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notes culturelles

La lassitude du lecteur de fond (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Récemment, une amie nous faisait part de ce que nous appellerons la lassitude du lecteur de fond. A force de lire avidement les bouquins consacrés à ses passions diverses, à ses occupations professionnelles, aux problèmes socio-économiques qui nous interpellent, il arrive de ressentir les effets cumulés du ballonnement et de l’écœurement.

Ô horreur ! À notre insu, nous sommes peut-être devenus des lecteurs mécaniques, au sens défini par Edith Wharton.

(Lire http://www.alexandreanizy.com/article-34213167.html )

 

Décrivons les symptômes selon notre amie :

« (…) j'emprunte un livre, par exemple, ou j'en attaque un, et souvent, même si au départ le thème semblait intéressant, voire original, je me désintéresse car j'ai le sentiment que tous ces gros pavés de bouquins sont pour être vendus à la quantité ! Et l'idée sympa de départ se dilue... »

En effet, de prime abord, le secteur de l’édition est aussi marchand que celui des produits frais ; par conséquent, il applique aussi les règles de la mercatique. Dans ces conditions, il est normal de renâcler à la lecture d’une « recette » sur-employée.    

 

Quelle sera notre prescription face à ce désintérêt soudain des livres, voire à ce désenchantement du monde ?

Contre ce mal, nous proposons 3 remèdes.

Le premier est le plus radical : sevrage total !

 

 

Alexandre Anizy

Personne ne lira Gwenaëlle Aubry

Publié le par Alexandre Anizy

 

Personne ne lira Gwenaëlle Aubry, et c'est tant mieux, puisque « Personne » (Mercure de France, juin 2009, 159 pages, 15 €) ne vaut pas le détour.


Après avoir refermé ce livre, nous nous interrogions toujours sur son utilité : si Gwenaëlle Aubry n'était pas une spécialiste d'Aristote et de Plotin, de la philosophie antique en général, nous aurions rejeté cet ouvrage raté avant même la cinquantième page ; seulement voilà, nous respectons beaucoup le milieu universitaire (trop, apparemment), parce qu'il est sans doute l'objet de toutes les attaques cyniques de l'oligarchie, et c'est pourquoi l'auteur a bénéficié d'une ligne d'indulgence excessive de notre part, comme de celle du jury Femina qui vient de lui décerner son Prix.


Que voulez-vous, le nombril de Gwenaëlle nous indiffère !


Intrigués par des critiques littéraires impressionnés par le bagage culturel de l'auteur, qui nous annonçaient un savant entrelacement des textes d'un père fou et d'une fille intellectuelle, nous avons ouvert ce roman avec empathie. Las ! Quelle ne fut pas notre déception ! Ce qui est donné pour des textes du père ne servent qu'à justifier la prose de la fille dont le babillement est avéré. On cherche en vain un sens dans ce fatras d'anecdotes, d'émotions, de réflexions …


Ne pensez pas trouver dans le style un moyen de sauver l'ouvrage du naufrage ! Il est aussi insipide que l'argument romanesque était prétentieux.

« En sa qualité de juriste, mon père était spécialiste de la décentralisation – ce qui, à supposer que l'Etat, ce soit (le) moi, manifestait une certaine cohérence. Il avait, très jeune, soutenu une thèse brillante sur le sujet, fondé un enseignement universitaire, publié livres et articles. » (p.145)

L'abus de virgules trahit le Docteur tout en plombant la musicalité.

« Il est parti pieds nus, m'a dit mon grand-père ce jour-là au téléphone. C'était le jour de mes trente ans, je m'étonnais qu'il ne m'ait pas appelée. Le soir, je donnais une fête à la campagne, dans la grande maison au bord de la rivière. J'étais là, dans la cuisine, à préparer des quiches et des gâteaux, le bébé dormait dans son couffin d'osier posé sur la table, à l'amie qui fêtait son anniversaire avec moi, j'ai dit cela aussi, mon père a disparu il est parti pieds nus, et quelques jours plus tard, encore, de retour à Paris, pour expliquer mon retard à une lecture, mon père a disparu, ces mots que je prononçais dans le silence, c'est peut-être (...) » Bien que la phrase ne soit pas finie, on arrête là, n'est-ce pas ? (p.129)


Cet ouvrage est un non livre qui ne demande qu'une réponse : des non lecteurs.


Alexandre Anizy

On ne kiffe pas la "folle Amanda" Sthers !

Publié le par Alexandre Anizy

« Keith me » (Stock, août 2008, 142 pages, 14,50 €) est un bouquin fait de bric et de broc par l’écri-nain pipole Amanda Sthers (ex Mme Bruel, si on a bien suivi). Que vous dire de ce salmigondis ? Compte tenu de son relatif jeune âge, il apparaît que l’écrivassier a forcément puisé dans des biographies sérieuses (on pense notamment à celle de François Bon - Fayard 2002, 673 pages, 20,90 € : lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-6959204.html ) : reconnaissons le travail de documentaliste, car le reste est consternant.

 

« J’ai commencé un baiser. Elle s’est enfuie ou je l’ai chassée. J’ai été aimé cette nuit. Et j’ai repris ma route, comme un vagabond du cœur. Je ne peux pas me résoudre à le donner à cette femme. Pas tout de suite. Je pense l’appeler quand je serai grand. Si seulement je me souvenais de son prénom. » (p.101)

Résumons : des propos affligeants, un style médiocre. 

 

Si la qualité littéraire des textes de Madame Sthers reste à prouver, nous ne doutons pas que le réseau de la « folle Amanda » lui garantisse un boulevard médiatique pour quelques temps.

 

Alexandre Anizy

 

Pauvre Rachida Dati : être politique selon Friedrich von Logau

Publié le par Alexandre Anizy

A celle qui de Montaigne

Ne connaît que l'avenue,

Et qui sans être titrée

Sut s'élever fissa …


« Être l'un, paraître l'autre,

Dire l'autre, penser l'un ;

Tout louer, tout supporter,

Toujours feindre, toujours plaire,

Donner voile à tous les vents ;

Servir les bons, les mauvais ;

Dans tout ce qu'on fait, qu'on trame,

Ne jamais songer qu'à soi :

Quiconque à cela s'applique

Aujourd'hui est politique. »

                         Friedrich von Logau


L'épigramme s'intitule « L'art du monde contemporain ».

Bien que ce poète allemand vécût de juin 1604 à juillet 1655, il est resté d'actualité : n'est-ce pas, Mademoiselle Rachida Dati ?


Alexandre Anizy

 

Un avant-goût de Danilo KIS

Publié le par Alexandre Anizy

Avec le récit intitulé « chagrins précoces » (Mille et une nuits, mars 2003, 125 pages, 10 € ; ou bien en Folio Junior), vous aurez un aperçu du talent de Danilo Kis (prononcer Kich).

Prises au hasard, puisque tout est dans tout, voici les deux premières phrases de l’histoire du pré à l’automne :

« Les artistes de cirque, les « athlètes » et les montreurs d’ours sont partis, l’automne touche à sa fin. Là, dans le petit champ, le rebut du Comte, comme on l’appelle, il ne reste plus que les traces de leur passage, le sol tassé et les herbes piétinées. » (p.47)

 

Danilo Kis a sous-titré son ouvrage « pour les enfants et pour les raffinés » : humour et ironie du bonhomme. Il n’empêche que vous retiendrez le style.

 

 

Alexandre Anizy

 

Toujours d'actualité le poète Victor HUGO

Publié le par Alexandre Anizy

Puisque dans la collection Omnibus (39 €) viennent de sortir les « Poésies intimes » de Victor Hugo, contenant les Contemplations, les Orientales et l’Art d’être grand-père, faisons ici une confession : nous ne le considérons pas comme le primat. Une récente lecture, complète cette fois-ci, de ses œuvres poétiques a confirmé notre appréciation passée.

Mais quel talent tout de même chez ce forçat de l’écriture !

 

Par exemple, dans « les Contemplations », vous retrouverez vieille chanson du jeune temps, que le chanteur Julos Beaucarne a si bien mis en valeur :

« Je ne songeais pas à Rose ;

Rose au bois vint avec moi ;

Nous parlions de quelque chose,

Mais je ne sais plus de quoi.

 

J’étais froid comme les marbres ;

Je marchais à pas distraits ;

Je parlais des fleurs, des arbres ;

Son œil semblait dire : « Après ? » (…) »

 

De la préface des « Orientales », à propos des critiques, citons ceci :

 

« Examinons comment vous avez travaillé, non sur quoi et pourquoi.

Hors de là, la critique n’a pas de raison à demander, le poète pas de compte à rendre. L’art n’a que faire des lisières, des menottes, des bâillons ;(…) » (Pléiade, tome 1, page 577)

 

 

Alexandre Anizy

 

André BRETON le césar trotskiste

Publié le par Alexandre Anizy

Il est question ici d’évoquer la furieuse manie de cet écrivain pour l’exclusion : rester le maître du courant surréaliste devait être son combat permanent. Au nom d’un purisme qu’il aurait incarné, André Breton adoubait et inéluctablement excommuniait ses religionnaires, comme Léon Trotski, ce stalinien raté.

« L’album Breton » (2008, collection Pléiade chez Gallimard) réalisé par Robert Kopp donne à voir et à lire le récit de cette maladie.

 

André Thirion dans « Révolutionnaires sans Révolution » (Babel, novembre 1999, 899 pages) apporte un excellent témoignage sur la vie du groupe surréaliste sous les ordres de Breton, qu’il juge ainsi : « Toutefois la personnalité dominatrice de Breton, son intransigeance, son goût pour les éclats, son penchant pour les rapports humains faits d’allégeance et de fidélité, une orgueilleuse délectation dans les ruptures (…) étaient peu favorables au développement autonome des forces dont il suscitait ou favorisait l’éclosion. » (p.172)

Cependant Thirion rend au césar Breton ce qui lui appartient : « (…) être amené à quitter le groupe surréaliste pour échapper à une sorte d’étouffement, ensuite que l’invention et la décision appartenait à Breton à peu près sans partage. Aragon accommodait, expliquait, corrigeait, mais la force créatrice c’était la pensée de Breton. » (p.349)  

 

 

Alexandre Anizy

 

Nick McDONELL la guerre à Harvard n'a pas eu lieu

Publié le par Alexandre Anizy

Né en 1984 à New York, Nick McDonell a publié à 17 ans son premier roman ; « Guerre à Harvard » (Flammarion, septembre 2008, 95 pages, 12 €) est son troisième.

 

Ce livre est un recueil d’anecdotes futiles sur la promotion 2006, du genre :

  • l’auteur côtoie en deuxième année un peintre venu de Géorgie : « Dans son atelier, Quinn avait un panneau qu’il avait peint lui-même. On pouvait lire « bois/baise/glande ». On trouvait que le panneau était assez drôle, et que Quinn était un type assez drôle. » (p.25) ;
  • l’auteur se rend aux funérailles d’un ancien d’Harvard (comme lui, du club Porcellian : cravate vert et blanc) à la cathédrale St John the Divine (Manhattan) : « (Mon père est passé après Norman Mailer, mais ça lui a plutôt facilité la tâche parce que Mailer n’a parlé que de lui-même.) » (p.33) ;
  • le scoop du bouquin : « Un type de notre promo a gagné un milliard de dollars en créant le site Internet Facebook. Il s’appelle Mark Zuckerberg. » (p.45).

 

Il paraît que Nick McDonell voulait parler de la guerre d’Irak à travers le prisme estudiantin. C’est raté : la pauvreté du style renforce l’effet de banalité du propos.

Le sujet n’est pas traité : non seulement la Guerre à Harvard n’a pas eu lieu, mais elle n’a pas été écrite non plus.

 

 

Alexandre Anizy

 

Prix Renaudot poche : "Palestine" d'Hubert Haddad

Publié le par Alexandre Anizy

Lundi dernier, le 1er prix Renaudot poche a été attribué au roman « Palestine » (éditions Zulma, mai 2007, 156 pages … et maintenant en poche), dans lequel Hubert Haddad a voulu concentrer l’horreur du conflit israélo-palestinien au cœur d’une histoire somme toute banale.

Le problème est qu’on n’y croit pas, du fait des facilités romanesques que s’accorde l’auteur : la carte d’identité perdue qui réapparaît opportunément, la ressemblance du soldat amnésique avec le fils arabe absent …

Puisqu’il y a déjà tant d’incompréhension sur cette Terre, pourquoi y ajouter la vision d’une littérature approximative ?

 

 

Alexandre Anizy

 

Goncourt : les heures creuses de Delphine de Vigan

Publié le par Alexandre Anizy

Le dernier bouquin de Delphine de Vigan (« les heures souterraines », JC Lattès, septembre 2009, 300 pages, 17 €) nous laisse pantois. Que voulait dire ou raconter l’écrivassier ? L’histoire de la mercaticienne ou bien celle du médecin des urgences ? Car vous avez, pour le prix d’un nous direz-vous, deux individus en souffrance de maux de genres différents, qui se croisent une fois mais ne se rencontrent pas à la page 295 (sur 300 !) :

« Elle a buté dans quelque chose, un sac ou une valise.

L’homme a dit : putain, vous ne pouvez pas regarder devant vous.

Quand il s’est baissé pour ramasser ce qui ressemblait à une mallette de médecin, Mathilde a remarqué sa main gauche. Il n’avait que trois doigts. »

 

Quelle était donc la véritable ambition de l’auteur ? Aborder le thème du harcèlement moral dans l’entreprise, celui des éclosions amoureuses impossibles, etc. ?

Formulons une hypothèse : le personnage du médecin serait un ajout (une suggestion appuyée de l’éditeur ?) pour pimenter la 1ère mouture d’un texte sans profondeur, parce que la clientèle de Mme de Vigan apprécie les romances.

 

Comme le sujet du harcèlement occupe le plus grand espace dans ce foutoir, nous nous disons que l’écrivassier se penche ou plutôt se sert de problèmes graves pour attirer les projecteurs sur sa prose alerte, légère comme une chronique de Cosmopolitan (1).   

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : ou d’un autre magazine féminin.