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notes culturelles

Le jardinier de Sarajevo de Miljenko JERGOVIC

Publié le par Alexandre Anizy

Croate né à Sarajevo en 1966, Miljenko JERGOVIC nous raconte Sarajevo pendant la guerre (la dernière !) à travers de courtes nouvelles.
Le quotidien d’une ville sous les obus et les tirs de « snipers ».
Mais « le jardinier de Sarajevo » (Nil éditions 1995, 180 p., 97 FRF) n’est pas larmoyant.

 « Les gens meurent avec pathétisme, ils veulent que les autres se sentent coupables. Palach s’est arrosé d’essence et immolé par le feu tandis que d’aucuns, à 80 ans, s’acharnent encore à respirer ; (…). A la fin, il se trouve bien sûr un play-boy, adepte de la dolce vita, pour affirmer que le suicide est la seule question philosophique. » (p.105)

Un talent à découvrir.

 
Alexandre Anizy

SOLJENITSYNE : mort d'un homme révolté

Publié le par Alexandre Anizy

Le grand écrivain russe SOLJENITSYNE est mort.

Nous nous souvenons.

C’était au début des années 1970 : la lecture de «une journée d’Ivan Denissovitch » nous vaccinait (mais était-ce vraiment nécessaire ?) contre les mirages du marxisme-léninisme.

SOLJENITSYNE nous paraissait rejoindre à sa manière les révolutionnaires anti-tsaristes de la fin du XIXème, ceux dont parle Albert CAMUS dans son livre « l’homme révolté ».

 

Puis « l’archipel du goulag » sortait, et l’artiste triomphait de la barbarie. Nous nous souvenons d’une émission télévisée où Max-Pol FOUCHET (?) contestait la qualité littéraire de ce livre, des « vieux nouveaux philosophes » qui aboyaient déjà contre la Russie …

 

Après vinrent les honneurs, l’exil, le travail opiniâtre sur le malheur russe, un retour aux sources qui ressemblait par certains côtés à une dérive réactionnaire …

 

Ce que nous retenons avec SOLJENITSYNE, selon la formule de Jean-Paul SARTRE : on a toujours raison de se révolter.

 

Alexandre Anizy

 

 

Richard MILLET vend des mauvaises graines

Publié le par Alexandre Anizy

Richard MILLET est un membre influent du Comité de lecture de Gallimard, qui le publie : d’aucuns ont l’élégance de ne pas s’autoéditer, mais c’est une valeur désuète dans le milieu germanopratin. Bien entendu, c’est ce genre d’individu qui sans vergogne donne des leçons de littérature : s’étant érigé en censeur de la mauvaise, il n’a pas encore compris que ce n’est pas forcément avec des mauvais sentiments qu’on produit de la bonne.

Toujours est-il que nous décidâmes de lire la prose de ce monsieur : pourquoi pas « dévorations » (Gallimard 2006, 220 pages, 16,50 €) ?

« Il avait écrit une trentaine de livres et il refusait d’en entendre parler, non plus que de l’étrange passion qu’avait été l’écriture, pendant si longtemps, peut-être depuis toujours, et qui l’avait conduit jusque chez nous, ayant laissé derrière lui des terres incendiées et continuant à brûler tout ce qui se rapportait à son passé, comme ce mercredi de novembre où je l’avais trouvé non pas dans la salle de classe ni dans sa cuisine mais dans le petit pré de derrière, en train de mettre le feu à des papiers, des lettres, des cartes postales, des coupures de presse, tout ce qui avait trait à ce qu’il appelait, avec l’air de cracher dans l’eau, sa « vie littéraire ». » (p.111)   

 
Autant le dire simplement : Richard MILLET est un grammairien qui rédige des fiches indigestes ; avec lui, la littérature vous reste sur l’estomac. En tant que flic de la syntaxe, ce corrézien a sans doute des compétences, mais en tant que romancier, nous l’encourageons à persévérer.  

 
Alexandre Anizy

"Les années" d'Annie ERNAUX

Publié le par Alexandre Anizy

En janvier 2008, Annie ERNAUX revenait sur les tables des libraires avec « les années » (Gallimard, 242 pages, 17 €). Bien que nous ayons lu un ou deux articles réservés, nous décidâmes de feuilleter l’album tamisé d’un passé récent, parce que cet écrivain n’était pas une inconnue, parce qu’il nous avait intéressés autrefois avec « une place » et « passion simple » (en poche Folio). 

« La distance qui sépare le passé du présent se mesure peut-être à la lumière répandue sur le sol entre les ombres, glissant sur les visages, dessinant les plis d’une robe, à la clarté crépusculaire, quelle que soit l’heure de la pose, d’une photo en noir et blanc. » (p.65)

Sous une ligne mélodique fluide, nous retrouvons la précision qui parfois confine à la sécheresse. C’est du moins le souvenir que nous gardons des anciens textes d’Annie ERNAUX. Malheureusement, ce livre n’apparaît que comme la collation furtive d’instantanés fugaces qui, parce qu’elle émane de cet auteur, ne peut être ni anodine ni ennuyeuse.  

Qu’on ne se méprenne pas : un seul texte d’Annie ERNAUX vaut plus que toutes les foutaises narcissiques d’une Christine ANGOT, par exemple.

 
Mais pour cet auteur talentueux, « les années » ne seraient-elles pas de trop, comme on le dit d’un combat pour un boxeur ? 

 
Alexandre Anizy


Yann QUEFFELEC et les "noces barbares" facultatives

Publié le par Alexandre Anizy

Parce que nous venions de lire le dernier polar de Gérard LAVEAU, « nocturne barbare » (voir notre note du 27 avril 2008), nous eûmes la curiosité de revoir LE livre qui permit à Yann QUEFFéLEC de s’installer sur la scène littéraire française : « les noces barbares » (Gallimard, 309 pages) qui obtint le prix Goncourt 1985.

Et puis, dans le Figaro du 31 juillet 2008, nous lisons l’article de Jean-Claude LAMY titré « Yann QUEFFéLEC, une gueule d’écrivain ». Encore une fois reprise, l’anecdote, selon laquelle la directrice littéraire Françoise VERNY aurait dit « Vous avez une gueule d’écrivain, il faut que vous écriviez », est une belle histoire racontée depuis plus de 20 ans maintenant, mais comme cette papesse de l’édition ne dédaignait pas les méthodes triviales du marketing pour « lancer » un jeune auteur, nous la prenons pour ce qu’elle est. Nous remarquons cependant que, pour un homme qui découvre sa vocation d’écrivain au contact de cette dame, la révélation nous paraît tardive et incongrue, puisque sa profession de journaliste littéraire au Nouvel Observateur ne pouvait pas être le fruit du hasard pour le fils de l’écrivain Henri QUEFFéLEC.    

Nous nous souvenons. A l’époque, on glosait sur la scène du viol dans le premier chapitre : il a résisté à la patine du temps.
Pour le reste, beaucoup de dialogues accentuant l’ambiance glauque de cette histoire. De ce point de vue, il est toujours dans le coup.

 
Depuis ce succès, Yann QUEFFéLEC a dû progresser : moins de tirets, plus de matériaux.

 
Alexandre Anizy

La Fabrique de Philippe POLLET-VILLARD

Publié le par Alexandre Anizy

Quand en novembre 2007, au Salon du Livre du Touquet, Philippe POLLET-VILLARD nous annonça la prochaine sortie de son deuxième roman, « la Fabrique de souvenirs » (Flammarion, janvier 2008, 241 pages), nous lui avons promis d’en parler ici-même.
Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Dans ce livre, ce sont un peu les années 60 et surtout 70 dans le prisme de l’innocence du narrateur qui raconte son enfance en Haute Savoie : la vie familiale qui s’effiloche au fur et à mesure que le père se dévergonde, la faillite de l’entreprise, la fuite du père, la renaissance des femmes, etc.

Ce roman ne vaut que par le style puisque, somme toute, les tranches de vie rapportées ne figurent que les contours d’une existence ordinaire. Philippe POLLET-VILLARD use d’un ton qui constitue son angle de vue : le détachement, l’ironie, l’humour, l’affection, sont convoqués à chaque page pour notre plaisir.

« Quelques jours plus tard, le directeur avait convoqué ma mère. Il voulait lui parler. (…) D’après les tests d’intelligence et le dessin de l’arbre surtout, qu’il tenait d’ailleurs posé à plat devant lui sur son bureau, j’étais l’enfant le plus intelligent de ma classe. Les tests avaient dit Intelligent, finalement. Les psychologues missionnaires avaient lu ça dans les entrailles de cet arbre, et je ne sais pas comment c’est possible. Un véritable miracle. » (p.78)

 
Après un bon coup d’essai (lire notre note du 30 septembre 2007), nous constatons que Philippe POLLET-VILLARD a trouvé son deuxième souffle.          

 
Alexandre Anizy

Les chênes verts de Sylvie CASTER

Publié le par Alexandre Anizy

En ce temps-là, Sylvie CASTER pointait à Charlie Hebdo : c’était la fin de la bonne époque de cet hebdomadaire iconoclaste. Depuis, c’est un ex chanteur libertaire, Philippe VAL, qui gère SA boutique tendance libéral-libertaire enrobée dans un humour de potaches. Passons, puisqu’ « on s’en branle » (sic).

 
C’était en 1980. Sylvie CASTER publiait « les chênes verts » (éditions BFB, 201 p.). Un roman sur une sœur débile, qui ne sombre pas dans le mélo.

« De son premier centre, Hélène, il a bien fallu qu’elle en sorte. Passés 17 ans, ils n’en veulent plus. Il faut dire qu’ils misent assez sur deux passages, neuf ans et la puberté. Ils risquent nettement, les débiles, d’y laisser leur peau. Il paraît que ça leur fait des chambardements terribles dans les tréfonds. » (p.130)

 
Tonique, le style.
Comme les articles dans Charlie.

 
Alexandre Anizy

Philip ROTH un homme

Publié le par Alexandre Anizy

Depuis notre note du 30 juillet 2007 « Philip ROTH un autre géant », vous savez le bien que nous en pensons : « Philip ROTH est un immense écrivain américain. Un auteur de l’est (par opposition à Jim HARRISON par exemple). »

Avec « un homme » (Gallimard, octobre 2007, 153 pages, 15,50 €), c’est le résumé d’une vie d’homme ramenée à l’essentiel, qui tout compte fait, n’est pas folichon.

Le  rythme de la première phrase introduit parfaitement le sujet : « Autour de la tombe, dans le cimetière délabré, il y avait d’anciens collègues de l’agence de publicité new-yorkaise, qui rappelèrent son énergie et son originalité et dirent à sa fille, Nancy, tout le plaisir qu’ils avaient eu à travailler avec lui. »

Les dernières phrases clôturent le livre de comptes de cet homme, avec la force brute de la sobriété : « Arrêt cardiaque. Il n’était plus. Affranchi de l’être, entré dans le nulle part, sans même en avoir conscience. Comme il le craignait depuis le début. »

Du grand art.

 
Alexandre Anizy

Près de Javier CERCAS à petites foulées

Publié le par Alexandre Anizy

Pour ceux qui apprécient les choses courtes, qui concentrent intelligemment une approche singulière de l’existence, nous recommandons le livre de l’espagnol Javier CERCAS « à petites foulées » (Actes Sud 2004, 140 p., 13 €).
Ajoutons qu’il est plus connu pour son roman « les soldats de Salamine » (Actes Sud 2002).

Ils auront un complément à « la tache » de Philip ROTH, puisque le récit se déroule également dans le milieu universitaire américain.   
Mais il serait abusif d’en faire un chef d’œuvre : c’est juste un livre dense, bien écrit, qui a aussi le mérite de laisser perplexe le lecteur lorsqu’il achève sa promenade sur ce campus.

 
Alexandre Anizy

La métaphore d'Henri BAUCHAU

Publié le par Alexandre Anizy

Henri BAUCHAU a écrit un roman, « le boulevard périphérique » (Actes Sud 2008, 255 pages, 19,50 €), où la mort est omniprésente : on y parle donc de la vie, semblable à une roue de loterie.

L’auteur a mis tant de choses dans son livre que le lecteur cherche en vain un sens général à ce maelström de figures symboliques. Sur ce boulevard, nous ne savons pas quelle porte emprunter.

Dans l’œuvre d’Henri BAUCHAU, ce livre est un mauvais tronçon.


Alexandre Anizy