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notes culturelles

La soif d' Andreï Guelassimov

Publié le par Alexandre Anizy

 

L'idée du roman « la soif » (Babel, novembre 2007, 127 pages, 6,50 €) d' Andreï Guelassimov en valait bien d'autres : un soldat russe défiguré en Tchétchénie va réapprendre à vivre à l'issue de pérégrinations avec deux anciens camarades de guerre.

L'incipit vous met dans l'ambiance :

« Je n'avais pas réussi à caser toute la vodka dans le frigo. »

 

Enseignant la littérature anglo-américaine, serait-il sous l'influence de Charles Bukovski ?

Quoi qu'il en soit, le résultat est décevant, aussi bien dans la construction hasardeuse que dans le style.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Sur le territoire de Michel Houellebecq

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans son dernier roman (« la carte et le territoire », Flammarion, septembre 2010, bouquinel de 322 pages), Michel Houellebecq a placé suffisamment de propos contestataires pour susciter la polémique, pour faire du ramdam sur la Toile et ailleurs : nous pensons en particulier à ceux portés sur la valeur du peintre Picasso (« De toute façon Picasso c'est laid (...) » p.135), et passons sur celle du "pompage de wikipédia".

L'opération fut couronnée de succès (prix Goncourt), et c'est tant mieux pour lui, car l'auteur est revenu à son meilleur niveau, c'est à dire celui de son premier roman (« extension du domaine de la lutte »).

 

La simplicité voire la platitude du style est une nécessité pour représenter correctement la vision houellebecquienne de la société. Cependant, si l'auteur revendiquait une quelconque portée sociologique, ce qu'il ne fait pas à notre connaissance, alors l'opinion de Tahar Ben Jelloun serait pleinement acceptable, à savoir un livre médiocre.

Néanmoins, l'auteur gagnerait à se relire : cela lui éviterait quelques fautes, des phrases étonnantes qui fleurent bon le remplissage (ex. : « Jed était maintenant un homme riche, et les arches métalliques du métro aérien surplombaient un paysage adouci, létal. » p.174-175 ; quel est le rapport entre les 2 propositions ?), comme celles fortement inspirées des pages wikipédia par exemple.

 

Au bout du compte, nous avons un livre avec une trame soigneusement élaborée, un style qui élimine sciemment toutes sortes d'enflures ou joliesses : bref, les matériaux d'une œuvre significative.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Tonifiant le café de Louis Pinto (III)

Publié le par Alexandre Anizy

 

Rendons grâce à Louis Pinto qui, dans son « café du commerce des penseurs à propos de la doxa intellectuelle », éditions du croquant, 150 pages, 13,50 €), ne nous enferme pas dans la chapelle de Bondieu.

« Le philosophe n'a pas à fournir une ration annuelle de sens pour apaiser les besoins spirituels des contemporains. L'historien n'a pas à inventer un passé opportun. Le sociologue n'a pas à proposer des paradigmes théoriques ajustés aux goûts changeants de médiateurs culturels en quête de nouveautés. » (Louis Pinto, p.146)

 

Justement, dans le chapitre 3, il est question d'un concept central de la pensée doxique :

« Le risque est au cœur d'un nouveau paradigme intellectuel. » (p.95)

Ont brodé sur ce thème des gens aussi différents que Jean-Pierre Dupuy, Bruno Latour, Edgar Morin, Ulrich Beck dont la – fausse ? – naïveté semble incommensurable (passage d'une logique de répartition des richesse à une logique de répartition des risques ; « l'exposition aux risques est générales, elle transcende les différences de revenus, de formations, etc. » cité p.95)

Sans oublier François Ewald et l'ineffable Denis Kessler qui opposent une classe supérieure qui serait riscophile (la retraite chapeau ne concerne que les techniciens de surface, c'est bien connu …) aux pauvres qui seraient riscophobes, en tentant d'amalgamer l'existentialisme avec leurs élucubrations (tendance "sélection naturelle des meilleurs").

 

Le risque va de pair avec l'individu-sujet, qui règne dans la pensée simpliste (chez Frédéric Taddeï, entendez les éructations récurrentes du clown joyeux Philippe Sollers sur l'être suprême, l'individu, la seule chose qui vaille en ce monde) :

« L'ère nouvelle est ou sera placée sous le sceau de l'ascension de l'individu-sujet qui ne peut se satisfaire de l'universalisme hérité de la philosophie des Lumières et du socialisme. » (p.97)

Mobilisant un capital théorique provenant de 4 sources disparates (Bergson, Ricoeur, Lévinas ; Guattari, Negri ; Tocqueville, Simmel et Tarde, Louis Dumont ; Raymond Boudon), les tenants de l'individu martèlent l'évidence de leur position en fustigeant le passéisme de leurs opposants.

 

Encore fallait-il une discipline ! La philosophie politique réapparaît dans les années 80 : « En particulier, l'agrégation de science politique avec une option philosophie a constitué dès 1973 grâce à l'action de François Châtelet et d'Evelyne Pisier-Kouchner une base institutionnelle précieuse qui offrait des postes et un circuit de circulation de biens spécialisés (…). Substituant les abstractions nobles du citoyen et de la Cité à la brutalité nue du monde social , cette spécialité a été au centre de la Reconquista philosophique contre les barbares et les infidèles de la foi structuraliste. » (p.113)

 

L' "intellectuel démocratique"(une catégorie définie par Olivier Mongin) a une mission théorique, celle de diseur de sens(face à l'évidente perte des repères). Pour cela, il doit commettre des rapports (les questions d'éthique : un puits sans fond) et siéger dans des commissions. Pécuniairement, il en sera bien remercié.

(Pinto énumère ainsi quelques activités, où même le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy a émargé …)

 

 

A la fin de ce petit ouvrage "touristique", Louis Pinto donne la réponse à la question que vous vous posez à la lecture de ces 3 notes :

« A quoi et à qui peut donc bien servir l'analyse de la doxa ? (…) Sache où tu mets les pieds quand tu t'enflammes pour l'individu ou pour le multiculturalisme, quand on te demande d'admettre la fin de l’État - providence (...) » (p.145)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Tonifiant le café de Louis Pinto (II)

Publié le par Alexandre Anizy

 

Un postulat de la doxa est son objectivité, martelé en permanence. Par exemple, Jacques Attali écrit dans le résumé du rapport 2007 éponyme : « Ce n'est ni un rapport ni une étude mais un mode d'emploi pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n'est ni partisan ni bipartisan : il est non partisan. » (cité page 53 par Louis Pinto dans son « café du commerce des penseurs à propos de la doxa intellectuelle », éditions du croquant, 150 pages, 13,50 €)

On y trouve aussi un des thèmes récurrents de la doxa intellectuelle : vivre dans l'urgence car l'économie l'exige. Il va de soi qu'il faut aussi accepter son temps, ce qui signifie croire à l'indépassable cadre du "marché", comme d'autres imbéciles considéraient vers 1950 le marxisme comme l'indépassable philosophie de notre temps. Le marché impliquant l'extension du champ privé pour une allocation optimisée du capital, il faut sans rechigner voir des pans entiers de l'économie rétrocédés aux capitalistes. Évidemment, pour améliorer les performances des ressources, la flexibilité s'impose à tous les opérateurs (mais pas forcément aux décideurs), ce qui élève malheureusement le risque de précarité, ce qui aboutit inéluctablement à une remise en cause des statuts. Pour résumer le fond idéologique de personnages fétides comme PierreRosenvallon, Alain Minc, Alain Touraine, l’État est l'ennemi du bien public.

 

Le noyau idéologique de la doxa gravite autour de discours de justification visant à libérer le marché des entraves du passé, avec deux principes centraux : disqualifier le national-conservatisme et le centralisme léniniste, ne voir qu'une opposition fondamentale (à savoir démocratie / totalitarisme). Notons au passage l'ardeur d'un historien mineur du XXème siècle, François Furet, pour dénoncer la passion révolutionnaire, si proche de la critique du socialisme illustrée par Taine au XIXème : à la fin du raisonnement doxique, « (…) le socialisme apparaît comme une simple variant d'un "populisme" qui en est la vérité ultime. » (page 69)

 

Les penseurs de la démocratie racontent ainsi le XXème siècle : au commencement, il y a Octobre 1917 « qui marque une culmination de la démesure prométhéenne et progressiste » et ouvre le temps des tragédies totalitaires ; « après 1945, un sursis est accordé aux utopies (Tiers-Monde, Cuba, Chine, Mai 68... ) » et l’État-providence est à son apogée dans les Trente Glorieuses ; la crise de l'énergie marque la fin de l'abondance pour tous, comme la chute du mur de Berlin signe la mort des idées progressistes ; la fin du siècle baigne dans le désenchantement du monde, avec un esprit modeste de comptables qui se gargarisent de concepts esthétiques et éthiques ; le 11 septembre 2001 rappelle que « l'Amérique est notre rempart » et ramène à l'essentiel (le capitalisme a triomphé) ; bien que la crise de 2007 soit arrivée, les reliques idéologiques ne reviendront pas.

« Ce récit est construit sur une mythologie dualiste dont le propre est d'opposer le présent et le passé (...) » (page 72). Avant, c'était la vie simple et guidée par des certitudes (universalisme, cité, justice, science), avec la soumission aux ordres, à la norme, dans des cadres collectifs et un rationalisme étroit. Après, c'est l'individualité postindustrielle, le débat et la réflexivité, le rationalisme avec la complexité, le risque, le chaos et l'absence de repères. On a progressé, c'est évident...

 

Pour servir cette vision du monde sans idéal, les médias, qui constituent le dispositif essentiel de l'opinion démocratique.

(à suivre)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

P.S : le lecteur appréciera la charge contre le médiocre Luc Ferry (lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-la-pente-de-la-mediocrite-pour-l-indigne-luc-ferry-64449094.html ), et la présentation forcément succincte, mais subtile, de la néo-gauche contre l'archéo-gauche.

 

 

Tonifiant le café de Louis Pinto (I)

Publié le par Alexandre Anizy

 

En septembre 2009, le sociologue Louis Pinto publiait un essai salutaire titré « le café du commerce des penseurs à propos de la doxa intellectuelle » (éditions du croquant, 150 pages, 13,50 €). Il mérite qu'on s'y attarde.

 

Commençons par la définition de l'auteur : « (…) ce que les philosophes appellent la doxa, l'opinion. La doxa intellectuelle, cet ensemble relativement systématique de mots, d'expressions, de slogans, de questions et de débats dont les évidences partagées délimitent le pensable (...) » (p.6)

Ce kit de pensées allégées (« moins un système de thèses qu'un fond d'évidences trop évidentes pour être posées » p.8) vise essentiellement le centralisme étatique d'une gauche authentique et le paradigme de l’État-Providence. La fréquentation des mêmes lieux, de même que la conversion du capital intellectuel et du capital social, facilitent l'apprentissage et la mise à jour permanente de la doxa.

Comment s'y retrouver dans la bouillie doxique ?

 

« Le "changement" est une notion centrale (…). Le terme de "réforme" subit ainsi une transformation considérable qui rend méconnaissable sa signification ancienne (progressiste) d'accroissement de la justice et de l'égalité (…) et finit simplement par désigner la suppression des obstacles à la pure rationalité exigée par l'économie, le droit, les institutions (...) » (p.23)

C'est bien pourquoi nous avons écrit dès le 17 mars 2008 une leçon de rhétorique à l'usage de l'opposition d'opérette :

http://www.alexandreanizy.com/article-17779216.html

 

La production doxique est imposée en particulier par la presse, « à commencer par le Monde, Libération et le Nouvel Observateur », à travers ses experts et ses spécialistes dont elle garantit les labels "philosophe"ou "intellectuel"pour ses affiliés (éditorialistes, chroniqueurs, collaborateurs …). Le nouvel intellectuel présente ainsi 3 traits : mondanité, polyvalence, conservatisme.

Louis Pinto cite quelques noms : Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy, Régis Debray.

Grâce à un indicateur (les revues, en particulier Commentaires, Esprit, le Débat, Multitudes), l'auteur dresse les contours des 3 régions de la doxa.

 

Région droite

Ce sont des mi-penseurs, mi-experts d'entreprise, que l'on retrouve souvent dans la "grande presse" : des gens comme Henri Lachmann, Nicolas Baverez, Guy Carcassonne, Laurent Cohen-Tanuggi, François Ewald, Jean-Hervé Lorenzi, Alain-Gérard Slama, etc. La revue de référence de cette sphère, Commentaires, son creuset, IEP et Dauphine.

Région centrale

Centrale elle l'est en plusieurs sens : idéologique, social (avec un recrutement diversifié), politique (avec le mélange droite et gauche), stratégique (avec sa densité et le poids social de ses réseaux d'échange). « Mais cette région est centrale surtout en ceci qu'elle est déterminante dans la conversion de la gauche aux présupposés de la pensée néolibérale. » (p.33)

Signalons ici que la thèse de sciences politiques de Kil-Ho Lee, « les revues intellectuelles. La construction sociale d'un espace intermédiaire » (université de Paris X Nanterre, 2009) est citée à plusieurs reprises.

Les revues de référence, Débat et Esprit, ont « la prétention à offrir une vision élevée, intelligente, sur ce que l'actualité donne à penser. Les sujets d'actualité ont une place prépondérante dans les 2 revues (...) » (p.31) Le creuset de cette sphère serait plutôt EHESS.

Des lieux occupés ou créés par une fraction de la gauche non marxiste constituent le foyer de la révolution conservatrice, avec Raymond Aron comme référence, François Furet en figure majeure, et l'infatigable PierreRosenvallonen "bon à brouiller".

Dans cette région grenouille une catégorie particulière : « A la figure du censeur est opposée celle du gêneur. Gêneur est un terme noble pour désigner un intellectuel que les médias ne cessent de louer en le présentant précisément comme injustement traité (...) » (p.39) Vous avez bien sûr identifié les marioles Minc, Debray, Finkielkraut, Sollers, etc., « qui défont les dogmes que les censeurs veulent nous imposer. » (p.40)

 

Région de gauche

Loin du pouvoir économique ou politique, souvent dans le cocon de l'université, ils s'insurgent dans des petites revues comme Multitudes. Ce sont des gauchistes reconvertis dans une radicalité d'abord philosophique, avec Toni Negri en figure de proue.

« (…) ces intellectuels téméraires qui se font une spécialité de la critique de toutes choses, sauf des limites de leur point de vue sur les choses, sont les victimes, par excellence, de l'illusion qui consiste à prendre des transgressions sur le papier pour des ruptures dans l'histoire mondiale. » (p.44)

« Du gauchisme au postmodernisme qui est un postgauchisme, ils vivent de et sur l'ambivalence du dépassement (...) » (p.47)

 

 

Louis Pinto discerne une unité plurielle dans cette population hétéroclite : « Mais, au-delà de ces oppositions, ce qui réunit tous ces intellectuels est une même fétichisation du changement qui les porte non pas à découvrir des formes et des facteurs de transformations sociales mais à s'en remettre à une pensée binaire qui, en interdisant d'interroger les permanences, les invariances, les constances, détourne de toute recherche d'une grille d'analyse permettant de comprendre ce qui change … et ce qui ne change pas, ou seulement en apparence. » (p.50)

(à suivre)

 

Alexandre Anizy

 

"the blonde" de Duane Swierczynski

Publié le par Alexandre Anizy

 

Voilà un livre sans prétention, un thriller bien ficelé, ce qui n'empêche pas la liberté de déjanter, que vous ne lâcherez pas : « the blonde » de Duane Swierczynski (rivage poche, janvier 2010, 301 pages, 9,50 €).

Seul le style laisse à désirer : un genre de Marc Lévy qui se serait encanaillé, ce qui le rendrait supportable …

 

Bref, un bouquin pour le voyage. A consommer de préférence dans un aéroport, pour se mettre dans l'ambiance !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Fine sensation du poète Jules Supervielle

Publié le par Alexandre Anizy

 

 

« Je sens l'effort du gazon

Qui veille sous tant de neige

Et l'effort de la raison

Dans l'esprit qui la protège. »

 

Jules Supervielle, poème du recueil « Gravitations »

 

 

La raison finirait par l'emporter, même chez les hommes sous influence.

 

Alexandre Anizy

 

L'ennui chez Rosetta Loy

Publié le par Alexandre Anizy

 

Ce matin-là, nous essayâmes de pénétrer dans l'histoire de Rosetta Loy, celle de « la porte de l'eau » (Rivage poche, octobre 2002, 123 pages, 5,35 €), qui commençait mal :

« Le grincement du tram qui abordait le virage ouvrait une première trouée sur le jour. Le tram coassait longuement, à l'agonie, la plainte des rails se répercutait contre les vitres fermées derrière les persiennes peintes en blanc. Puis le tram (...) »

Horripilés dès le début par le tram-tram stylistique !

 

Il y a des jours comme celui-là …

 

 

Alexandre Anizy

 

L'ennui chez Pierre Michon

Publié le par Alexandre Anizy

 

L'incipit donne à penser que l'on va plonger dans une œuvre de qualité supérieure :

« Il était de taille médiocre, effacé, mais il retenait l'attention par son silence fiévreux, son enjouement sombre, ses manières tour à tour arrogantes et obliques – torves, on l'a dit. »

Et puis rien. Un assemblage hétéroclite, une construction futile d'un écrivain sans tripe.

 

On s'ennuie grave avec « les onze » de Pierre Michon (Verdier, avril 2009, 137 pages, 14 €), et pas de vuvuzela pour vous réveiller.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Calme vendetta de R.J. Ellory

Publié le par Alexandre Anizy

 

Après « seul le silence » qui connut un certain succès, R.J. Ellory a sorti un deuxième thriller, « Vendetta » (éditions Sonatine, juin 2009, 652 pages, 23 €).

Le style étant de moindre qualité, le livre ne vaut que pour l'intrigue.

A lire en voyage ou à la plage.

 

 

Alexandre Anizy