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notes culturelles

Malavita de Tonino BENACQUISTA

Publié le par Alexandre Anizy

Tonino BENACQUISTA est un écrivain polymorphe. Il s’est d’abord fait une réputation méritée dans le polar, puis comme scénariste, notamment avec Jacques AUDIARD.

« Malavita » (Gallimard la blanche, 2004, 315 p., 19 €), dont une suite vient de sortir, est un petit bijou : construction impeccable, style soigné. L’humour est en prime à chaque page.

Faut dire : un mafieux repenti américain débarque en Normandie avec sa famille dans le cadre du programme de protection. L’adaptation est difficile, et les anciens amis n’ont pas oublié …

Comme une glace italienne, vous apprécierez la recette de Tonino.

 
Alexandre Anizy


La "lenteur" de Milan KUNDERA et SARKOZY un danseur ?

Publié le par Alexandre Anizy

En 1995, Milan KUNDERA publiait un roman intitulé « la lenteur » (Gallimard, 154 p., 87 FRF). Ce n’est pas son meilleur ouvrage, mais après l’avoir lu, vous vous interrogerez peut-être sur bien des choses ordinaires devenues trop normales.

 
« La vitesse est la forme d’extase dont la révolution technique a fait cadeau à l’homme. Contrairement au motocycliste, le coureur à pied est toujours présent dans son corps, obligé sans cesse de penser à ses ampoules, à son essoufflement ; quand il court il sent son poids, son âge, conscient plus que jamais de lui-même et du temps de sa vie. » (p.10)

Vous le devinez : le roman est ici un prétexte à une réflexion savante sur notre époque encline à la frénésie, sur l’épicurisme, etc.

 
Faisons une digression.

« Le danseur se distingue de l’homme politique ordinaire en ceci qu’il ne désire pas le pouvoir mais la gloire ; il ne désire pas imposer au monde telle ou telle organisation sociale (il s’en soucie comme d’une guigne) mais occuper la scène pour faire rayonner son moi. 

Pour occuper la scène, il faut en repousser les autres. (…) Le combat que mène le danseur, Pontevin l’appelle le judo moral (…). Et il manie toutes les prises qui lui permettent de mettre l’autre dans une situation moralement inférieure. » (p.26)

Quand un danseur entre en politique, il rejette les négociations secrètes, il fait les propositions et interpelle nommément, publiquement, par surprise de préférence. Du genre : « Etes-vous prêt tout de suite (comme moi) à renoncer à votre salaire du mois de mars au profit des enfants du Somalie ? » (p.27) On vous laisse réfléchir sur la situation : le public, les caméras, la communication non verbale de l’interlocuteur …

 
SARKOZY DE NAGY BOCSA
ne se comporte-t-il pas comme un danseur avec son « pouvoir d’achat » (alibi des heures supplémentaires qui briseront in fine la loi des 35 heures), avec « la lettre de Guy MÔCQUET », avec le parrainage « d’une victime de la shoah » par chaque écolier, etc. ?

« Il [le danseur, ndaa] est amoureux de sa vie comme le sculpteur peut être amoureux de la statue qu’il est en train de modeler. » (p.29)

 
Voyez comme « la lenteur » de KUNDERA peut vous amener loin !

 
Alexandre Anizy

Le talent de Fred VARGAS n'est pas incertain

Publié le par Alexandre Anizy

Dire que nous avons apprécié le dernier livre de Fred VARGAS intitulé « le lieu incertain » (éditions Viviane Hamy, juin 2008, 385 pages, 18 €) est bien l’expression de notre contentement.

Suivre le commissaire Adamsberg dans les méandres de son enquête en correspondance avec les circonvolutions de son imaginaire, de ses états d’esprit et d’âme, est un plaisir à nul autre pareil dans le domaine de la littérature policière. D’autant plus que Fred VARGAS maîtrise totalement son art : nous dirons même qu’elle s’est une nouvelle fois dépassée.

Une question nous vient naturellement en refermant ce livre : quelle est la part de « réalité », qui serait issue des travaux de recherche de Fred VARGAS dans son combat pour le respect du Droit et une certaine idée de la Justice (lire notre note du 12 juillet « Fred VARGAS est un nouveau ZOLA »), qui sont deux choses bien distinctes, dans sa description machiavélique d’une chaîne de commandement vérolée ?

Mais peu importe, puisque nous pensons qu’un artiste ne doit pas révéler ses secrets de fabrication. 

Alors lisez « le lieu incertain », parce que le talent de l’auteur est indubitable.

 
Alexandre Anizy

Fred VARGAS est un nouveau ZOLA

Publié le par Alexandre Anizy

Fred VARGAS est une authentique intellectuelle qui s’est engagée pleinement pour défendre une cause juste, c'est-à-dire qu’elle a employé et qu’elle consacre encore une partie de son temps et de son énergie pour soutenir concrètement une victime d’un déni de droit (Cesare BATTISTI) et pour démontrer techniquement le bien-fondé juridique de son jugement.

Lorsque le Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA décide que « La France, conformément aux accords européens que nous avons signés (…) extradera Mme PETRELLA. » (Libération 9 juillet 2008), elle répond fièrement et sincèrement que « c’est atterrant et écoeurant : 30 ans après les faits, on l’envoie mourir en Italie. Nicolas SARKOZY sait que Marina est dans un état très faible et préfère qu’elle meure là-bas. La France n’a pas tenu sa parole, il n’y a aucune morale. C’est une hypocrisie totale. » (Libération, idem).

Le comportement de Fred VARGAS est à son honneur : il vaut celui d’un ZOLA dans l’affaire DREYFUS.

 
Alexandre Anizy

Fenêtre sur femmes de Patrick RAYNAL

Publié le par Alexandre Anizy

Dans le monde du polar, Patrick RAYNAL est une figure incontournable, ne serait-ce que parce qu’il a longtemps dirigé la Série Noire chez Gallimard.

Mais il a aussi écrit quelques livres, dont « Fenêtre sur femmes » (excellent titre) : un assureur marron pris dans une salade niçoise.
Nous le recommandons. C’est un régal.

En le lisant, nous pensions au privé de Gérard LAVEAU, l’assureur George Amer, dont nous vous rappelons ici le dernier opus « nocturne barbare », à glisser entre toutes les mains !

 
Alexandre Anizy

Chasseurs de têtes de Michel CRESPY

Publié le par Alexandre Anizy

Les recrutements étant en sommeil durant la période estivale, nous allons pouvoir évoquer le polar de Michel CRESPY : « chasseurs de têtes » (folio policier n° 250). Ainsi, nous ne démoraliserons aucun « candidat ».

Un cadre supérieur en stand-by (autrement dit au chômage) accepte d’entrer dans un processus de recrutement particulier dont l’ultime épreuve de sélection est un jeu de rôle : évidemment, cela finira mal, mais c’est raconté avec beaucoup d’humour décalé …   

Perspicacité, finesse, esprit, ne nous étonnent pas car Michel CRESPY est un sociologue universitaire. Il saisit sur le vif le mécanisme du recrutement, en y ajoutant la dose d’excès suffisante pour que l’abomination s’empare des lecteurs.  

 
Un polar délicieux à déguster… mais sans l’imiter !

 
Alexandre Anizy

Les coups de Jean MECKERT

Publié le par Alexandre Anizy

Né en 1910, Jean MECKERT publie en 1942 son premier roman intitulé « les coups » (maintenant en poche Folio), qui raconte une histoire d’amour qui finit mal, comme diraient les RITA MITSOUKO.

 
Un certain André GIDE le remarque et en souligne la singularité dans deux chroniques du Figaro. Selon lui, il existe un sujet caché dans ce livre, « un drame secret que suit en tremblant le lecteur », « c’est le drame même de l’expression, des MOTS ».

En effet, le personnage central, Félix (ironie de l’auteur ?), est un ouvrier taiseux. 1ère phrase du roman : « J’avais été m’asseoir ce jour-là, tout seul sur la berge, comme un pêcheur, avec les pieds au-dessus de la flotte. » Parce qu’il ne trouve pas, ou ne possède pas les mots pour exprimer ses sentiments et ses émotions, il va se recroqueviller en lui malgré ou à cause de l’amour qui le touche inespérément.
« Je me trompe peut-être, mais je n’aime pas les gens qui causent. Tout comme la mode est faite pour les gens qui n’ont pas de goût, la causette c’est le paravent de ceux qui n’ont rien dans le ventre, c’est la grande recherche de l’impasse qu’on baptise infini, c’est la grande tromperie civilisée, ce qu’on aperçoit du dehors, du monté à graines, du loupé. » (p.114)

 
Ce qu’en dit GIDE : « Et c’est bien là ce que le Félix du roman de Jean MECKERT s’exténue à réclamer de sa maîtresse : noblesse, dignité, possibilité d’un échange sans duperie… (…) Alors, de guerre lasse, il la bat. Et de là le titre du livre.» (p.253)

Ce que GIDE avait pressenti, Annie LE BRUN l’analyse plus en détail : il y a bien eu une histoire d’amour, mais « (…) le drame de Félix est d’abord de sentir imperceptiblement, puis de s’apercevoir soudain qu’il vit avec une femme qui n’est plus ou plutôt qui n’est pas celle qu’il aime. » (p.260) 
« Seulement il suffit d’un rien pour que l’amour ne soit plus cette bouleversante dérive de la nouveauté d’être. Et c’est l’horreur, l’imperceptible horreur du conformisme familier qui vient défaire, salir ou même anéantir, une à une, toutes les infimes trouvailles amoureuses de ce qui a été – ne serait-ce qu’un moment – l’innocence retrouvée. » (p.261)

 
Si certains critiques y ont vu un roman prolétaire lors de sa réédition, on peut comprendre cette lecture réductrice ; mais « les coups », c’est mieux que cela.

 
Alexandre Anizy

Pascal GARNIER et la théorie du panda

Publié le par Alexandre Anizy

« La théorie du panda » est le dernier roman publié de Pascal GARNIER (édition Zulma, janvier 2008, 175 pages, 16,50 €). Le charme de son style provient d’un détachement réel des choses, pour ne plus laisser apparaître que le tréfonds des êtres sans s’appesantir. Le ton léger, désabusé nous permet de suivre l’histoire de cet ange dans un village breton en supportant la noirceur des misères affectives.
Avec élégance, Pascal GARNIER passe le plumeau sur les saletés de la vie.     
GARNIER cite GAINSBOURG : ces deux-là iraient bien ensemble.

Dès les premières phrases, vous avez le ton : « Il est assis, seul au bout d’un banc. C’est un quai de gare où s’enchevêtrent des poutrelles métalliques sur fond d’incertitude.  La gare d’une petite ville de Bretagne, un dimanche d’octobre. »

Il se trouve que nous avons vu Pascal GARNIER lorsqu’il présentait son livre « comment va la douleur ? » au Salon du Touquet en 2006. Si l’auteur semblait imprégné par son sujet, il nous offrait par politesse le spectacle ordinaire de l’artiste inspiré.
Grâce et désinvolture qualifient Pascal GARNIER.

 
Alexandre Anizy

Svetlana VELMAR-JANKOVIC a écrit un chef d'oeuvre

Publié le par Alexandre Anizy

Née à Belgrade, Svetlana VELMAR-JANKOVIC a publié son premier roman en 1956. Ce n’est qu’en 1990 avec « Lagum », traduit en 1997 par « dans le noir » (éditions Phébus), qu’elle rencontre le succès, puisque ce livre est comparé à une sorte de « Docteur Jivago ».
Si on comprend la raison de cette référence, elle nous paraît trompeuse. En effet, nous ne retrouvons pas ni la dimension romantique de l’œuvre de Boris PASTERNAK ni la limpidité du récit.

 
« Dans le noir » est construit comme un tableau pointilliste : par touches successives, fruits intellectuels d’une démarche associative indifférente à la chronologie, la narratrice se souvient. Peu à peu, par le moyen d’une coloration ajustée des événements, l’histoire générale de cette femme se précise : Belgrade, les années 30, l’amour, les amis (les faux comme les vrais), la Deuxième Guerre Mondiale, la collaboration, la Résistance titiste, l’épuration, la survie, etc.

Evidemment, au début, on peut être rebuté par la construction narrative et la relative sécheresse des sentiments exprimés, mais la qualité du style maintient en surface le lecteur qui aurait la tentation de sombrer.

« J’ai toujours pensé que, sur la toile de fond du réel, surgissaient des événements dictés, sinon par un lien secret, du moins par une certaine connivence. A présent, alors que je suis une vieille dame, je le sais avec certitude, je sais que tout est lié, comme eût dit l’hystérique Crnjanski, ce brillant écrivain. » (p.152)

 
Concernant CRNJANSKI, VELMAR-JANKOVIC en avait déjà mis une couche : « (…) car je n’avais aucune estime pour cet être antipathique et suffisant qu’était ce M. Crnjanski, même si, à ma plus grande surprise, il avait signé un livre extraordinaire, « migrations ». » (p.85) 
Si notre mémoire est bonne, nous ajoutons ici que Bernard PIVOT, grand lecteur érudit, avait un jour, dans la presse, classé « migrations » parmi les 20 romans européens qui comptent. Ce n’est pas rien.

Par ailleurs, VELMAR-JANKOVIC, toujours dans le cadre de son histoire, commente avec finesse et admiration l’œuvre de Michel TOURNIER, notamment son livre « les Météores ».

CRNJANSKI et TOURNIER : nous en reparlerons.

« Dans le noir » est un roman remarquablement composé et écrit, et finalement émouvant. En somme, un livre majeur.

 
Alexandre Anizy

Sorj CHALANDON et "mon traître"

Publié le par Alexandre Anizy

Le roman que Sorj CHALANDON a publié en novembre 2007 se lit d’un trait, comme un roman de gare : l’histoire d’une amitié entre un combattant de l’IRA et un luthier français. (« mon traître », Grasset, 276 pages, 17,90 €)

Le décor du roman, c’est bien entendu la guerre en Irlande du Nord durant de nombreuses années, mais le foyer que l’auteur attise, c’est la relation des 2 hommes. Malheureusement, il ne parvient pas à cerner la véritable nature, la dimension réelle de cette amitié : sur ce sujet, on reste sur notre faim en refermant le livre.

Mais comme Sorj CHALANDON a du métier (journaliste pendant des lustres), il sait raconter une histoire de manière alerte : la profondeur du texte et la qualité littéraire s’en ressentent.
Extraits pour illustrer notre avis :
« En octobre 1979, je suis resté neuf jours à Belfast. J’ai vainement attendu que Tyrone Meehan passe en procès. Chaque matin, j’accompagnais Sheila à la porte de la prison de Crumlin pour avoir des nouvelles. » (p. 87)
« Sheila semblait fatiguée. Elle a allumé la radio. C’était une émission en gaélique. J’avais le front appuyé contre la vitre. Elle était glacée. » (p. 215)

« Mon traître » a obtenu le Prix Joseph KESSEL : il méritait cette distinction, parce qu’il est dans la veine des romans de ce baroudeur célèbre.

La guerre est toujours une saloperie.
Dans ces conditions, de la trahison de Tyrone Meehan, pourquoi en faire une affaire personnelle ? L’adjectif possessif du titre nous a laissé songeur.

 
Alexandre Anizy