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748 articles avec notes culturelles

Mauvaise querelle de Kevin Lambert

Publié le par Alexandre Anizy

            L'étudiant Kevin Lambert étoffe son apprentissage littéraire en livrant un roman putassier.

 

           

            Querelle (Le Nouvel Attila, 2019) de Kevin Lambert est une fiction syndicale (sic) qui vire guignolesque, avec un prologue conçut pour les chalands des librairies gay. Le commerce y trouve peut-être son compte, pas la littérature, et encore moins la question sociale.

 

Alexandre Anizy

La faute de Michèle Lesbre

Publié le par Alexandre Anizy

            Qui aime bien, critique bien.

 

 

            Le lecteur anizien sait combien nous apprécions le talent de Michèle Lesbre ( lire ici et ici et ici ), et c'est une correspondante qui nous signala cet ouvrage particulier : Victor Dojlida, une vie dans l'ombre ( Sabine Wespieser, 2012, livrel).

            Bien sûr on y retrouve le style de l'autrice, fait d'une langue délicate et d'un rythme doucereux, bien sûr il y a la justesse d'un propos enrobé dans un équilibre sage, mais au point final, on se demande quel était le projet initial, puisque la Camarde a fauché le héros avant la fin de sa dernière mission.

            Le titre est équivoque, parce que le livre ne dépeint pas l'univers carcéral. Ce n'est pas non plus un travail mémoriel sur la Résistance. Ni sur la chute dans le brigandage, comme l'a raconté Alphonse Boudard ( lire ici ). Non, c'est un peu de tout cela, mais surtout le récit d'une écrivaine allant à la rencontre d'un homme qui se tint droit quand tant d'autres se couchaient : Michèle dans le train vers Homécourt, Michèle attendant Victor dans un café au coin de la rue de la Roquette...

           

            Surimposer son nombril sur la trajectoire digne de Victor Dojlida nous paraît inconvenant : c'est la faute de Michèle Lesbre.

 

 

Alexandre Anizy

 

Sonja Delzongle au top

Publié le par Alexandre Anizy

            Sonja à son top balkanique.

 

 

            Suite à un épisode touquettois ( lire ici ), nous plongeâmes dans Cataractes  (éditions de l'épée, avril 2019, livrel), titre du nouveau thriller de Sonja Delzongle, qui ose cette fois-ci localiser son histoire en Serbie ( lire ici ). Ce faisant, elle commet son meilleur ouvrage : la récidive est donc conseillée !

 

            Après la pommade (sincère et gratuite, du moins sur ce blog ), ne résistons pas à une taquinerie innocente. 

« ... les yeux gorgés de cette émotion partagée.

- Et tu as eu à t'en servir ? demande-t-elle, la gorge serrée. » (p.141/325)

Un jour d'inspiration engorgée, peut-être ?

 

 

Alexandre Anizy

 

L'Appanah c'est un placebo familier

Publié le par Alexandre Anizy

            Nathacha Appanah est une journaleuse qui s'adonne aux textes gris, adore la nuance ― c'est mignon comme une photo de David Hamilton ―, admoneste le pointeur cruel, adoucit son phrasé d'un mélange marin, pour émouvoir son lecteur endormi. Et le reste n'est pas littérature.   

 

 

            Dans Le ciel par-dessus le toit (Gallimard, 2019), l'autrice brode une joliesse rythmée d'anaphores accumulées : la dope est adoptée.

            « C'est un vaste monde qui se dessine en dix ans. Il y a des îles qui disparaissent, des collines qui glissent et s'affaissent, il y a le désert qui ronge les villages et les villes qui grignotent la campagne. Il y a la joie et la mort qui emporte, aussi. Il y a les pardons, et les belles choses qu'on se dit à l'aube. Dix ans mais il reste encore des endroits comme celui où se trouve Loup. » (p.64/99)

Encore et encore...

            Mais aussi une volonté musicale qui amenuise le précis :

            « Il y a ce regard échangé de loin. C'est la mère qui avance vers la fille parce que cette dernière est pétrifiée ― par cette beauté, par cette vague d'émotions qui l'atteint, par le poids de ces dix années, par la difficulté à être l'enfant de sa mère ― et toujours le cœur qui bat, le ventre qui tourne, l'esprit qui se débat pour trouver les mots qui conviennent, mais en réalité c'est autre chose qui prend le dessus et ça ressemble à un début, à quelque chose qui s'ouvre et qui offre on ne sait pas encore quoi, on ne sait pas encore comment mais on espère que ça ressemblera à de la tendresse et, pour l'instant, ça leur suffit. » (p.85/99)

 

            C'en est trop, comme ce "h" planté au milieu du prénom, comme la cendre inutile d'un rêve de majesté. Pour le coup, amusons-nous avec l'excipit : 

            « Il était une fois un endroit ouvert sur la mer, le ciel et la terre. Dans cet endroit, chaque chose avait une histoire et chaque chose contenait une promesse. Loup les goûte une à une, de son corps, de son visage, de ses mains qu'il ouvre en grand et sa bouche aussi. Il lui semble que ce ne sera jamais assez d'offrandes et qu'une vie entière dans ce vaste monde ne sera pas suffisante pour toutes les dire, toutes les tenir. » (p.93/99)

Et le nôtre :

      Il était une fois un livre ouvert sur l'être, le dedans et le dehors. Dans ce livre, chaque page est une profondeur et de chaque page émane la rémanence d'une discorde. Vuk s'en imprègne, Vuk l'ingère, Vuk la restitue. Il était une fois un être intériorisant la fragilité de l'harmonie, la violence du vaste monde.     

 

 

Alexandre Anizy

 

Cécile Coulon est une bête

Publié le par Alexandre Anizy

            De course évidemment. 

 

 

            Depuis le 4 septembre, L'(im)Monde l'ayant récompensée, Cécile Coulon doit être au paradis des anges blond peroxydé, ce qui n'est pas le cas de ses personnages dans Une bête au paradis (L'iconoclaste, août 2019). Un prix mérité pour cette écrivaine talentueuse. Echantillon pris au hasard.

            « Il ne faisait pas partie de la famille. Il était employé, ici. On ne lui avait rien dit, parce qu'on attendait de lui ce qu'on attendait d'un commis de ferme. Nourrir les poules. Nettoyer la cour. Inspecter la grange. Trier les œufs. Traire les vaches. Il ne faisait pas partie de la ferme. Louis avait oublié ce que c'était d'être du paysage sans être de la photo.

            avant de redescendre, il défit le lit d'Emilienne, tira les draps par terre. au moins, quelle ne revienne pas dormir dans un lit sale. » (p.226)

 

            Bien sûr, en lisant Cécile, on voyage vers Marie-Hélène Lafon (lire ici et ici ), à qui l'autrice rend hommage dans un entretien au quotidien vespéral, où elle évoque aussi L'épervier de Maheux de Jean Carrière (lire ici ). Coulon a de bonnes références. Mais pour nous, c'est plus à Bernard Clavel que le livre renvoie. 

 

 

            En tout cas Cécile, pour le Graal, il faudra changer d'écurie : c'est la loi du commerce.

 

 

Alexandre Anizy

Le ghetto de Santiago Amigorena

Publié le par Alexandre Anizy

            Que penser du roman titré "le ghetto intérieur" ? 

 

 

            Santiago Amigorena n'a rien à dire, et il l'écrit mal (la ponctuation est hasardeuse).  

 

 

Alexandre Anizy

Le bordel d'Emma Becker

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans la course aux prix, Flammarion avait misé sur le scandale de l'hyper féministe Emma Becker. Et Moix de Grasset écrasa l'alter-ego.

 

 

            L'écrivaine Emma Becker ajoute du malheur au monde en mal nommant son temporaire lieu de travail berlinois : La maison (Flammarion, 2019, en livrel) est un bordel. Est-ce par pudeur, est-ce pour une touche cucul la praline, est-ce parce que Mme Becker considérerait comme Bakounine « [qu'] il n'y a guère de différence entre le mariage bourgeois et la prostitution », on ne saurait le dire.

 

            En tout cas, comme dans L'éducation sentimentale, on s'ennuie. Comme l'héroïne : « J'en suis réduite à faire des additions mesquines, à calculer mon chiffre d'affaires de la semaine, lequel atteint péniblement cent cinquante euros pour trente heures de néant insondable. » (p.162/321) Emma n'est pas une gagneuse ― mais hormis un mac serbe, qui le lui reprocherait ?― puisque son turbin au bordel n'est qu'une expérience.

            Résumons : Emma Becker livre un documentaire sur les bordels allemands, agrémenté de considérations psychologiques, voire sociales, et d'introspections, beaucoup d'introspections... Du genre : « J'ai toujours cru que j'écrivais sur les hommes. Je ne peux relire mes livres sans m'apercevoir que je n'ai jamais écrit que sur les femmes. Sur le fait d'en être une, et sur les milliers de formes que cela prend. » (p.213/321) Pour finalement avouer : « Que je ne suis pas du tout faite pour être journaliste [le lecteur s'en rend compte d'ailleurs], au fond. Aussi égocentrique que la profession puisse l'être, elle n'arrive pas à la cheville du narcissisme qui boursoufle un écrivain comme moi, incapable d'écrire sur qui que ce soit d'autre que lui-même. J'essaie parfois. » (p.214/321)

           

            Nous pardonnons le nombrilisme à la donzelle, et même nous l'encourageons à tenter un autre essai, parce qu'il y a chez elle un style avec un je ne sais quoi qui fleure bon l'impertinence, comme ici : « Notre coalition tricolore anschlusse copieusement la cuisine [du bordel : ah la bouffe chez les Français !], chassant les germanophones, qui n'osent pas nous demander de parler au moins anglais (et quel plaisir subtil, après des mois d'efforts, que d'être ces immigrées qui ne font rien pour s'intégrer !) » (p.199/321)   

 

 

Alexandre Anizy

Les routes de Sylvain Prudhomme

Publié le par Alexandre Anizy

            Sylvain Prudhomme tombe en quenouille.

 

 

            Lire Par les routes de Sylvain Prudhomme (Gallimard - L'arbalète, 2019) ne fut pas un hasard. Avant la naissance de l'auteur (1979), nous usions de l'auto-stop dans le cadre d'une réallocation de nos ressources : le prix du modeste ticket aller-retour Étain/Verdun des Rapides de la Meuse servait à payer nos deux paquets de Gauloises de la semaine, et nos boissons du jeudi ou mercredi après-midi à la B.U. et au Lapin qui fume, lorsque nous sortions du lycée Marguerite, où nous côtoyions un Prudhomme... Nous arrivions souvent en retard au cours d'espagnol du lundi matin, mais sous la pression amicale des copines, le professeur ne signalait pas dare-dare notre absence, ce qui nous épargnait des désagréments administratifs. Puis nous nous échappâmes du lycée pour quérir une autre vie sur les routes, dans un élan d'émancipation juvénile. En ce temps-là, l'auto-stop n'était pas un calvaire, mais la vague déclinait déjà.

            Mais ce n'est pas en ex-pratiquant que nous parlons ici.

 

            Un article de presse mettait en avant la qualité du style :

« ... la force de ses romans. A son écriture, assurément, dont l'absence de ponctuation expressive contraint le lecteur à choisir lui-même l'intensité qu'il veut donner, dans le secret de sa lecture, aux propos qui lui sont confiés. » (joliment dit par Florence Bouchy, L'(im)monde du 20 septembre 2019) ;

et suscita l'envie d'une réminiscence possible de Jack Kerouac.

            Cela commença pas trop mal :

« J'aime et redoute à la fois l'idée qu'il existe une ligne d'ombre. Une frontière invisible qu'on passe, vers le milieu de la vie, au-delà de laquelle on ne devient plus : simplement on est. Fini les promesses. Fini les spéculations sur ce qu'on osera ou n'osera pas demain. Le terrain qu'on avait en soi la ressource d'explorer, l'envergure de monde qu'on était capable d'embrasser, on les a reconnus désormais. » (p.5/217)

            Mais avant d'arriver au passage ci-dessous, où l'auteur décrit l'art de la traduction, nous savions l'envie insatisfaite par l'inconstance du style.

            « De toute façon avec les mots c'est toujours pareil, elle souriait, le sens glisse, dérape par rapport à l'intention qu'on avait, il dérape en italien comme en français, les mots toujours débordent, c'est le jeu, ce qu'il faut simplement c'est choisir entre les glissades, sentir quelle glissade française sera la plus fidèle à la glissade italienne. » (p.55/217)  

            Force est de déplorer l'échec face à une barre hautement placée.

 

            Côté motif, Sylvain Prudhomme commet deux erreurs. La première est de présenter l'auto-stoppeur comme un spécialiste des autoroutes :

« Toi qui ne quittes jamais l'autoroute ou seulement le temps d'un arrêt au Formule 1 le plus proche. » (p.72/217) ;

or l'autoroute ne peut pas être le vecteur de l'idéal d'un trimardeur. La deuxième erreur est la dépersonnalisation : le voyageur s'appelle l'auto-stoppeur. Rien que. Cet effacement du sujet nous semble en contradiction avec le besoin d'être.

            De ce côté-là aussi, force est de constater le ratage.

 

            Hélas ! monsieur Prudhomme ne nous emmène pas par les routes, alors que peut-être ses yeux dans un rêve sans fin flottent insoucieux.

 

 

Alexandre Anizy

Le dernier tour (de Chirac) selon Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            A bien y réfléchir, il y a un poème de Brautigan pour chaque moment de l'existence.

 

 

Le dernier tour

 

L'acte de mourir

revient à faire du stop

tard la nuit

dans une ville étrange

où il fait froid

où il pleut,

et où l'on est de nouveau

seul.

 

Soudain

tous les lampadaires

s'éteignent

et tout

devient sombre,

si sombre

que même les immeubles

ont peur

les uns des autres.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

Sabolo à vau-l'eau

Publié le par Alexandre Anizy

            Toque blanche et tunique médiacratique (journaleuse un jour, publiciste toujours...), Monica Sabolo entame la saison des prix sans handicap.

 

 

            Au commencement de la rentrée littéraire, il semble que Gallimard mise sur le Éden de Monica Sabolo (juin 2019, 275 pages, 19,50 €) pour emporter un morceau. Le style (puisqu'Olivia de Lamberterie le porte au pinacle et trouve "génial" d'avoir nommé la chouette Beyonce ) ?

            « En rentrant à la maison, je trouvai ma mère assise à la table de la cuisine, devant un cendrier en forme de coquillage, ses cartes éparpillées tout autour ― la mort, le jugement, le diable. Ses ongles étaient longs et mauves, dignes d'une candidate de téléréalité. Le flacon de vernis était posé sur le bord de l'évier. » (p.121, extrait pris au hasard)

            Pas de quoi s'extasier, mais plutôt au-dessus de la moyenne. Non, ce qui fait défaut, c'est la matière, et le flou artistique versant dans le fantastique ne sauve pas l'affaire. La journaleuse pipole n'a rien à dire, et ça se voit.

 

 

Alexandre Anizy

 

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