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notes culturelles

Fenêtre sur femmes de Patrick RAYNAL

Publié le par Alexandre Anizy

Dans le monde du polar, Patrick RAYNAL est une figure incontournable, ne serait-ce que parce qu’il a longtemps dirigé la Série Noire chez Gallimard.

Mais il a aussi écrit quelques livres, dont « Fenêtre sur femmes » (excellent titre) : un assureur marron pris dans une salade niçoise.
Nous le recommandons. C’est un régal.

En le lisant, nous pensions au privé de Gérard LAVEAU, l’assureur George Amer, dont nous vous rappelons ici le dernier opus « nocturne barbare », à glisser entre toutes les mains !

 
Alexandre Anizy

Chasseurs de têtes de Michel CRESPY

Publié le par Alexandre Anizy

Les recrutements étant en sommeil durant la période estivale, nous allons pouvoir évoquer le polar de Michel CRESPY : « chasseurs de têtes » (folio policier n° 250). Ainsi, nous ne démoraliserons aucun « candidat ».

Un cadre supérieur en stand-by (autrement dit au chômage) accepte d’entrer dans un processus de recrutement particulier dont l’ultime épreuve de sélection est un jeu de rôle : évidemment, cela finira mal, mais c’est raconté avec beaucoup d’humour décalé …   

Perspicacité, finesse, esprit, ne nous étonnent pas car Michel CRESPY est un sociologue universitaire. Il saisit sur le vif le mécanisme du recrutement, en y ajoutant la dose d’excès suffisante pour que l’abomination s’empare des lecteurs.  

 
Un polar délicieux à déguster… mais sans l’imiter !

 
Alexandre Anizy

Les coups de Jean MECKERT

Publié le par Alexandre Anizy

Né en 1910, Jean MECKERT publie en 1942 son premier roman intitulé « les coups » (maintenant en poche Folio), qui raconte une histoire d’amour qui finit mal, comme diraient les RITA MITSOUKO.

 
Un certain André GIDE le remarque et en souligne la singularité dans deux chroniques du Figaro. Selon lui, il existe un sujet caché dans ce livre, « un drame secret que suit en tremblant le lecteur », « c’est le drame même de l’expression, des MOTS ».

En effet, le personnage central, Félix (ironie de l’auteur ?), est un ouvrier taiseux. 1ère phrase du roman : « J’avais été m’asseoir ce jour-là, tout seul sur la berge, comme un pêcheur, avec les pieds au-dessus de la flotte. » Parce qu’il ne trouve pas, ou ne possède pas les mots pour exprimer ses sentiments et ses émotions, il va se recroqueviller en lui malgré ou à cause de l’amour qui le touche inespérément.
« Je me trompe peut-être, mais je n’aime pas les gens qui causent. Tout comme la mode est faite pour les gens qui n’ont pas de goût, la causette c’est le paravent de ceux qui n’ont rien dans le ventre, c’est la grande recherche de l’impasse qu’on baptise infini, c’est la grande tromperie civilisée, ce qu’on aperçoit du dehors, du monté à graines, du loupé. » (p.114)

 
Ce qu’en dit GIDE : « Et c’est bien là ce que le Félix du roman de Jean MECKERT s’exténue à réclamer de sa maîtresse : noblesse, dignité, possibilité d’un échange sans duperie… (…) Alors, de guerre lasse, il la bat. Et de là le titre du livre.» (p.253)

Ce que GIDE avait pressenti, Annie LE BRUN l’analyse plus en détail : il y a bien eu une histoire d’amour, mais « (…) le drame de Félix est d’abord de sentir imperceptiblement, puis de s’apercevoir soudain qu’il vit avec une femme qui n’est plus ou plutôt qui n’est pas celle qu’il aime. » (p.260) 
« Seulement il suffit d’un rien pour que l’amour ne soit plus cette bouleversante dérive de la nouveauté d’être. Et c’est l’horreur, l’imperceptible horreur du conformisme familier qui vient défaire, salir ou même anéantir, une à une, toutes les infimes trouvailles amoureuses de ce qui a été – ne serait-ce qu’un moment – l’innocence retrouvée. » (p.261)

 
Si certains critiques y ont vu un roman prolétaire lors de sa réédition, on peut comprendre cette lecture réductrice ; mais « les coups », c’est mieux que cela.

 
Alexandre Anizy

Pascal GARNIER et la théorie du panda

Publié le par Alexandre Anizy

« La théorie du panda » est le dernier roman publié de Pascal GARNIER (édition Zulma, janvier 2008, 175 pages, 16,50 €). Le charme de son style provient d’un détachement réel des choses, pour ne plus laisser apparaître que le tréfonds des êtres sans s’appesantir. Le ton léger, désabusé nous permet de suivre l’histoire de cet ange dans un village breton en supportant la noirceur des misères affectives.
Avec élégance, Pascal GARNIER passe le plumeau sur les saletés de la vie.     
GARNIER cite GAINSBOURG : ces deux-là iraient bien ensemble.

Dès les premières phrases, vous avez le ton : « Il est assis, seul au bout d’un banc. C’est un quai de gare où s’enchevêtrent des poutrelles métalliques sur fond d’incertitude.  La gare d’une petite ville de Bretagne, un dimanche d’octobre. »

Il se trouve que nous avons vu Pascal GARNIER lorsqu’il présentait son livre « comment va la douleur ? » au Salon du Touquet en 2006. Si l’auteur semblait imprégné par son sujet, il nous offrait par politesse le spectacle ordinaire de l’artiste inspiré.
Grâce et désinvolture qualifient Pascal GARNIER.

 
Alexandre Anizy

Svetlana VELMAR-JANKOVIC a écrit un chef d'oeuvre

Publié le par Alexandre Anizy

Née à Belgrade, Svetlana VELMAR-JANKOVIC a publié son premier roman en 1956. Ce n’est qu’en 1990 avec « Lagum », traduit en 1997 par « dans le noir » (éditions Phébus), qu’elle rencontre le succès, puisque ce livre est comparé à une sorte de « Docteur Jivago ».
Si on comprend la raison de cette référence, elle nous paraît trompeuse. En effet, nous ne retrouvons pas ni la dimension romantique de l’œuvre de Boris PASTERNAK ni la limpidité du récit.

 
« Dans le noir » est construit comme un tableau pointilliste : par touches successives, fruits intellectuels d’une démarche associative indifférente à la chronologie, la narratrice se souvient. Peu à peu, par le moyen d’une coloration ajustée des événements, l’histoire générale de cette femme se précise : Belgrade, les années 30, l’amour, les amis (les faux comme les vrais), la Deuxième Guerre Mondiale, la collaboration, la Résistance titiste, l’épuration, la survie, etc.

Evidemment, au début, on peut être rebuté par la construction narrative et la relative sécheresse des sentiments exprimés, mais la qualité du style maintient en surface le lecteur qui aurait la tentation de sombrer.

« J’ai toujours pensé que, sur la toile de fond du réel, surgissaient des événements dictés, sinon par un lien secret, du moins par une certaine connivence. A présent, alors que je suis une vieille dame, je le sais avec certitude, je sais que tout est lié, comme eût dit l’hystérique Crnjanski, ce brillant écrivain. » (p.152)

 
Concernant CRNJANSKI, VELMAR-JANKOVIC en avait déjà mis une couche : « (…) car je n’avais aucune estime pour cet être antipathique et suffisant qu’était ce M. Crnjanski, même si, à ma plus grande surprise, il avait signé un livre extraordinaire, « migrations ». » (p.85) 
Si notre mémoire est bonne, nous ajoutons ici que Bernard PIVOT, grand lecteur érudit, avait un jour, dans la presse, classé « migrations » parmi les 20 romans européens qui comptent. Ce n’est pas rien.

Par ailleurs, VELMAR-JANKOVIC, toujours dans le cadre de son histoire, commente avec finesse et admiration l’œuvre de Michel TOURNIER, notamment son livre « les Météores ».

CRNJANSKI et TOURNIER : nous en reparlerons.

« Dans le noir » est un roman remarquablement composé et écrit, et finalement émouvant. En somme, un livre majeur.

 
Alexandre Anizy

Sorj CHALANDON et "mon traître"

Publié le par Alexandre Anizy

Le roman que Sorj CHALANDON a publié en novembre 2007 se lit d’un trait, comme un roman de gare : l’histoire d’une amitié entre un combattant de l’IRA et un luthier français. (« mon traître », Grasset, 276 pages, 17,90 €)

Le décor du roman, c’est bien entendu la guerre en Irlande du Nord durant de nombreuses années, mais le foyer que l’auteur attise, c’est la relation des 2 hommes. Malheureusement, il ne parvient pas à cerner la véritable nature, la dimension réelle de cette amitié : sur ce sujet, on reste sur notre faim en refermant le livre.

Mais comme Sorj CHALANDON a du métier (journaliste pendant des lustres), il sait raconter une histoire de manière alerte : la profondeur du texte et la qualité littéraire s’en ressentent.
Extraits pour illustrer notre avis :
« En octobre 1979, je suis resté neuf jours à Belfast. J’ai vainement attendu que Tyrone Meehan passe en procès. Chaque matin, j’accompagnais Sheila à la porte de la prison de Crumlin pour avoir des nouvelles. » (p. 87)
« Sheila semblait fatiguée. Elle a allumé la radio. C’était une émission en gaélique. J’avais le front appuyé contre la vitre. Elle était glacée. » (p. 215)

« Mon traître » a obtenu le Prix Joseph KESSEL : il méritait cette distinction, parce qu’il est dans la veine des romans de ce baroudeur célèbre.

La guerre est toujours une saloperie.
Dans ces conditions, de la trahison de Tyrone Meehan, pourquoi en faire une affaire personnelle ? L’adjectif possessif du titre nous a laissé songeur.

 
Alexandre Anizy

Chahdortt DJAVANN nous parle

Publié le par Alexandre Anizy

En mars 2008, Chahdortt DJAVANN publiait « la muette » (Flammarion, 117 pages, 14 €).
C’est l’histoire d’une enfant que des circonstances atroces ont rendu muette, et qui mourra sous les coups de la bassesse.
C’est l’histoire de sa filleule qui, assistant à cette triste fin, ne pourra pas l’empêcher : son sort en sera scellé.
Le style est limpide : les mots simples de la narratrice contentent le lecteur embarqué dans ce récit.

« Je crois que je n’ai jamais aimé ma mère, mais, enfant, je n’osais pas me l’avouer ; parfois même je me sentais coupable d’aimer la muette plus qu’elle, comme si je la trahissais. » (p. 55)

Avec « la muette », Chahdortt DJAVANN nous parle du malheur d’être une femme en quelques endroits de cette planète.
Il faut l’écouter.

 
Alexandre Anizy

INDRIDASON ne boit pas la tasse avec "l'homme du lac"

Publié le par Alexandre Anizy

Le dernier polar d’ Arnaldur INDRIDASON, « l’homme du lac » (édition Métaillé 2008), mérite le détour.

Avec « la voix » (lire notre note du 16 mars 2008), nous avions émis quelques réserves sur son procédé romanesque.
Aujourd’hui, nous constatons que le passé du flic et les affaires familiales ont été mises en sourdine. Cette fois-ci, le double récit est maîtrisé.

Dans Libération du 21 février 2008, on pouvait lire sous la plume de Sabrina CHAMPENOIS : « On glisse à Arnaldur INDRIDASON que, comment dire, ses romans nous paraissent « atmosphérique ». Parce qu’ils prennent leur rythme dans les états d’esprit plus que dans l’action, parce qu’ils peuvent flotter, comme entre deux eaux, c’est d’ailleurs leur grand charme, cette oscillation non-prescriptrice. » On abonde.

Pas de longueur, un style à la hauteur : ne boudons pas notre plaisir !

Alexandre Anizy

"31 sonnets" de GUILLEVIC

Publié le par Alexandre Anizy

Nous parlons aujourd’hui du poète GUILLEVIC (Eugène) pour 2 raisons : parce que la simplicité de ses vers nous a touchés à une époque, et parce qu’un lecteur assidu de notre blog en a parlé lors d’une note consacrée à ARAGON, nous donnant envie de le relire et de l’évoquer.

 
Il se trouve que nous connaissons GUILLEVIC à travers LE recueil « Trente et un sonnets » (Gallimard, édition 1980, avec la préface de Louis ARAGON), qu’il semble avoir renié par la suite : était-ce une commande politique de son Parti en 1954, (précisons : le Parti Communiste Français) était-ce une commande du Maître des Lettres Françaises, i.e. Louis ARAGON ?

Il est vrai que la préface a un air de condescendance.

Cependant, une fois encore (lire par exemple son texte « la nuit du 4 » - un poème de Victor HUGOpage 1341 à 1349 de La Pléiade, tome II) nous devons reconnaître le sens de l’observation et de l’analyse de Louis ARAGON : il voit l’essentiel et il l’exprime clairement tout en le mettant en perspective. Ainsi il écrit :

« Déjà le sonnet est devenu langage, et c’est l’essentiel, l’extraordinaire, simple langage, et tout le monde reconnaît, même à contrecoeur, la similitude qui subsiste entre le GUILLEVIC d’hier et celui d’aujourd’hui, le parler dépouillé, mesuré, cette haine de l’éclat, cette insertion de la pensée dans les mots comme des murs : j’ai toujours songé, lisant GUILLEVIC, à ces jardins du Vaucluse et du Gard (…) » (préface, page 17)

 
Dans les sonnets « aux hommes de plus tard », on trouve pêle-mêle l’ode au travailleur, la critique sociale, l’espoir des jours meilleurs, etc.

« Sa machine pour l’ouvrier n’était pas rien.

Il avait du plaisir à montrer qu’il savait

S’y prendre et vous tournait par exemple un rivet

Qu’il vous tendait avec un air presque olympien. »

 

« Vous qui ne devrez plus comme nous combiner

Comment payer le percepteur et la crémière, (…) »

 

Mais il est vrai que les sonnets relatifs aux « affaires », même s’ils sont bien tournés, ne nous interpellent pas.

 

Alors, ce qui nous a séduit hier et aujourd’hui encore, ce sont des vers comme ceux-ci :

Sonnet « matin »

« L’un trempe son pain blanc dans du café au lait,

L’autre boit du thé noir et mange des tartines,

Un autre prend un peu de rouge à la cantine.

L’un s’étire et se tait. L’autre chante un couplet.

(…)

Nous voulons être heureux, heureux, nous autres hommes. »

 

Sonnet « vous avez tellement grandi »

« Vous avez tellement grandi, vous êtes grandes,

Mes filles, maintenant. Souvent nous nous taisons.

Je me vois détourner vos yeux vers l’horizon

Et me voiler ce que chacune lui demande.

(…)

Il faut savoir. Vous êtes à côté de moi.

Je dois me dire que c’est bien, très bien. Les roses

Un jour s’ouvrent au vent, au soleil, à l’effroi. »

 
Et puis, à tous les écoliers, les lycéens, et bien sûr les enseignants,
Nous recommandons la lecture du  sonnet « l’école publique » : tout est dit sur ce qu’elle était encore au début du siècle dernier, et tout ce que nous lui devons tous.

 
Prochainement, nous parlerons du 1er livre de GUILLEVIC, « Terraqué », puisqu’on le présente comme son meilleur.

 
Alexandre Anizy

Claire CASTILLON n'est pas une pomme

Publié le par Alexandre Anizy

En 2002, Claire CASTILLON a publié un roman intitulé « la reine Claude » (Stock, 161 pages, 13,80 €) : elle aurait dû s’abstenir, puisqu’il ne parle que d’une sphère privée sans prétendre à autre chose, sans nous dire autre chose.

 
D’abord, ça commence par une citation de Jacques CHARDONNE, ce qui est de mauvaise augure : « (…) Je n’ai plus rien à dire à personne. »
Ce qui est parfaitement juste. Mais écrire 161 pages pour arriver à cette conclusion dénote un aveuglement sans doute provoqué par un égocentrisme d’adolescente et une capacité d’analyse modeste. Claire CASTILLON aime sa petite personne, comme Christine ANGOT.

 
Parlons du style.
La première phrase du roman est un bon aperçu de ce que le lecteur va déguster !
« C’est l’histoire de ma vie qui a croisé la tienne, c’est l’histoire de nos nerfs en crise, de deux malades qui n’ont que l’amour pour moteur, la rage de rester haut. »

Un grand amour de demoiselle digne de la collection Harlequin, si l’auteur avait fait l’effort d’en respecter le cahier des charges. Mais comme vous le voyez, ce sera plus chic, plus cosmo, plus germanopratin.

Deuxième et dernier paragraphe de la première page :
« Pompon, balle, boule ou nombril. Pelote, œuf, cerise, melon, abricot, pomme, pomme de terre, patate, carrément, nectarine, orange, clémentine, noix, noisette. Potiron. Reine Claude. »

Une avalanche de noms communs dans ce qui sera un empilement de phrases plus ou moins bien tournées.

 
Claire CASTILLON est une romantique qui met des gros mots dans sa soupe. Pour elle, on devine que ce doit être le summum de l’indépendance d’esprit et de la modernité.

 
Alexandre Anizy