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748 articles avec notes culturelles

En cage avec Lilja Sigurdardottir

Publié le par Alexandre Anizy

            Rien n'oblige à tourner les pages du énième polar islandais, mais la bougresse a du métier.

 

 

            De par son job d'organisatrice du festival Iceland Noir, Lilja Sigurdardottir est au coeur de la distribution à Reykjavik, mais aussi de la production. Nous ne sommes donc pas surpris de la voir rafler les prix, d'autant plus qu'elle ne démérite pas intrinsèquement. La cage (éditions Métailié, 2019), tome 3 de sa trilogie, en est  un bon exemple : une intrigue ficelée et rythmée, des personnages bien définis, des faits probants... seule l'écriture est faiblarde. Deux échantillons :

« La porte se referma avec un bruit sec derrière Agla. Les cellules de la nouvelle prison de Holmsheidi étaient insonorisées ; le soir venu, il régnait un silence complet dans l'aile des femmes. » (incipit) ;

« Anton était à vrai dire soulagé qu'Oddur ne se souvienne pas de lui, car deux ans auparavant, il n'était qu'un loser maigre et boutonneux. Pas vraiment le genre de businessman qu'il souhaitait laisser paraître à cet instant. » (p.148/339)

 

            Drogue, fric, sexe tendance, tous les ingrédients utiles pour pimenter un récit sans éclat : La cage est un produit formaté correct.

 

 

Alexandre Anizy

 

Un noir sur Gaudi

Publié le par Alexandre Anizy

            Qui a réussi ce tour de force ?  Aro Sainz de la Maza.

 

 

            Le bourreau de Gaudi (Actes Sud, 2014) est un excellent polar qui vous balade dans Barcelone et l'histoire des constructions de Gaudi, un travail fignolé avec l'aide d'une "équipe de rêve" (l'éditeur, l'agent, l'épouse), si on se fie aux remerciements.

            Le jeu en valait la chandelle.  

 

 

Alexandre Anizy

 

La confiture de Soljenitsyne

Publié le par Alexandre Anizy

            Ayant lu un ouvrage de Soljenitsyne dans le cadre de nos recherches actuelles, nous eûmes envie de prolonger ce nouveau contact en lisant un texte littéraire.

 

 

            Nous optâmes pour La confiture d'abricot et autres récits (Fayard, août 2012, en livrel). Eh ! ma foi, nous ne le regrettâmes pas. Comme nous avions  en tête le souvenir d'un style âpre, qui paraissait adapté au projet romanesque relatif au Goulag, ce livre non seulement atténue ce vieux jugement mais il rend évident le talent littéraire, ô combien contesté dans les années 1970 par les affidés du parti communiste comme Max-Pol Fouchet !

 

            Commençons par le premier récit, la confiture d'abricots : l'histoire d'un jeune fils de paysans déportés dans la taïga qui s'échappa sur ordre de son père, après que les dékoulakiseurs aient coupé l'abricotier en exécution de leurs menaces pour obtenir le grain caché... jeune fugitif, il trouve restance chez les enfants des rues.    

            « Les gens qui n'avaient pas eu le temps de mettre la leur [l'assiette] à l'abri s'arrêtaient souvent de manger : les guenilleux n'attendaient que ça pour tout engloutir. Ils volaient aussi à la gare, et ils se chauffaient auprès des goudronneuses. Seulement j'étais trop grand et fort, je me détachais au milieu d'eux : déjà plus un enfant et moins dépenaillé. J'aurais pu m'établir caïd, demeurer à l'abri et les envoyer en chasse, mais j'ai le cœur sensible.

            Si bien que ça n'a pas traîné : une équipe du Guépéou m'a pêché au milieu de la bande, moi tout seul, et conduit en prison. » (p.8/373)

 

            Le récit d'un soulèvement paysan dans Ego est aussi édifiant sur les agissements des bolcheviks après Octobre, pour écraser toute opposition. En plus tordue, la nouvelle titrée Nos jeunes.

 

            La courte biographie du maréchal Joukov est fort intéressante d'un point de vue historique.

            « Ayant remarqué ce flottement chez Staline, Joukov s'enhardit jusqu'à des recommandations importantes. A la fin de juillet, il risqua une proposition : abandonner Kiev et se retirer derrière le Dniepr, sauver ainsi des forces puissantes et leur éviter l'encerclement. Staline et Mekhlis le traitèrent en chœur de capitulard. Et Staline retira aussitôt à Joukov l'état-major général pour l'envoyer repousser les Allemands à Ielnia. (Ç'aurait pu être pire : ces semaines avaient vu fusiller des dizaines de généraux considérables et remarquables qui avaient remportés des succès pendant la guerre civile espagnole ; il avait tout de même fait libérer Méretskov.) » (p.313/373)

Puis Staline admit que Joukov avait eu raison pour Kiev...

            « Et c'est ainsi qu'en septembre 1941, Joukov conserva Leningrad. (Avec un blocus de neuf cents jours...) Et, juste à ce moment, au lendemain de la prise d'Oriol par Guderian, il fut extirpé de nouveau par Staline, cette fois pour sauver la ville même de Moscou. » (p.316/373)

Si en matière de stratégie militaire Hitler a eu quelques éclairs, ce n'est pas du tout le cas de Staline : l'écrivain Soljenitsyne s'emploie à rétablir la vérité sur le rôle du mauvais petit Père des peuples dans la grande guerre russe du XXe siècle. N'est-ce point la fonction essentielle d'un intellectuel digne de ce nom ?

 

 

            En 2019, quoi de neuf ? Soljenitsyne, pour mettre à l'heure les pendules européistes.

 

 

Alexandre Anizy

Notre ère selon Supervielle

Publié le par Alexandre Anizy

Après les élections européennes du 26 mai, faut-il prendre le parti de Supervielle ?     

 

 

Notre ère

 

Le monde est devenu fragile

Comme une coupe de cristal,

Les montagnes comme les villes

L'océan même est mis à mal.

 

Un roc est aussi vulnérable

Qu'une rose sur son rosier

Et le sable tant de fois sable

Doute et redoute sous nos pieds.

 

Tout peut disparaître si vite

Qu'on le regarde sans le voir.

La terre même est insolite

Que ne fait plus tourner l'espoir.

 

Hommes et femmes de tout âge

Regagnons vite nos nuages

Puisqu'il n'est pas d'asile sûr

Dans le solide et dans le dur.

 

Jules Supervielle

(Oeuvres poétiques complètes, La Pléiade)

Les intellectuels les allumettes et Prévert

Publié le par Alexandre Anizy

A méditer avant d'aller voter.

 

IL NE FAUT PAS

 

Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les

allumettes

Parce que Messieurs quand on le laisse seul

Le monde mental Messssieurs

N'est pas du tout brillant

Et sitôt qu'il est seul

Travaille arbitrairement

S'érigeant pour soi-même

Et soi-disant généreusement en l'honneur des travailleurs du bâtiment

Un auto-monument

Répétons-le Messssieurs

Quand on le laisse seul

Le monde mental

Ment

Monumentalement.

 

Jacques Prévert

(Paroles, dans la Pléiade, volume 1, 1992)

 

La sagesse selon Aya Cheddadi

Publié le par Alexandre Anizy

 

Sagesse des enfants blessés

 

Est-il concevable de nier

qu'un jour le corps et le monde

ont divorcé

 

Derrière la jeunesse apparente

de la peau le spectre de ce qui

aurait pu rentrer dans la file continue

des êtres marchant vers la mort

 

Vie ou mort l'un est le mensonge de l'autre

et il suffit de rire pour que toute plainte

sonne creux faux

inauthentique

 

Ne pas attendre la compassion

Qui trop réelle emprisonne

dans une image diminuée

du temps imparti

 

Solitude obligatoire

feuille de chêne qui s'effrite

dans un tableau réussi m'a dit ma mère

on s'aperçoit que tout meurt

 

Un avant-goût de vieillesse

Peut-être arriverai-je un jour

à l'aimer cette sagesse

des enfants blessés

 

 Aya Cheddadi

(dans la revue ARPA n°120-121 d'octobre 2017)

 

Why not James Sallis ?

Publié le par Alexandre Anizy

            Bourlingueur, James Sallis a gratté dans le milieu intellectuel. A 72 ans, il a publié un texte un brin fataliste.  

 

 

            Peut-on vraiment parler de polar à propos de Willnot de James Sallis (Payot & Rivages, 2019, en livrel) ? Pas vraiment, même si les morts suspectes, les coups de feu, le fugitif, le FBI et le shérif ne manquent pas. Point d'enquête puisque le personnage central est un médecin qui voit les choses et les hommes venir à lui. Le désenchantement règne dans cette histoire, et c'est pourquoi le titre pourrait être interprété comme un "non futur" ou une "non volonté". Gide, Camus, l'école de Francfort étant cités, ce qui est rare dans un roman noir américain, on pense alors au I would  prefer not to du Bartleby d'Herman Melville. Réaliste sans amertume, Sallis ose une assertion sur son métier :

            « Les écrivains - les artistes - sont des produits. Et les produits se périment. » (p.33/180)

            Willnot est un roman encombré, le fruit soit d'un remplissage talentueux, soit d'un capharnaüm maîtrisé. Il n'empêche qu'il mérite un détour, puisque le style est singulier.

 

 

Alexandre Anizy

 

L'illusion de Gilda Piersanti

Publié le par Alexandre Anizy

            L'écrivaine Piersanti parvient à maintenir l'illusion pour garder le lecteur : est-ce suffisant ?

 

 

 

            Avec beaucoup de talent et de métier, Gilda Piersanti a construit "Illusion tragique " (Le Passage édition, 2017), un polar où elle mêle fiction et réalité. Finalement, nous ne sommes pas convaincus.

 

 

Alexandre Anizy

L'enfant et la bouteille de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            Si les enfants Carlos Ghosn et Jérôme Cahuzac avaient su, peut-être...

 

 

La bouteille

            Partie 3

       

Un enfant se tient immobile.

Il tient une bouteille dans ses mains.

Il y a un bateau dans la bouteille.

Il le regarde sans cligner

des yeux.

Il se demande où le petit bateau

peut naviguer s'il est retenu

prisonnier dans une bouteille.

Dans cinquante ans

tu le sauras, capitaine Martin,

car la mer (vaste comme elle est)

n'est qu'une autre bouteille.

 

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

 

Vénus de Scerbanenco

Publié le par Alexandre Anizy

            Puisqu'on reparle de Simenon, il serait bon d'en faire autant pour Giorgio Scerbanenco.

 

 

            Pour découvrir cet auteur italien né à Kiev (1911 - 1969), prenez par exemple Vénus privée (Rivages, septembre 2010, poche à 8,50 €) et vous ne serez pas déçus.

            « Elle était grande, en effet. Elle l'attendait debout à la porte du bar. Il fut impressionné car, dès qu'il fut descendu de la Giulietta, elle vint vers lui, avec cette chaleur dans la démarche et dans le regard, comme si elle revoyait un ami très cher. Il y a encore dix minutes, il ne savait pas qu'il existait en ce monde, et aussi proche, une amie comme elle. » (p.134)

            Bien écrit, bien ficelé, ce polar vous guidera dans la société italienne.

 

 

Alexandre Anizy

 

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