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notes culturelles

La télévision de Jean-Philippe TOUSSAINT

Publié le par Alexandre Anizy

Bien que nous ayons beaucoup de sympathie pour la Belgique, l’humour de l’écrivain Jean-Philippe TOUSSAINT nous échappe ; quant à son style épuré, il ne nous transporte pas au paradis des lecteurs rassasiés. 

 

Son roman « la télévision » (éditions de Minuit, 1997, 270 pages, 98 FRF) ne fait pas exception à cette appréciation générale.

Par la lucarne de TOUSSAINT, le monde n’est pas plus intelligible.

 

Alexandre Anizy

La transparence des BILLETDOUX

Publié le par Alexandre Anizy

On peut bien le confesser : il nous arrive de lire des choses faciles.  

 

Nous classons « Mélanie dans un vent terrible » de Raphaële (devenue Marie) BILLETDOUX dans cette catégorie (Grasset 1994, 200 pages, 105 FRF). Tellement facile que nous ne gardons même pas le souvenir d’un plaisir de lecture.

 

Chez BILLETDOUX, la facilité devient transparence.

 

Alexandre Anizy

Impasse Sylvie GERMAIN

Publié le par Alexandre Anizy

Sylvie GERMAIN écrit depuis de nombreuses années des livres dont la vacuité échappe généralement aux critiques littéraires.

Il est vrai qu’elle cisèle bien ses textes, comme son dernier roman titré « l’inaperçu » (Albin Michel août 2008, 294 pages, 19 €), dont l’incipit pléonastique est : « Une femme marche à pas rapide le long des berges du fleuve. »

 

Alexandre Anizy

Andrea CAMILLERI a-t-il décroché la lune ?

Publié le par Alexandre Anizy

En janvier 2008, les éditions Fleuve Noir sortait un nouveau livre du vieil Andrea CAMILLERI titré « la lune de papier » (224 pages, 20 €), où il nous est permis de retrouver le commissaire Montalbano, qui a des soucis de concentration tant il est sous le feu de deux femmes bien différentes, mais si séduisantes.

La conclusion … sera magnanime : si ce n’est pas le meilleur polar de CAMILLERI, cela reste d’une haute tenue.   

 

Alexandre Anizy

Le comte Xavier de MAISTRE plus fort que Christine ANGOT

Publié le par Alexandre Anizy

Cadet d’une famille aristocratique savoisienne, Xavier de Maistre, frère du philosophe contre-révolutionnaire Joseph de Maistre, entrait en carrière militaire (est-ce mieux qu’embrasser une religion ?) à 18 ans : parce qu’il est aux arrêts dans sa chambre pendant quarante-deux jours, il rédige « le voyage autour de ma chambre » (œuvre complète du comte Xavier de MAISTRE, préface de Mr SAINTE BEUVE, Garnier Frères Libraires éditeurs), que son frère fait publier en 1794. Dans cette œuvre légère, monsieur le comte Xavier de MAISTRE nous parle de sa personne avec détachement en parodiant le genre du récit de voyage.

 

« Le lit nous voit naître et nous voit mourir ; c’est le théâtre variable où le genre humain joue tour à tour des drames intéressants, des farces risibles et des tragédies épouvantables. – C’est un berceau garni de fleurs ; - c’est le trône de l’amour ; - c’est un sépulcre. » (p. 12)

Il nous parle beaucoup de son « système de l’âme et de la bête » :

« Je me suis aperçu par diverses observations, que l’homme est composé d’une âme et d’une bête. – Ces deux êtres sont absolument distincts, mais tellement emboîtés l’un dans l’autre, ou l’un sur l’autre, qu’il faut que l’âme ait une certaine supériorité sur la bête pour être en état d’en faire la distinction. » (p. 13)

« C’est ainsi que, dans mon voyage, je vais prenant des leçons de philosophie et d’humanité de mon domestique et de mon chien. » (p. 63) 

 

Le comte complétera son voyage par une suite intitulée « expédition nocturne autour de ma chambre » (même référence), dans laquelle il nous dit cette fois-ci son « Système du Monde » : « Je crois donc que l’espace étant infini, la création l’est aussi, et que Dieu a créé dans son éternité une infinité de mondes dans l’immensité de l’espace. »

 

L’écri-nain pipole Christine ANGOT (lire notre note du 4 septembre 2008 « le dernier fatras de l’écri-nain pipole Christine ANGOT ») n’a donc rien inventé, hormis peut-être ses histoires gynécologiques : il lui manque seulement le style.

 

Quand on lit « les prisonniers du Caucase » (même référence), on constate sans surprise la vision ethnocentrique que portait le comte Xavier de MAISTRE sur les hommes du Caucase :

« Les montagnes du Caucase (…). Leurs féroces habitants, séparés par le langage et par des intérêts divers, forment un grand nombre de peuplades (…) animées par le même amour de l’indépendance et du pillage. Une des plus nombreuses et des plus redoutables est celle des Tchetchenges (…). Les hommes en sont beaux, courageux, intelligents, mais voleurs et cruels (…). » (p. 249)

On croirait presque entendre un moscovite d’aujourd’hui.

 

Alexandre Anizy

Atiq RAHIMI Goncourt 2008

Publié le par Alexandre Anizy

Atiq RAHIMI vient d’obtenir le Goncourt pour son dernier roman.

Voici ce que nous écrivions dans notre note du 18 juillet 2007 :

 

« Terre et cendres » de l’afghan Atiq RAHIMI est un merveilleux récit de 93 pages (P.O.L 2000, 8,99 €).

Les mots, le rythme des phrases (excellent travail de traduction) marquent bien toute la lassitude et la douleur de l’ancien.

Ce livre est un bijou. A savourer sans tarder.

 

Il n’est jamais trop tard pour bien lire.

 

Alexandre Anizy

Le Zéro de Pascale ROZE

Publié le par Alexandre Anizy

En 1996, en publiant son premier roman (mais son deuxième livre) « le chasseur Zéro » (Albin Michel, 164 p., 85 FRF), Pascale ROZE obtenait d’entrée de jeu le prestigieux prix Goncourt, ce qui était étonnant compte tenu de l’éditeur et du caractère novice de l’auteur : les voies du Goncourt sont parfois impénétrables…

 

Si cet ouvrage n’atteint pas le « zéro absolu » (voir Pierre JOURDE « la littérature sans estomac »), il ne reste pas graver dans nos mémoires

 

Alexandre Anizy

L'épervier de Maheux de Jean CARRIERE

Publié le par Alexandre Anizy

En 1972, Jean CARRIèRE, un proche de Jean GIONO, recevait le prix Goncourt pour son roman « l’épervier de Maheux » : ce fut un énorme succès populaire.

 

Alors que la mode était au retour à la terre, ce livre dépeint une nature sauvage, où l’homme doit lutter pour survivre : il est à l’opposé du discours idéaliste en vogue.

Le succès paradoxal n’était pas un hasard.

 

La prose de Jean CARRIèRE est absolument remarquable, notamment lorsqu’il décrit les décors naturels de son histoire : c’est un paysagiste hors pair. Le premier chapitre en est un excellent exemple.

 

« L’épervier de Maheux » est la preuve qu’il arrive parfois aux spécialistes de couronner un joyau.

 

Alexandre Anizy

"les bêtises" de Jacques LAURENT

Publié le par Alexandre Anizy

En 1971, Jacques LAURENT obtenait le prix Goncourt avec « les bêtises » (Grasset), un pavé de plus de 600 pages où un homme est examiné sous différents angles composant autant de subdivisions.

Plus connu sous le nom de Cecil SAINT LAURENT, il publiait des romans de gare qu’il écrivait en 15 jours et qui se vendaient bien pendant des mois, ce qui expliquent les facilités qu’on trouve encore dans ce livre qu’il disait le plus important de sa production.

 

A l’époque, Paul MORAND écrivait un article sympathique où il le comparaît à un touriste stendhalien, nervalien, tandis que Jean FARRAN le prend pour un stendhalien de 1ère classe, « un anarchiste d’extrême droite, une des dernières zones de la pensée où se rencontre le talent ».

Comme nous venons de relire ce roman foisonnant, nous considérons que c’est Mathieu GALEY qui en a le mieux parlé dans son article « Jacques le désinvolte » :

« Et c’est un fait que malgré la curieuse complication du plan, (…) les digressions qui nous entraînent soudain fort loin, les pages lyriques où il se perd avec ravissement (…) et le délire d’écrire et d’écrire encore (…) » ;

« quelque chose comme une forêt de Brocéliande plantée de symboles où le promeneur cherche et trouve son chemin. Il arrive qu’il s’égare (…) » ;

« Certes l’entreprise est peut-être démesurée, presque folle (…) mais elle n’en est que plus admirable. ».

 

En relecture, les facilités désinvoltes ne passent plus.

 

Alexandre Anizy

Le krach d'Emmanuel PONS

Publié le par Alexandre Anizy

L’incipit serait une réminiscence de « l’étranger » d’Albert CAMUS qui déjanterait immédiatement : « Ma mère est morte. L’autre bonne nouvelle, c’est qu’elle est morte riche. C’est une tradition dans la famille. »

On est intrigué par ce diable d’Emmanuel PONS avec « Ma mère, à l’origine » (Arléa janvier 2008, 132 pages, 14 €). Comme l’auteur donne aussi dans la peinture, nous pensons au célèbre tableau de COURBET.

Le style des pages suivantes maintient la pression d’humour : « Ils m’ont dévisagé froidement quand j’ai garé ma Ferrari jaune à côté du corbillard. Je les comprends. Moi aussi, je l’aurais préféré rouge (…) » (p. 13) Et puis en page 15 : « J’ai dit aux usuriers qui voulaient m’extorquer de la douleur que je devais rendre la Ferrari avant dix-huit heures, et je suis parti. » Ainsi s’achève les quatre premières pages du livre de PONS : une introduction excellente.

 

On imagine alors qu’on vient de tomber sur quelque chose qui aurait une parenté avec « la conjuration des imbéciles » de John Tool KENNEDY (lire notre note culturelle du 4 juin 2007).   

Ce que les pages suivantes nous donnent à croire, comme lorsqu’on lit en page 25 : « Il est à son ordinateur  toute la journée, comme à une table au casino. S’il m’entendait, il crierait : « je ne joue pas ; c’est mathématique, la Bourse. Le hasard n’y a pas sa place. »

Parce que le fils indigne a plongé dans un univers impitoyable : il est devenu « home trader », faisant fructifier sa fortune par des opérations journalières, grâce à une formation ad hoc et à un équipement domestique dont ne rougirait pas un spécialiste des salles des marchés. Il poursuit à sa manière la tradition familiale.

Et c’est là que le roman bifurque vers une approche psychologique somme toute ordinaire : le fils qui veut accumuler des avoirs pour démontrer à sa mère défunte qu’il méritait quelques signes d’affection (« Ma mère avait donc un fils : son ego. Elle le traitait avec amour et lui accordait tout son temps. C’est lui qu’elle sortait, qu’elle soignait. J’ignore ce qu’elle disait de moi. Rien sans doute. » p. 63), qui reproduit le schéma avec son fils …

Heureusement, pour tenir la distance romanesque, PONS a imaginé que son personnage créait un indice : « (…) je calcule quotidiennement le PEJ de mon fils. Le PEJ – indice des principaux événements de la journée – reflète fidèlement l’état moral d’un individu, donc de sa capacité à surmonter ou non les difficultés. Je reporte ensuite le résultat du jour sur un graphique semblable au CAC 40. J’obtiens ainsi une courbe dont le tracé m’éclaire sur les fluctuations à la hausse ou à la baisse de son état mental. » Comme vous le voyez, le home trader part en vrille …

De cette descente infernale, Emmanuel PONS aurait pu faire une représentation hallucinante du monde boursier, que l’humour et l’ironie pouvaient accentuer tout en distrayant le lecteur. C’était à notre avis l’idée originale et forte qu’il aurait fallu développer pour ficeler un roman abouti.

Emmanuel PONS n’a pas pris ce chemin. Le lecteur reste sur sa faim.

Alexandre Anizy