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notes culturelles

"Ces deux hommes" de Slobodan Selenić

Publié le par Alexandre Anizy

 

Avec « ces deux hommes » de Slobodan Selenić (Robert Laffont, janvier 1991, 301 pages, 130 FRF), nous sommes à nouveau face à une œuvre de qualité, mais un cran en-dessous de celles que nous avons évoquées ici.

http://www.alexandreanizy.com/article-sous-le-soleil-de-slobodan-seleni-46906180.html

http://www.alexandreanizy.com/article-autre-chef-d-oeuvre-de-slobodan-seleni-meurtre-avec-premeditation-62977618.html

 

L'histoire se passe à Belgrade, dans l'agitation de l'immédiat après-guerre (1945) : le vieux monde représenté par le bourgeois Vladan prend sous son aile protectrice une jeune pousse symbolisée par le kosovar Istref, issu d'un monde pastoral également en voie de disparition.

L'architectonique est brillante, comme le style. L'incipit offre par son rythme et par ses circonvolutions un aperçu saisissant de l'ouvrage :

« Il remarqua la grosse enveloppe jaune sur son bureau dès qu'il passa la tête par la porte entrouverte pour vérifier si l'un des enfants n'était pas pelotonné dans le grand fauteuil où il aimait tant à se prélasser en son absence, et malgré son interdiction, ou peut-être justement en raison de celle-ci, Tanja, Alija et même, ces derniers temps, le petit Čakar. [prononcer « tchakar », ndAA] »

 

Pourquoi n'est-ce pas un autre chef d’œuvre de Slobodan Selenić ?

Si dans la lente montée vers la confrontation l'opposition des caractères est soigneusement disséquée, la dimension sociale (le conflit entre le monde vieux et le neuf) n'est pas traitée à sa juste mesure : un manque qui cantonne trop le roman dans la sphère psychologique.

 

Mais un Selenić en demi-teinte vaut largement dix Angot réussis (oxymoron) !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Tristan s'est-il égaré ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

En 1983, le jury Goncourt attribuait son prix à Frédérick Tristan pour son roman « les égarés » (Fayard, édition de 2000 ; bouquinel en pdf de 595 pages) : il ne se trompait pas en couronnant un livre de cet acabit qui commence par un bijou :

« Il conviendrait sans doute que je raconte ici une histoire de mon invention. »

La suite est d'une haute tenue littéraire, même si à un moment l'auteur plonge vraiment dans la facilité en empruntant aux faits divers connus (le kidnapping chez Charles Lindbergh). Nobody is perfect.

 

Du coup on se demande, entre « les égarés » et « la femme écarlate » dont nous avons parlé dans une note récente, si nous sommes bien en présence du même auteur, tant la différence de niveau paraît flagrante.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne

Publié le par Alexandre Anizy

 

Grâce à Frédérick Tristan, nous avons l'occasion de parler de « la lettre écarlate » (bouquinel gratuit sur www.feedbooks.com , 262 pages) de Nathaniel Hawthorne.

 

Le style est particulièrement soigné, d'aucuns diront daté, mais à force de se vouloir modernes on en devient sots.

« Une foule d'hommes barbus, en vêtements de couleurs tristes et chapeaux gris à hautes calottes en forme de pain de sucre, mêlée de femmes, certaines portant capuchon, d'autres la tête nue, se tenait assemblée devant un bâtiment de bois dont la porte aux lourdes traverses de chêne était cloutée de fer. » (p.43 ; incipit du chapitre 1)

 

C'est un très bon livre.

Allez-y ! profitez-en pour essayer un bouquinel (e-book pour les paresseux formatés) sur votre ordinateur ou sur une liseuse*.

 

 

Alexandre Anizy

 

* : les prix deviennent abordables.

 

 

 

Tristan sans éclat avec la femme écarlate

Publié le par Alexandre Anizy

 

Il n'y a pas longtemps, quelqu'un nous a dit que Frédérick Tristan était bourré de talent. C'est pourquoi, en passant dans notre bibliothèque municipale préférée, nous avons emprunté « la femme écarlate » (Fayard, avril 2008, 348 pages).

 

L'histoire est racontée d'une écriture académique, si bien que tout au long de la lecture nous nous interrogions sur son intérêt.

Au final, on cherchait encore le brio.

 

C'est aussi ce que dit Chloé Saffy, un jeune écrivain qui ne s'embarrasse pas de circonlocutions :

« Ah la Femme écarlate, l’autre nom de la Putain de Babylone, toujours vêtue de rouge et qui est censée symboliser toutes les tentations les plus viles de l’âme humaine, la putain qui enserre entre ses cuisses les désirs et la vulnérabilité des hommes. Je brode, je brode, mais franchement pas plus que Frédérick Tristan qui lui s’en donne à cœur joie. C’est son souci d’ailleurs, au lieu de raconter son histoire, il se perd en digressions bavardes, surligne lourdement chacun des sentiments de ses personnages, les anticipe même dans la plus grande tradition du « Nous le savons, mais David lui ne savait pas encore ce qu’Olympe préparait pour lui dans le secret . ». Cela donne un roman en forme de pâtisserie surchargée de crème, de beurre, de coulis, il y en a trop, à toutes les pages, c’est boursouflé, cela devient vite écœurant. »

Pour finir, sa conclusion à laquelle nous souscrivons :

« Ce n’est pas que Frédérick Tristan ne sache pas écrire, mais il en fait trop et dans son cas, l’excès lui nuit. On peut donc aisément passer sur La Femme écarlate si l’on tient à (re)découvrir son œuvre. »

(source : http://www.discordance.fr/La-femme-ecarlate-Frederick.html )

 

Puis nous avons pensé à « la lettre écarlate » de Nathaniel Hawthorne (bouquinel gratuit à télécharger), dont le roman de Tristan pourrait être une sorte d'inversion. Mais dans ce cas, la comparaison est impitoyable pour Frédérick.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Bille de chêne de Yanny Hureaux

Publié le par Alexandre Anizy

 

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, vivre dans les Ardennes profondes, à 15 kilomètres au nord de Charleville, n'était pas une sinécure. Mais l'envie de s'en sortir sans rien demander, alliée à une pratique ancestrale de la débrouillardise, c'est ce que raconte Yanny Hureaux, avec le talent que nous lui connaissons, dans « bille de chêne » (JC Lattès, 1996, 269 pages, 16,80 €)

 

Il n'est pas nécessaire de connaître cette contrée, et encore moins Gespunsart, pour apprécier le tableau de l'enfance forestière de l'auteur, parce que chacun y retrouvera un peu de la sienne.

On pense alors aux « ritals » de Cavanna, au « cheval d'orgueil » de Pierre-Jakez Hélias : c'est dire le niveau d'excellence.

 

 

Alexandre Anizy

 

Service Littéraire pour amateurs

Publié le par Alexandre Anizy

 

Service Littéraire est une revue (2,50 €) lancée par François Cérésa avec quelques amis : tous les mois, une bande de journalistes – écrivains disent sans ambages, et souvent avec humour, ce qu'ils pensent de la production littéraire en France.

 

Prenons par exemple celle dont nous avons dit tant de mal dans notre dernière note culturelle. L'article est signé Guillaume de Sardes.

 

Le titre :

« est-il vraiment possible de la lire ? »

Le sous-titre :

« La réponse est non, car le dernier roman de Christine Angot, comme les précédents, est écrit à la pelle à tarte, négligé, insignifiant, banal, démagogique et con comme la lune. »

Démonstration :

le journaliste débute sa critique par un incipit d'Aragon (« La première fois qu'Aurélien vit Bérénice,il la trouva franchement laide. ») qu'il compare à la rencontre chez Angot (« La première fois que Billy a vu Hélène, c'était dans le couloir de l'hôtel. » p.7), puis il revient à Aragon (« Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. ») pour estoquer l'Angot (« Ca sentait l'herbe dans sa chambre, il voit quelqu'un qui regarde, il lui demande si elle est flic. »).

D'un côté, le rythme portant une vérité nue, de l'autre la platitude amplifiant l'insignifiance.

 

La suite de l'article est du même tonneau, humour et vacheries en sus.

 

Vous pourriez penser qu'il est facile d'enfoncer Angot en la confrontant à un génie tel qu'Aragon, comme si Doc Gynéco jouait sur la même planète que Bob Marley, ou bien que Ribéry se mesurait à Kopa … Que nenni ! Il faut du métier et beaucoup d'abnégation, ce qui auraient manqué en l'occurrence à 3 journalistes du Figaro se trouvant « dans l'impossibilité de critiquer le nouveau roman de Christine Angot : personne n'a réussi à le lire. », comme le rapporte un certain "N.U"dans une brève drôle et venimeuse (22 janvier 2011).

Si même le Figaro Magazine se met à défourailler …

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Pour estoquer "les petits" de Christine Angot

Publié le par Alexandre Anizy

 

Car voilà un roman, « les Petits » de Christine Angot (Flammarion, janvier 2011, 188 pages, 17 €), qu'on voudrait bien défendre, puisque le thème agace : le pouvoir démoniaque qui s'empare de certaines femmes lorsqu'elles deviennent mère. Malheureusement, il n'est pas vraiment traité. C'est étriqué, à l'unisson d'un style toujours aussi pauvre : le staccato d'Angot.

 

Sérieusement, le fait que le milieu germanopratin soutienne cet écri-nain ne manque pas de nous étonner, parce que si nous savons ce qu'il y a de maladroit chez Angot, nous cherchons encore ce qu'il y a de gauche.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

La petite de Yanny Hureaux

Publié le par Alexandre Anizy

 

Après le désastre de l'écri-nain pipole Angot, il nous fallait retrouver la pureté d'une émotion brute, sincère, c'est à dire en dehors de toute préfabrication monstrueuse.

Dans « la petite » (Julliard, 4ème trimestre 1974, 203 pages), Yanny Hureaux parvint à exprimer la douleur d'un père qui perd sa fille de 9 ans dans un accident de voiture, à la sortie de Charleville-Mézières.

 

Ce récit est un long cri et le travail stylistique rend compte, dès le départ, de l'anéantissement de l'auteur :

« Tu dors. Ce klaxon bloqué – qu'on arrache les fils, les cosses, les cosses de la batterie, mes cris – est-ce que je crie ? - cette sirène dans la nuit – oui, un pimpon, un pimpon nocturne, la pluie – il pleut ? - rien, rien ne te réveillera parce que chaque dimanche soir, au retour, dès la sortie de Charleville, il en est ainsi : tu tombes de sommeil. Le sommeil des berceaux. »

 

Ce livre bouleversant n'est malheureusement pas un chef d’œuvre, parce que Yanny Hureaux s'écarte trop du cœur de son sujet : 80 pages parasitent le message. Malgré ces boursouflures, on se souviendra encore de « la petite », tandis que les chiards d'Angot … .

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Une page de Pia Petersen

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pia Petersen est une Danoise qui, après avoir un peu bourlingué, s'est attachée à la France où elle a ouvert une librairie avant de se lancer dans l'écriture. « Une livre de chair » (Actes Sud, février 2010, 317 pages, 22 €) est son sixième roman.

 

Dans ce livre, la scène qui se passe à New York dans un petit appartement, autour d'une table de poker, est ponctuée d'innombrables flash back concernant un exilé français.

 

Le style saccadé est irritant dès le commencement :

« Il ne faut pas transpirer, surtout pas, il doit garder la tête froide, impérativement. Il n'a rien, ses cartes sont nulles et il ne veut pas transpirer, ce serait se dévoiler, signaler qu'il n'a rien et il n'a rien, il ne lui reste que le bluff, faire croire qu'il a quelque chose. »

On s'emmerde prodigieusement.

 

 

Alexandre Anizy

 

Poil de carotte au programme

Publié le par Alexandre Anizy

 

En ce temps-là, dans un village ardennais, nos lectures étaient simples : le journal local (première fenêtre sur le monde), et les bandes dessinées que nous trouvions sur le présentoir du café. Ainsi, les héros Buck John, Kit Carson, Tex Tone, du même éditeur de petits formats, ont titillé notre imaginaire.

En somme, une enfance sartrienne comme tant d'autres.

 

Aujourd'hui, grâce à notre fille, nous avons l'occasion de lire quelques classiques. « Poil de carotte » de Jules Renard en fait partie évidemment, car c'est un régal : un style alerte, un découpage en chapitres courts, une ironie salvatrice.

 

 

Alexandre Anizy