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notes politiques

Bernard Arnault vaut bien Carlos Ghosn

Publié le par Alexandre Anizy

            Ghosn et Arnault, qu'ont-ils en commun ? Polytechniciens, hommes d'affaires coriaces... Quoi d'autre ?  

 

 

            En tant que patrons, ils pratiquent l'optimisation fiscale, puisque comme le dit Bernard Arnault, « Nous n'allons pas refuser d'utiliser la loi pour payer plus d'impôts qu'on ne doit ! » (1)

            Mais ils sont aussi atteints de phobie fiscale : les Japonais viennent ou font peut-être semblant de le découvrir maintenant (2) pour Carlos Ghosn, les Français informés le savent depuis longtemps pour Bernard Arnault.

            En effet, BA a créé en Belgique une fondation privée, nommée Protectinvest, qui servira à protéger les intérêts de ses héritiers. Les protéger de quoi ? « Protectinvest devrait permettre aux héritiers directs du magnat d'éluder les droits de succession en France et de bénéficier des règles belges, particulièrement avantageuses pour le patrimoine mobilier. » (3) 

Ce montage juridique est un cas pratique de ce que Christophe Giully démontre dans No society (4) : la sécession de la classe dominante.  

 

            Un citoyen qui ne paie pas ses impôts (sous toutes ses formes), qui s'échappe fiscalement, qui porte atteinte aux biens communs, est un mauvais citoyen. Sur ce point, le philosophe Yves Michaud ne nous contredira pas. (lire ici ). Comment qualifier Bernard Arnault ? C'est un mauvais citoyen.

 

            Mais en plus, comme dirait Jean-Claude Michéa, Bernard Arnault fait preuve d' indécence , notamment quand il fait la leçon : « Il est malsain d'utiliser d'autres pays d'Europe comme le font certaines entreprises de technologie notamment, pour éviter l'impôt en France ». (6) Rappelons-lui par exemple la partie du pactole (1 milliard) issue du raid sur Hermès que LVMH avait logée au Luxembourg, échappant au fisc : « Au terme de deux ans de discussions, le groupe [LVMH] a dû s'acquitter de quelque 380 millions d'impôt, plus une vingtaine de millions d'intérêts de retard. » (7)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Entretien de Bernard Arnault dans l'hebdomadaire Challenges du 15 novembre 2018.

(2) Ayant compris que Carlos Ghosn ne pourrait jamais leur faire obtenir ce qu'ils réclament depuis des années (pour faire simple : reprendre totalement le pouvoir chez Nissan), n'ont-ils pas décidé de se passer de cet allié avec fracas pour mieux secouer l'Alliance ?  

(3) Le Monde du 19 septembre 2012, page 16.  

(4) Christophe Giully, No society, Flammarion, octobre 2018. Nous recommandons vivement ce livre.  

(5) Challenges, ibidem.

(6) Ibid.

(7) Canard enchaîné du 12 octobre 2016.

Kivu libre, Rwanda francophone, et baudruche Macron

Publié le par Alexandre Anizy

            Jean Van Hamme a raconté le Kivu, avec Christophe Simon, ce qui nous amena à Louise Mushikiwabo.   

 

 

            Le Kivu est une région du Congo frontalière du Rwanda, où on extraie beaucoup de minerais... Alors il y règne la corruption, la guerre de libération, enfin toutes ces saloperies fomentées et attisées par des gens puissants pour piller intensément, c'est à dire sans entrave. Cette BD de Simon & Van Hamme le révèle talentueusement en 63 planches.

            Kivu, c'est une piqûre de rappel : le multilatéralisme n'a pas désarmé la Bête immonde.  

 

            La France participe activement à cette ronde africaine, et sa diplomatie boiteuse vient d'illustrer à nouveau l'hypocrisie des Centres du capitalisme à l'égard des Périphéries, comme disait l'économiste Samir Amin. Comment ? En soutenant Louise Mushikiwabo, ministre du Rwanda, un pays qui conchie la France dans l'affaire de son génocide, un pays qui a mis fin à l'enseignement du français et a pris l'anglais pour langue nationale, Louise Mushikiwabo donc pour le poste de secrétaire générale de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Jupitérito a montré le niveau de lisibilité de son dévouement pour sa langue maternelle : zéro.

  

            Peu à peu, les Français découvrent à leurs dépens la baudruche Macron : tardivement hélas ! (1)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) http://www.alexandreanizy.com/2016/04/bel-ami-macron-en-marche-dans-la-cour-des-miracles.html

 

Sous le Jupitérito Guignol's Band

Publié le par Alexandre Anizy

            Où va la France sous le Jupitérito Guignol's Band ? 

 

 

            Si Jupitérito a une boussole, qui notamment le mène à rembourser ceux qui l'ont fait roitelet dans le cadre d'une déconstruction accélérée des règles sociales de l'Etat-nation sous le joug d'une élisphère paneuropéiste, ses affidés (1) quant à eux ressemblent plus à des girouettes soumises aux caprices médiatiques. Ainsi le spectacle navrant de la médiocrité va continuer, et mieux vaut en rire qu'en pleurer, n'est-ce pas ?

           

            Les serviteurs d'Edouard Philippe simulent un comité de fonctionnaires présentés comme des techniciens experts (2), agissant sous l'autorité des juges luxembourgeois. Que de médecins charlatans !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Christophe Castaner, le kéké de Forcalquier, nommé à l'Intérieur, n'est-ce pas un peu comme une danseuse placée à la tête des armées ?

 

(2) On sait, par exemple, François Goullet de Rugy expert en parjure et spécialiste en mangeoires, mais pour le reste...

http://www.alexandreanizy.com/2017/06/abstention-le-petit-livre-rouge-de-bueno.html

 

  

Monitocratie et téléocratie : l'exemple suisse du 10 juin 2018

Publié le par Alexandre Anizy

            Le peuple suisse exprimera sa volonté sur la monnaie le 10 juin 2018.    

 

 

            Au royaume de France, où règnent l'esprit cartésien et des us peu démocratiques, une telle initiative populaire est aujourd'hui impossible : d'une part parce que la Constitution ne le permet pas ; et d'autre part parce que l'élisphère sonnerait la charge contre un projet si insensé, partout dans les médias qui lui appartiennent... Pensez donc : décider par référendum qui aura le pouvoir de créer de la monnaie.    

 

            Que demande cette initiative "monnaie pleine" ? Séparer les activités bancaires de la création de monnaie, dont la Banque Centrale aurait l'apanage. C'est une politique économique radicale au pays de la finance mondialisée.

            Nous ne discuterons pas de cette mesure en soi. Le lecteur se fera une idée en lisant nos anciens billets ci-dessous :

http://www.alexandreanizy.com/article-la-creation-de-monnaie-doit-redevenir-une-fonction-regalienne-95827279.html ;

Et par souci de modération (Suisse oblige, avec un rien de malice),

http://www.alexandreanizy.com/article-31551778.html

 

            Ce qui nous importe aujourd'hui, c'est souligner la possibilité d'une démocratie, quand la représentative a montré l'étendue de son incapacité. Trois exemples :

― en France, le rejet du résultat du référendum de 2005 par la clique européiste (Sarkozy de Nagy Bocsa, Hollande, et alii) ;

― en Grèce, en 2015, la forfaiture du politicien Aleksis Tsipras ;

― en Australie, le 16 avril 2018, Michael Gunner, chef du gouvernement du Territoire du Nord, lève unilatéralement le moratoire de 2016 sur la fracturation hydraulique pour exploiter dès 2019.

Ce qui nous importe également, c'est qualifier l'initiative populaire et le référendum helvétiques.

 

            Une partie des citoyens, suffisamment significative pour valider la procédure, ayant sans doute compris l'impossibilité de leurs gouvernants à échapper au lobby bancaire, a lancé cette initiative. Cette action est monitocratique (1), puisqu'elle vise à contourner les élus ― ce qui est plus positif et plus efficace que de les admonester ― à partir du constat d'une situation bloquée. Le référendum quant à lui est un acte téléocratique (2) : quel que soit le résultat, les citoyens suisses auront eux-mêmes configuré le "noyau dur" de leur économie, à savoir la monnaie.  

 

            Un régime démocratique est forcément téléocratique et monitocratique : l'important, c'est la composition du mélange. Celui de la Suisse mérite notre intérêt.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Le terme monitocratie est inventé par Jérôme Perrier (Alain ou la démocratie de l'individu, éditions Les Belles Lettres, octobre 2017, page 303) pour synthétiser "la démocratie de contrôle" prônée par Alain.

(2) Ibidem. Dans une téléocratie pure, l'élu aurait un mandat impératif (i.e. agir strictement selon le projet politique qu'il a présenté aux citoyens). Dans une monitocratie pure, l'élu aurait une délégation de pouvoir accompagnée d'un exercice permanent de contrôle et de réprimande par les électeurs.

L'esprit fou de Jupiter

Publié le par Alexandre Anizy

            Trois propos aliniens utiles à la compréhension d'un serviteur idéologue.  

 

 

            « L'esprit fou, c'est l'esprit gouvernant qui s'aperçoit que le beurre est trop cher, et qui annonce que tout cela va changer. Les vaches n'en vont pas moins de leur pas tranquille. (...) C'est ainsi que le troupeau des intérêts suit ses mille chemins, sans s'occuper beaucoup de ces lois qui naissent tout armées, non pas du ventre et de la poitrine, mais de la tête, hélas, du grand Jupiter. » Libres propos, avril 1931

Exemple : la suppression populiste de la taxe d'habitation.

 

            « Une réforme efficace ne fait jamais que mettre en règle des usages auxquels l'expérience a conduit. » Libres propos, novembre 1934.

Exemple : la SNCF. Deux siècles d'histoire ferroviaire avaient modelé l'organisation actuelle : en la matière, l'idéologue Thatcher vient d'apporter une nouvelle démonstration de l'inanité de la privatisation.

 

            « De quoi je conclus, après un long détour de réflexion, que chacun est législateur pour sa part, et en toute matière, par la moindre de ses pensées. » Libres propos, juin 1921.

En effet, dans une démocratie, chaque citoyen contribue à l'élaboration dynamique de l'état de droit. Mais se raconter comme Alain l'histoire d'une main invisible qui harmoniserait les intérêts, c'est accepter d'en être les cocu(e)s. 

 

 

 

            L'ère Macron, c'est un coup de force de serviteurs des 200 familles qui siphonnent l'économie domestique.

 

 

Alexandre Anizy

22 mars 68 : naissance d'un anti-démocrate

Publié le par Alexandre Anizy

         La vieillesse du philosophe Alain fut un naufrage, la vie politique de Daniel Cohn-Bendit une imposture.

 

 

 

         Après la votation suisse contre les minarets, la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit a récidivé dans sa hargne « anti-démocratie » lors d’un entretien au Temps le 2 décembre :

         « Je suis pour une démocratie directe « encadrée » par une Constitution qui ne permette pas de voter sur n’importe quoi. »

         Après la « démocratie représentative », Cohn-Bendit nous offre donc un nouveau concept : la « démocratie directe encadrée ». S’il dit par quoi (mais une démocratie n’est-elle pas toujours régie par une Constitution ?), nous ignorons tout du « par qui ? ».

         Mais on peut deviner en lisant la suite du propos :

« La priorité de l’élite politique suisse hostile à ce vote doit être de remobiliser la population en vue d’un nouveau référendum. (…) Capituler devant cette angoisse populaire serait une défaite pour tous les démocrates. (…) La Suisse ne doit pas se laisser ligoter par cette décision populaire jusqu’à la fin des temps. »

         Pour Cohn-Bendit, le schéma est simple : l’élite politique doit faire revoter le peuple quand celui-ci n’a pas répondu dans le bon sens, enfin, celui de l’élite, vous aviez compris … Pourquoi ?

         Peut-être parce que l’élite constitue une sorte d’avant-garde de la démocratie (avant-garde, on a déjà entendu cette bonne blague ailleurs, vous souvenez-vous ?), ou bien parce que ce sont des gens inspirés (puisqu’ils savent ce qui est bien ou mal pour le peuple), alors que les populaires réagissent en fonction de leur angoisse, de leurs instincts primaires, vous voyez le genre …

 

         Avec le « Non » irlandais, nous avions déjà eu une première coulée anti-démocratique de la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit : voir notre note

http://www.alexandreanizy.com/article-20346686.html

         Avec la votation suisse, il récidive en enrichissant son propos : le projet politique anti-démocratique se précise.

 

 

         D’aucuns penseront que nous exagérons ou qu’un parti-pris fausse notre analyse, mais il se trouve que la philosophe Chantal Delsol, qui a selon nous de mauvaises fréquentations politiques (1), le dit aussi :

         « Ce n’est pas le vote suisse qui représente un nouveau missile contre la démocratie, mais les réactions au vote suisse. » ;

         « Autrement dit, il y a une voix extérieure et sommitale qui juge ce qu’un peuple décide, et jauge cela à une aune … Laquelle d’ailleurs ? » ;

         « Nous voyons s’avancer tout doucement la justification d’un nouveau régime : une oligarchie. Elle ne fera pas tomber les démocraties par quelque révolution démodée. Elle agira sournoisement, comme elle a déjà commencé à le faire. » (Figaro 3 décembre 2009).

 

 

         A notre avis, la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit joue bien son rôle au sein du club anti-démocratique. 

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : Chantal Delsol est l’épouse du politicien Charles Millon.

 

Pierre Overney : mort pour un clown

Publié le par Alexandre Anizy

 

            Le 25 février 1972, à 14h30, l'ouvrier Pierre Overney mourait d'une balle en plein cœur à l'usine Renault de Boulogne-Billancourt. Bien entendu, ses chefaillons maoïstes ne l'ont pas accompagné au paradis...

 

 

            Morgan Sportès doit avoir des comptes à régler avec son passé : il le fait avec talent dans son récit documentaire Ils ont tué Pierre Overney (Grasset, 2008, disponible en livrel), c'est ce qui nous importe ici.

            « A l'époque, les maîtres à penser de la Gauche prolétarienne, Alain Geismar, Serge July, André Glucksmann, Pierre Victor, envisagent comme horizon de la révolution l'année 1974. » (p.29/271)

            Pour cela, les maos français ont investi les usines, parce qu'après mai 68 où une vingtaine de barricades déclencha une grève générale qui faillit renverser De Gaulle, ces minots pensaient : « qu'avec un mois de manifs, trois coups de feu, deux douzaines de morts, on foutrait la société par terre, explique un mao et non des moindres : le ci-devant vicomte Charles-Henri de Choiseul-Praslin (...) allié par ailleurs aux Wendel, les maîtres de la sidérurgie(...) » (p.28/271) En 1969, ils ne sont que 4 maos à pointer chez Renault à Boulogne-Billancourt, mais les hostilités commencent en janvier 1970 avec l'initiative de prolos : la bataille du métro (il s'agissait de bloquer tous les soirs le contrôleur de la RATP et ainsi de faire voyager gratuitement les ouvriers qui rentraient chez eux). « Pierre Overney, "qui était de toutes les bagarres", car il aimait la cogne, participera à la "Bataille du métro". » (p.36/271)

            Que faisaient les maos au sein de l'usine ?

            « Trente ans et quelques plus tard, Bouboule s'est posé la question :

― C'était pas tout à fait faux, ce que disait la CGT : je me baladais partout dans l'usine, dans n'importe quel atelier, sans autorisation, avec dans la poche ventrale de mon bleu de travail un énorme paquet de tracts que je distribuais... On me laissait faire, alors que c'était un motif d'expulsion. J'aurais pu être viré quarante fois ! » (p.40/271)

Quand on connaît la rigueur des systèmes d'organisation de la production, on se dit, comme la CGT, que ces maos jouissaient d'une grande indulgence. Ici comme à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm (Paris, 5ème arrondissement).

            La Gauche Prolétarienne est interdite le 27 mai 1970. Ses membres rentrent alors dans une clandestinité... toute relative puisque :

  • « Les flics savaient qu'il y avait des réunions à Ulm, que Victor était là. On comptait dans ces assemblées jusqu'à cent cinquante personnes. Victor présidait comme porte-parole de Sartre. » ;
  • le grand chefaillon Pierre Victor, apatride sans carte de séjour, doit toutes les quinzaines pointer à la préfecture de police ;
  • « (...) Victor a coopté au comité exécutif de l'organisation, où se prennent toutes les décisions importantes, un ancien mineur de fond : Paupaul ! Or ce Paupaul est une taupe. Son agent traitant est le commissaire Jacques Harstrich, des Renseignements Généraux. » (p.61/271)

Dans l'épopée de la GP, tout est à cet avenant grotesque.

 

            Pour Pierre Overney, la fin de la mascarade maoïste tolérée par le pouvoir sera tragique, mais elle aura évité un bain de sang :

« Une "manif militaire" ultra-dure est prévue pour le 25 février au soir, à Paris, boulevard Voltaire, XIe arrondissement. On compte sur les Os de la Régie pour grossir les bataillons... Dans les sous-sols de l'université de Jussieu, véritable caverne d'Ali Baba du terrorisme, on fabrique des centaines de cocktails Molotov.

― C'était une vraie folie, raconte Jacky aujourd'hui. Les cocktails Molotov, c'est une arme de guerre. Les partisans russes utilisaient ça pour cramer les chars d'assaut nazis ! Il était prévu de prendre en tenaille les CRS, lors de la manif, et de les bombarder. Il y aurait eu des morts, c'est sûr, les flics auraient tiré, si...

― Il n'y avait pas que les cocktails Molotov de prévus ! ajoute Philippe Tancelin. Certains comptaient apporter des armes... » (p.133/271)

« La violence était prévue non seulement pour la manif du 25, mais aussi pour la distribution de tracts chez Renault qui devait la précéder, précise Philippe Tancelin. » (p.136/271)

Complétons le scénario : aucune tactique de repli n'est mise au point. En clair : on envoie les mômes aux casse-pipes !

            Ce 25 février 1972, avant l'action, Pierre Overney, qui vit maintenant avec Geneviève et ses deux enfants d'un premier mariage, et qui, selon le commissaire Poiblanc, « considéré jusqu'ici comme instable, bohème, avait commencé à se calmer »,  déjeune à Billancourt avec des camarades.

« ― Ils l'ont chauffé, ils lui ont fait boire de la gnole ! affirmera le cégétiste Roger Sylvain.

― Ils lui ont bourré la gueule pour l'envoyer au casse-pipe, comme les Poilus de 14 avant le Chemin des Dames, renchérit Michel-Antoine Burnier, journaliste à Actuel, revue underground.

― La victime, Pierre Overney, était dans la phase ascendante de l'ébriété, ajoute le docteur Martin qui remplace à la barre le professeur Lebreton. Cette phase est la plus dangereuse. Le sujet peut devenir agressif et perdre le contrôle de ses mouvements ! » (p.138/271)

Peu après 14 heures, les maos ont attaqué, et Pierre Overney s'est effondré, un trou rouge en plein cœur. Le grand chefaillon Pierre Victor, alias Benny Lévy positionné en retrait dans une rue adjacente, tient maintenant son cadavre chaud, son martyr... Mais il n'en fera rien, forcément.

            La suite, Morgan Sportès la raconte bien : Ils ont tué Pierre Overney (Grasset, 2008, disponible en livrel).

 

 

 

            Pour nous aujourd'hui, il s'agit simplement de (re)dire trois choses (1), la première concernant un commentaire obscène de Jean (2) ou Olivier (3) (4) Rolin. Dans un entretien publié, un des frères Rolin a présenté Pierre Overney comme un prolo qui suçait la bibine... il faut croire que ce fils de bourges cultivait simplement sa "haine de soi" quand il gesticulait à la GP. Ce type indécent n'a pas eu l'élégante commisération d'un Alain Geismar qui rendait visite tous les ans aux parents Overney.  

 

            La deuxième chose se rapporte à Benny Lévy alias Pierre Victor, le gourou maoïste qui cherchait une Lumière en guidant l'avant-garde de la multitude, et Benny Lévy, le judaïste radical qui la désirait si fort en voulant soumettre les hommes à des pseudo-lois divines. Dans ces deux quêtes de Pureté absolue, Benny Lévy était toujours prêt à laver ses impuretés personnelles avec le sang des autres.

            Nota Bene : René Lévy, son fils, talmudiste professionnel et philosophe enseignant, a pour projet d' « Intervenir dans le champ intellectuel de langue française. Mener la bataille par l'intelligence messianique. Chercher, susciter des vocations médiatiques. » (5)

            A sa façon, René Lévy est déjà mûr pour devenir un bon polpotiste

 

            La troisième chose vise à rappeler Mourir pour des idées, la chanson que l'agitation notamment post soixante-huitarde avait inspiré à Georges Brassens en 1972 :   

(...) Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyr

Le plus souvent d'ailleurs s'attardent ici-bas (...)

Des idées réclamant le fameux sacrifice,

Les sectes de tout poil en offrent des séquelles (...)

Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent,

Au paradis sur terre on y serait déjà.

Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes,

Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez (...)

O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres,

Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas.

Mais de grâce, morbleu ! laissez vivre les autres !

La vie est à peu près leur seul luxe ici-bas ; (...)

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) Lire notre recueil Lumières froides (ACT éditions, en livrel, 4,99 €)

(2) Lire notre billet

            http://www.alexandreanizy.com/article-22407824.html

 

(3) Concernant Olivier, lire notre "verdict populaire" (singeons un peu ces maos azimutés) paru le 31 août 2008 :

            http://www.alexandreanizy.com/article-22385089.html 

Extrait :

Olivier ROLIN, c’est l’ancien chef de la branche militaire de la Gauche Prolétarienne (les maos français). Le titre de son livre « tigre de papier » (en poche) est d’ailleurs une expression de MAO-TSE-TOUNG, le  grand timonier (disaient-ils).

Du point de vue littéraire, ce livre est prétentieux. L’option stylistique retenue est agaçante, et en plus elle n’apporte rien au sujet traité.
Exemples :

« VINCENNES DOREE STATION-SERVICE JOHNNY WALKER KEEP WALKING PERIH FLUIDE ponts lumières jaunes Paris à droite sous un ciel de sombre lilas devant panneaux émeraude METZ NANCY PORTE DE BERCY DISNEYLAND 32 KM les pneus déchirent la soie noire-mordorée robe du soir (…). » (p.13)

« KOREAN AIR rouge bleu PANASONIC bleu SANYO rouge SAMSUNG bleu A1-A104 FLUIDE un pont (…). » (p.198)

C’est chiant, n’est-ce pas ?

Malgré cette plaisanterie de potache, on peut faire l’effort de lire en sautant les paragraphes imbéciles, si on s’intéresse aux péripéties de la Gauche Prolétarienne, les clowns teigneux de Benny LEVY et consorts.

 

(4) Pour se faire une place au soleil médiacratique, Yann Moix n'hésitait pas à flinguer les fonctionnaires normaliens de l'édition, comme Olivier Rolin le 10 mars 2011 :

 

            « C'est très étrange, le cas Olivier Rolin. On ne peut pas dire que ce soit un bon écrivain, on ne peut pas non plus dire qu'il soit nul. Il n'est pas très doué, mais pas non plus sans talent. Ce qu'il raconte n'est jamais passionnant, mais ce n'est pas non plus totalement ennuyeux (mais c'est ennuyeux quand même). Il n'a aucun style, mais parvient malgré tout à faire entendre une minuscule voix. C'est un homme qui fait dans les gris, dans le médiocre : et après tout, ils sont nombreux ces hommes de lettres qui parviennent, pendant quarante ans, à se faire croire à eux-mêmes qu'ils font une œuvre sous prétexte qu'ils écrivent des livres. (...)

[conclusion du papier, ndAA] Est écrivain, selon moi, quiconque n'écrit pas comme Olivier Rolin. » (Figaro, 10 mars 2011)

 

(5) Libération du 6 avril 2009.

 

Bel-Ami Macron Premier des Pingouins

Publié le par Alexandre Anizy

            Lire le monde avec les yeux d'Anatole France et du philosophe Alain.   

 

 

            Le 14 octobre 1908, le désabusé Anatole France publiait L'île des Pingouins chez Calmann-Lévy, et trois ans plus tard dans Les Dieux ont soif, l'écrivain socialiste déniaisé révélait son désenchantement.

            « Comme tous les vrais aristocrates, comme les patriciens de la Rome républicaine, comme les lords de la vieille Angleterre, ces hommes puissants affectaient une grande sévérité de mœurs. (...) Sans autre occupation que de pousser du doigt un bouton de nickel, ces mystiques, amassant des richesses dont ils ne voyaient pas même les signes, acquéraient la vaine possibilité d'assouvir des désirs qu'ils n'éprouveraient jamais. »

(La Pléiade, tome IV, p.234)

 

            Quant à nous aujourd'hui, après avoir subi le Pingouin normal, verrons-nous le Pingouin jupitérien devenir empereur ? 

            « Le vieil esprit théologique est au fond l'esprit politique dans le sens plein du mot ; c'est l'esprit qui s'applique plutôt aux hommes qu'aux choses. (...) Mais le gouvernant, à quelque degré qu'il soit gouvernant, a pour métier de persuader, d'amuser, de détourner, d'effrayer ; car c'est dans la masse des hommes qu'il taille (...). Remarquez que, dans la pratique du commandement, (...) et sous cette idée du fouet j'entends la menace, la promesse et la récompense. (...) Ce n'est donc nullement par hasard que les meneurs d'hommes sont religieux. Inversement, et par la nature même de ses travaux, l'artisan n'est point théologien du tout. Deux idées, l'intrigue et le travail, forment deux classes d'esprits, l'ambitieux et l'industrieux. L'ambitieux espère, prie, promet, menace ; l'industrieux observe, mesure, pèse, invente. Le premier règle ses opinions sur ses désirs, et l'autre sur l'objet. Le premier compte sur sa gloire, sur son autorité, sur sa majesté ; ce sont ses armes et ses outils. L'autre nettoie sa pioche. » Alain (Mars ou la guerre jugée, La Pléiade, p.630-31)

 

            « Ainsi tout l'art de gouverner se réduit à tirer parti des ennemis que l'on se fait par l'imprévoyance, la sottise et la vanité. Une vue sommaire des causes, un contrôle sévère, un mépris tranquille [ la communication non verbale trahit toujours les ambitieux : ah ! le geste dédaigneux du bras de Bel-Ami Macron qui rejette le peuple français lors d'un conférence de presse estivale, à l'étranger qui plus est... ] arrêtent aussitôt cette politique de vieux enfants, comme on l'a vu, comme on le verra. Et sans que les hommes changent beaucoup. Car ce n'est pas difficile. Seulement ce qui est difficile, c'est de croire que ce n'est pas difficile. » Alain (Mars ou la guerre jugée, La Pléiade, p.628)

 

Tout est dit, non ?

 

Alexandre Anizy

Tous avec Bernie Sanders !

Publié le par Alexandre Anizy

            Si un Américain pose des bonnes bases, il ne faut pas désespérer, n'est-ce pas ?  

 

 

Quelles sont ces bases ?

            « La crise majeure que traverse notre nation ne tient pas seulement aux problèmes objectifs auxquels nous sommes confrontés ― une économie truquée, un système financier corrompu, une justice pénale sinistrée, plus l'extraordinaire menace que représente le changement climatique. La crise la plus grave vient des limites imposées à notre imagination. Celle-ci est victime d'un establishment extrêmement puissant ― dans l'économie, en politique et dans les médias ―  qui nous explique tous les jours, d'une foule de façons différentes, qu'un vrai changement est impensable et impossible. Qu'il faut voir petit, et pas grand. Que nous devons nous satisfaire du statu quo. Qu'il n'y a pas d'alternative.

            L'avenir de notre pays, et peut-être celui du monde, exige que nous fassions éclater ces limitations. L'humanité se trouve à un carrefour. Nous pouvons continuer à suivre la voie de l'avidité, du consumérisme, de l'oligarchie, de la pauvreté, de la guerre, du racisme et de la dégradation de l'environnement. Ou bien nous pouvons mener le monde dans une voie différente. » (Notre révolution, édition Les Liens qui libèrent, septembre 2017, p.511)

 

Alors que la sagesse d'un Ancien comme Bernie Sanders invite aux changements d'attitude et de paradigme, fol le freluquet jupitérien qui pipe l'idéal !

           

            Tous les hommes de bonne volonté sont ou seront sandersiens.

 

 

Alexandre Anizy

Abstention : le petit livre rouge de Buéno

Publié le par Alexandre Anizy

            « A l'évidence, la "démocratie représentative" est un oxymore. Et la "démocratie directe" un pléonasme. » Alors "No vote !", écrit Antoine Buéno. Vraiment ?

 

            Dans son petit livre rouge (Autrement, février 2017, 156 pages, 12 €), Antoine Buéno fait oeuvre de pédagogue pour les citoyens qui s'interrogent sur le bien-fondé de leur démarche : l'abstention. Et Michel Onfray a préfacé l'opuscule : 3 pages couchées sur le papier, peut-être au cours d'un Paris - Caen pour répondre à une commande d'un de ses éditeurs ? En tout cas, le philosophe au marteau frappe juste quand il affirme que « ce petit livre est un apéritif au grand changement qui s'impose ».

 

            En effet, l'ancien élève de Sciences-Po et de l'ESSEC disserte bien en 3 parties sur la question :

1. Je m'abstiens parce que c'est mon droit démocratique ;

2. Je m'abstiens parce que voter ne sert à rien ;

3. Je m'abstiens pour protester.

Nous vous invitons à piocher allègrement dans ce manuel pour enflammer les sempiternelles discussions oiseuses sur le sujet. 

            Mais parce qu'il ose dire que voter ne fait pas barrage au Front National, force est de constater que l'auteur iconoclaste se sent obligé de payer son tribut à la propagande conservatrice dominante :

* par un fatalisme mortifère (chanter le TINO ― "there is no object" ― après le "TINA"), lorsqu'il reprend la scie "pas de contrôle des flux migratoires possible. Pas plus de maîtrise du stock. Voilà dévoilé le premier gros mensonge du FN, celui de sa politique anti-immigrationniste" ;

* par un gros mensonge (compte tenu de sa formation, nous ne lui accordons pas le bénéfice de l'ignorance), lorsqu'il pérore sur la sortie de l'euro. 

 

            Malicieusement, Buéno revient régulièrement sur le cas François Goullet de Rugy. Voilà un triste sire (pour ceux qui ne le connaissaient pas, il vient de démontrer l'étendue de son honnêteté politique quand, après avoir promis devant des millions de téléspectateurs lors de la primaire des socialistes qu'il soutiendra le vainqueur de la dite primaire, le félon se jeta dans les bras du bankster Bel-Ami Macron) qui s'abstint sur 62 % des scrutins publics alors qu'il est payé pour voter (il en a fait son métier, le noble lascar...), mais qui proposa une loi visant à rendre le vote obligatoire ! Il est vrai que ce personnage à la mentalité féodale n'avait été élu que par 34 % du corps électoral, ce qui réduisait grandement sa légitimité. (p.104)

 

            Venons-en à la quatrième partie où le bât blesse : "je m'abstiens parce que je m'engage". C'est là que Bueno lider minimo prône carrément la constitution d'une force politique : la plateforme abstentionniste. D'abord on se dit par gentillesse que l'artiste Buéno a supplanté la plume de François Bayrou, puis on voit qu'il y croit vraiment (la 4ème partie, c'est « la plus délicate, mais aussi, nous l'espérons, la plus novatrice du présent essai » (p.110), et finalement on est consterné par ce non-sens.

 

            Puisque l'auteur ne manque pas de citer Tocqueville et Noam Chomsky, appréciés Rue Saint-Guillaume, on s'étonne de ne trouver aucune référence à la pensée anarchiste : peut-on sérieusement réfléchir sur la crise de 1929 sans évoquer Charles Kindleberger, sur la globalisation sans Fernand Braudel, sur la guerre d'Espagne sans Buenaventura Durruti ?  

            Avec le No vote ! de Buéno, c'est chocolat.

 

 

            Le petit livre rouge de Buéno est une brochure utile qui pimentera vos futures discussions sur l'abstention. Mais en concluant sur la complémentarité du système représentatif et de l'action directe citoyenne, on se demande si ce n'est pas la dernière élucubration d'Antoine, sachant que les iconoclastes sont paradoxalement les derniers défenseurs de l'ordre établi.

 

 

Alexandre Anizy

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