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notes culturelles

La petite leçon de Claude Arnaud

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans « Qu'as-tu fait de tes frères ? » (Grasset, juin 2011, 374 pages), Claude Arnaud romance sa vie tourbillonnante, qui va de Lutte Ouvrière puis de la Gauche Prolétarienne aux back rooms parisiens, en passant par une Université dont nous chérissons le projet initial.

 

A force de voir tomber les noms, on se dit qu'il en fait trop.

 

La leçon ? Le héros se voit comme une succession de personnages et de masques, qu'il ne renie pas, considérant que chacun l'a aidé à devenir ce qu'il est. Interesting, isn't it ?

Comme ce roman n'en est pas vraiment un, on se dit que le petit Claude a encore feinté pour se dissimuler dans cette histoire narcissique.

 

 

Alexandre Anizy

 

La propriété de Carole Martinez

Publié le par Alexandre Anizy

 

Avec « du domaine des Murmures » (Gallimard, juin 2011, bouquinel), Carole Martinez nous gratifie d'une histoire merveilleuse, i.e. pleine de bizarreries des temps anciens. Elle a peaufiné son expression de sorte que le lecteur baigne dans les eaux troubles des croyances médiévales.

Sommes-nous pour autant ébahis par l'ouvrage ? Que nenni !

 

Carole Martinez est en train de s'enfermer dans une tour d'écriture, d'où elle n'émettra périodiquement qu'un produit réservé à un public de jouvencelles, attardées ou non. Dommage.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

La vie de Durruti recomposée par Hans Magnus Enzensberger

Publié le par Alexandre Anizy

 

En 1972, l'écrivain allemand Hans Magnus Enzensberger publiait « le bref été de l'anarchie » (traduit en 1975 chez Gallimard, réédition décembre 2010, 420 pages, 11 €), dans lequel il retraçait le parcours terrestre de Buenaventura Durruti, un leader charismatique des anarchistes espagnols de 1936.

 

Ceux qui méconnaissent cette période historique seront captivés par ce récit, à la fois personnel et collectif. Grâce à la méthode employée par l'auteur, ils seront abreuvés de faits précis, qui plus est relatés sous divers angles, grâce à des témoignages variés. "Examen critique" deviendra une expression familière pour certains d'entre eux.

 

Sur le plan politique, nous ne doutons pas que beaucoup tomberont des nues en découvrant le rôle et le poids du mouvement anarchiste dans la Guerre civile espagnole, en apprenant les turpitudes des communistes inféodés à Moscou et les contradictions du mouvement républicain.

 

Du point de vue littéraire, ce livre en étonnera plus d'un, parce que c'est un assemblage de documents¹ que Hans Magnus Enzensberger qualifie de roman, rappelant ainsi au lecteur l'importance de sa subjectivité dans l'élaboration de l’œuvre : la vie de Durruti recomposée en 1972 à partir de papiers divers, d'entretiens avec les acteurs rescapés de l'enfer, etc. Dans le choix des pièces repose le travail du romancier.

 

Nous vous invitons à sauter dans le torrent de vie de Buenaventura Durruti.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

¹: pour d'autres raisons, nous avons partiellement adopté cette manière dans notre récit « instruction ordinaire » (éditions Noirval, juin 2011, 19 € ou bouquinel à 9,49 €)

 

 

 

Pour Steve Jobs : la vie de l'homme de Giuseppe Giachino Belli

Publié le par Alexandre Anizy

 

En lisant les éloges sur Steve Jobs, son discours à l'université de Stanford le 12 juin 2005, nous nous sommes rappelés d'une description de la vie ordinaire, de notre lot commun.

 

Le romain Giuseppe Gioachino Belli (1791 – 1863) était bilingue : une partie publiée en italien, une autre en dialecte, clandestine. Un poète irrévérencieux, populaire, qui vira avec l'âge en zélé réactionnaire bigot.

Ni voyant, ni exilé, simplement humain le Belli.

 

 

La vie de l'homme

 

Neuf mois empuanti. Puis dans les langes,

Croûtes de lait, bisous et grosses larmes.

Puis panier roulant, brassière et lisières,

Bourrelet au chef et couches aux fesses.

 

Puis le tourment de l'école commence,

L'abécédé, le fouet, les engelures,

Le caca sur la chaise, et la rougeole,

La scarlatine, un peu la variolette.

 

Viennent après, métier, jeûne et labeur,

Loyer, prison, dettes, gouvernement,

Et l'hôpital, et le con de m'amie.

 

L'été le soleil, en hiver la neige...

En tout dernier lieu, que Dieu nous bénisse,

Arrive la mort, et l'enfer au bout.

 

Giuseppe Gioachino Belli

(Rome, 18 janvier 1833)

 

Pas folichonne, la vie selon Belli !

 

 

 

Impasse Michéa

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dès que Jean-Claude Michéa publie un livre comme c'est le cas le 5 octobre avec « le complexe d'Orphée. La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès » (éditions Climats), les magazines établis comme le nouvel observateur ou marianne s'empressent de le commenter ou de le recevoir. On peut se demander pourquoi, tant le propos est ténu et répétitif.

Il nous semble que l’œuvre de Michéa se construit autour d'une intuition fondatrice : la doctrine de la gauche comme de la droite (PSUMP ou UMPPS) repose sur « le vieux dogme progressiste selon lequel il existe un mystérieux sens de l'histoire, porté par le développement inexorable des nouvelles technologies, et qui dirigerait mécaniquement l'humanité vers un monde toujours plus parfait – que celui-ci ait le visage de "l'avenir radieux"ou celui de "la mondialisation heureuse". » (Nouvel Observateur du 22 septembre 2011, p.108)

 

Dans « Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l'impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche » (Champs Flammarion, février 2006, 192 pages,) Jean-Claude Michéa dit rapidement qu'il n' y a qu' « une seule possibilité de développer de façon intégralement cohérente l'axiomatique ambiguë des Lumières : c'est l'individualisme libéral. » (p.16) Force est de constater aujourd'hui que les pseudo élites qui gouvernent ont intériorisé la théologie libérale comme une contrainte économique incontournable. Si pour Newton l'attraction terrestre soudait les mouvements désordonnés, pour la mécanique sociale les philosophes des Lumières ont opté pour l'intérêt, i.e. l'utilitarisme, alors qu'à la base de la vie humaine, on relève le cycle du don (donner, recevoir et rendre).

« (…) le prétendu réalisme de la science économique repose avant tout sur une représentation purement métaphysique de l'homme (...) » (p.41)

La figure qui incarne le plus cette fin commençante de l'Histoire est le « nomade Bouygues », cet ersatz pathétique de l'humain¹.

« Toute la question, cependant, est de savoir jusqu'à quel point notre corps, et notre psychisme, peuvent, sans défaillir, soutenir cette contrainte capitaliste d'une jeunesse éternelle, c'est à dire d'une existence à jamais atomisée et perpétuellement mobile. » (p.46)

Mais Michéa ajoute que l'utopie libérale a déjà le remède : refabriquer l'homme grâce à la biotechnologie, pour ce que Fukuyamanomme "post-humanité".

Quand au début des années 80 la Gauche établie renonce à la critique radicale du capitalisme, elle se libère en même temps du compromis historique (socialisme ouvrier avec camp républicain contre 1 ennemi, les tenants de l'ordre Ancien) qui la fondait, elle n'est plus alors que "Progrès"et "Modernisation" (éléments de langage de gens aussi sinistres que Hollande, Aubry, etc., sans parler de l'infâme Strauss-Kahn), i.e. toutes les fuites en avant de la civilisation libérale (ce que le médiocre Bertrand Delanoë avoua un jour maladroitement en se disant libéral).

« (…) cette Gauche moderne, ou libérale-libertaire, qui contrôle désormais à elle seule l'industrie de la bonne conscience » est en effet le véhicule adapté pour forger l'infrastructure psychologique et imaginaire d'un monde libre et moderne, i.e. composé d'atomes toujours mobiles qui « vivent sans temps morts et jouissent sans entraves ».

 

 

Après « l'impasse Adam Smith », qui était le versant "sciences économiques"de son analyse, Michéa a creusé le sillon pour en proposer ce mois-ci le versant "sciences politiques". C'est du moins ce qui ressort des articles cités ci-dessus. En somme, rien de neuf.

Mais pour ceux qui voudraient plonger, nous signalons que la lecture de Michéa s'apparente au butinage sur la Toile, puisque l'auteur renvoie en permanence les anagnostes modernes dans les notes de bas de page ou les scolies : de cette partie de flipper faiblement philosophique, ils en sortent forcément secoués, à défaut d'être impressionnés.

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : Michéa n'a vraiment pas tort lorsqu'il écrit : « Les moines-soldats du libéralisme moderne – les Minc, les Attali, et autres Sorman – n'ont jamais ajouté aucune idée véritablement nouvelle à ce vieil évangile. En tout cas, rien qui soit philosophiquement postérieur à ce que l'on trouve déjà au XIXe siècle, dans les œuvres très médiocres d'un J.B. Say ou d'un F. Bastiat. » (p.37)

 

 

Le somnifère paradisiaque d' Ana Maria Matute

Publié le par Alexandre Anizy

 

En janvier 2011, les éditions Phébus sortaient le roman « Paradis inhabité » (288 pages, 21 €) de l'écrivain espagnol Ana Maria Matute.

Pour le lecteur, ce fut presque l'enfer …

 

Alexandre Anizy

 

Pas de vide pour Alicia Gimenez Bartlett

Publié le par Alexandre Anizy

 

Puisque le temps qui passe inexorablement lamine nos châteaux en Espagne, et même plus, il agit aussi sur les personnages centraux d'Alicia Giménez Bartlett dans « un vide à la place du coeur » (titre original « nido vacio » ; Rivages Noir, octobre 2010, 434 pages, 10,50 €).

 

Avec Petra Delicado et son adjoint Garzón, nous plongeons dans la noirceur de la réalité sociale, déprimante si vous n'avez pas les défenses immunitaires ad hoc. Mais parallèlement à l'intrigue, toujours finement ciselée, l'auteur nous gratifie d'une réflexion sur le mariage. La leçon est profitable, du moins aux protagonistes.

 

Ne boudons pas notre plaisir : encore du bel ouvrage !

 

Alexandre Anizy

 

 

Pas de mystère pour Willi (Pierre)

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pierre Willi est un homme sympathique, absolument pas mielleux, qui dédicaçait récemment ses livres au Touquet, la station des quatre saisons (paraît-il) : curieux et avenant, nous avons acheté « le mystère Verwoorde » (Ravet-Anceau, novembre 2010, 256 pages, 10 €)

 

Force est de constater que nous abandonnâmes la lecture au bout de 2 chapitres (soit 20 pages). L'auteur a tellement parsemé sa prose de tout et de petit que nous proposons une réponse à la question qu'il pose à la page 55, « comment écrire un livre avec toutce verbiage insipide ? » : en en faisant une bouillabaisse assommante.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Du Rabb avec Rosa

Publié le par Alexandre Anizy

 

Jonathan Rabb est un Américain cultivé (oxymoron?), puisqu'il a écrit un polar subtile autour de l'assassinat de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg en janvier 1919, à Berlin. (« Rosa », poche 10/18 juin 2011, 568 pages)

 

N'y cherchez pas un récit du mouvement spartakiste. Seulement une peinture de la ville en toile de fond, juste l'esquisse d'un portrait psychologique de Rosa la Rouge nécessaire à la structure narrative, d'un trait délicat puisque Rabb fait ici dans la dentelle. Il n'empêche qu'historiquement fondé, ce livre permettra à d'aucuns d'en apprendre sur cette période allemande.

Pour cela, ils devront peut-être vaincre leur impatience, car l'intérêt ne vient que lentement : est-ce à cause du style sobre et académique ? Mais une fois saisis par l'intrigue, ils voudront connaître non pas la fin mais la résolution de l'enquête, qui nous a laissé sur notre faim.

 

Quoi qu'il en soit, vous pouvez prendre du Rabb avec Rosa !

 

 

Alexandre Anizy

 

Découvrir Cornuaille

Publié le par Alexandre Anizy

 

Lorsque vous poussez la porte d'une librairie, il convient de temps en temps de vous laisser porter par l'humeur du jour, de céder à une envie spontanée.

 

Ce samedi-là, Bernard Cornuaille dédicaçait son 2ème livre, « l'Évêché » (éditions Aristote, mai 2010, 408 pages, 18 €). L'auteur étant bien organisé, nous pûmes parcourir une 4ème de couverture plastifiée, qui suscita notre curiosité malgré les maladresses de la présentation.

 

« l'Évêché » est un thriller qui évoque le Moyen-Âge, les moines et les rites sataniques dans les environs de Reims, puis de Marseille. Bernard Cornuaille raconte dans un style très sobre une traque qu'il a remarquablement structurée.

 

Au lieu de lire une énième enquête d'un policier californien ou d'un médecin légiste de Virginie, osez l'ouvrage d'un obscur écrivain français, parce qu'il vaut bien un Donald Harstad dont les médias ont rendu compte des publications grâce au bon travail de l'éditeur et de son attaché de presse, ce dont le Rémois n'a pas bénéficié.

 

Si vous voulez sortir des sentiers balisés par la Profession, pour une lecture d'automne près de la cheminée qui crépite, par exemple, vous pouvez vous taper « l'Évêché » de Bernard Cornuaille.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

: mauvais titre, au demeurant.

 : quelle idée saugrenue d'appeler ainsi une maison d'édition !