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notes culturelles

Paolo COELHO l'alchimiste

Publié le par Alexandre Anizy

« L’alchimiste » est le roman qui a fait connaître Paolo COELHO : traduit en 41 langues et 11 millions d’exemplaires vendus. Le succès est mérité.

 

On le compare au « petit prince » ou à « Jonathan Livingstone le goéland », ce qui est excessif.

 

Alexandre Anizy

Yann MOIX et Frédéric BEIGBEDER : comment faire du fric ?

Publié le par Alexandre Anizy

Puisque la rentrée littéraire a commencé, parlons aujourd’hui de deux spécimens de la « pipolittérature », qui satureront les pages culturelles des médias.

 

Commençons par Yann Moix, le touche-à-tout qui ne fait pas de grandes choses, qui va publier un essai opportun, très opportun, puisque la dépouille mortelle est à peine enterrée : « Cinquante Ans dans la peau de Michaël Jackson » (1).

Force est de constater, si on regarde la bibliographie de cet énergumène libéré, qu’il ne crache pas sur les tombes, bien au contraire : il sait user du talent des autres. Mais comme c’est un homme instruit, sa passion des Anciens ne virera pas à la nécrophilie.

 

Terminons avec Frédéric BEIGBEDER, dont le nouveau livre titré « un roman français » (2) a déjà fait couler beaucoup d’encre cet été : figurez-vous que dans le premier tirage, dont des exemplaires ont été expédiés aux journalistes spécialisés, l’auteur s’en serait pris au Procureur de Paris Jean-Claude Marin d’une manière discourtoise, voire diffamatoire, ce que son éditeur (pourtant un grand professionnel) n’aurait vraiment compris qu’à la deuxième lecture, après laquelle il aurait donc demandé à l’écrivain d’édulcorer radicalement son texte, et il aurait aussi décidé la destruction du premier tirage … Tout ceci a été largement repris dans la presse, constituant un excellent aguichage (3)…   

Mais personne n’a dit combien d’exemplaires ont été mis au pilon. Or, il faut savoir que la première édition d’un auteur notoire comme Beigbeder doit être au moins de 30.000 unités (pour une bonne mise en place dans les commerces) … Sans une preuve tangible de la quantité détruite par le sous-traitant de l’éditeur, on peut raisonnablement douter de la véracité de cette belle histoire (4).

 

Si l’édition a toujours été un business, ces deux écrivassiers modernes savent eux aussi faire du fric.

 

Alexandre Anizy

 

(1) : éditions Grasset.

(2) : éditions Grasset

(3) : « teasing », pour les managers. En l’espèce, nous pouvons même parler d’une nouveauté, puisque l’aguichage repose sur une partie du texte que les lecteurs ne verront jamais … Rappelons que Frédéric Beigbeder est un publicitaire (sa formation : DESS en marketing – publicité au Celsa).

(4) : à moins que le 1er tirage ne soit pas la 1ère édition : sa destruction ne représente alors quasiment rien financièrement. 

Etrangers à "Chârulatâ" de Rabindranath TAGORE

Publié le par Alexandre Anizy

Ce qui caractérise « Chârulatâ »(1), roman de Rabindranath Tagore (prix Nobel 1913), c’est l’économie de moyens : la sobriété du style, l’enchaînement des faits, la suggestion des sentiments.

C’est aussi pourquoi nous nous opposons au commentaire dithyrambique de Nils C. Ahl qui écrit : « Cet obscur autel de douleur est le véritable objet du roman. Le drame est inéluctable. »(2). Car c’est le chemin vers l’autel qui constitue l’objet.

 

Malgré le style élégant, la construction subtile, nous restons étrangers, ou plutôt sans enthousiasme, face à cette histoire d’intérieur.

 

Alexandre Anizy

 

(1) : éditions Zulma, février 2009, 112 pages, 15 € ; une traduction soignée de France Bhattacharya.

(2) : dans le Monde du 12 juin 2009.

"Black bazar" d'Alain MABANCKOU

Publié le par Alexandre Anizy

Alain Mabanckou a plus d’un talent dans sa besace : primo, il romance bien ce que vit la communauté africaine de Paris (un savoir-faire dans la composition et la maîtrise d’un langage apparemment relâché) ; secundo, il excelle dans la promotion médiatique (Christophe Barbier a son écharpe rouge, le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy sa chemise blanche, Alain Mabanckou sa casquette rasta) ; tertio, il progresse méthodiquement dans sa conquête de la renommée littéraire (déjà un pied sur le marché américain !).

 

En lisant « Black bazar »(1), vous passerez agréablement l’après-midi sur la plage, ou ailleurs. C’est déjà ça.

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : éditions du Seuil, janvier 2009, 247 pages, 18 €.

A propos du cercle des epluchures litteraires

Publié le par Alexandre Anizy

Sérieusement, voilà un bijou sans prétention qui ravira les lecteurs sensibles, qui chavirera les cœurs des dames, qui enthousiasmera les amoureux du genre épistolaire, qui déplaira aux gastronomes (mais on s’en fout !), qui brillera peut-être dans le classement des meilleures ventes puisqu’il le vaut bien !

 

Ecrit par 2 Américaines, Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, nous retrouvons néanmoins dans « le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates »(1) un style anglais (vous savez bien, l’humour …), qui fait incontestablement le charme de ce livre.

A dévorer sans modération.

 

Alexandre Anizy

 

(1) : éditions Nil, mars 2009, 391 pages, 19 €.

 

CUSSET ? une autre TUIL(e) !

Publié le par Alexandre Anizy

En attendant son brillant avenir, Catherine Cusset nous a gratifiés d’un roman, « la haine de la famille »(1), dont le titre racoleur nous embarrasse comme une promesse non tenue. 

En ressassant un thème connu qu’elle ne renouvelle pas, l’auteur finit par écrire des âneries comme celle-ci : « Le nazi, c’est moi. Moi qui n’aime pas ma mère. » (p.144)

C’est pathétique.

Catherine Cusset vaut bien Karine Tuil.

                                        

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : éditions Gallimard, avril 2001, 224 pages, 16,01 euros

Un desaccord avec Milan KUNDERA

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son dernier livre « une rencontre »(a), au chapitre évoquant l’amitié et l’inimitié, Milan Kundera écrit : « (...) (aujourd’hui, je le sais : à l’ère du bilan, la plaie la plus douloureuse est celle des amitiés cassées ; et rien n’est plus bête que de sacrifier une amitié à la politique. Je suis fier de ne l’avoir jamais fait. J’ai admiré Mitterrand pour la fidélité qu’il a su garder à ses vieux amis. (…) C’est cette fidélité qui était sa noblesse). » (p.133)

Il ajoute :

« Contrairement à la puérile fidélité à une conviction, la fidélité à un ami est une vertu, peut-être la seule, la dernière. » (p.134)

 

Le propos n’est pas contradictoire, mais pour le moins imprécis.

Si on ne voit pas, par exemple, en quoi mourir pour une idée serait puéril (est-ce vraiment ainsi qu’il faudrait qualifier le geste de Jan Palach ?), on comprend encore moins, puisque les hommes évoluent sans doute plus que les idées, pourquoi la fidélité à un ami serait élevée au rang de vertu.

 

Revenons à l’Occupation et au francisquain Mitterrand , puisque Kundera nous y invite en quelque sorte, pour expliciter notre désaccord. Dans le film "l armee des ombres" (b) de Jean-Pierre Melville, le groupe de résistants dirigés par Paul Meurisse décide d’éliminer leur amie Simone Signoret, parce qu’elle a déjà parlé. Trahir est un acte de rupture. Elle est donc flinguée par nécessité et sans détestation, parce qu’il faut être inhumain pour haïr celui qui a parlé sous la torture (ou le chantage à la déchéance humaine). Mais on ne peut pas en dire autant pour René Bousquet, ce fonctionnaire haut collaborateur, dont Mitterrand ne s’écarta jamais : dans ce cas, la faiblesse de Mitterrand ne peut être en aucun cas un signe de noblesse.

 

Ce sont les actes qui définissent le mieux les hommes. Toujours. Et les actes de bravoure du passé ne peuvent pas effacer les saloperies du présent : la vie de Joseph Darnand, le Chef de la Milice, illustre parfaitement notre pensée.

En restant fidèle à un ami qui a changé en mal, on se montre simplement incapable d’apprécier raisonnablement une situation : ce n’est qu’un lâche aveuglement.

 

 

Alexandre Anizy

 

(a) : éditions Gallimard, mars 2009, 204 pages, 17,90 €.

(b) : un chef d’œuvre.

"Firmin" de Sam SAVAGE : un avatar du lecteur mécanique d'Edith WHARTON

Publié le par Alexandre Anizy

Sans aucun doute, Edith Wharton aurait classé le grignoteur de livres nommé « Firmin » parmi les lecteurs mécaniques, évidemment primaires. Pour notre part, nous rangeons ce personnage romanesque dans la catégorie des « albatros » : l’idée est si originale et loufoque qu’elle empêche l’auteur d’exploser. Comme il ne se lâche pas, Sam Savage perd finalement le lecteur qui décroche de cette histoire trop sagement menée.   

 

Restons bon joueur, car un lecteur ne perd jamais son temps, en soulignant le remarquable travail de la maison d’édition qui a obtenu une couverture médiatique disproportionnée, eu égard à la valeur réelle du livre : Actes Sud semble regorger d’excellents professionnels.

 

Quant à Sam Savage, nous lui souhaitons bonne chance pour son deuxième envol !

 

Alexandre Anizy

 

 : éditions Actes Sud, mai 2009, 202 pages, 18 €

 : lire notre note du 25 juillet : Edith Wharton et « le vice de la lecture »

Edith WHARTON et "le vice de la lecture"

Publié le par Alexandre Anizy

En octobre 1903, la riche bourgeoise américaine Edith Wharton publiait un article titré « The Vice of Reading », dans lequel elle expliquait que la diffusion de la connaissance avait révélé un nouveau vice. Son exposé ne nous a pas convaincu.

 

Si son texte est émaillé de quelques truismes, comme « l’érudition n’est [pas] la culture » (p.8), elle ne démontre rien non plus lorsqu’elle affirme que se forcer à lire n’est pas lire, que « lire vraiment est un réflexe ; le lecteur-né lit aussi inconsciemment qu’il respire (…) » (p.8), et elle s’égare même lorsqu’elle prétend que « plus on confère à l’acte [de lire] du mérite, plus il en devient stérile » (p.8).

Mais elle donne aussi une réponse intéressante à la question de l’évaluation d’un livre : « La valeur des livres est proportionnelle à ce que l’on pourrait appeler leur plasticité – leur capacité à représenter toutes choses pour tous, à être diversement modelés par l’impact de nouvelles formes de pensées. » (p.9)

Edith Wharton est indulgente avec le piètre lecteur, ou bien le dévoreur de livres futiles, ou bien ceux qui ne s’intéressent qu’aux « meilleures ventes », parce que ces gens ne nuisent pas à la littérature. Non, ce sont ceux qui se font un devoir de lire, établissant même parfois le programme ambitieux d’être informés de toute la production, qu’elle présente comme des ennemis :

« C’est lorsque le lecteur mécanique, armé de la haute idée de son devoir, envahit le domaine des lettres – discussions, critiques, condamnations ou, pire encore, éloges – que le vice de la lecture devient une menace pour la littérature. » (p.12)

Parce que « lire n’est pas une vertu, mais bien lire est un art, et un art que seul le lecteur-né peut acquérir ». Deux inepties en une phrase ! Car en quoi la lecture serait un art, et pourquoi le « lecteur-né » pourrait seul acquérir la capacité de bien lire ? Point d’arguments avancés pour défendre cette assertion, si ce ne sont d’autres fadaises du genre : « le lecteur mécanique est l’esclave de son marque-page » (p.15).

Cette opposition entre lecteur-né et lecteur mécanique est artificielle. Elle repose essentiellement sur le préjugé de classe demi-avoué d’une femme bien née, qui déclare que « la route du lecteur mécanique est tracée par la vox populi. » (p.19) Si Edith Wharton voulait dénoncer l’hypocrisie de sa classe sociale, comme le pense Michel Guerrin, elle n’y parvenait qu’en sombrant dans un élitisme déjà suranné en son temps.

 

Pour nous, la lecture n’est pas en soi un vice : au mieux, elle contribue au développement intellectuel, et au pire, elle permet une évasion divertissante.  

 

Alexandre Anizy


 : « le vice de la lecture », 1ère traduction française par Shaïne Cassim aux éditions du sonneur, mars 2009, 38 pages, 5 €.

 : dans le Monde du 26 juin 2009.

Jacques LAURENT un vilain canard

Publié le par Alexandre Anizy

Comme nous l’avons écrit récemment, l’époque de la Seconde Guerre Mondiale est en vogue. Les éditions Grasset (collection « Cahiers Rouges ») y contribue en publiant « le petit canard » de Jacques Laurent.

 

De ce roman, nous ne retenons que les défauts majeurs : une structure déséquilibrée et déjà un style de roman de gare (rappelons que Cécil Saint-Laurent est un des pseudonymes de Jacques Laurent). Nous les retrouvons d’ailleurs bien des années plus tard dans « les bêtises », auxquelles nous avons consacré une note. Cela ne nous étonne plus, puisque Jacques Laurent considérait qu’ « un roman est aventure imprévue ».

Ici, la légèreté du thème et son traitement narratif frisent la débilité : « Si Antoine entre dans la L.V.F. [ndAA : Légion des Volontaires Français, qui a combattu le bolchevisme aux côtés des troupes allemandes], c’est parce qu’un officier polonais a embrassé celle qu’il aimait ».

 

Si « un auteur n’a pas plus à se commenter qu’un peintre à adjoindre une notice à son tableau », ce que nous approuvons dans la mesure où l’auteur assume son propos, nous n’avons pas à justifier outre mesure notre appréciation définitive : nous n’aimons pas le vilain Jacques Laurent.

 

 

Alexandre Anizy

 

 : notre note du 19 juin 2009 « L’historienne Anne SIMONIN révise l’épuration de 1945 » ;

 : mai 2009, 148 pages, 7,60 €.

 : note du 8 novembre 2008.