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notes politiques

L'esprit fou de Jupiter

Publié le par Alexandre Anizy

            Trois propos aliniens utiles à la compréhension d'un serviteur idéologue.  

 

 

            « L'esprit fou, c'est l'esprit gouvernant qui s'aperçoit que le beurre est trop cher, et qui annonce que tout cela va changer. Les vaches n'en vont pas moins de leur pas tranquille. (...) C'est ainsi que le troupeau des intérêts suit ses mille chemins, sans s'occuper beaucoup de ces lois qui naissent tout armées, non pas du ventre et de la poitrine, mais de la tête, hélas, du grand Jupiter. » Libres propos, avril 1931

Exemple : la suppression populiste de la taxe d'habitation.

 

            « Une réforme efficace ne fait jamais que mettre en règle des usages auxquels l'expérience a conduit. » Libres propos, novembre 1934.

Exemple : la SNCF. Deux siècles d'histoire ferroviaire avaient modelé l'organisation actuelle : en la matière, l'idéologue Thatcher vient d'apporter une nouvelle démonstration de l'inanité de la privatisation.

 

            « De quoi je conclus, après un long détour de réflexion, que chacun est législateur pour sa part, et en toute matière, par la moindre de ses pensées. » Libres propos, juin 1921.

En effet, dans une démocratie, chaque citoyen contribue à l'élaboration dynamique de l'état de droit. Mais se raconter comme Alain l'histoire d'une main invisible qui harmoniserait les intérêts, c'est accepter d'en être les cocu(e)s. 

 

 

 

            L'ère Macron, c'est un coup de force de serviteurs des 200 familles qui siphonnent l'économie domestique.

 

 

Alexandre Anizy

22 mars 68 : naissance d'un anti-démocrate

Publié le par Alexandre Anizy

         La vieillesse du philosophe Alain fut un naufrage, la vie politique de Daniel Cohn-Bendit une imposture.

 

 

 

         Après la votation suisse contre les minarets, la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit a récidivé dans sa hargne « anti-démocratie » lors d’un entretien au Temps le 2 décembre :

         « Je suis pour une démocratie directe « encadrée » par une Constitution qui ne permette pas de voter sur n’importe quoi. »

         Après la « démocratie représentative », Cohn-Bendit nous offre donc un nouveau concept : la « démocratie directe encadrée ». S’il dit par quoi (mais une démocratie n’est-elle pas toujours régie par une Constitution ?), nous ignorons tout du « par qui ? ».

         Mais on peut deviner en lisant la suite du propos :

« La priorité de l’élite politique suisse hostile à ce vote doit être de remobiliser la population en vue d’un nouveau référendum. (…) Capituler devant cette angoisse populaire serait une défaite pour tous les démocrates. (…) La Suisse ne doit pas se laisser ligoter par cette décision populaire jusqu’à la fin des temps. »

         Pour Cohn-Bendit, le schéma est simple : l’élite politique doit faire revoter le peuple quand celui-ci n’a pas répondu dans le bon sens, enfin, celui de l’élite, vous aviez compris … Pourquoi ?

         Peut-être parce que l’élite constitue une sorte d’avant-garde de la démocratie (avant-garde, on a déjà entendu cette bonne blague ailleurs, vous souvenez-vous ?), ou bien parce que ce sont des gens inspirés (puisqu’ils savent ce qui est bien ou mal pour le peuple), alors que les populaires réagissent en fonction de leur angoisse, de leurs instincts primaires, vous voyez le genre …

 

         Avec le « Non » irlandais, nous avions déjà eu une première coulée anti-démocratique de la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit : voir notre note

http://www.alexandreanizy.com/article-20346686.html

         Avec la votation suisse, il récidive en enrichissant son propos : le projet politique anti-démocratique se précise.

 

 

         D’aucuns penseront que nous exagérons ou qu’un parti-pris fausse notre analyse, mais il se trouve que la philosophe Chantal Delsol, qui a selon nous de mauvaises fréquentations politiques (1), le dit aussi :

         « Ce n’est pas le vote suisse qui représente un nouveau missile contre la démocratie, mais les réactions au vote suisse. » ;

         « Autrement dit, il y a une voix extérieure et sommitale qui juge ce qu’un peuple décide, et jauge cela à une aune … Laquelle d’ailleurs ? » ;

         « Nous voyons s’avancer tout doucement la justification d’un nouveau régime : une oligarchie. Elle ne fera pas tomber les démocraties par quelque révolution démodée. Elle agira sournoisement, comme elle a déjà commencé à le faire. » (Figaro 3 décembre 2009).

 

 

         A notre avis, la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit joue bien son rôle au sein du club anti-démocratique. 

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : Chantal Delsol est l’épouse du politicien Charles Millon.

 

Pierre Overney : mort pour un clown

Publié le par Alexandre Anizy

 

            Le 25 février 1972, à 14h30, l'ouvrier Pierre Overney mourait d'une balle en plein cœur à l'usine Renault de Boulogne-Billancourt. Bien entendu, ses chefaillons maoïstes ne l'ont pas accompagné au paradis...

 

 

            Morgan Sportès doit avoir des comptes à régler avec son passé : il le fait avec talent dans son récit documentaire Ils ont tué Pierre Overney (Grasset, 2008, disponible en livrel), c'est ce qui nous importe ici.

            « A l'époque, les maîtres à penser de la Gauche prolétarienne, Alain Geismar, Serge July, André Glucksmann, Pierre Victor, envisagent comme horizon de la révolution l'année 1974. » (p.29/271)

            Pour cela, les maos français ont investi les usines, parce qu'après mai 68 où une vingtaine de barricades déclencha une grève générale qui faillit renverser De Gaulle, ces minots pensaient : « qu'avec un mois de manifs, trois coups de feu, deux douzaines de morts, on foutrait la société par terre, explique un mao et non des moindres : le ci-devant vicomte Charles-Henri de Choiseul-Praslin (...) allié par ailleurs aux Wendel, les maîtres de la sidérurgie(...) » (p.28/271) En 1969, ils ne sont que 4 maos à pointer chez Renault à Boulogne-Billancourt, mais les hostilités commencent en janvier 1970 avec l'initiative de prolos : la bataille du métro (il s'agissait de bloquer tous les soirs le contrôleur de la RATP et ainsi de faire voyager gratuitement les ouvriers qui rentraient chez eux). « Pierre Overney, "qui était de toutes les bagarres", car il aimait la cogne, participera à la "Bataille du métro". » (p.36/271)

            Que faisaient les maos au sein de l'usine ?

            « Trente ans et quelques plus tard, Bouboule s'est posé la question :

― C'était pas tout à fait faux, ce que disait la CGT : je me baladais partout dans l'usine, dans n'importe quel atelier, sans autorisation, avec dans la poche ventrale de mon bleu de travail un énorme paquet de tracts que je distribuais... On me laissait faire, alors que c'était un motif d'expulsion. J'aurais pu être viré quarante fois ! » (p.40/271)

Quand on connaît la rigueur des systèmes d'organisation de la production, on se dit, comme la CGT, que ces maos jouissaient d'une grande indulgence. Ici comme à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm (Paris, 5ème arrondissement).

            La Gauche Prolétarienne est interdite le 27 mai 1970. Ses membres rentrent alors dans une clandestinité... toute relative puisque :

  • « Les flics savaient qu'il y avait des réunions à Ulm, que Victor était là. On comptait dans ces assemblées jusqu'à cent cinquante personnes. Victor présidait comme porte-parole de Sartre. » ;
  • le grand chefaillon Pierre Victor, apatride sans carte de séjour, doit toutes les quinzaines pointer à la préfecture de police ;
  • « (...) Victor a coopté au comité exécutif de l'organisation, où se prennent toutes les décisions importantes, un ancien mineur de fond : Paupaul ! Or ce Paupaul est une taupe. Son agent traitant est le commissaire Jacques Harstrich, des Renseignements Généraux. » (p.61/271)

Dans l'épopée de la GP, tout est à cet avenant grotesque.

 

            Pour Pierre Overney, la fin de la mascarade maoïste tolérée par le pouvoir sera tragique, mais elle aura évité un bain de sang :

« Une "manif militaire" ultra-dure est prévue pour le 25 février au soir, à Paris, boulevard Voltaire, XIe arrondissement. On compte sur les Os de la Régie pour grossir les bataillons... Dans les sous-sols de l'université de Jussieu, véritable caverne d'Ali Baba du terrorisme, on fabrique des centaines de cocktails Molotov.

― C'était une vraie folie, raconte Jacky aujourd'hui. Les cocktails Molotov, c'est une arme de guerre. Les partisans russes utilisaient ça pour cramer les chars d'assaut nazis ! Il était prévu de prendre en tenaille les CRS, lors de la manif, et de les bombarder. Il y aurait eu des morts, c'est sûr, les flics auraient tiré, si...

― Il n'y avait pas que les cocktails Molotov de prévus ! ajoute Philippe Tancelin. Certains comptaient apporter des armes... » (p.133/271)

« La violence était prévue non seulement pour la manif du 25, mais aussi pour la distribution de tracts chez Renault qui devait la précéder, précise Philippe Tancelin. » (p.136/271)

Complétons le scénario : aucune tactique de repli n'est mise au point. En clair : on envoie les mômes aux casse-pipes !

            Ce 25 février 1972, avant l'action, Pierre Overney, qui vit maintenant avec Geneviève et ses deux enfants d'un premier mariage, et qui, selon le commissaire Poiblanc, « considéré jusqu'ici comme instable, bohème, avait commencé à se calmer »,  déjeune à Billancourt avec des camarades.

« ― Ils l'ont chauffé, ils lui ont fait boire de la gnole ! affirmera le cégétiste Roger Sylvain.

― Ils lui ont bourré la gueule pour l'envoyer au casse-pipe, comme les Poilus de 14 avant le Chemin des Dames, renchérit Michel-Antoine Burnier, journaliste à Actuel, revue underground.

― La victime, Pierre Overney, était dans la phase ascendante de l'ébriété, ajoute le docteur Martin qui remplace à la barre le professeur Lebreton. Cette phase est la plus dangereuse. Le sujet peut devenir agressif et perdre le contrôle de ses mouvements ! » (p.138/271)

Peu après 14 heures, les maos ont attaqué, et Pierre Overney s'est effondré, un trou rouge en plein cœur. Le grand chefaillon Pierre Victor, alias Benny Lévy positionné en retrait dans une rue adjacente, tient maintenant son cadavre chaud, son martyr... Mais il n'en fera rien, forcément.

            La suite, Morgan Sportès la raconte bien : Ils ont tué Pierre Overney (Grasset, 2008, disponible en livrel).

 

 

 

            Pour nous aujourd'hui, il s'agit simplement de (re)dire trois choses (1), la première concernant un commentaire obscène de Jean (2) ou Olivier (3) (4) Rolin. Dans un entretien publié, un des frères Rolin a présenté Pierre Overney comme un prolo qui suçait la bibine... il faut croire que ce fils de bourges cultivait simplement sa "haine de soi" quand il gesticulait à la GP. Ce type indécent n'a pas eu l'élégante commisération d'un Alain Geismar qui rendait visite tous les ans aux parents Overney.  

 

            La deuxième chose se rapporte à Benny Lévy alias Pierre Victor, le gourou maoïste qui cherchait une Lumière en guidant l'avant-garde de la multitude, et Benny Lévy, le judaïste radical qui la désirait si fort en voulant soumettre les hommes à des pseudo-lois divines. Dans ces deux quêtes de Pureté absolue, Benny Lévy était toujours prêt à laver ses impuretés personnelles avec le sang des autres.

            Nota Bene : René Lévy, son fils, talmudiste professionnel et philosophe enseignant, a pour projet d' « Intervenir dans le champ intellectuel de langue française. Mener la bataille par l'intelligence messianique. Chercher, susciter des vocations médiatiques. » (5)

            A sa façon, René Lévy est déjà mûr pour devenir un bon polpotiste

 

            La troisième chose vise à rappeler Mourir pour des idées, la chanson que l'agitation notamment post soixante-huitarde avait inspiré à Georges Brassens en 1972 :   

(...) Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyr

Le plus souvent d'ailleurs s'attardent ici-bas (...)

Des idées réclamant le fameux sacrifice,

Les sectes de tout poil en offrent des séquelles (...)

Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent,

Au paradis sur terre on y serait déjà.

Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes,

Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez (...)

O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres,

Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas.

Mais de grâce, morbleu ! laissez vivre les autres !

La vie est à peu près leur seul luxe ici-bas ; (...)

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) Lire notre recueil Lumières froides (ACT éditions, en livrel, 4,99 €)

(2) Lire notre billet

            http://www.alexandreanizy.com/article-22407824.html

 

(3) Concernant Olivier, lire notre "verdict populaire" (singeons un peu ces maos azimutés) paru le 31 août 2008 :

            http://www.alexandreanizy.com/article-22385089.html 

Extrait :

Olivier ROLIN, c’est l’ancien chef de la branche militaire de la Gauche Prolétarienne (les maos français). Le titre de son livre « tigre de papier » (en poche) est d’ailleurs une expression de MAO-TSE-TOUNG, le  grand timonier (disaient-ils).

Du point de vue littéraire, ce livre est prétentieux. L’option stylistique retenue est agaçante, et en plus elle n’apporte rien au sujet traité.
Exemples :

« VINCENNES DOREE STATION-SERVICE JOHNNY WALKER KEEP WALKING PERIH FLUIDE ponts lumières jaunes Paris à droite sous un ciel de sombre lilas devant panneaux émeraude METZ NANCY PORTE DE BERCY DISNEYLAND 32 KM les pneus déchirent la soie noire-mordorée robe du soir (…). » (p.13)

« KOREAN AIR rouge bleu PANASONIC bleu SANYO rouge SAMSUNG bleu A1-A104 FLUIDE un pont (…). » (p.198)

C’est chiant, n’est-ce pas ?

Malgré cette plaisanterie de potache, on peut faire l’effort de lire en sautant les paragraphes imbéciles, si on s’intéresse aux péripéties de la Gauche Prolétarienne, les clowns teigneux de Benny LEVY et consorts.

 

(4) Pour se faire une place au soleil médiacratique, Yann Moix n'hésitait pas à flinguer les fonctionnaires normaliens de l'édition, comme Olivier Rolin le 10 mars 2011 :

 

            « C'est très étrange, le cas Olivier Rolin. On ne peut pas dire que ce soit un bon écrivain, on ne peut pas non plus dire qu'il soit nul. Il n'est pas très doué, mais pas non plus sans talent. Ce qu'il raconte n'est jamais passionnant, mais ce n'est pas non plus totalement ennuyeux (mais c'est ennuyeux quand même). Il n'a aucun style, mais parvient malgré tout à faire entendre une minuscule voix. C'est un homme qui fait dans les gris, dans le médiocre : et après tout, ils sont nombreux ces hommes de lettres qui parviennent, pendant quarante ans, à se faire croire à eux-mêmes qu'ils font une œuvre sous prétexte qu'ils écrivent des livres. (...)

[conclusion du papier, ndAA] Est écrivain, selon moi, quiconque n'écrit pas comme Olivier Rolin. » (Figaro, 10 mars 2011)

 

(5) Libération du 6 avril 2009.

 

Bel-Ami Macron Premier des Pingouins

Publié le par Alexandre Anizy

            Lire le monde avec les yeux d'Anatole France et du philosophe Alain.   

 

 

            Le 14 octobre 1908, le désabusé Anatole France publiait L'île des Pingouins chez Calmann-Lévy, et trois ans plus tard dans Les Dieux ont soif, l'écrivain socialiste déniaisé révélait son désenchantement.

            « Comme tous les vrais aristocrates, comme les patriciens de la Rome républicaine, comme les lords de la vieille Angleterre, ces hommes puissants affectaient une grande sévérité de mœurs. (...) Sans autre occupation que de pousser du doigt un bouton de nickel, ces mystiques, amassant des richesses dont ils ne voyaient pas même les signes, acquéraient la vaine possibilité d'assouvir des désirs qu'ils n'éprouveraient jamais. »

(La Pléiade, tome IV, p.234)

 

            Quant à nous aujourd'hui, après avoir subi le Pingouin normal, verrons-nous le Pingouin jupitérien devenir empereur ? 

            « Le vieil esprit théologique est au fond l'esprit politique dans le sens plein du mot ; c'est l'esprit qui s'applique plutôt aux hommes qu'aux choses. (...) Mais le gouvernant, à quelque degré qu'il soit gouvernant, a pour métier de persuader, d'amuser, de détourner, d'effrayer ; car c'est dans la masse des hommes qu'il taille (...). Remarquez que, dans la pratique du commandement, (...) et sous cette idée du fouet j'entends la menace, la promesse et la récompense. (...) Ce n'est donc nullement par hasard que les meneurs d'hommes sont religieux. Inversement, et par la nature même de ses travaux, l'artisan n'est point théologien du tout. Deux idées, l'intrigue et le travail, forment deux classes d'esprits, l'ambitieux et l'industrieux. L'ambitieux espère, prie, promet, menace ; l'industrieux observe, mesure, pèse, invente. Le premier règle ses opinions sur ses désirs, et l'autre sur l'objet. Le premier compte sur sa gloire, sur son autorité, sur sa majesté ; ce sont ses armes et ses outils. L'autre nettoie sa pioche. » Alain (Mars ou la guerre jugée, La Pléiade, p.630-31)

 

            « Ainsi tout l'art de gouverner se réduit à tirer parti des ennemis que l'on se fait par l'imprévoyance, la sottise et la vanité. Une vue sommaire des causes, un contrôle sévère, un mépris tranquille [ la communication non verbale trahit toujours les ambitieux : ah ! le geste dédaigneux du bras de Bel-Ami Macron qui rejette le peuple français lors d'un conférence de presse estivale, à l'étranger qui plus est... ] arrêtent aussitôt cette politique de vieux enfants, comme on l'a vu, comme on le verra. Et sans que les hommes changent beaucoup. Car ce n'est pas difficile. Seulement ce qui est difficile, c'est de croire que ce n'est pas difficile. » Alain (Mars ou la guerre jugée, La Pléiade, p.628)

 

Tout est dit, non ?

 

Alexandre Anizy

Tous avec Bernie Sanders !

Publié le par Alexandre Anizy

            Si un Américain pose des bonnes bases, il ne faut pas désespérer, n'est-ce pas ?  

 

 

Quelles sont ces bases ?

            « La crise majeure que traverse notre nation ne tient pas seulement aux problèmes objectifs auxquels nous sommes confrontés ― une économie truquée, un système financier corrompu, une justice pénale sinistrée, plus l'extraordinaire menace que représente le changement climatique. La crise la plus grave vient des limites imposées à notre imagination. Celle-ci est victime d'un establishment extrêmement puissant ― dans l'économie, en politique et dans les médias ―  qui nous explique tous les jours, d'une foule de façons différentes, qu'un vrai changement est impensable et impossible. Qu'il faut voir petit, et pas grand. Que nous devons nous satisfaire du statu quo. Qu'il n'y a pas d'alternative.

            L'avenir de notre pays, et peut-être celui du monde, exige que nous fassions éclater ces limitations. L'humanité se trouve à un carrefour. Nous pouvons continuer à suivre la voie de l'avidité, du consumérisme, de l'oligarchie, de la pauvreté, de la guerre, du racisme et de la dégradation de l'environnement. Ou bien nous pouvons mener le monde dans une voie différente. » (Notre révolution, édition Les Liens qui libèrent, septembre 2017, p.511)

 

Alors que la sagesse d'un Ancien comme Bernie Sanders invite aux changements d'attitude et de paradigme, fol le freluquet jupitérien qui pipe l'idéal !

           

            Tous les hommes de bonne volonté sont ou seront sandersiens.

 

 

Alexandre Anizy

Abstention : le petit livre rouge de Buéno

Publié le par Alexandre Anizy

            « A l'évidence, la "démocratie représentative" est un oxymore. Et la "démocratie directe" un pléonasme. » Alors "No vote !", écrit Antoine Buéno. Vraiment ?

 

            Dans son petit livre rouge (Autrement, février 2017, 156 pages, 12 €), Antoine Buéno fait oeuvre de pédagogue pour les citoyens qui s'interrogent sur le bien-fondé de leur démarche : l'abstention. Et Michel Onfray a préfacé l'opuscule : 3 pages couchées sur le papier, peut-être au cours d'un Paris - Caen pour répondre à une commande d'un de ses éditeurs ? En tout cas, le philosophe au marteau frappe juste quand il affirme que « ce petit livre est un apéritif au grand changement qui s'impose ».

 

            En effet, l'ancien élève de Sciences-Po et de l'ESSEC disserte bien en 3 parties sur la question :

1. Je m'abstiens parce que c'est mon droit démocratique ;

2. Je m'abstiens parce que voter ne sert à rien ;

3. Je m'abstiens pour protester.

Nous vous invitons à piocher allègrement dans ce manuel pour enflammer les sempiternelles discussions oiseuses sur le sujet. 

            Mais parce qu'il ose dire que voter ne fait pas barrage au Front National, force est de constater que l'auteur iconoclaste se sent obligé de payer son tribut à la propagande conservatrice dominante :

* par un fatalisme mortifère (chanter le TINO ― "there is no object" ― après le "TINA"), lorsqu'il reprend la scie "pas de contrôle des flux migratoires possible. Pas plus de maîtrise du stock. Voilà dévoilé le premier gros mensonge du FN, celui de sa politique anti-immigrationniste" ;

* par un gros mensonge (compte tenu de sa formation, nous ne lui accordons pas le bénéfice de l'ignorance), lorsqu'il pérore sur la sortie de l'euro. 

 

            Malicieusement, Buéno revient régulièrement sur le cas François Goullet de Rugy. Voilà un triste sire (pour ceux qui ne le connaissaient pas, il vient de démontrer l'étendue de son honnêteté politique quand, après avoir promis devant des millions de téléspectateurs lors de la primaire des socialistes qu'il soutiendra le vainqueur de la dite primaire, le félon se jeta dans les bras du bankster Bel-Ami Macron) qui s'abstint sur 62 % des scrutins publics alors qu'il est payé pour voter (il en a fait son métier, le noble lascar...), mais qui proposa une loi visant à rendre le vote obligatoire ! Il est vrai que ce personnage à la mentalité féodale n'avait été élu que par 34 % du corps électoral, ce qui réduisait grandement sa légitimité. (p.104)

 

            Venons-en à la quatrième partie où le bât blesse : "je m'abstiens parce que je m'engage". C'est là que Bueno lider minimo prône carrément la constitution d'une force politique : la plateforme abstentionniste. D'abord on se dit par gentillesse que l'artiste Buéno a supplanté la plume de François Bayrou, puis on voit qu'il y croit vraiment (la 4ème partie, c'est « la plus délicate, mais aussi, nous l'espérons, la plus novatrice du présent essai » (p.110), et finalement on est consterné par ce non-sens.

 

            Puisque l'auteur ne manque pas de citer Tocqueville et Noam Chomsky, appréciés Rue Saint-Guillaume, on s'étonne de ne trouver aucune référence à la pensée anarchiste : peut-on sérieusement réfléchir sur la crise de 1929 sans évoquer Charles Kindleberger, sur la globalisation sans Fernand Braudel, sur la guerre d'Espagne sans Buenaventura Durruti ?  

            Avec le No vote ! de Buéno, c'est chocolat.

 

 

            Le petit livre rouge de Buéno est une brochure utile qui pimentera vos futures discussions sur l'abstention. Mais en concluant sur la complémentarité du système représentatif et de l'action directe citoyenne, on se demande si ce n'est pas la dernière élucubration d'Antoine, sachant que les iconoclastes sont paradoxalement les derniers défenseurs de l'ordre établi.

 

 

Alexandre Anizy

Le diktat légitimé de Bel-Ami Macron XIV

Publié le par Alexandre Anizy

            Benjamin Griveaux l'a dit ce matin : les ordonnances antisociales de Macron XIV vont être légitimées par les bulletins de vote sur son nom.

 

 

            Benjamin Griveaux, le porte-parole du candidat, l'a confirmé ce matin : Bel-Ami Macron XIV fera passer par ordonnances les mesures antisociales de son programme, parce qu'elles seront légitimées par les votes "d'adhésion" en sa faveur.

            C'est pourquoi des électeurs insoumis, un tiers (2,5 millions environ) si on accepte l'ordre de grandeur fourni par les sondages, vont découvrir une nouvelle fois comment leur vote "anti-FN" devient la validation d'un programme politique de régression sociale, puis comment leur vote légitime la répression sociale et policière.

 

 

            Si On a raison de se révolter comme l'écrivait Sartre, il conviendrait préalablement de ne pas avoir armé le bras républicain qui vous frappera.         

 

 

 

 

Alexandre Anizy

En conscience : barrage à Macron XIV

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans un monde tumultueux, il faut cette fois-ci camper sur ses positions politiques.

 

 

            Parce qu'ils ne sont ni atlantistes, ni européistes, ni libéraux, les Transformateurs doivent rejeter le conservateur Bel-Ami Macron.

            S'il est élu, cet individu cynique, amoral ― les journalistes du quotidien Le Monde (n'est-ce pas Adrien de Tricornot ?) le savent mais ne l'écrivent pas pour ne pas se heurter à la volonté de leurs patrons propriétaires ―,

http://www.alexandreanizy.com/2016/04/bel-ami-macron-en-marche-dans-la-cour-des-miracles.html

gouvernera brutalement sans scrupule et sans hésitation au profit de ceux qui l'ont aidé : le bankster remboursera rubis sur le pavé si nécessaire. 

            Il le fera aussi, comme à la Rotonde, parce que tel sera son bon plaisir.

 

            L'Etat, ce sera Macron XIV, la nuisance absolue, le monstre maléfique à la trogne ensorceleuse qui échappera à ses créateurs.

 

            Pour empêcher l'asservissement de la France, les Transformateurs peuvent user de deux armes d'efficacité inégale,

l'abstention, ou le vote tactique

à la personne qui défend modestement l'idée d'un Etat social dans une économie-monde apaisée.

 

 

            Contre le conservateur Bel-Ami Macron XIV, la bourgeoisie de labeur et les gens de peu disposent de deux choix estimables.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

De la citoyenneté avec Yves Michaud

Publié le par Alexandre Anizy

            En janvier 2017, le philosophe Yves Michaud développe sa réflexion sur la citoyenneté dans un petit essai faussement audacieux : " Citoyenneté et loyauté " (Kero, 113 pages, 11,90 €). A méditer cependant de toute urgence pour réinitialiser la res publica.

 

            Dans son essai précédent titré " Contre la bienveillance ", dont nous avons déjà parlé ici,

http://www.alexandreanizy.com/2016/10/qu-est-ce-que-le-populisme.html

Yves Michaud amorçait son exposé sur la citoyenneté pour l'achever aujourd'hui dans un nouvel opus, dont les 2 premiers chapitres dressent un réquisitoire contre l'incivisme :

« L'affaiblissement du civisme est déjà moins mou quand il se manifeste sous forme de recours à des cabinets d'optimisation fiscale, à l'expatriation fiscale vers des pays plus accommodants, quand de hauts fonctionnaires font des allers-retours fructueux entre leur corps d'origine dans la fonction publique, le secteur privé et des positions électives ou des charges politiques importantes - pour ne rien dire des fraudes organisées avec l'aide des banques internationales. »

Pour finir par ce constat :

« Depuis plus d'une décennie les gouvernements, de droite comme de gauche, se sont employés à acheter la " paix sociale " à coups de mesures catégorielles en transformant l'Etat-providence en supermarché pour consommateurs de droits. »

Les 2 derniers chapitres esquissent un " projet civique sur la base de la loyauté et du serment ".

 

            Le problème apparent tient à la difficulté de dissocier citoyenneté et nationalité. Pourtant chacun convient qu'être « de telle ou telle nationalité implique beaucoup de choses mais certainement pas le tout de notre identité », dont la citoyenneté est la part politique qui devrait avoir la caractéristique d'être voulue et choisie.

            Avant la Révolution, on appartenait à un ordre de par sa filiation, son activité, sa corporation : impôt, taxes, service militaire, mobilité et résidence dépendaient de son appartenance à tel ou tel ordre. « A partir des [ Révolutions américaine et française], être de quelque part, c'est adhérer du même coup à un régime politique qui fait de vous un citoyen passif protégé par les lois et égal aux autres en même temps qu'un citoyen actif participant selon ses capacités au gouvernement politique de la communauté. » Cette confusion entre nationalité et citoyenneté est dommageable puisque toutes les nations ne sont pas des républiques. « La nationalité est une chose, la citoyenneté en est une autre. »

            Dans les républiques développées, l'Etat-providence a progressé : la citoyenneté est politique, civique, sociale. La part sociale représente un « paquet de bénéfices sans contrepartie coûteuse ».

 

            Yves Michaud propose donc de reconstruire la citoyenneté : revenir « aux idéaux d'engagement citoyen de la République, créer les conditions d'une loyauté, d'une citoyenneté voulue, engagée et non pas passive et consommatrice de droits et bénéfices ».

            Il pose le principe d'une appartenance conditionnelle à la République de tous les enfants nés en France, les conditions étant dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Durant leur scolarité (jusqu'à 16 ans), les enfants suivent un enseignement obligatoire, simple, gratuit des dites conditions, autrement dit une formation à la citoyenneté.

            A l'école, jusqu'à 16 ans, les enfants porteront un uniforme simple visant à neutraliser les différences (de classe, d'origine et de religion). Au terme de cette formation de citoyen, un service civique de 3 mois sera instauré, permettant notamment de vérifier que les connaissances civiques et scolaires indispensables sont acquises.

            A la fin de ce service civique, les enfants prêteront " allégeance et loyauté à la république " : ils pourront dès lors voter, et seront par conséquent majeurs.

N.B. : c'est à ce stade que pourrait commencer le revenu de base du citoyen (RBC) dont nous avons parlé ici 

http://www.alexandreanizy.com/article-pour-un-revenu-de-base-du-citoyen-rbc-121943400.html

            Puisqu'il y a serment, le fait de le violer expose le mauvais citoyen à des sanctions qui doivent être graduelles : « Et comme la nationalité est, au bout du compte, inséparable de la citoyenneté, on peut prévoir de déchoir de leur nationalité les citoyens déloyaux pour les manquements les plus graves. »

            La contradiction n'étouffe pas le philosophe : après avoir écrit en introduction que « l'idée de faire reposer la citoyenneté sur les principes de la nationalité au nom d'un droit du sol ou d'un droit du sang est une illusion supposant et engendrant une autre illusion, celle d'une identité nationale substantielle ou naturelle (la France gauloise, la France chrétienne, la France révolutionnaire, la France de l'art de vivre, etc.) », Yves Michaud affirme que nationalité et citoyenneté sont inséparables, plongeant alors son discours dans un marigot juridique trop succinct pour être convaincant.

            Par manque de rigueur, au bout de l'essai le compte n'y est pas, puisqu'il n'a pas dissocié nationalité et citoyenneté.

 

            Où mène alors cette fausse ratiocination ? A la débandade.

            Quels seraient les crimes civiques majeurs ? La fraude fiscale massive et organisée, les actes de barbarie commis en accompagnement de crimes. « Je laisse de côté la suggestion que j'ai faite ailleurs d'étendre la sanction par la déchéance de la nationalité à l'expatriation fiscale. », parce que c'est plus compliqué que ça... qu'il n'y a qu'à poursuivre les fraudeurs devant les tribunaux... vous connaissez la chanson ! Prenons un exemple : le milliardaire Bernard Arnault, qui a sciemment organisé l'expatriation fiscale de LVMH en Belgique et a créé PROTECTINVEST pour échapper aux droits de succession en France (lire Le Monde et L'Humanité du 19 septembre 2012), ne serait donc pas déchu de ses citoyenneté et nationalité, alors qu'il va s'exonérer du paiement d'un impôt - première obligation du citoyen. Très conciliant le Michaud nouveau !

 

            Dans son essai Citoyenneté et loyauté, Yves Michaud pose correctement le problème, donne l'orientation d'un travail qui aurait pu être fructueux s'il avait ouvert le chantier de la dissociation entre citoyenneté et nationalité. Alors beaucoup reste à faire. En l'état, on pressent qu'avec l'auteur les sanctions de la nouvelle citoyenneté vaudraient plus pour les gens de peu et les migrants que les exemptés cités en exemple : beaucoup de bruit pour que rien ne change.

 

Alexandre Anizy

 

Qu'est-ce que le populisme ?

Publié le par Alexandre Anizy

            L'utilisation paroxystique du mot populisme dans les champs politique et médiatique mérite que nous nous interrogions sur ce point asymptote.

 

 

            Le populisme est un mot que beaucoup de monde emploie sans en avoir une idée claire. C'est pourquoi le philosophe Yves Michaud s'est attelé à cette tâche difficile dans son livre Contre la bienveillance (Stock, avril 2016, 180 pages, 18 €). Fait troublant : il commence non pas par définir le concept mais par dire comment il se présente :

            « Le populisme s'exprime aujourd'hui de deux manières : des votes en progrès constant en faveur de partis nouveaux venus qui appellent à en finir avec la caste des partis installés et, dans le même temps, une forte abstention de la part des citoyens qui se désintéressent de la politique et "n'y croient plus". » (p.61)

En France, les votes populistes se portent aussi bien sur le Front National que sur le Front de Gauche, en Espagne sur Podemos et Ciudadanos (2 nouveaux partis "contre la caste"), en Italie sur la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles, en Grèce sur Syriza et des micro-partis. Tous ces politiciens misent sur la déception des électeurs à l'encontre des partis de gouvernement (comme ils s'autoproclament) qui ne tiennent pas leurs promesses, et vilipendent leurs confrères établis pour leur corruption supposée ou réelle. Nous sommes dans une situation de dépolitisation puisque, si vous ajoutez l'abstention (souvent de l'ordre de 40 %) au résultat des partis qualifiés de populistes, vous obtenez une large majorité. "Symptôme majeur" de la dépolitisation selon Michaud : les électeurs populistes ont voté pour des programmes qui n'en sont pas (« des programmes d'opposition et de dénonciation, pas des programmes d'exercices du pouvoir »). Malheureusement, comme les autres, le philosophe se contente d'affirmer sans rien démontrer, notamment quand il écrit :

            « En France Front National et Front de Gauche s'opposent à l'Europe, à l'euro, à la supranationalité, aux riches, mais le Front National serait bien en mal d'imposer la préférence nationale, le protectionnisme et la sortie de l'euro. » (p.63) 

Que Juan Carlos Monedero, le numéro 3 de Podemos, qualifie son parti de léninisme aimable nous en dit plus sur la méthode que sur le fond. Au lieu d'ironiser, mieux vaudrait disputer du propos pour disqualifier l'autoritarisme latent dans cette organisation.

            Ajoutons ici qu'il est surprenant d'écrire que « la politique n'a jamais été une chose rationnelle », tout en constatant, sous peine de précipice, qu'on « ne peut en effet faire vivre une démocratie en laissant plus de la moitié des citoyens à un vote protestataire impossible à traduire en politique pratique, ou à l'abstention, en laissant la moitié des citoyens sans représentation et sans prise en compte de leurs revendications (...) » (p.65)

 

            N'ayant toujours pas défini le populisme, Yves Michaud passe à l'explication de son succès, à savoir « une série de fractures qui créent en politique une tectonique des plaques inédite » :

  • la première fracture est entre les jeunes et les vieux ;
  • la seconde entre la population de souche et la population d'origine immigrée : « Ces nouveaux venus vivent le plus souvent dans des ghettos, dans les centres-villes désertés, des centres d'accueil et des campements de fortune pour les plus précaires. Ils sont peu intégrés pour des raisons linguistiques et scolaires. (...) Victimes de ségrégation raciste, ils la renforcent par leur enfermement communautaire, de plus en plus souvent religieux, et une obsession du "respect". » (p.69) (1) ;
  • la troisième fracture est entre les riches et les pauvres : « [elle] se manifeste par le confinement dans les cités, l'abêtissement face aux chaînes de télévision nationales et internationales... (...) Au XIXe et au début du XXe siècle, ces "gens-là" auraient fait partie des classes dangereuses et des "citoyens passifs", exclus du suffrage universel pour manque d'autonomie, d'éducation, et vulnérabilité à la démagogie. » (p.71) (2) ;
  • la quatrième fracture est éducative : « La transmission éducative fonctionne mal, et même pas du tout pour certains... Ils maîtrisent très mal la langue, non seulement écrite mais aussi parlée, avec des vocabulaires réduits, pour ne rien dire des autres apprentissages. » (p.72) ;
  • la cinquième fracture concerne l'insécurité (ceux qui la vivent dans les cités, les zones à risques, et ceux qui sont à l'abri - les beaux quartiers, les résidentiels et la France rurale profonde, pas la France périphérique de Christophe Guilluy) : nous observons ici que l'analyse de Michaud est soit incomplète soit incohérente puisque, lorsqu'il affirme que « Le populisme fait de l'insécurité un de ses chevaux de bataille » (p.74), il ne relève pas que les partis de gouvernement le font aussi... Alors tous populistes en somme ? ;
  • la sixième fracture est entre les personnes à statut protégé et celles exposées à la précarité.

« Les populismes prospèrent sur tout ça, piquant ici ou là les revendications catégorielles les plus partagées ou au plus fort impact, leur donnant des atours démagogiques, les rassemblant enfin en une histoire de vaste complot des élites, du système, de la caste... » (p.78)   

           

            Avec Yves Michaud, vous ne connaîtrez pas le populisme (qui parfois devient pluriel), mais vous aurez une analyse de son terreau et une recommandation salvatrice : « En fait, exactement comme le défi qu'introduit le terrorisme fondamentaliste, le succès du populisme commande qu'on envisage autrement la démocratie. » (p.83)

 

  

 

 

            Enfin est arrivé ce mois-ci sur les étalages des librairies l'essai Qu'est-ce que le populisme ? de Jan-Werner Müller (éditions Premier Parallèle, septembre 2016, 183 pages, 18 €). Ça démarre mal puisque dans l'introduction : on parle d'ochlocratie (domination de la foule), on rappelle que le "reproche de populisme serait lui-même un populisme" (selon Ralf Dahrendorf), on affirme qu' « en effet, qui traite du populisme traite forcément de la démocratie et du libéralisme »... et le lecteur en quête d'une définition commence déjà à redouter un énième bavardage de politistes publiant pour leurs cotes universitaires. Heureusement, la thèse est exposée dès le début :

            « Ma thèse (...). Pour le dire autrement, une "attitude anti-establishment" ne suffit pas à définir correctement le populisme. A l'anti-élitisme doit encore s'ajouter un anti-pluralisme. La revendication fondamentale de tous les populistes consiste à affirmer constamment ceci, à peu de choses près : « Nous - et seulement nous - représentons le peuple véritable. » Je l'ai déjà souligné, nous avons là une déclaration de type moral et non pas empirique. » (p.31)

Force est de constater que nous avons là un procès d'intention et non pas une démonstration. Pointons directement la pierre d'achoppement, à savoir l'anti-pluralisme :

            « (...) les populistes considèrent que des élites immorales, corrompues et parasitaires viennent constamment s'opposer à un peuple envisagé comme homogène et moralement pur - ces élites n'ayant rien en commun dans cette vision, avec ce peuple. » (p.52)

Marine Le Pen, que l'on case dans les populistes, ne conteste pas à notre connaissance l'hétérogénéité du peuple français, autrement dit son pluralisme : alors ? Müller donne d'ailleurs lui-même la corde pour étrangler son propos : « Cependant lorsque nous nous penchons sur le cas des Pays-Bas, nous constatons que les populistes de gauche s'y montrent plutôt disposés à prêter attention aux opinions différentes des leurs (...) » (note en bas de page 55). Et lorsque Müller parle de Jobbik (parti d'extrême-droite hongrois), il leur attribue une logique qui veut que, puisqu'ils dénoncent la "criminalité politicienne" et la "criminalité gitane", « non-nationaux et post-nationaux conspirent contre la vraie nation » (p.53). On voit que l'auteur ne craint pas les sauts à l'élastique, lorsqu'il parle du pluralisme ou lorsqu'il passe de la criminalité à l'identité...

            En fait, toute la thèse de Jan-Werner Müller repose sur l'équivalence entre anti-pluraliste et antidémocrate, par le truchement d'une formulation de Jürgen Habermas : point de démocratie sans pluralisme puisque le peuple "ne se manifeste qu'au pluriel" (citée p.23). D'un sophisme, Müller tire une conclusion : les populistes menacent la démocratie.

            Avec les beaux esprits de la presse néoconservatrice française, on en arrive ainsi à dire que la Hongrie sous le joug du populiste Orban est une démocrature. Or, comme ce pays vit en démocratie formelle, c'est dire à cette aune-là que toutes les démocraties représentatives sont des démocratures, ce qui est absurde. Mais les conditionneurs d'opinion ne font jamais dans la dentelle : ils martèlent sans relâche leurs slogans ineptes.

            Si Jan-Werner Müller n'est pas parvenu à définir le populisme, il vient de donner aux médiacrates le nouveau vernis pédant du mot « imprécis, multifacettes et impressionniste » (expression de Hans-Jürgen Puhle citée page 30).

 

 

 

 

            Pour une réflexion aboutie sur le mot populisme et ce qu'il représente, il faut lire Le "populisme du FN" un dangereux contresens d'Annie Collovald (éditions du croquant, septembre 2004, 253 pages, 12 €).

            « En ce sens, le terme de populisme, du moins tel qu'il est employé par ceux qui en font usage à propos du FN n'est pas innocent. Il rend licite le retour d'une vision réactionnaire des plus démunis et de ceux qui s'en font les porte-parole mais déniée par son habillage de vertu démocratique et de science empirique. » (p.18)

            La vision réactionnaire des plus démunis, elle s'exprime librement dans la presse de l'élisphère en mai 2002 lorsqu'elle parle de "virus populiste" (l'électeur FN est un homme malade...), de "croisés de la société fermée" (... un mystique du repli sur soi, premier symptôme autistique), de "largués, paumés, incultes", d' "archaïques et rétrogrades". Ainsi derrière la catégorie d'analyse se grime l'injure politique.

            Le populisme, en tant que catégorie d'analyse, repose sur la certitude d'une corrélation entre fractions populaires et FN. Or à un âge d'or du parti communiste (vers 1970), des études électorales ont pointé un fort contingent d'ouvriers votant à droite (autour de 40 %). Ces travaux montrent que « la classe ouvrière, en tant que groupe socialement homogène, soudé par les mêmes valeurs et cohérent dans sa vision du monde et de l'avenir aussi bien que sa fidélisation à la gauche sont des mythes politiques qui ont réussi. » (p.11) En fait, le populisme, tel qu'il apparaît chez les savants et les commentateurs politiques qui en font usage, se fondent sur une erreur scientifique. Mais cette erreur est d'une redoutable efficacité politique, puisque le populisme autorise la dévaluation des votes populaires : c'est le cas du référendum de 2005. Dix ans plus tard, quasiment les mêmes intellectuels en sont venus à marteler les masses à coups d'articles exposant le remède aux excès de démocratie : la post-démocratie a un arrière-goût de république censitaire.

 

 

            Avant de conclure, il faut évidemment revenir à Pierre-André Taguieff, celui qui a importé le mot des Etats-Unis, pour avoir une définition de référence (3) :

            « Le populisme ne s'incarne ni dans un type défini de régime (une démocratie ou une dictature peuvent présenter une dimension ou une orientation populiste, avoir un style populiste), ni dans des contenus idéologiques déterminés (le "populisme" ne saurait être une grande idéologie parmi d'autres). Nous l'aborderons comme un style politique (...) »

Alors qu'est-ce ?

            « Le "populisme" ne peut conceptualiser qu'un type de mobilisation sociale et politique et, partant, le terme ne peut désigner qu'une dimension de l'action ou du discours politiques. »

Reprenant l'idée de Margaret Canovan, P-A.Taguieff dit que c'est « un style rhétorique qui dépend étroitement des appels au peuple (...) appel au peuple structuré de façon polémique (...) fondé sur l'antagonisme du peuple et du pouvoir ». Ce n'est plus une définition mais un fourre-tout, puisque De Gaulle, Hitler, Mussolini, Peron, le sénateur McCarthy, Khadafi, Castro, etc. sont des populistes... Est-ce que ce monsieur est sérieux, puisqu'on peut grâce à lui paraphraser Léo Ferré en affirmant que "Ton populisme, c'est ton style" ?  

 

 

 

 

 

            Le populisme est un concept vide (4) : si tous les discours démagogiques sont qualifiés de populistes, leur amalgame n'en fait pas une doctrine. Utilisé sans modération par les médiacrates, le mot sert d'anathème : muette devant la réalité du monde ignoble qu'elle a bâti, l'élisphère via ses conditionneurs d'opinion agit comme un croyant : la répétition de l'holocauste est donc possible, comme le soutient Timothy Snyder.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) L'apparition de partis communautaires religieux est à prévoir, précise Yves Michaud.

(2) Aujourd'hui dans la prose des médiacrates qui ont pour mission d'exprimer une opinion pour qu'elle forge une tendance publique, surgissent ces arguments, notamment pour rejeter le principe du référendum.

(3) En 1997, son article paru dans un numéro de Vingtième Siècle consacré aux populismes.

(4) Annie Collovald le dit ainsi : « Le "populisme" est une pure abstraction pour intellectuels politiques affectionnant les "universaux" dépouillés de tout référent concret. » (p.47)

 

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