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notes politiques

La vie tumultueuse selon Nimrod

Publié le par Alexandre Anizy

             

 

 

Semés avec les orages

nous avons grandi avec les éclairs

et le pays a fleuri

dans les ruisseaux ardents

 

 

Nimrod

( J'aurais un royaume en bois flottés, poésie Gallimard)

 

 

De quoi se mêle le Conseil Constitutionnel ?

Publié le par Alexandre Anizy

            En consacrant le principe de gratuité de l'enseignement supérieur, le Conseil Constitutionnel fait le lit de l'éducation privée.

 

 

            C'est une tribune du maître de conférence Pierre-Henri Tavoillot (Figaro du 17 octobre 2019 : Le gouvernement des principes, ou la fin de la démocratie délibérative) qui nous a alertés sur la récente dérive démocraturique : profitant d'une saisine, le Conseil Constitutionnel a arrêté un principe de gratuité de l'enseignement supérieur dans un champ qui ne relève pas de sa compétence. « Cet arrêt, je pèse mes mots, est une véritable usurpation de la volonté générale », écrit le juriste vigilant qui ajoute que « cette accumulation de questions de  principes révèle une chose : la légitimité d'agir du politique est devenue tellement faible qu'il tente de la gonfler artificiellement par l'autorité du droit. Faute de pouvoir changer le réel, il cherche à modifier les textes en général et la loi fondamentale en particulier ».  C'est une véritable dépossession démocratique.

 

            Nous ajoutons à cette critique experte que l'arrêt du Conseil Constitutionnel est pire que cela, puisqu'il interdit la transformation sérieuse de l'enseignement supérieur, dans la mesure où la question de ses ressources vient d'être arbitrairement escamotée. Les écoles privées vont continuer de prospérer sur le cadavre de l'université.

            L'élisphère contrôle de plus en plus son autoreproduction.   

 

 

Alexandre Anizy

 

8. Les tartuffes socialistes Boris Vallaud

Publié le par Alexandre Anizy

            Hier matin, puisque la colère sociale sourd, l'européiste Boris Vallaud pérorait à la télévision en se présentant comme un défenseur des gens de peu (les cheminots, les agriculteurs, etc.). "Non, dit-il en gros à Jeff Wittenberg, si les socialistes gouvernaient, ils n'auraient pas voté le CETA", alors que ce sont eux qui ont laissé aboutir ce traité... Gonflé l'énacrate ! Mais n'est-ce pas à cela qu'on les reconnaît ?

 

 

            Soyez-en sûrs : les vautours de la ligue libérale radicale vont occuper l'espace médiatique, pour le cas où le pouvoir devrait changer de main... pour que rien ne change. A cette enseigne, le moins jeune Boris Vallaud (le mari de Pimprenelle qui a tant fait pour l'abaissement de la qualité de l'école publique) peut jouer un rôle majeur, parce que ce tartuffe est parfaitement qualifié. Qu'on se souvienne.

            En 2012-14, il est au ministère de l'Economie quand le culbuto Hollande, ennemi de la finance, offre un cadeau fiscal de 20 Milliards d'euros aux entreprises pour lutter contre le chômage : les patrons ont eu le pognon, les chômeurs furent plus légion.

            En 2014-16, il est secrétaire adjoint à l'Elysée, oeuvrant (mais attention, ce n'est pas lui le responsable, c'est l'autre du bureau d'à côté...) sur la sinistre loi Travail défendue par la ministre El Khomri. Soulignons ici que pour faire leurs saloperies, les socialistes ont l'art de placer un innocent en tête de gondole : ce fut Pierre Bérégovoy pour la financiarisation de l'économie dans les années 80, ce fut une beurette pour la casse du code du travail.

            En résumé, le bilan social de l'énacrate Vallaud n'est pas reluisant, il est dégueulasse. Pour notre part, nous écrivions dès le 26 juin 2012... Lire ici

 

 

            Mais depuis 2017, où le bébé cador élyséen a hérité d'une circonscription en or, Boris Vallaud se refait une virginité "de gauche" : non, il la joue pas comme Karl Liebknecht, mais Pimprenelle n'est pas Rosa Luxemburg non plus !     

 

 

Alexandre Anizy

L'européiste Valérie Rabault se distingue

Publié le par Alexandre Anizy

 

            Dans un entretien aux "Echos", la présidente du groupe PS à l'Assemblée Nationale souhaite que la France reste dans les clous de Maastricht : haro sur le déficit structurel du budget macronien ! Avec des socialistes de cet acabit, les gens de peu peuvent crever la gueule ouverte.

 

            Pour mémoire, on repasse ici notre billet du 23 janvier 2016 titré Les tartuffes socialistes : la banquière Valérie Rabault pour l'opaque transparence.

 

 

            L'irruption sur la scène politique d'une autre banquière, Valérie Rabault maquillée en socialiste, mérite un peu d'attention.

 

 

            Comme tant d'ingénieurs des "dites grandes écoles", Valérie Rabault passe en coup de vent dans le BTP (sa spécialité) pour commencer son plan de carrière dans la finance (ça rapporte plus pour les matheux, sans salir les escarpins) avec la Société Générale pour se faire les crocs, puis son envol chez BNP Paribas qui lui fera voir du pays (les places financières de Francfort, Hong-Kong, Londres). 

            Dans le même temps, VR est devenue socialiste à 27 ans en créant sa section à Montaigu-de-Quercy : autant avoir de suite les troupes locales à sa pogne quand on vise haut comme cette demoiselle. En 2006, la Parisienne professionnellement globe-trotteuse intègre le Conseil fédéral du Tarn-et-Garonne, c'est vous dire...

            En 2007 et 2008, quand la crise financière explose, elle en connaît bien le noyau puisqu'elle bosse dans la division des produits dérivés. Pour 2009, son revenu déclaré (108.013 €) est encore modeste pour son milieu, mais en entrant au comité exécutif de la filiale spécialisée dans le trading (BNP Paribas Arbitrage) en 2010, elle élève son score à 259.474 € pour finir à 490.621 € le 31 décembre 2011, lorsqu'elle obtient un congé sans solde de son employeur pour être débarquée à la campagne en tant que candidate "de gauche" aux législatives de juin 2012, où elle est élue. 

 

            Comme le macaron d'Amiens à l'Elysée, la banquière Valérie Rabault est en mission à l'Assemblée nationale, pour le bien public bien entendu. La députée novice intègre la prestigieuse commission des finances en tant que vice-présidente, où comme par hasard arrive en discussion la Loi bancaire du ministre Pierre Moscovici : VR et sa copine (du temps des classes préparatoires de Louis-le-Grand) Karine Berger (nommée rapporteuse de la Commission pour ce texte) ont bien travaillé l'idée initiale (séparer les banques de dépôt des banques de marché). Le résultat de cette Loi dite de séparation ?

« Dans un mélange de candeur et de parfaite sûreté de soi, Frédéric Oudéa, le patron de la Société générale, en effet « pas gêné » (au sens de Karine Berger), a cependant fini par lâcher le morceau en avouant que la loi de « séparation » n’allait le séparer que de 1,5 % du total de ses activités… » (1)

Quelle efficacité... pour le bien public bien entendu !

 

            Concernant la Loi organique relative à la transparence de la vie publique, VR suit le mouvement : point trop n'en faut. Disons simplement ici que le citoyen lambda qui veut connaître le patrimoine de son député doit montrer patte blanche à la préfecture et jurer la non-divulgation de ce qu'il va découvrir. On peut résumer en qualifiant cette loi de transparence privée

            Il nous faut signaler ici le comportement de Claude Bartolone : le fils d'un rital immigré comme il l'a souvent répété dans sa communication, lui qui s'insurge contre la démocratie paparazzi, étant un peu gêné aux entournures rien qu'avec sa magnifique bicoque de 380 m2 avec vue imprenable sur Paris (2) estimée à 2 millions d'euros, est finalement non-votant lors du scrutin n°595 (en lecture définitive) du 17 septembre 2013.

 

            Les 2 votes de Valérie Rabault dans la nuit du 16 décembre 2015 sur l'amendement 340 relatif à l'évasion fiscale sont sans ambigüité : elle est contre la transparence.

 

            Qu'on se le dise : VR n'aime la transparence qu'à dose homéopathique.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) cité par Frédéric Lordon, dans "la régulation bancaire au pistolet à bouchon", sur son blog du Monde Diplomatique le 18 février 2013.

(2) Canard enchaîné du 30 avril 2013

 

Cédric Villani et Yann Moix : le même tout-à-l'ego

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans l'actualité de la semaine, deux personnages soulèvent le cœur : Cédric Villani et Yann Moix.

 

 

            Concernant Yann Moix, nous avons déjà exprimé notre aversion en filigrane de nos billets ( lire ici et ici ). Avec son dernier crachoir, Orléans (Grasset, août 2019), il revisite son enfance, se grimant en martyre pour faire du bruit et du fric : le médiacrate connaît la chanson... Seulement cette fois-ci, le père et le frère donne leur version des faits et la "terreur germanopratine" est démasquée, notamment par la publication de ses textes antisémites : le petit chose moderne se vautre dans l'abjection.

            Comment réagit la médiacratie ?

            Pour les publicistes littéraires, le canevas des recensions semble être en gros : puisque tous les auteurs mentent, l'imposture de Moix est subalterne par rapport à la qualité littéraire de ses écrits (1). Dans le guêpier médiacratique, beaucoup attendent le jugement de son maître, le milliardaire Bernard-Henri Lévy, pour se positionner.  

            Pour le colonel d'opinion Laurent Joffrin, là n'est pas l'essentiel du déballage : Moix a nié être l'auteur de ces saloperies dans sa première réponse, voilà la vraie faute de l'accusateur public Moix ! « Il a eu grand tort, dans ce cas, d'affirmer dans un premier temps que ces textes [antisémites] venaient de quelqu'un d'autre. Du coup, l'affaire prend un tout autre sens. Chroniqueur, éditorialiste, moraliste proclamé, il avait donc tu, puis maquillé, un péché de jeunesse difficile à justifier. Il est passé de l'antisémitisme juvénile à l'antiracisme sourcilleux, ce qui est mieux que l'inverse. On peut se tromper, même lourdement, quand on a 20 ans ― même si l'âge n'excuse pas tout. Encore faut-il s'en expliquer sans ambages ». (2) Ah ! s'il n'y avait pas cette esquive minable, Joffrin serait prêt à l'absoudre ― il est vrai qu'en matière d'éthique, Joffrin s'y connaît  puisque dans les années 80, Laurent Mouchard à 14 heures tartinait sur la "gauche morale" dans Libération, et à 21 heures dînait avec son papa et son pote Jean-Marie Le Pen.

            En bon antisémite, Moix fréquentait amicalement l'extrême droite, notamment Paul-Eric Blanrue qui raconte : « La dernière fois [en 2013], on s'est vus au Royal Pereire [restaurant parisien]. Il avait une sale tête, pas rasé, marqué. Je sentais qu'il y avait un truc qui n'allait pas. Son roman Naissance [2013] à la rédaction duquel j'avais assisté, étape par étape, j'en ai même écrit cinquante pages, allait sortir. Il m'annonce qu'il allait avoir le Renaudot. "Pour ça, je suis prêt à tout, absolument tout" a-t-il ajouté. » (3) Le parcours de Yann Moix montre en effet qu'il ne recule devant rien, comme un autre spécialiste (dans son genre) le confirme auprès de Marc-Edouard Nabe : « Il a toujours été un opportuniste, comme me l'a dit Thierry Ardisson, son futur employeur. » (4)

 

 

            Peut-être recalé pour la première fois de sa vie à un examen, le brillant mathématicien Cédric Villani, qui apparemment n'avait pas tout compris du jeu politicard auquel il se livrait (sans calcul, vraiment ?) en participant à la sélection du candidat LREM, a décidé de se venger en présentant sa candidature à la mairie de Paris : "On a insulté mon intelligence exceptionnelle, cela doit être réparé !", pourrait-il dire.

            En fait, le sort des Parisiens, c'est le cadet des soucis du grand matheux qui depuis longtemps aspire à d'autres trophées : c'est pourquoi il avait  commencé à fricoter avec le Modem, avant de soutenir la favorite Anne Hidalgo en échange de la présidence du comité de soutien... puis en 2017, il devint macroniste pour être député... et aujourd'hui ? « (...) les ambitions du principal intéressé. « Je serai candidat à Paris. La seule chose qui pourrait me faire renoncer... c'est un poste de ministre » a même secrètement lâché Cédric Villani il y a quelques jours à l'un de ses visiteurs. » (5)    

            Ambition sans conscience n'est que ruine de l'âme. Et c'est ainsi que l'ego courroucé d'un opportuniste va polluer les élections municipales parisiennes, qui ne sont déjà pas folichonnes.  

 

    

            Dans l'actualité de la semaine, les ego hypertrophiés de Villani et Moix donnent la nausée. Alors tirons la chasse !   

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Lire par exemple Claire Devarrieux (Libération), Frédéric Beigbeder (Figaro Magazine).

(2) Laurent Joffrin, éditorial de Libération du 28 septembre.

(3) Le Monde du 30 août 2019.

(4) Idem.

(5) Le Parisien du 29 août 2019. Le journal du milliardaire et mauvais citoyen français ( lire ici ) Bernault Arnault, grand promoteur du bankster Emmanuel Macron pour la campagne présidentielle de 2017, ne pouvait pas manquer de rapporter le propos vénal du député Villani.  

 

Le rire de la terre selon Prévert

Publié le par Alexandre Anizy

            Le pire est à craindre, mais pourra-t-on l'éviter ? 

 

 

 

A Cassis comme ailleurs

 

Ne videz pas la poubelle dans le frigidaire, il pourrait se mettre en colère.

N'agacez pas, n'empoisonnez pas, n'emmerdez pas la mer, elle est capable de se venger.

Et

si vous continuez à tourner la terre en dérision, un beau jour, elle vous éclatera de rire au nez.

 

Jacques Prévert

(Textes divers, Pléiade, Œuvres complètes, vol. II)

 

Pour l'UE une héritière et une servante

Publié le par Alexandre Anizy

            Fin des faux-semblants dans l'Union Européenne : l'Allemagne se sert.

 

 

            Au bout des tractations politicardes sonne l'heure de l'emprise allemande. A la tête de la Commission, elle place la fille du politicard Ernst Albrecht (cador de la CDU des années 70), Ursula von der Leyen, mariée à un noble, dont le CV se résume à ceci : 7 enfants, beaucoup de diplômes (économie, puis médecine), à 40 ans son premier et dernier job de chercheuse assistante (1998 à 2002) mais c'était pour légitimer ses candidatures aux postes politiques (membre du CDU depuis 1990). A la tête de la Banque Centrale Européenne, l'Allemagne accepte la française Christine Lagarde : non économiste et non banquière, servante docile des politiciens en place [souvenez-vous de sa lettre à Sarkozy de Nagy Bocsa : "1) Je suis à tes côtés pour te servir et servir tes projets pour la France." (1)].

 

            L'Eurallemagne surgit sans fard avant la tempête. Les vassaux paieront la facture.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1)  Le Monde.fr, lundi 17 juin 2013 à 11H06.

La confiture de Soljenitsyne

Publié le par Alexandre Anizy

            Ayant lu un ouvrage de Soljenitsyne dans le cadre de nos recherches actuelles, nous eûmes envie de prolonger ce nouveau contact en lisant un texte littéraire.

 

 

            Nous optâmes pour La confiture d'abricot et autres récits (Fayard, août 2012, en livrel). Eh ! ma foi, nous ne le regrettâmes pas. Comme nous avions  en tête le souvenir d'un style âpre, qui paraissait adapté au projet romanesque relatif au Goulag, ce livre non seulement atténue ce vieux jugement mais il rend évident le talent littéraire, ô combien contesté dans les années 1970 par les affidés du parti communiste comme Max-Pol Fouchet !

 

            Commençons par le premier récit, la confiture d'abricots : l'histoire d'un jeune fils de paysans déportés dans la taïga qui s'échappa sur ordre de son père, après que les dékoulakiseurs aient coupé l'abricotier en exécution de leurs menaces pour obtenir le grain caché... jeune fugitif, il trouve restance chez les enfants des rues.    

            « Les gens qui n'avaient pas eu le temps de mettre la leur [l'assiette] à l'abri s'arrêtaient souvent de manger : les guenilleux n'attendaient que ça pour tout engloutir. Ils volaient aussi à la gare, et ils se chauffaient auprès des goudronneuses. Seulement j'étais trop grand et fort, je me détachais au milieu d'eux : déjà plus un enfant et moins dépenaillé. J'aurais pu m'établir caïd, demeurer à l'abri et les envoyer en chasse, mais j'ai le cœur sensible.

            Si bien que ça n'a pas traîné : une équipe du Guépéou m'a pêché au milieu de la bande, moi tout seul, et conduit en prison. » (p.8/373)

 

            Le récit d'un soulèvement paysan dans Ego est aussi édifiant sur les agissements des bolcheviks après Octobre, pour écraser toute opposition. En plus tordue, la nouvelle titrée Nos jeunes.

 

            La courte biographie du maréchal Joukov est fort intéressante d'un point de vue historique.

            « Ayant remarqué ce flottement chez Staline, Joukov s'enhardit jusqu'à des recommandations importantes. A la fin de juillet, il risqua une proposition : abandonner Kiev et se retirer derrière le Dniepr, sauver ainsi des forces puissantes et leur éviter l'encerclement. Staline et Mekhlis le traitèrent en chœur de capitulard. Et Staline retira aussitôt à Joukov l'état-major général pour l'envoyer repousser les Allemands à Ielnia. (Ç'aurait pu être pire : ces semaines avaient vu fusiller des dizaines de généraux considérables et remarquables qui avaient remportés des succès pendant la guerre civile espagnole ; il avait tout de même fait libérer Méretskov.) » (p.313/373)

Puis Staline admit que Joukov avait eu raison pour Kiev...

            « Et c'est ainsi qu'en septembre 1941, Joukov conserva Leningrad. (Avec un blocus de neuf cents jours...) Et, juste à ce moment, au lendemain de la prise d'Oriol par Guderian, il fut extirpé de nouveau par Staline, cette fois pour sauver la ville même de Moscou. » (p.316/373)

Si en matière de stratégie militaire Hitler a eu quelques éclairs, ce n'est pas du tout le cas de Staline : l'écrivain Soljenitsyne s'emploie à rétablir la vérité sur le rôle du mauvais petit Père des peuples dans la grande guerre russe du XXe siècle. N'est-ce point la fonction essentielle d'un intellectuel digne de ce nom ?

 

 

            En 2019, quoi de neuf ? Soljenitsyne, pour mettre à l'heure les pendules européistes.

 

 

Alexandre Anizy

Notre ère selon Supervielle

Publié le par Alexandre Anizy

Après les élections européennes du 26 mai, faut-il prendre le parti de Supervielle ?     

 

 

Notre ère

 

Le monde est devenu fragile

Comme une coupe de cristal,

Les montagnes comme les villes

L'océan même est mis à mal.

 

Un roc est aussi vulnérable

Qu'une rose sur son rosier

Et le sable tant de fois sable

Doute et redoute sous nos pieds.

 

Tout peut disparaître si vite

Qu'on le regarde sans le voir.

La terre même est insolite

Que ne fait plus tourner l'espoir.

 

Hommes et femmes de tout âge

Regagnons vite nos nuages

Puisqu'il n'est pas d'asile sûr

Dans le solide et dans le dur.

 

Jules Supervielle

(Oeuvres poétiques complètes, La Pléiade)

Encore un effort, général Desportes !

Publié le par Alexandre Anizy

            Ayant connu le général Desportes lorsqu'il débutait sa carrière à Tübingen (1), nous constatons qu'il a su évoluer sur l'OTAN... Tardivement, c'est entendu, mais il tend à prouver que la Raison l'emporte au fil du temps.

 

 

            Comme nous le faisions remarquer dans notre analyse de son livre titré La dernière bataille de France (lire ici l'intégralité de notre billet du 14 novembre 2015) :

            Malgré un réquisitoire argumenté, l'auteur ne se résout pas à prôner la sortie de l'OTAN. Il se place même au milieu du gué alors que le torrent de l'Histoire va déferler sur la France : « L'OTAN ? oui, mais profondément transformée, sans primus inter pares et dans laquelle les Européens seraient au minimum "l'actionnaire majoritaire". » (V. Desportes, dans les Echos du 27 octobre 2015) Sur le rivage de Seine, Desportes voudrait bousculer l'establishment pour mettre à l'ordre du jour de l'organisation américaine une réforme contraire aux intérêts des Etats-Unis, un peu comme ces économistes effarés qui demandent une réforme de l'euro contraire aux intérêts du maître et concepteur de cet outil monétaire, i.e. l'Allemagne. La realpolitik n'est décidément pas française.

            Doit-on écarter la chimère d'une "défense européenne" à laquelle Vincent Desportes semble porter le coup de grâce, comme un rapport récent du Sénat (3) ? « (...) il n'existe pas de défense européenne, il n'existe pas d'armée européenne car il n'existe pas d'union politique, de communauté de vision, pas même cette communauté d'intérêts indispensable à la conception d'un outil de défense commun. » (p.61) Non, puisque Vincent Desportes réaffirme ailleurs : « Notre horizon doit être l'Europe de la défense. » (les Echos du 27 octobre 2015)

            Dans ces conditions, le discours de Vincent Desportes est incohérent : alors que l'Europe de la défense est une impasse conceptuelle, que sans les Etats-Unis l'Europe aurait une armée creuse en l'état actuel des choses, il souhaite une réforme de l'OTAN qui est stratégiquement le meilleur obstacle à la construction des armées nationales indépendantes en Europe.  

C'est pourquoi nous concluions :

            Seule la sortie de l'OTAN rendrait cohérente la perspective que Vincent Desportes semble esquisser. Comme il ne l'envisage pas, force est de constater son impasse. Pourtant en matière de stratégie, il s'est montré d'un meilleur niveau avec son livre La guerre probable :

http://www.alexandreanizy.com/article-la-guerre-probable-selon-vincent-desportes-116031869.html

 

 

            Que dit Vincent Desportes aujourd'hui ? (2)

L'OTAN est devenue une menace pour les pays européens. (...) Il est temps que l'OTAN soit remplacée par la défense européenne.

            Quels sont ses arguments ? D'abord elle déresponsabilise les Etats européens, qui se croient à l'abri sous le protectorat américain, et pire, ne s'imaginent plus capables de se défendre par eux-mêmes. Ensuite elle constitue un carcan qui favorise les tensions intra-européennes. Enfin Desportes constate objectivement que « La seule Europe qui vaille pour les Etats-Unis, c'est une Europe en perpétuel devenir. Ils ont toujours poussé pour les élargissements, y compris vis-à-vis de la Turquie. »

            Que propose Desportes ?

« Il faut créer un noyau dur capable de doter le continent d'une autonomie stratégique et capacitaire. »

 

 

            Si le général Desportes est sur le bon chemin, il demeure dans l'ambiguïté des oripeaux occidentaux. En effet, s'il appelle à une construction de l'Europe stratégique, il ne préconise pas la sortie de l'OTAN, faisant comme si cette organisation menaçante se laisserait vider de sa substance par la création parallèle d'une Europe militaire...

            Soyons clairs : les Etats européens qui formeront le noyau dur devront préalablement, ou plus exactement de manière concomitante, sortir de l'OTAN. Pour cet événement, il ne faut donc pas compter sur la Pologne, ni sur l'Allemagne.

            Concernant ce que nous appelons "les oripeaux occidentaux", force est de constater que Desportes ne s'en est pas totalement libérés puisqu'il écrit : « Nous avons, nous Occidentaux, contribué à faire ressurgir la menace russe. »

            Mais le général se soigne puisqu'il ose affirmer aujourd'hui : « Je pense que la Russie doit être intégrée à l'espace européen et que nous devons faire en sorte qu'elle ne soit plus une menace. » Cette position nous semble plus logique et cohérente que celle exprimée en 2015.          

 

 

            Peu à peu Vincent Desportes se défait des reliques idéologiques du XXe siècle pour quitter le cercle de la déraison. Grâce à cette démarche courageuse, il aborde les défis du monde du XXIe avec pertinence. 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Le lieutenant Desportes nous ayant envoyé en taule (des arrêts simples, soyons précis et modeste), le lecteur notera que nous ne sommes pas rancunier.

(2) Entretien publié dans le Figaro du 25 mai 2019.

 

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