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notes culturelles

Du Rabb avec Rosa

Publié le par Alexandre Anizy

 

Jonathan Rabb est un Américain cultivé (oxymoron?), puisqu'il a écrit un polar subtile autour de l'assassinat de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg en janvier 1919, à Berlin. (« Rosa », poche 10/18 juin 2011, 568 pages)

 

N'y cherchez pas un récit du mouvement spartakiste. Seulement une peinture de la ville en toile de fond, juste l'esquisse d'un portrait psychologique de Rosa la Rouge nécessaire à la structure narrative, d'un trait délicat puisque Rabb fait ici dans la dentelle. Il n'empêche qu'historiquement fondé, ce livre permettra à d'aucuns d'en apprendre sur cette période allemande.

Pour cela, ils devront peut-être vaincre leur impatience, car l'intérêt ne vient que lentement : est-ce à cause du style sobre et académique ? Mais une fois saisis par l'intrigue, ils voudront connaître non pas la fin mais la résolution de l'enquête, qui nous a laissé sur notre faim.

 

Quoi qu'il en soit, vous pouvez prendre du Rabb avec Rosa !

 

 

Alexandre Anizy

 

Découvrir Cornuaille

Publié le par Alexandre Anizy

 

Lorsque vous poussez la porte d'une librairie, il convient de temps en temps de vous laisser porter par l'humeur du jour, de céder à une envie spontanée.

 

Ce samedi-là, Bernard Cornuaille dédicaçait son 2ème livre, « l'Évêché » (éditions Aristote, mai 2010, 408 pages, 18 €). L'auteur étant bien organisé, nous pûmes parcourir une 4ème de couverture plastifiée, qui suscita notre curiosité malgré les maladresses de la présentation.

 

« l'Évêché » est un thriller qui évoque le Moyen-Âge, les moines et les rites sataniques dans les environs de Reims, puis de Marseille. Bernard Cornuaille raconte dans un style très sobre une traque qu'il a remarquablement structurée.

 

Au lieu de lire une énième enquête d'un policier californien ou d'un médecin légiste de Virginie, osez l'ouvrage d'un obscur écrivain français, parce qu'il vaut bien un Donald Harstad dont les médias ont rendu compte des publications grâce au bon travail de l'éditeur et de son attaché de presse, ce dont le Rémois n'a pas bénéficié.

 

Si vous voulez sortir des sentiers balisés par la Profession, pour une lecture d'automne près de la cheminée qui crépite, par exemple, vous pouvez vous taper « l'Évêché » de Bernard Cornuaille.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

: mauvais titre, au demeurant.

 : quelle idée saugrenue d'appeler ainsi une maison d'édition !

 

 

Le savoir-vivre d' Hédi Kaddour n'est pas un cadeau

Publié le par Alexandre Anizy

 

Nous avons essayé de lire « savoir-vivre » de Hédi Kaddour (Gallimard, janvier 2010, bouquinel de 178 pages). Force est de constater que nous avons abandonné à la page 26, après avoir lu ceci :

« Lena avait appris à repérer les signes, la façon dont il se rapprochait de l'entrée tout en lui parlant avec gentillesse, les premières fois elle avait été prise au dépourvu, puis elle s'était adaptée, elle essayait de contrôler, elle se glissait dans la partie du salon qui précédait l'entrée. Thibault devait passer devant elle pour sortir. »

Nous ne supportions plus ces phrases interminables, empilement de données furtives, comme si l'auteur aurait refusé de trier les éléments de son tableau. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que nous ne succombions pas à la passion amoureuse évoquée en ce début de roman.

 

Quand il enseigne la littérature et l'art d'écrire (mon Dieu, que d'élèves torturés !), il paraît qu' Hédi Kaddour ne supporte pas les adverbes, notamment ceux qui finissent en "ment" ; il comprendra alors – du moins nous l'espérons -, qu'on se refuse à peiner sur des livres encombrés d'histoires secondaires, de propositions inutiles et jamais subordonnées, qui confinent l'ouvrage dans une littérature de bazar, où l'on confondrait accumulation de mots avec style pointilliste.

Bref, ce livre de Kaddour n'est pas un cadeau.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Max Stirner, post-chrétien selon Michel Onfray

Publié le par Alexandre Anizy

 

Concernant tous les dogmatismes en vogue à la fin du siècle dernier, notamment ce que Husserl nomme les "contre-philosophies" (die Unphilosophien, i.e. le nazisme et le stalinisme), nous considérons aujourd'hui que nous devons notre immunisation à Max Stirner. Lorsque nous vîmes que Michel Onfray le passait sur son enclume dans le tome 6 de sa contre-histoire de la philosophie (« les radicalités existentielles », Grasset, février 2009, 400 pages, 20,90 € ; pour Stirner, des pages 295 à 348), nous décidâmes de confronter son analyse à nos souvenirs de lecture, malgré nos réserves à l'encontre du philosophe hyper-médiatique.

 

« L'unique et sa propriété », LE livre de Max Stirner, est un cri d'opposition radicale à la religion, à la politique, à la société, à la morale, à l'éthique, bref à tout ce qui peut entraver l'expansion du Moi. C'est pourquoi on le présente couramment, quand on ose aborder ce penseur réfractaire aux académismes, d'abord comme le théoricien de l'anarchisme individualiste (d'aucuns parlent de l'associationnisme de Stirner), mais aussi comme un précurseur de l'existentialisme, ou comme l'inspirateur du Nietzsche de « par-delà le bien et le mal ».

 

« Mais si l'on veut élargir les perspectives et éviter le prélèvement intéressé, on peut aussi inscrire la pensée, l’œuvre et la figure de Stirner dans la logique du combat anti-hégélien. » (p.306)

« L'Unique et sa propriété peut être lu comme un anti - Principes de la philosophie du droit de Hegel. » (p.308)

Force est de constater que Michel Onfray a ravivé nos souvenirs, a aiguisé notre lecture, car son approche est pertinente.

« L'hégélianisme produit au XIXe siècle un effet magnétique sur la totalité des penseurs (…) A cette époque, l'enfumage conceptuel pratiqué par tel ou tel philosophe impressionne, tétanise et terrorise (...) » (p.306-307)

Sûr que les professionnels de la philosophie vont hurler au simplisme quand on reproduira ce résumé de l'hégélianisme :

« Stirner a bien noté, et c'est l'essentiel, que la pensée de Hegel est luthérienne et n'est que cela – habillée des concepts et des mots de l'idéalisme transcendantal. » (p.308)

Nous laissons à Onfray ses marottes antichrétiennes, qui en l'espèce nous paraissent diablement pertinentes, préférant insister sur la nocivité de la dialectique transcendantale et apologétique, que l'auteur résume bien avec son sens de la formule :

« L'idéalisme hégélien est une grosse machine à produire à satiété des triades, des trios, des trilogies, des trinités et des triptyques. Le désordre du monde (…) artificiellement (…) dans des boîtes systématiques à 3 tiroirs. » (p.308)

Ce que Georges Gurvitch a écrit en termes plus conventionnels (dans « Dialectique et sociologie »)

Stirner pense de façon immanente, pratiquant un nominalisme radical : tout signifiant doit correspondre à un signifié réel dûment constatable.

« Hegel est religieux tout le temps, même en philosophie – surtout en philosophie ; Stirner, un athée en tout. » (p.310)

Mais alors qu'est-ce que l'Unique ?

« L'Unique, c'est l'autre nom du Je d'un Moi qui s'exprime. Il n'y a donc pas un concept d'Unique comme il en existe chez Kierkegaard avec l'Individu, Fichte avec le Moi, Hegel avec la Subjectivité. (…) un Unique se confond avec la réalité de son corps de chair et d'os. Fait-on plus radicalement matérialiste ? Et plus définitivement nominaliste ? » (p.316)

 

S'agissant de Max Stirner, le tamis usuel de Michel Onfray n'est pas rédhibitoire. Mieux pardi ! Il mérite un arrêt, compte tenu « du désordre de la composition et de la confusion des thématiques » dans « l'unique et sa propriété », puisque le philosophe allemand a poussé la coquetterie intellectuelle jusqu'à l'application de SON mot d'ordre, « Je fais ce que Je veux » !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

: ceci est d'une certaine manière le prolongement de notre note

http://www.alexandreanizy.com/article-l-illusion-economique-selon-bernard-guerrien-81881634.html

: il nous semble que cet auteur apprécie la philosophie au marteau.

: lire notre note

http://www.alexandreanizy.com/article-a-michel-onfray-travailler-plus-pour-ecrire-moins-52224938.html

 

 

 

 

 

Le poids d' Erri De Luca

Publié le par Alexandre Anizy

 

Après trois déceptions (lire les notes précédentes), nous tombâmes sur le dernier opus d' Erri De Luca, « le poids du papillon » (Gallimard, avril 2011, bouquinel de 77 pages), qui nous rabibocha avec l'idée que nous avons de la littérature italienne.

Si nous n'avons pas accroché à la courte nouvelle "visite à un arbre" qui termine le livre, l'autre qui porte le titre éponyme est un joyau : structure épurée, limpidité des phrases, simplicité des mots, vérité des êtres.

 

« Un homme qui ne fréquente pas de femmes oublie qu'elles ont une volonté supérieure. (…) Un homme qui ne fréquente pas de femmes est un homme sans. » (p.33-34) ;

 

« Un homme est ce qu'il a commis. » (p.39-40) ;

 

« Les hommes ont inventé des codes minutieux, mais à la première occasion, ils s'entre-déchirent sans loi. » (p.47-48) ;

 

« Les femmes font des gestes de coquillage, qui s'ouvrent pour expulser comme pour attirer à l'intérieur. » (p.48-49)

 

De quoi parle « le poids du papillon » ? D'un vieil homme et du roi des chamois. Mais pas seulement.

A vous de le découvrir en lisant ce bijou.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Songer à Francesca d'Aloja ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

Il est une méthode chez les éditeurs qui consiste à publier des textes littéraires de personnalités, notamment d'artistes, afin de profiter de leur notoriété pour rentabiliser leurs investissements. Mais le lecteur, lui, y trouve-t-il son compte ?

 

Francesca d'Aloja est une comédienne italienne qui a fait sa pelote depuis sa première apparition au cinéma en 1985. Passée à la réalisation depuis 1997, elle maîtrise l'amont, à savoir le scénario.

 

Son premier roman, « le mauvais rêve » (Gallimard, mai 2008, 400 pages, 22,50 €), sent bon le projet cinématographique de qualité, dont la forme littéraire n'a pas été négligée (afin d'en mieux tester le potentiel économique ?).

 

L'auteur raconte le repentir, à des degrés différents, d'acteurs des années de plomb. Les Américains ont leur 11 Septembre, les Italiens leur période explosive : c'est devenu un passage obligé pour les romanciers domestiques, surtout quand ils n'ont rien à dire et qu'ils se bornent à peindre les affres d'individus broyés par l'absurdité de leurs méfaits.

Voilà ce qui retient le lecteur dans ce livre bien fichu, et non pas les états d'âme du personnage central. Mais point de surprise : avec Francesca d'Aloja, on est dans le jugement consensuel sur ces temps-là.

 

Nous terminons en vous recommandant le film « la seconde fois », puisqu'il évoque la situation de l'ancienne cible et du tireur au commencement d'une semi-liberté conditionnelle.

(Ah ! Le manteau rouge de Valeria Bruni-Tadeschi marchant libre dans la ville …)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Basta de Vasta !

Publié le par Alexandre Anizy

 

Écoutant un jour Vincent Raynaud (traducteur) de chez Gallimard présenter la filière italienne, dont il avait sélectionné ce jour-là quelques auteurs Bottin, nous retenions Giorgio Vasta et « le temps matériel » (Gallimard,juin 2010, 368 pages, 21,50 €).

 

Ce livre est une parabole sur les Brigades Rouges : un texte très construit, terriblement intelligent, mais horriblement chiant.

 

« Ce que les Brigades Rouges ont compris, il [le personnage Scarmiglia] explique tout bas, c'est que le rêve doit être lié à la discipline, il doit devenir dur et géométrique, se projeter vers l'idéologie. (…) Les Brigades Rouges sentent tout ça, elles sont tout ça. Elles donnent de la matière à l'immatériel, de la moelle et une impulsion à ce qui n'était que coquille et inertie. » (p. 87)

 

Si Vasta rend bien compte de l'absurdité de la phraséologie brigadiste, de sa logique infernale à travers la dérive de ces enfants perdus, il n'a jamais réussi à nous embarquer dans ses filets. Que de fois nous faillîmes quitter ce naufrage romanesque en disant : « basta de Vasta ! »

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Les super-héros décatis de Marco Mancassola

Publié le par Alexandre Anizy

 

Marco Mancassola veut nous dire la fin d'un monde, celui de l’hyper-puissance américaine qui a façonné la vie planétaire depuis 1945 (si on accepte l'idée que la "guerre froide" n'était qu'une phase de retenue).Il le fait sous la forme d'un roman : « la vie sexuelle des super-héros » (Gallimard, mars 2011, 552 pages, 24,90 €)

« Autrefois, c'était le centre du monde : un bouquet de tiges en béton plantées dans le granit, un dédale de rues dont les bouches d'égouts dégageaient en permanence la vapeur du rêve. Autrefois, c'était sa ville, l'endroit où il accomplissait ses hauts faits, où il projetait ses exploits, où sa femme l'aimait sans réserves et où la moindre phrase prononcée sonnait comme une réplique parfaite. » (incipit, etc.)

Après le 11 septembre, Manhattan n'est plus comme avant.

 

Pour montrer cette déchéance, Mancassola utilise quelques super-héros décatis comme Mister Fantastic, Batman, Superman, ce qui n'est pas la marque d'une grande originalité.

Pour tout vous dire, on s'ennuie un peu chez Mancassola.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

"le joueur d'échecs" de Stefan Zweig

Publié le par Alexandre Anizy

« Le joueur d’échecs » de Stefan Zweig (Stock, bibliothèque cosmopolite, 1988, 112 pages, 38 FRF) est une friandise à emporter dans un train ou un avion, puisque l’histoire se passe sur un bateau.

 

Pas sûr qu’on se remette aux échecs après cette lecture.

 

Alexandre Anizy

 

"le maître ou le tournoi de go" de Kawabata

Publié le par Alexandre Anizy

C’est à cause de Kawabata et de son livre « le maître ou le tournoi de go » (en poche) que nous avons goûté à la prose de Shan Sa (lire notre précédente note sur « la joueuse de go »).

Comparer ces deux livres serait une offense au talent de Kawabata.

 

Car chez Kawabata, la partie entreprise par les deux joueurs d’exception dépasse le cadre délimité du damier pour proposer une réflexion mélancolique sur le passé, une méditation sur la mort. Cette partie a réellement eu lieu en 1938 et elle demeure célèbre dans le milieu du jeu de go, comme le duel Fisher / Spassky aux échecs. 

Mais le livre de Kawabata n’est évidemment pas un article de presse rendant compte de la bataille terrible : il présente une psychologie des guerriers, leur environnement, le comportement des épouses et des spectateurs.

 

Pour vous donner un aperçu du style et des questions que le récit soulève, voici un très court extrait :

 

« Dans le milieu des jeux de compétition, le spectateur aurait tendance à prêter à ses héros des pouvoirs quasi surnaturels. Opposer des adversaires de talents équivalents suscite un certain intérêt, mais ce qu’on espère vraiment, n’est-ce pas un être inégalable ? » (p.52)

 

Bonne question, n’est-ce pas ?

 

Alexandre Anizy