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748 articles avec notes culturelles

L'essai d'Abd Al Malik

Publié le par Alexandre Anizy

            Le genre romanesque convient-il au style d'Abd Al Malik ?

 

 

            Il y a quelques années, un matin ensoleillé alors que nous attendions Daniel notre pote uruguayen, nous avons croisé Abd Al Malik au rade en face de la bibliothèque Rainer Maria Rilke : il prenait une collation après une longue nuit enivrante, surtout pour son copain. Comme il donnait les signes d'impatience du mec qui voudrait bien se tirer pour passer à autre chose, nous laissâmes filer l'artiste sans lui avoir dit combien nous apprécions son phrasé.

            Alors nous le faisons à l'occasion de la sortie de son roman Méchantes blessures (Plon, 2019, en livrel). Cependant aujourd'hui, la marque de reconnaissance est altérée par une déception. 

 

 

            Le roman est un genre qui supporte mal l'improvisation ou le mélange. Dans ce livre, Abd Al Malik couche sur la page blanche quelques idées qui devaient lui tenir à cœur dans un récit qui n'intéresse pas.

 

            Notons ici quelques exemples, en commençant par le début.

            « Hier, j'ai dîné en survêtement Tacchini au Flore. Je me suis dit que le passéisme, l'orgueil, la suffisance avaient fait de nous un peuple de vieux, composite. (...)

            La France est vieille parce qu'elle refuse d'être elle-même, c'est-à-dire spirituelle. En sortant du métro, rue du Dragon, j'ai vu une jeune fille qui dansait en plein milieu de la chaussée. Cette beauté nubile m'a fait tressaillir d'abord, puis penser que chaque époque a sa Juliette Gréco (...) » (p.6/145)

            L'incipit est de mauvais augure, puisqu'il donne à penser qu'on va subir les clichés du rappeur entiché des produits griffés, mais il est aussitôt contrebalancé par un propos digne d'un anthropologue en vogue, de préférence germanopratin. Un paragraphe plus loin, le procédé est repris en l'inversant : une phrase sentencieuse, suivie sans transition d'un plan séquence couronné d'un "lâcher de nom" (name dropping) permettant une envolée lyrique. En bref, dès la première page on sent la patte de l'auteur, mais on craint le pire.

 

            « Et précisément au moment où je regardais autour de moi j'ai réalisé que je n'avais vu aucun Blanc depuis mon arrivée. Alors, j'ai eu le sentiment étrange d'être libre. » (p.15/145)

            Ici, nous restons perplexe : ce sentiment d'altérité, même un Blanc peut le vivre en Afrique ou en Chine... mais hic et nunc, pourquoi libre ?

 

            « Je me suis alors souvenu de Régis Debray avec qui j'avais participé à une célèbre émission littéraire à la télévision. Je le considérais déjà à l'époque comme le dernier grand intellectuel du XXe siècle. Intellectuel au sens où lui-même l'entendait, c'est-à-dire un lettré qui a un projet d'influence. » (p.119/145) « (...) je constatais que les derniers des grands Mohicans intellectuels occidentaux faisaient le même constat de déliquescence généralisée, en se demandant ce qu' in fine il resterait de l'Occident, quand les machines à connecter auraient fini leur travail. Qu'un Debray en France ne disait pas autre chose qu'un Chomsky aux Etats-Unis : les réseaux sociaux et tous les outils de com' de manière générale étaient un agencement de tromperies efficaces qui mettait des fous au pouvoir (...) » (p.122/145)

            La définition de l'intellectuel colle bien au parcours de Régis Debray mais nous la rejetons, parce qu' avoir un projet d'influence exprime une volonté de pouvoir qui nous semble néfaste pour ce travail singulier. Nous préférons l'idée suivante : l'intellectuel est un lettré qui contribue aux façonnages des représentations du monde.   

            Quant à la déliquescence généralisée, nous souscrivons au constat.

 

 

            En conclusion, nous disons qu'Abd Al Malik n'a pas transformé son essai.   

 

 

Alexandre Anizy

 

Petit roman de Gaël Faye

Publié le par Alexandre Anizy

            La guerre civile burundaise et le génocide rwandais de 1993-94 à travers le prisme de l'enfance, est-ce vraiment utile ?

 

 

            Le chanteur Gaël Faye a écrit Petit pays (Poche, août 2017) pour raconter partiellement son enfance volée dans une région en proie au chaos. Restant à hauteur de petit homme et dans le bain des émotions, il maintient les lecteurs dans un rejet viscéral des horreurs guerrières inexcusables, comme il sied à toutes personnes saines d'esprit.

            La fin étant résolument mélodramatique, on se dit que l'artiste de music-hall maîtrise son art mais que le mal peut se reproduire, puisque rien n'est expliqué.

 

Alexandre Anizy

Pas de refuge pour Emmanuelle Bayamack-Tam ?

Publié le par Alexandre Anizy

            Quoi de plus normal que d'obtenir le prix Inter pour une "trendy mixture".

 

 

            Le mélange concocté par Emmanuelle Bayamack-Tam dans Arcadie (éditions P.O.L, août 2018) a tout pour séduire : genres, sexe, communauté, gourou, refuge blanc... sans oublier les migrants.

            Mais finalement, tout rentre dans l'ordre en vigueur : puisqu' « A Liberty House, on a le droit d'être vieux, laid, malade, drogué, asocial, ou improductif, mais apparemment pas jeune, pauvre et noir », bref un repaire de gens inadaptés au modèle nomade, le gourou jouisseur en délicatesse avec l'honneur zigouilla ses fidèles.  

            "Il n'y a pas de refuge" semble dire Mme Bayamack-Tam, mais « l'amour existe » : nous voilà tous ragaillardis.

 

 

Alexandre Anizy

Springora : peut-on douter de Marie-Laure Delorme ?

Publié le par Alexandre Anizy

Au cul de la ronde germanopratine.

 

            Dans la brosse à reluire de Lagardère (Journal du dimanche), la perfide Marie-Laure Delorme signe un papier cynique sur le récit de Vanessa Springora (le consentement, Grasset, 18 €). La publiciste profite de la faiblesse de Vanessa pour remettre en selle la petite frappe bhlévienne Yann Moix ( lire ici ) : de l'art d'accommoder les pestes ?

 

« Il n'y a pas une once de littérature dans le consentement. Tout est plat.», écrit-elle.  

 

            La charge contre une femme éditrice étant sans appel, il est permis de douter : Marie-Laure Delorme aurait-elle commis, comme tant d'autres journaleux dans le passé, un papier complaisant à l'égard du pédophile Gabriel Matzneff ?

 

            A la perfidie de Marie-Laure Delorme, nous préférons la lucidité de Guy Konopnicki (Marianne du 3 janvier) : «Hier, la pédophilie promettait de belles ventes aux libraires. Matzneff passait donc pour un grand écrivain. Le marché s'est révélé décevant. La médiocrité littéraire change de registre, la dénonciation des vieux dégueulasses semble porteuse.»  

 

L'opportunisme reste le courant majoritaire, hier comme aujourd'hui.

 

Alexandre Anizy

Désécriture de Marie-Claire Bancquart

Publié le par Alexandre Anizy

            Un exemple à suivre pour les "écrivains-comédiens", comme disait Paul Valéry.

 

 

 

Dans les nervures d'un chêne

dans l'odeur profonde des truffes

je m'en vais faire un atelier de désécriture.

 

                        Marie-Claire Bancquart

                                 ( Terre énergumène, Poésie Gallimard )

 

Intelligence du monde selon Nietzsche

Publié le par Alexandre Anizy

 

 

            Intelligence du monde

 

Ne reste pas à ras de terre !

Et ne va pas monter trop haut !

C'est à mi-hauteur qu'il a l'air,

Ce monde, d'être le plus beau.

 

            Friedrich Nietzsche

                                    (Poèmes complets, Les Belles Lettres, mai 2019)

 

 

 P.S. : D'une part, saluons ici le travail de l'éditeur, et d'autre part avouons que la poésie de Friedrich est sans fulgurance, sans émotion. De là, dire que Nietzsche ist nichts ...  

 

Pavlovic et Perrissin chez les Indiens

Publié le par Alexandre Anizy

            Une autre idée cadeau.

 

 

            Le duo Boro Pavlovic & Christian Perrissin vient de se lancer dans une nouvelle série titrée John Tanner (Glénat, septembre 2019). Pour ceux qui lisaient les Buck John, les Kit Carson, etc., c'est une prolongation de leur enfance avec une oeuvre plus documentée et mieux dessinée.

            A suivre donc.

 

Alexandre Anizy

 

Le couloir de Davodeau

Publié le par Alexandre Anizy

            Pour faire plaisir à Noël par exemple.

 

 

            Etienne Davodeau poursuit sa course en semant régulièrement un album, comme cette année avec Christophe Hermenier et Joub : Les couloirs aériens (Futuropolis, octobre 2019).

            Les  affres de la cinquantaine ne sont pas si déroutantes.

 

Alexandre Anizy

 

La vie tumultueuse selon Nimrod

Publié le par Alexandre Anizy

             

 

 

Semés avec les orages

nous avons grandi avec les éclairs

et le pays a fleuri

dans les ruisseaux ardents

 

 

Nimrod

( J'aurais un royaume en bois flottés, poésie Gallimard)

 

 

Coulon la poétesse

Publié le par Alexandre Anizy

            Cécile Coulon devrait concentrer sa force pour sortir de son confort. En attendant...

 

 

 

Interlude

 

ce visage endormi que tes yeux éclaboussent

de ce bleu si profond où la nuit

je ramasse

ce qu'il faut de trajets de tes lèvres

à ma bouche

pour pouvoir le matin s'arrêter

se suspendre au bord

du temps qui passe

comme deux grands oiseaux

alourdis par la pluie

font sécher au soleil

leurs plumes d'oreillers

 

Cécile Coulon

Les ronces, Le Castor astral, avril 2018

 

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