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notes culturelles

Yann QUEFFELEC et les "noces barbares" facultatives

Publié le par Alexandre Anizy

Parce que nous venions de lire le dernier polar de Gérard LAVEAU, « nocturne barbare » (voir notre note du 27 avril 2008), nous eûmes la curiosité de revoir LE livre qui permit à Yann QUEFFéLEC de s’installer sur la scène littéraire française : « les noces barbares » (Gallimard, 309 pages) qui obtint le prix Goncourt 1985.

Et puis, dans le Figaro du 31 juillet 2008, nous lisons l’article de Jean-Claude LAMY titré « Yann QUEFFéLEC, une gueule d’écrivain ». Encore une fois reprise, l’anecdote, selon laquelle la directrice littéraire Françoise VERNY aurait dit « Vous avez une gueule d’écrivain, il faut que vous écriviez », est une belle histoire racontée depuis plus de 20 ans maintenant, mais comme cette papesse de l’édition ne dédaignait pas les méthodes triviales du marketing pour « lancer » un jeune auteur, nous la prenons pour ce qu’elle est. Nous remarquons cependant que, pour un homme qui découvre sa vocation d’écrivain au contact de cette dame, la révélation nous paraît tardive et incongrue, puisque sa profession de journaliste littéraire au Nouvel Observateur ne pouvait pas être le fruit du hasard pour le fils de l’écrivain Henri QUEFFéLEC.    

Nous nous souvenons. A l’époque, on glosait sur la scène du viol dans le premier chapitre : il a résisté à la patine du temps.
Pour le reste, beaucoup de dialogues accentuant l’ambiance glauque de cette histoire. De ce point de vue, il est toujours dans le coup.

 
Depuis ce succès, Yann QUEFFéLEC a dû progresser : moins de tirets, plus de matériaux.

 
Alexandre Anizy

La Fabrique de Philippe POLLET-VILLARD

Publié le par Alexandre Anizy

Quand en novembre 2007, au Salon du Livre du Touquet, Philippe POLLET-VILLARD nous annonça la prochaine sortie de son deuxième roman, « la Fabrique de souvenirs » (Flammarion, janvier 2008, 241 pages), nous lui avons promis d’en parler ici-même.
Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Dans ce livre, ce sont un peu les années 60 et surtout 70 dans le prisme de l’innocence du narrateur qui raconte son enfance en Haute Savoie : la vie familiale qui s’effiloche au fur et à mesure que le père se dévergonde, la faillite de l’entreprise, la fuite du père, la renaissance des femmes, etc.

Ce roman ne vaut que par le style puisque, somme toute, les tranches de vie rapportées ne figurent que les contours d’une existence ordinaire. Philippe POLLET-VILLARD use d’un ton qui constitue son angle de vue : le détachement, l’ironie, l’humour, l’affection, sont convoqués à chaque page pour notre plaisir.

« Quelques jours plus tard, le directeur avait convoqué ma mère. Il voulait lui parler. (…) D’après les tests d’intelligence et le dessin de l’arbre surtout, qu’il tenait d’ailleurs posé à plat devant lui sur son bureau, j’étais l’enfant le plus intelligent de ma classe. Les tests avaient dit Intelligent, finalement. Les psychologues missionnaires avaient lu ça dans les entrailles de cet arbre, et je ne sais pas comment c’est possible. Un véritable miracle. » (p.78)

 
Après un bon coup d’essai (lire notre note du 30 septembre 2007), nous constatons que Philippe POLLET-VILLARD a trouvé son deuxième souffle.          

 
Alexandre Anizy

Les chênes verts de Sylvie CASTER

Publié le par Alexandre Anizy

En ce temps-là, Sylvie CASTER pointait à Charlie Hebdo : c’était la fin de la bonne époque de cet hebdomadaire iconoclaste. Depuis, c’est un ex chanteur libertaire, Philippe VAL, qui gère SA boutique tendance libéral-libertaire enrobée dans un humour de potaches. Passons, puisqu’ « on s’en branle » (sic).

 
C’était en 1980. Sylvie CASTER publiait « les chênes verts » (éditions BFB, 201 p.). Un roman sur une sœur débile, qui ne sombre pas dans le mélo.

« De son premier centre, Hélène, il a bien fallu qu’elle en sorte. Passés 17 ans, ils n’en veulent plus. Il faut dire qu’ils misent assez sur deux passages, neuf ans et la puberté. Ils risquent nettement, les débiles, d’y laisser leur peau. Il paraît que ça leur fait des chambardements terribles dans les tréfonds. » (p.130)

 
Tonique, le style.
Comme les articles dans Charlie.

 
Alexandre Anizy

Philip ROTH un homme

Publié le par Alexandre Anizy

Depuis notre note du 30 juillet 2007 « Philip ROTH un autre géant », vous savez le bien que nous en pensons : « Philip ROTH est un immense écrivain américain. Un auteur de l’est (par opposition à Jim HARRISON par exemple). »

Avec « un homme » (Gallimard, octobre 2007, 153 pages, 15,50 €), c’est le résumé d’une vie d’homme ramenée à l’essentiel, qui tout compte fait, n’est pas folichon.

Le  rythme de la première phrase introduit parfaitement le sujet : « Autour de la tombe, dans le cimetière délabré, il y avait d’anciens collègues de l’agence de publicité new-yorkaise, qui rappelèrent son énergie et son originalité et dirent à sa fille, Nancy, tout le plaisir qu’ils avaient eu à travailler avec lui. »

Les dernières phrases clôturent le livre de comptes de cet homme, avec la force brute de la sobriété : « Arrêt cardiaque. Il n’était plus. Affranchi de l’être, entré dans le nulle part, sans même en avoir conscience. Comme il le craignait depuis le début. »

Du grand art.

 
Alexandre Anizy

Près de Javier CERCAS à petites foulées

Publié le par Alexandre Anizy

Pour ceux qui apprécient les choses courtes, qui concentrent intelligemment une approche singulière de l’existence, nous recommandons le livre de l’espagnol Javier CERCAS « à petites foulées » (Actes Sud 2004, 140 p., 13 €).
Ajoutons qu’il est plus connu pour son roman « les soldats de Salamine » (Actes Sud 2002).

Ils auront un complément à « la tache » de Philip ROTH, puisque le récit se déroule également dans le milieu universitaire américain.   
Mais il serait abusif d’en faire un chef d’œuvre : c’est juste un livre dense, bien écrit, qui a aussi le mérite de laisser perplexe le lecteur lorsqu’il achève sa promenade sur ce campus.

 
Alexandre Anizy

La métaphore d'Henri BAUCHAU

Publié le par Alexandre Anizy

Henri BAUCHAU a écrit un roman, « le boulevard périphérique » (Actes Sud 2008, 255 pages, 19,50 €), où la mort est omniprésente : on y parle donc de la vie, semblable à une roue de loterie.

L’auteur a mis tant de choses dans son livre que le lecteur cherche en vain un sens général à ce maelström de figures symboliques. Sur ce boulevard, nous ne savons pas quelle porte emprunter.

Dans l’œuvre d’Henri BAUCHAU, ce livre est un mauvais tronçon.


Alexandre Anizy

Malavita de Tonino BENACQUISTA

Publié le par Alexandre Anizy

Tonino BENACQUISTA est un écrivain polymorphe. Il s’est d’abord fait une réputation méritée dans le polar, puis comme scénariste, notamment avec Jacques AUDIARD.

« Malavita » (Gallimard la blanche, 2004, 315 p., 19 €), dont une suite vient de sortir, est un petit bijou : construction impeccable, style soigné. L’humour est en prime à chaque page.

Faut dire : un mafieux repenti américain débarque en Normandie avec sa famille dans le cadre du programme de protection. L’adaptation est difficile, et les anciens amis n’ont pas oublié …

Comme une glace italienne, vous apprécierez la recette de Tonino.

 
Alexandre Anizy


La "lenteur" de Milan KUNDERA et SARKOZY un danseur ?

Publié le par Alexandre Anizy

En 1995, Milan KUNDERA publiait un roman intitulé « la lenteur » (Gallimard, 154 p., 87 FRF). Ce n’est pas son meilleur ouvrage, mais après l’avoir lu, vous vous interrogerez peut-être sur bien des choses ordinaires devenues trop normales.

 
« La vitesse est la forme d’extase dont la révolution technique a fait cadeau à l’homme. Contrairement au motocycliste, le coureur à pied est toujours présent dans son corps, obligé sans cesse de penser à ses ampoules, à son essoufflement ; quand il court il sent son poids, son âge, conscient plus que jamais de lui-même et du temps de sa vie. » (p.10)

Vous le devinez : le roman est ici un prétexte à une réflexion savante sur notre époque encline à la frénésie, sur l’épicurisme, etc.

 
Faisons une digression.

« Le danseur se distingue de l’homme politique ordinaire en ceci qu’il ne désire pas le pouvoir mais la gloire ; il ne désire pas imposer au monde telle ou telle organisation sociale (il s’en soucie comme d’une guigne) mais occuper la scène pour faire rayonner son moi. 

Pour occuper la scène, il faut en repousser les autres. (…) Le combat que mène le danseur, Pontevin l’appelle le judo moral (…). Et il manie toutes les prises qui lui permettent de mettre l’autre dans une situation moralement inférieure. » (p.26)

Quand un danseur entre en politique, il rejette les négociations secrètes, il fait les propositions et interpelle nommément, publiquement, par surprise de préférence. Du genre : « Etes-vous prêt tout de suite (comme moi) à renoncer à votre salaire du mois de mars au profit des enfants du Somalie ? » (p.27) On vous laisse réfléchir sur la situation : le public, les caméras, la communication non verbale de l’interlocuteur …

 
SARKOZY DE NAGY BOCSA
ne se comporte-t-il pas comme un danseur avec son « pouvoir d’achat » (alibi des heures supplémentaires qui briseront in fine la loi des 35 heures), avec « la lettre de Guy MÔCQUET », avec le parrainage « d’une victime de la shoah » par chaque écolier, etc. ?

« Il [le danseur, ndaa] est amoureux de sa vie comme le sculpteur peut être amoureux de la statue qu’il est en train de modeler. » (p.29)

 
Voyez comme « la lenteur » de KUNDERA peut vous amener loin !

 
Alexandre Anizy

Le talent de Fred VARGAS n'est pas incertain

Publié le par Alexandre Anizy

Dire que nous avons apprécié le dernier livre de Fred VARGAS intitulé « le lieu incertain » (éditions Viviane Hamy, juin 2008, 385 pages, 18 €) est bien l’expression de notre contentement.

Suivre le commissaire Adamsberg dans les méandres de son enquête en correspondance avec les circonvolutions de son imaginaire, de ses états d’esprit et d’âme, est un plaisir à nul autre pareil dans le domaine de la littérature policière. D’autant plus que Fred VARGAS maîtrise totalement son art : nous dirons même qu’elle s’est une nouvelle fois dépassée.

Une question nous vient naturellement en refermant ce livre : quelle est la part de « réalité », qui serait issue des travaux de recherche de Fred VARGAS dans son combat pour le respect du Droit et une certaine idée de la Justice (lire notre note du 12 juillet « Fred VARGAS est un nouveau ZOLA »), qui sont deux choses bien distinctes, dans sa description machiavélique d’une chaîne de commandement vérolée ?

Mais peu importe, puisque nous pensons qu’un artiste ne doit pas révéler ses secrets de fabrication. 

Alors lisez « le lieu incertain », parce que le talent de l’auteur est indubitable.

 
Alexandre Anizy

Fred VARGAS est un nouveau ZOLA

Publié le par Alexandre Anizy

Fred VARGAS est une authentique intellectuelle qui s’est engagée pleinement pour défendre une cause juste, c'est-à-dire qu’elle a employé et qu’elle consacre encore une partie de son temps et de son énergie pour soutenir concrètement une victime d’un déni de droit (Cesare BATTISTI) et pour démontrer techniquement le bien-fondé juridique de son jugement.

Lorsque le Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA décide que « La France, conformément aux accords européens que nous avons signés (…) extradera Mme PETRELLA. » (Libération 9 juillet 2008), elle répond fièrement et sincèrement que « c’est atterrant et écoeurant : 30 ans après les faits, on l’envoie mourir en Italie. Nicolas SARKOZY sait que Marina est dans un état très faible et préfère qu’elle meure là-bas. La France n’a pas tenu sa parole, il n’y a aucune morale. C’est une hypocrisie totale. » (Libération, idem).

Le comportement de Fred VARGAS est à son honneur : il vaut celui d’un ZOLA dans l’affaire DREYFUS.

 
Alexandre Anizy