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notes culturelles

L'intranquillité lexicale de Philippe Lefait

Publié le par Alexandre Anizy

 

En répondant favorablement à une "commande" d'un éditeur, Philippe Lefait nous a gratifié d'un « petit lexique intranquille de la télévision » (stock, avril 2011, bouquinel de 159 pages, 13,99 €) qui permet aux spectateurs innocents de découvrir les questions de médias à travers les interrogations subjectives d'un professionnel, qui essaie d'

« obtenir une parole qui ne soit pas celle que distillent dans la tournée des plateaux télévisés ces invités récurrents que vendent les services de presse est le désir de tout journaliste. » (P.L, page 70).

Le monde médiatique est en pleine mutation, mais l'auteur ne fantasme pas sur la plus-value démocratique des contributions citoyennes :

« Certains sujets nécessiteront toujours du temps, un savoir, une compétence, une expertise pour un nouveau journal, sur écran ou sur papier, recentré sur l'essentiel : une possibilité citoyenne de penser le monde. » (PL, p.127-128)

 

Malgré l'usure du temps, Philippe Lefait a gardé ses fureurs :

« elles sont intactes depuis trois décennies, font du bien et posent à l'infini la question de ce métier confronté au dévoiement de l'esprit public et au spectre facile de la république bananière. »

Nous lui en sommes gré.

 

Un journaliste-animateur, même du Nord – Pas de Calais, qui cite l'ardennais André Dhôtel ne peut pas être mauvais, nous n'en démordrons pas !

Que Philippe Lefait court pour bien nous entretenir.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

"à rebours" de Joris-Karl Huysmans

Publié le par Alexandre Anizy

 

Lire Huysmans est un plaisir qu'un lecteur raffiné doit connaître sous peine de passer pour un rustre, car personne n'oserait reprendre le flambeau d'une prose alanguie et daubeuse :

« Il est juste d'ajouter que si son admiration pour Virgile était des plus modérées et que si son attirance pour les claires éjections d'Ovide était des plus discrètes et des plus sourdes, son dégoût pour les grâces éléphantines d'Horace, pour le babillage de ce désespérant pataud qui minaude avec des gaudrioles plâtrées de vieux clown, était sans borne. » (« à rebours », Joris-Karl Huysmans, édité en 1884, bouquinel gratuit sur Feedbooks, page 30)

 

Mais qui se soucie encore de ratiociner sur les mérites des Anciens ? Qui s'intéresse aux activités d'un oisif décadent comme l'est Des Esseintes, l’antihéros de ce livre culte, qui méprise l'humanité :

« En même temps, il aperçut les libres penseurs, les doctrinaires de la bourgeoisie, des gens qui réclamaient toutes les libertés pour étrangler les opinions des autres, d'avides et d'éhontés puritains, qu'il estima, comme éducation, inférieurs au cordonnier du coin. » (à rebours, idem, p.9)

Se délecter de la prose ciselée de Huysmans dans « à rebours » est une parenthèse dans nos vies encombrées de futilités et d'obligations factices.

 

Être à rebours s'imposait aujourd'hui pour marquer cette millième note.

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Bernhard Schlink et l'élite allemande décomplexée

Publié le par Alexandre Anizy

 

En lisant « la circoncision » de Bernhard Schlink (Folio, septembre 2009, 85 pages), nous étions consternés par la banalité du thème et des propos : l'amour et ses difficultés entre un Allemand thésard à New York et une Américaine de confession juive dont la famille a connu l'enfer des camps.

 

Une fois le livre refermé, quelle en est l'écume ? En opposition au geste d'amour de l'Allemand, son énervement quand le passé infâme est évoqué.

En le publiant en 2003, Bernhard Schlink ne se plaçait-il pas dans la tendance politique de l'élite allemande décomplexée qui s'émancipe du passé nazi, puisque le temps aurait déjà fait son œuvre et que l'Allemagne aurait donné suffisamment de gages ? Sur ce sujet, n'est-il pas dans la ligne du philosophe Peter Sloterdijk ?

 

 

Alexandre Anizy

 

L'album du Graal dans la Pléiade

Publié le par Alexandre Anizy

Ceux qui ont la possibilité d’acquérir ou la chance de lire les albums « cadeaux » de la collection Pléiade, savent le soin apporté pour offrir un livre de qualité.

En 2009, « l’album du Graal » n’a pas failli à la tradition : richesse de l’iconographie, expertise du commentateur Philippe Walter.

 

Pour notre part, nous fûmes surpris en apprenant que la présence du graal ne serait pas l’apanage de l’abbaye de Glastonbury : « D’autres centres sur le continent ont pu relayer le mythe et l’attacher à d’autres sites significatifs. » (p.150) Notamment à Corbény, au sud-est de Laon. (Rappelons que le château du graal se nomme Corbénic).

« Le graal participerait ainsi de plusieurs propagandes royales antagonistes : celle des Plantagenêts en Grande-Bretagne et celle des Capétiens en France. » (p.150)

 

 

Alexandre Anizy

 

Yshaï Sarid et son poète de Gaza

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans son livre « le poète de Gaza » (Actes Sud, janvier 2011, 220 pages, 20 €), l'israélien Yishaï Sarid raconte la traque menée par un agent des services secrets contre les aspirants aux attentats suicide, mettant en parallèle le délitement de son cadre familial et le dérapage professionnel.

 

Dans ce thriller, la tension monte inexorablement grâce à une composition structurée. Bel ouvrage, sans plus.

 

 

Alexandre Anizy

 

Boris Khazanov et l'heure du roi

Publié le par Alexandre Anizy

 

Contrairement ce que pense Jean-Christophe Buisson du Figaro Magazine, « l'heure du Roi » de Boris Khazanov (Viviane Hamy, décembre 2010, 127 pages, 7 €) n'est pas "un très grand livre", mais un bon livre, ce qui n'est déjà pas si mal.

S'il présente de manière elliptique - c'est là le tour de force - les drames de la Deuxième Guerre Mondiale, il ne donne aucune réponse concernant le prix d'un acte de liberté, en l'occurrence celui du Roi.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Le murmure d'Anna Akhmatova

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le printemps revient avec son explosion de couleurs. Cependant, l'actualité lyrique* nous ramène à l'hiver russe, à l'enfer léniniste, à la douleur de la poétesse Anna Akhmatova.

 

 

J'ai cessé de sourire.

Le vent glacé me gèle les lèvres,

Un espoir de perdu,

Une chanson de gagnée.

La voilà, cette chanson,

Jetée aux rires, aux blâmes.

Elle est intolérable

La douleur du silence amoureux.

 

Anna Akhmatova

17 mars 1915. Tsarkoïe Selo

L'églantier fleurit et autres poèmes

traduits par Marion Graf et José-Flore Tappy

(éditions La Dogana, Genève 2010, 230 pages, 22 €)

 

Comparé au souffle d'Akhmatova, le style révolutionnaire de Maïakovski fait l'effet d'un bruit métallique, comme les coups d'un marteau sur une tête en forme d'enclume.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

* : ces jours-ci, création à Paris-Bastille d' Akhmatova, deuxième opéra moderne de Bruno Mantovani

 

 

Kadogos de Christian Roux

Publié le par Alexandre Anizy

 

La construction alambiquée de ce polar de Christian Roux, « Kadogos » (Rivages Noir, septembre 2009, 316 pages, 8,50 €), nous a incité à en poursuivre sans cesse la lecture jusqu'au point final malgré la fadeur du style.

 

Un tueur à gages spécialiste des victimes en phase terminale, des enfants soldats d'Afrique, un trafic d'organes en Ile-de-France, etc … cela fait beaucoup d'originalité pour un seul livre.

 

En polissant un thème plutôt qu'en en dégrossissant à peine une foultitude, l'auteur gagnerait peut-être en profondeur.

 

Alexandre Anizy

 

 

"Ces deux hommes" de Slobodan Selenić

Publié le par Alexandre Anizy

 

Avec « ces deux hommes » de Slobodan Selenić (Robert Laffont, janvier 1991, 301 pages, 130 FRF), nous sommes à nouveau face à une œuvre de qualité, mais un cran en-dessous de celles que nous avons évoquées ici.

http://www.alexandreanizy.com/article-sous-le-soleil-de-slobodan-seleni-46906180.html

http://www.alexandreanizy.com/article-autre-chef-d-oeuvre-de-slobodan-seleni-meurtre-avec-premeditation-62977618.html

 

L'histoire se passe à Belgrade, dans l'agitation de l'immédiat après-guerre (1945) : le vieux monde représenté par le bourgeois Vladan prend sous son aile protectrice une jeune pousse symbolisée par le kosovar Istref, issu d'un monde pastoral également en voie de disparition.

L'architectonique est brillante, comme le style. L'incipit offre par son rythme et par ses circonvolutions un aperçu saisissant de l'ouvrage :

« Il remarqua la grosse enveloppe jaune sur son bureau dès qu'il passa la tête par la porte entrouverte pour vérifier si l'un des enfants n'était pas pelotonné dans le grand fauteuil où il aimait tant à se prélasser en son absence, et malgré son interdiction, ou peut-être justement en raison de celle-ci, Tanja, Alija et même, ces derniers temps, le petit Čakar. [prononcer « tchakar », ndAA] »

 

Pourquoi n'est-ce pas un autre chef d’œuvre de Slobodan Selenić ?

Si dans la lente montée vers la confrontation l'opposition des caractères est soigneusement disséquée, la dimension sociale (le conflit entre le monde vieux et le neuf) n'est pas traitée à sa juste mesure : un manque qui cantonne trop le roman dans la sphère psychologique.

 

Mais un Selenić en demi-teinte vaut largement dix Angot réussis (oxymoron) !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Tristan s'est-il égaré ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

En 1983, le jury Goncourt attribuait son prix à Frédérick Tristan pour son roman « les égarés » (Fayard, édition de 2000 ; bouquinel en pdf de 595 pages) : il ne se trompait pas en couronnant un livre de cet acabit qui commence par un bijou :

« Il conviendrait sans doute que je raconte ici une histoire de mon invention. »

La suite est d'une haute tenue littéraire, même si à un moment l'auteur plonge vraiment dans la facilité en empruntant aux faits divers connus (le kidnapping chez Charles Lindbergh). Nobody is perfect.

 

Du coup on se demande, entre « les égarés » et « la femme écarlate » dont nous avons parlé dans une note récente, si nous sommes bien en présence du même auteur, tant la différence de niveau paraît flagrante.

 

 

Alexandre Anizy