérosée. Il faut espérer que les joyaux resteront dans les rayons des librairies, comme les bâches des plages du Nord, pour que nous puissions y revenir.

Maintenant l'air frais vient du sud.

 

Avec « la tristesse du samouraï » (Actes Sud, 2012, livrel de 345 pages), Victor Del Arbol a frappé un grand coup grâce à une architectonique sophistiquée et un style d'une élégance maîtrisée (traduction de ClaudeBleton).

Voyons l'incipit : « Il y a des gens qui refusent d'être aimés, ils préfèrent qu'on les quitte. Maria était de ceux-là. »

Et puis : « Un enterrement gris, sous un ciel lourd de nuages obscurs, balayé par un vent glacé. Elle se rappelait une petite chambre dans la pénombre, éclairée par deux candélabres où la flamme vacillante des chandelles formait un cercle jaunâtre autour de la couche où gisait sa mère, les mains croisées sur la poitrine, tenant un crucifix. » (p.40)

Et encore : « Un gamin se faufilait entre les coques rouillées des navires marchands abandonnés le long d'un quai du port ; il sautait de grue en grue comme un singe, au-dessus des eaux pestilentielles, essayait de pêcher des mulets, poissons énormes qui étaient à la mer ce que les rats étaient aux décharges. » (p.188)

 

L'arrière-plan de ce polar, c'est 50 ans d'histoire de l'Espagne. Sur ce fond noir, Victor Del Arbol a tissé une intrigue infernale, dont vous voudrez connaître le dénouement si vous êtes entrés dans le cercle des lecteurs intrépides et curieux.

 

 

Alexandre Anizy


 

La truelle d'Elsa Marpeau

Publié le par Alexandre Anizy

 

C'est un jour qui nuit à notre bonne humeur. Celui où nous avons lu le pavé squelettique de Mme Elsa Marpeau : « Black blocs » (Gallimard, série noire, livrel de 300 pages, février 2012).

 

C'est un produit mince, dopé aux redites et aux pièces collées racoleuses, avec des personnages sans profondeur psychologique.

À la truelle, Marpeau gâche son texte d'insertions putassières, comme le maçon son mortier pour un mur d'argent.

 

Une bourgeoise qui vit à Singapour et qui la joue "toto" dans le monde noir des trotskards, c'est à gerber !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

En corps avec Daniel Pennac ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans son dernier livre, « Journal d'un corps » (Gallimard, janvier 2012, 400 pages, 22 €), Daniel Pennac voulait raconter la vie d'un corps : c'était un projet littéraire original et ambitieux, qui nous fit revenir vers cet écrivain dont nous avons apprécié les premiers romans (comme « la fée carabine », « la petite marchande de prose »).

 

Parce qu'il a inclus son sujet dans un cadre romanesque classique, i.e. une histoire ordinaire qui captive n'importe quel lecteur - car Pennac n'a rien perdu de son talent -, nous considérons qu'il atteint partiellement son objectif.

 

Avec son "Journal", Daniel Pennac n'a donc pas sombré corps et biens.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Téa Obreht et la femme du tigre

Publié le par Alexandre Anizy

 

Téa Obreht, originaire de Yougoslavie, vit aux USA. A 25 ans elle achève un roman, où elle montre qu'elle a bien acquis le savoir-faire américain dans la construction romanesque, en positionnant son récit dans les décombres d'un pays qu'elle n'a pas really connu et dont finalement elle ne parle pas, évitant ainsi d'empiler les idées communes et d'émettre des conneries définitives.

 

Dans « la femme du tigre » (Calmann-Lévy, août 2011, 332 pp., 20,50 €), on reste à la surface des choses, bien qu'on plonge dans l'onirisme à la manière d'un Gabriel Marquez.

 

Téa Obreht a du talent, c'est évident, mais elle nous intéressera le jour où elle mettra sa technique au service d'une vision personnelle de l'humanité.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

"la liseuse" de Paul Fournel

Publié le par Alexandre Anizy

Ayant été abondamment cité dans « la liseuse » de Paul Fournel (POL éditeur, janvier 2012, livrel ePub à 10,99 €), ce qui était fait en cohérence avec le sujet du roman, il était difficile à Bernard Pivot d'échapper à la recension : mission accomplie puisqu'il nous a donné envie de le lire … sur notre liseuse.

Par contre, nous ne sommes pas sûrs que François Busnel ait réellement lu l'ouvrage (cet homme des médias a tellement d'activités annexes à celle du magazine …), notamment quand il écrit « D'autres, plus malins, plus élégants, opposent à la nouveauté [le livrel, ndAA] une arme redoutable, venue des temps anciens : la poésie. Paul Fournel appartient à cette dernière catégorie d'écrivains. » (Express du 4 janvier 2012)

En effet, Paul Fournel a travaillé son sujet : il nous raconte comment un vieil éditeur contribue à l'évolution de son métier en mettant le pied à l'étrier à une bande de jeunes qui ouvrent de nouvelles voies pour "la transmission des textes". Mieux que cela : il nous semble que Paul Fournel, dont nous avons lu un autre roman (« un homme regarde une femme ») que nous n'arrivons pas à retrouver dans notre bibliothèque (ce qui n'arriverait pas avec un livrel !), a écrit son texte en pensant aux nouveaux supports (chapitres courts, mise en page et style épurés, dialogues brefs). C'est aussi une réflexion sur l'usage de ces nouveaux outils dans l'édition, et par conséquent sur la littérature.

Ceux qui l'aiment iront flâner du côté de chez Fournel.


Alexandre Anizy