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notes politiques

De la centralité du contrat social

Publié le par Alexandre Anizy

Pour mieux occulter leur adhésion à la globalisation néolibérale, les questions de l'identité et de la laïcité seront en tête de gondole de tous les néoconservateurs en lice pour la Présidentielle 2017, alors qu'il s'agit tout bonnement du contrat social.

Comme le "prix Nobel d'économie" Joseph Stiglitz découvre tardivement les avantages de l'encadrement du crédit :

« Voici un mécanisme qu'un pays quittant la zone euro, ses restrictions et ses cadres juridiques pourrait utiliser. D'abord la banque centrale (l'Etat) met aux enchères [les "nouveaux keynésiens" adorent le marché et donc les enchères... ] les droits d'émission des nouveaux crédits. Les montants de ce crédit s'ajoutent à "la monnaie" qui se trouve au sein du système financier. L'envergure du crédit net que ce système autorise à ajouter chaque mois sera déterminée par la banque centrale du pays, sur la base de son évaluation de la situation macroéconomique - autrement dit, si l'économie est plutôt faible, elle fournira davantage de crédit pour la stimuler. » Extrait de son livre L'euro : comment la monnaie unique menace l'avenir de l'Europe (éditions Les Liens qui Libèrent, septembre 2016, 25 €), cité par Marianne du 9 septembre 2016 ;

Bienfaits de l'informatisation en plus, l'américain Stiglitz revisite l'encadrement du crédit comme l'apprenaient les étudiants dans le manuel remarquable du professeur Raymond Barre...

« [L'encadrement du crédit] est la forme la plus rigoureuse d'action globale sur le crédit : les autorités monétaires fixent le maximum des concours qui peuvent être accordés par les banques, ou déterminent le taux de progression des encours de crédit pendant une période déterminée. » Raymond Barre, Economie politique, tome 2, chapitre "la politique monétaire" pages 386 à 409 (PUF, 9ème édition, 3ème trimestre 1980) ;

En bref, le retardataire Stiglitz préconise en 2016 (mais mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas ?) ce que nous demandions déjà en 2011 :

http://www.alexandreanizy.com/article-la-creation-de-monnaie-doit-redevenir-une-fonction-regalienne-95827279.html

après avoir contribué à la victoire hégémonique du néolibéralisme dont le Nouveau Keynésianisme n'est qu'une variante, le philosophe empiriste Yves Michaud reformule quant à lui Jean-Jacques Rousseau, avec modération dit-il, dans son livre Contre la bienveillance (Stock, avril 2016, 180 pages, 18 €), parce que :

« Si nous voulons que le mot citoyen garde le sens qu'il a pris depuis les théories du contrat social, il nous faut en finir avec la bienveillance, la compassion et le moralisme, et revenir aux conditions strictes de l'appartenance à une communauté républicaine, revenir aux conditions strictes du contrat politique. » (p.16)

Les événements terroristes qui ont ensanglanté la France montrent « que la communauté politique peut être détruite au nom du fondamentalisme religieux par des membres de cette communauté politique même » (p.19) : le meurtre est un mode d'action assumé. Comme autrefois dans la secte des Assassins (1), les nouveaux fanatiques peuvent recruter sur leurs territoires dans une population conditionnée, policièrement dominée. Mais en France, si on se réfère à l'étude de l'Institut Montaigne (2), ce sont 28 % des musulmans qui « adhèrent à des croyances religieuses directement opposées aux principes démocratiques, à commencer par leur adhésion à la charia, loi religieuse de compétence universelle et non territoriale qui s'opposent de manière catégorique au droit positif des sociétés démocratiques » (p.24), et qui forment un vivier significatif pour les prédateurs.

Révélant la déliquescence de l'intégrité républicaine, l'expression faire société fait florès : « cette expression informe et insaisissable qui dit si bien l'absence d'engagement » (p.27). Or, dans une aédie (3) démocratique, c'est à dire un espace historiquement, économiquement et politiquement défini, on ne devrait pas devenir citoyen par le simple fait d'avoir un certain âge : un acte d'adhésion aux principes démocratiques devraient être nécessaire, marquant ainsi le contrat social.

« Comment peut-on trouver normal de persécuter les adeptes de l'église de Scientologie et de tenir sous surveillance les sectes d'allumés (...) et, dans le même temps, tolérer les anathèmes contre les mécréants, les appels au meurtre, la diffusion de la propagande salafiste (...) » (p.32)

Si on s'accorde volontiers avec Yves Michaud pour dire que « quasiment toutes les religions sont obscurantistes, intolérantes et antidémocratiques » (p.30), on admet aussi que :

« C'est en effet un des concepts-clés de notre conception de la vie politique qui est remis en cause par le fondamentalisme islamique : celui du contrat social. » (p.36)

« Les théories du contrat social ne sont pas toutes des théories de la démocratie, mais elles ont un point commun essentiel : elles définissent toutes la souveraineté comme émanant du peuple se constituant en Commenwealth ou Res publica ― quelle que soit la manière dont cette souveraineté est ensuite déléguée et est exercée par un agent souverain effectif. » (p.40) Les atteintes à la souveraineté par les revendications religieuses disent formellement, à des degrés divers, le refus d'adhérer avec une volonté d'autonomie absolue, mais pas de sécession parce qu'il est appréciable de prendre tous les avantages de la Res publica.

Ne pas remédier à cette situation, c'est laisser proliférer les ferments de la discorde : à terme, c'est la guerre de tous contre tous.

« La seule réponse viable est donc de revenir, comme les pensées contractualistes, à un concept fort et rationaliste, à un concept robuste de la souveraineté, et à une conception forte et rationaliste des conditions d'appartenance à la communauté, notamment pour tout ce qui concerne les ferments religieux de dissolution. » (p.50)

Les Transformateurs doivent aussi remettre en chantier le contrat social, pour que le citoyen soit un agent engagé et non pas un bénéficiaire passif de droits. C'est l'expression réelle de la volonté consciente de l'individu qui fait le citoyen, et non pas la nationalité.

N.B. : le concept de nation n'a pas de consistance, puisque le sentiment d'appartenance ne peut être mesuré scientifiquement ; ce concept n'est pas non plus pertinent parce qu'il échappe à toute définition sociale. Sur ce sujet, on peut lire le livret de Gérard Noiriel : Qu'est-ce qu'une nation ? (Bayard, 2015, 105 pages, 14 €).

C'est la centralité du contrat social qui exprime en permanence la volonté générale, condition de la souveraineté.

Alexandre Anizy

(1) Lire le roman de Vladimir Bartol : Alamut (Phébus, 2012, 13,80 €).

(2) Etude publiée dans le Journal Du Dimanche du 18 septembre 2016. Quelques chiffres : les musulmans représentent 5,6 % de la population de la métropole (mais 10 % des moins de 25 ans) ; 75 % des musulmans sont Français (dont 50 % de naissance), 30 % ne vont jamais à la mosquée, et 28 % ont « un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République » (compte tenu de la méthode employée pour l'enquête, la marge d'erreur pour un sous-ensemble est de l'ordre de 8 points).

(3) Nous préciserons notre concept d'aédie dans un prochain ouvrage.

Démondialisation ou déglobalisation ?

Publié le par Alexandre Anizy

Jacques Nikonoff est candidat à la présidentielle 2017 au titre d'un Rassemblement pour la Démondialisation. Son discours est inintelligible.

Depuis avril 2016, il existe un Parti de la Démondialisation, dont Jacques Nikonoff est le président. A ce titre, il veut faire campagne pour la présidentielle 2017, comme il l'explique dans une tribune médiatique (1), parce que notre pays est atteint d'une maladie chronique et dégénérative :

« (...) une explication majeure apparaît pourtant en pleine lumière : la mondialisation. Pas n'importe quelle mondialisation, mais la mondialisation néolibérale. »

L'analyse par Nikonoff du projet néolibéral, qui repose sur 3 piliers (libéralisation financière, libre-échange, traités internationaux et institutions multilatérales), est correcte, sauf que les néolibéraux visent la globalisation du monde et non pas la mondialisation, parce qu'en soi les particularités locales ne les gênent pas tant qu'elles ne s'opposent pas à leurs règles cardinales. En fait, axer un projet politique sur le concept de démondialisation est une double erreur.

La première erreur, c'est d'apparaître comme des opposants au comportement naturel de l'humanité : l'histoire de l'Homme et de ses déplacements montrent qu'il a pris la planète entière pour son terrain de vie. Sous cet angle anthropologique, vouloir démondialiser, c'est d'abord heurter le bon sens des citoyens, et ensuite suggérer la délimitation d'espaces qui finiront par rivaliser. Sous l'angle économique, l'historien Fernand Braudel a montré la pertinence du concept d'économie-monde :

« En résumé, si on la compare aux économies du reste du monde, l'économie européenne semble avoir dû son développement plus avancé à la supériorité de ses instruments et de ses institutions : les Bourses et les diverses formes de crédit. Mais, sans exception aucune, tous les mécanismes et artifices de l'échange se retrouvent en dehors de l'Europe, développés et utilisés à des degrés divers, et l'on peut y discerner une hiérarchie : à l'étage presque supérieur, le Japon ; peut-être l'Insulinde, et l'Islam ; sûrement l'Inde, avec son réseau de crédit développé par ses marchands banyans, sa pratique des prêts d'argent aux entreprises hasardées, ses assurances maritimes ; à l'étage au-dessous, habituée à vivre sur elle-même, la Chine ; et finalement, juste au-dessous d'elle, des milliers d'économies encore primitives. » (2)

Si la mondialisation existait bien avant la formalisation du projet néolibéral à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce que reconnaît Nikonoff, alors c'est l'ambition de cette doctrine qu'il convient de nommer.

La seconde erreur, c'est de confondre démondialisation et déglobalisation. Car quel est le but des néolibéraux ? Ce qui leur importe est l'application globale, c'est à dire sur la Terre entière, des règles de gouvernance fondées sur leurs principes. La globalisation, c'est le processus qu'ils ont mis en branle dès le début des années 1960. La globalisation, c'est le culte du libre-échange qui nécessite le rabougrissement des Etats, ce qui favorise le capitalisme puisque comme l'écrivait Fernand Braudel :

« ― Le capitalisme reste fondé sur une exploitation des ressources et des possibilités internationales, autrement dit il existe aux dimensions du monde, pour le moins il tend vers le monde entier. Sa grosse affaire présente : reconstituer cet universalisme.

― Il s'appuie toujours, obstinément, sur des monopoles de droit ou de fait (...).

― Plus encore, malgré ce que l'on dit d'ordinaire, le capitalisme ne recouvre pas toute l'économie, toute la société au travail ; il ne les enferme jamais l'une et l'autre dans un système, le sien, et qui serait parfait : la tripartition dont je vous ai parlé - vie matérielle, économie de marché, économie capitaliste (celle-ci avec d'énormes adjonctions) - conserve encore une étonnante valeur présente de discrimination et d'explication. »(3)

Dans la globalisation néolibérale en cours, force est de constater que les systèmes sociaux et fiscaux sont mis maintenant ouvertement en concurrence pour un nivellement par le bas : ce sont donc la vie matérielle et l'économie de marché des différentes sociétés qui sont attaqués, comme le dit à sa manière Nikonoff.

Soulignons au passage la contradiction du néolibéralisme : visant à réduire l'Etat à son strict minimum, il favorise le développement du capitalisme, alors que « [celui-ci] ne triomphe que lorsqu'il s'identifie avec l'Etat, qu'il est l'Etat. » (4)

Vers la fin de la globalisation, on assisterait à des explosions sociales dans toutes les sociétés : pour les éviter, les hommes responsables et de bonne volonté doivent prôner la déglobalisation.

Le Brexit n'en est-il pas la deuxième manifestation, la première étant le rejet de la Constitution européenne par le peuple français en mai 2005 ?

La déglobalisation doit être la priorité politique des Transformateurs, parce qu'elle est la condition sine qua none de la réussite des autres. Malheureusement, en choisissant le concept inintelligible de démondialisation, Jacques Nikonoff et ses amis ont mal engagé leur combat politique. Or comme dit Albert Camus : « Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. »

Alexandre Anizy

(1) Marianne du 26 août 2016.

(2) Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, pages 38-39 (Arthaud, avril 1985, 121 pages).

(3) Ibidem, page 115.

(4) Idem, page 68.

Rêve frontalier de Michel Foucher

Publié le par Alexandre Anizy

Quand le diplomate chevronné Michel Foucher est abruti par les vieilles chimères eurofédéralistes.

Il faut s'étonner du titre de l'opuscule que vient de publier Michel Foucher, à savoir Le retour des frontières (CNRS éditions, mai 2016, 56 pages, 5 €), quand on y lit dans le premier chapitre qu'elles n'ont jamais disparues, notamment dans la version "mur" comme en Corée, Chypre, Israël.

Dans le chapitre suivant, l'auteur rappelle que l'empire américain a décidé en 2003 de redessiner le Moyen-Orient, avec l'Irak devant être "décentralisé à l'extrême" (position exprimée dès 2006 par le vice-président Joe Biden et réaffirmée en 2016) comme ils l'ont voulu et réalisé en Bosnie avec l'accord de Dayton, ainsi que de reconfigurer le continent européen, avec notamment la volonté d'arrimer l'Ukraine à l'Europe occidentale via l'OTAN et l'UE au mépris de l'histoire russe et des réalités économiques et sociales de ce pays.

Dans le dernier chapitre, Michel Foucher regrette que des contrôles frontaliers internes à l'espace européen aient été réintroduit en 2015 à Vintimille (frontière franco-italienne), puisqu'il prône quant à lui « la construction d'une citoyenneté européenne, d'un sentiment d'appartenance politique à une fédération stato-nationale ». Vaste programme flou.

Qui donc ira mourir pour l'Ukraine, par exemple, ce pays sous la férule de crapules comme Piotr Porochenko, Ioulia Timochenko, etc., aujourd'hui sous la coupe yankee, hier sous celle des Russes, quant à demain ? En tout cas, l'histoire nous enseigne que ce ne sont jamais des nantis ou des intellectuels comme Michel Foucher qui risquent leurs peaux dans ce genre d'aventure.

Alexandre Anizy

Après Nice, complétons le philosophe Jean-Luc Nancy

Publié le par Alexandre Anizy

Puisqu'il est relancé, complétons le philosophe Jean-Luc Nancy qui parle stérilement.

De temps en temps, les néoconservateurs de Libération ouvrent leurs colonnes à une pensée dissonante, comme celle de Jean-Luc Nancy (le 19 juillet 2016) :

« Le monde est à un tournant. Il a un nouvel avenir à inventer. Tuer les enfants (et les autres), c'est tuer l'avenir sans même faire exister un présent. Il ne suffit pas de hausser le ton : il faut aussi penser ce qu'exister peut vouloir dire d'autre que faire rouler des camions, des machines et des entreprises. Un homme politique, une femme politique aujourd'hui ne peut plus éviter de parler du sens de notre monde. Et pas seulement en récitant la devise de la République française. Car chacun de ces mots est écrasé par les camions, les machines et les entreprises. Et par l'insuffisance ou la négligence de nos pensées. »

Nous prenons acte de son mea culpa :

« En 1981, avec Philippe Lacoue-Labarthe à l'invitation de Derrida, nous avions fondé un Centre de recherches politiques à l'Ecole Normale de la rue d'Ulm. Le thème directeur était le "retrait du politique" (...). Tout le monde était intéressé : Lefort, Badiou, Ferry, Balibar, Rancière, Lyotard, etc. (...) [3 ou 4 ans plus tard, ils arrivent à ce découpage du politique : l'Etat dont on ne s'occupe pas, la société civile tant choyée... Résumé de AA] Cette coupure, c'était déjà un repli et, même entre nous, qui n'étions pas un parti ni un club, mais seulement un centre de recherches, personne n'avait de véritables propositions à faire. Nous avons fini par dissoudre ce centre. » (Libération du 4 juin 2009, déjà)

Il nous faut donc compléter le propos opportuniste d'aujourd'hui, digne d'un prêche dominical, car avec ça le monde possible est sérieusement conditionné.

Le discrédit et l'opprobre enveloppent maintenant la caste républicaine qui dirige depuis 46 ans la France au profit de son oligarchie endogamique : il n'y a plus rien à attendre ni de ces gens-là, ni de leurs clercs. C'est pourquoi penser la transformation est une tâche dont les hommes libres doivent s'acquitter au plus vite.

Alexandre Anizy

Après l'attentat de Nice : contre l'opération Sentinelle et pour la détention en prison militaire

Publié le par Alexandre Anizy

L'opération Sentinelle est à notre sens une aberration, comme l'a dit le général Vincent Desportes, et le gouvernement n'apporte pas de réponse satisfaisante au problème de la contamination en milieu carcéral.

Sur son territoire, la France n'est pas en guerre. Elle fait face au terrorisme, qui est un mode d'action. Pour assurer la protection des résidents, l'Etat dispose de moyens spécifiques : police, CRS, gendarmerie. Alors pourquoi l'armée ? Rappelons d'abord des faits en donnant des chiffres, grâce à l'amiral Hervé de Bonnaventure (1).

En janvier 2015, au moment des assassinats à Charlie Hebdo, le plan Vigipirates était activé et employait déjà 1010 militaires. Suite aux décisions immédiates du gouvernement, l'effectif militaire est porté à 3.000 en 2 jours, et il atteindra 10.000 hommes le 14 janvier. Comment a-t-on réussi ce tour de force ? En novembre, l'exercice pour le plan Neptune, conçu pour les catastrophes naturelles et prévoyant le déploiement de 10.000 militaires, venait d'avoir lieu : l'Etat-major, notamment en Ile-de-France, était donc particulièrement préparé. Mais la durée normale du plan Neptune est de 1 à 2 mois...

En avril, le Conseil de Défense décide de descendre à 7.000 hommes l'effectif militaire, dans la durée (il sera remonté à 10.000 pour l'événement sportif de l'Euro), et de recruter 11.000 militaires d'ici la fin 2017 parce que, compte tenu de certaines règles, il faut une force opérationnelle de 77.000 hommes pour atteindre cet objectif.

Avec l'opération Sentinelle, que se passe-t-il concrètement pour les forces opérationnelles ? Selon Vincent Desportes, l'emploi du temps du soldat opérationnel se décompose ainsi, en moyenne : avant Sentinelle, 15 % en opérations extérieures et 5 % en opérations intérieures ; avec Sentinelle, toujours 15 % pour les opex, mais entre 40 et 50 % en opérations intérieures. Il y a donc une baisse importante de son entraînement individuel, mais aussi collectif.

De plus, pour monter Sentinelle il a fallu restreindre les forces de souveraineté (i.e. celles en territoires outre-mer) et, quoi qu'on en dise, accélérer la fin de l'opération Sangaris.

In fine, l'opération Sentinelle ne permet pas de régénérer correctement les forces opérationnelles et elle diminue les forces de souveraineté ; elle a un impact négatif sur le moral des troupes, qui se sentent comme des supplétifs utilisés par défaut.

« Cette utilisation des forces armées n'apporte pas de plus-value sécuritaire. (...) Face à une rupture stratégique, parce qu'il s'agit bien de cela, on utilise une solution, qui n'en est pas une d'ailleurs, mais du niveau cosmétique. » (V. Desportes)

Le terrorisme doit être combattu dans le cadre d'un système global de sécurité - défense, qui fait cruellement défaut aujourd'hui.

Concluons sur ce premier point avec François Géré :

« Dans son principe même, l'opération Sentinelle constitue un contresens stratégique complet qui n'apporte rien d'autre que de distraire des forces dont nous aurions besoin sur les véritables théâtres de guerre. »

Un examen attentif des faits montre l'importance de la contamination idéologique en prison : entrés en petits délinquants, ils en sont sortis en terroristes. A ce jour, force est de constater que les réponses apportées pour la stopper sont d'ordre curatif (la déradicalisation) : la prolifération va donc perdurer, ce qui n'est pas acceptable.

Pour nous, les terroristes doivent être séparés du reste de la population carcérale. Si on ne peut pas leur accorder pleinement le statut de combattants, puisqu'ils ne font pas partie d'une armée régulière, on ne peut pas non plus les traiter comme de simples délinquants, puisqu'ils revendiquent eux-mêmes le caractère politique de leurs actions. C'est pourquoi nous proposons qu'ils soient détenus dans des prisons militaires.

Cette mesure présentent 2 avantages :

  • arrêt de la contamination ;
  • solution immédiate et à moindre coût du débat entre "prison spécifique" et "quartiers réservés au sein des prisons".

Après l'attentat de Nice, il convient d'inscrire la lutte contre le terrorisme dans un continuum sécurité - défense : l'arrêt de l'opération Sentinelle et l'enfermement des terroristes dans des prisons militaires en sont les 2 premières mesures concrètes.

Alexandre Anizy

(1) Toutes les citations et informations de ce billet proviennent du Colloque "Quelle mobilisation de la Nation face au terrorisme international" (20 juin 2016 à l'Assemblée Nationale)

L'illusion de Mélenchon

Publié le par Alexandre Anizy

Jean-Luc Mélenchon dit qu'il a évolué depuis 2012, mais la lecture de ses collaborateurs l'infirme.

Le point crucial d'une autre politique économique, c'est poser la sortie de l'euro comme pierre angulaire du programme de transformation. Force est de constater que Jean-Luc Mélenchon et ses partisans ne le font toujours pas, puisqu'ils persistent à croire que la France étant incontournable dans l'Union allemande (i.e. l'Union Européenne), sa demande de renégociation des traités sera acceptée, etc. C'est pourquoi Eric Coquerel dit :

« Avec le "Brexit", les Anglais font exactement ce que nous pourrions faire pour des raisons inverses : imposer un rapport de forces. Eux veulent plus de libéralisme, et nous, c'est au nom d'une vision opposée à l'austérité, au néolibéralisme. La méthode est intéressante. »

Comme il s'agit de l'avenir de la France et du bien-être de sa population, nous aimerions voir Mr Coquerel traiter la question autrement que par l'appréciation d'une méthode.

Et l'économiste Jacques Généreux de compléter l'analyse mélenchonnesque :

« Le "Brexit" est une bonne stratégie pour obtenir des concessions économiques. C'est ce que la France aurait dû faire et c'est ce qu'elle ferait avec nous pour renégocier les traités ».

Obtenir des concessions du maître allemand, c'est la pierre angulaire du programme de Mélenchon, alors qu'il faudrait le bâtir en ne comptant que sur ses propres forces autonomes.

Plus grave, ces deux affirmations de Mr Généreux :

« L'UE ne peut pas exister sans la France et la BCE ne pourrait pas imposer un blocus monétaire à la France. Soyons sérieux ! »

D'une part, sans la France l'Union allemande s'appellerait autrement - nous sommes d'accord sur ce point -, et l'hypothèse a déjà été étudiée ; d'autre part la BCE, aux mains des néoconservateurs et du bankster Mario Draghi, ne manquerait pas de contrecarrer les mesures financières d'un pays négociateur pusillanime. Soyez sérieux Mr Généreux !

Jean-Luc Mélenchon poursuit comme d'autres son rêve de conquête élyséenne en misant sur la compréhension et la générosité des partenaires de la France, comme les falots Tsipras et Varoufakis avaient parié sur l'intelligence économique des créanciers de la Grèce...

http://www.alexandreanizy.com/article-la-grece-dirigee-par-des-falots-tsipras-et-varoufakis-125559005.html

Le coup de dés de Mélenchon n'abolirait pas la logique en œuvre.

Alexandre Anizy

Face à Alain Juppé, la démesure du général Vincent Desportes

Publié le par Alexandre Anizy

Si le général Vincent Desportes a quelques bonnes idées, son emportement et le cas qu'il défend aujourd'hui dans le journal Le Monde en atténuent la portée.

Indigné par les propos badins du candidat Alain Juppé à l'encontre des militaires ( « Un militaire, c'est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s'en va. » ; « Certes, tous les militaires ont le droit de penser, mais il y a quand même des limites à ne pas dépasser. »), l'ex-général Vincent Desportes s'est emporté dans une tribune que le journal Le Monde lui a octroyée, enfourchant ses dadas

http://www.alexandreanizy.com/2015/11/la-juste-bataille-du-general-vincent-desportes.html

et dérapant dans la démesure. Certes, Alain Juppé n'a jamais brillé en politique ni par son originalité ni par sa fécondité, mais est-il bien raisonnable de l'élever au rang de Coluche ? Non, car on peut dauber un vieux politicien sans être désobligeant.

Sur le fond, Vincent Desportes assène une idée forte : « Les responsables militaires sont les mieux placés pour réfléchir aux conditions d'emploi des armées, pour apprécier les menaces, élaborer les solutions militaires propres à l'atteinte des buts politiques. Experts en leur domaine, les militaires ont, vis-à-vis de la nation, un devoir d'alerte. » Pour ce faire, il nous semble que les militaires ont leur Ecole, et surtout des revues plus ou moins spécialisées et accessibles aux citoyens où il leur est permis et même vivement recommandé de penser, parce que « Celui qui ne pense plus est condamné à la défaite. » : si "la grande muette" baigne dans le conformisme depuis 50 ans, il nous semble que les militaires, y compris le général Desportes, en sont aussi pour quelque chose, puisque « Inhibé par des années de stricte obéissance silencieuse, le militaire, facilement bon élève, s'est autocensuré. ».

Et maladroitement, Vincent Desportes diminue la portée de son propos lorsqu'il prend la défense du général Soubelet qui vient d'être sanctionné : la dernière action solitaire de ce gendarme paraît plus relever du ressentiment que "l'éthique de conviction".

Mais sur le fond, Vincent Desportes se trompe quand il écrit : « Son devoir [au militaire] est de penser la défense pour l'immédiat et pour le temps long, au-delà des horizons politiciens. » En effet, la patrie ne demande pas au militaire de penser la défense en-dehors de tous les futurs envisageables et autrement qu'en expert technique, car comme disait Georges Clemenceau : « La guerre ! C'est une chose trop grave pour la confier à des militaires. »

Et Desportes ne dérape-t-il pas quand il dit que l'honneur du militaire tient « dans la loyauté sans le renoncement, la loyauté sans le reniement, la fidélité à la nation », parce que cela sonne comme "la politique d'abandon" des putschistes d'Alger ?

Sur le fond toujours, si on ne peut que valider cette proposition : « Selon la formule américaine, il faut penser "out of the box", libérer la pensée critique, en admettre la nécessité et les débordements éventuels (...) », force est de constater que si le jeune lieutenant Desportes en 1976 ne supportait pas l'expression d'une pensée critique au sein de son peloton à Tübingen, le professeur Desportes réclame aujourd'hui ce droit d'expression... qu'il semble réserver aux officiers. Ne désespérons pas : compte tenu du rythme de son évolution, dans 40 ans nous pourrons débattre démocratiquement de la chose militaire avec Vincent Desportes.

Dans la tribune interpellant Alain Juppé, Vincent Desportes adosse quelques idées intéressantes à un cas affligeant d'irresponsabilité. Son emportement nuit à sa cause.

Alexandre Anizy

Bel-Ami Macron en marche dans la cour des miracles

Publié le par Alexandre Anizy

Comme un politicien ringard, le banquier ministre Macron vient de lancer son mouvement dans la cour des miracles : ni à droite ni à gauche, sa maison est en fait une annexe privée du MEDEF.

Emmanuel Macron est un type étrange, d'une part parce qu'à 38 ans il a encore besoin d'une maman à la maison, et d'autre part parce qu'il passe souvent pour ce qu'il n'est pas. Ainsi, alors qu'il venait d'entrer au gouvernement, on pouvait lire sous la plume de Nicolas Truong dans le quotidien vespéral imMonde (1) du 31 août 2014 que Macron était « normalien » et un ancien « assistant » du philosophe Paul Ricoeur. Or, Bel-Ami n'est pas normalien (il a raté à 2 reprises à l'écrit le concours de l'ENS) et n'a pas été l'assistant (au sens anglo-saxon du terme) de Ricoeur. (2)

La méthode Macron consiste à jouer sur tous les tableaux.

Ainsi en 2010, lors de la vente du journal, lorsqu'il vient bénévolement conseiller la Société des Rédacteurs du Monde (ah ! les jobards de l' imMonde), il ne manquera pas de rendre visite à leur "ennemi"... Le journaliste Adrien de Tricornot raconte : « Au départ, il s'est présenté d'une manière très sympathique. Nous étions très contents de voir ce jeune homme brillant nous dire qu'il partageait nos valeurs. Et son expérience nous crédibilisait vis-à-vis des autres actionnaires. Mais, en réalité, il jouait un double jeu. Il s'est servi de nous plus qu'il nous a servis. »

Ainsi, pire que ça : il a réussi à travailler chez Rothschild tout en restant haut fonctionnaire, ce qui est bien entendu interdit.

http://www.alexandreanizy.com/article-le-resquilleur-carrez-cache-le-scandaleux-macron-124877500.html

Pour la politique, la méthode n'a pas changé bien entendu.

Rongé par l'ambition, Bel-Ami Macron veut dès maintenant capitaliser les items médiatiques (this is the battle for your mind) pour imposer son produit dans le champ politique. Mais comme il n'a jamais rien construit par lui-même, il travaille en amateur : c'est ainsi qu'il a révélé sa dépendance à l'égard du MEDEF (le syndicat patronal) en affichant sur son site internet le lieu de son hébergement ! (3)

In fine, comme l'a dit Pierre Gattaz, le patron du MEDEF, l'opération de cette semaine est "rafraîchissante". En effet, elle ravale la "boîte à boniments" de la bourgeoisie d'affaires qui tient la France : Bel-Ami Macron n'est qu'un coup de Ripoulin.

Alexandre Anizy

(1) L'organe de référence de la propagande néoconservatrice, propriété du trio d'affaires Niel - Bergé - Pigasse.

(2) Marianne du 10 octobre 2014 (un excellent portrait de l'impétrant d'Amiens).

(3) On doit ce scoop à Médiapart (Laurent Mauduit)

13 novembre 2015 : Alain Badiou en dileur d'opium

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un essai concentré, Notre mal vient de plus loin. Penser les tueries du 13 novembre (Fayard, janvier 2016, 63 pages, 5 €), Alain Badiou tente « une élucidation intégrale de ce qui est arrivé », « de ce qui est une atroce tragédie » : un « meurtre de masse aveugle », parce que le philosophe refuse l'emploi du mot « attentat » car cela reviendrait à le mettre sur le même plan que les actions des Résistants contre l'occupant nazi et les collabos pétainistes, par exemple.

Nous passons vite sur la vulgate marxiste : durant les 30 dernières années, nous avons assisté à la mondialisation du capital, avec la concentration qui l'accompagne, à l'affaiblissement des Etats. Et Alain Badiou souligne par un concept la nouvelle pratique impériale : le zonage . « (...) à l'impérialisme qui fabriquait de pseudo-pays découpés n'importe comment, mais qui avaient le statut de pays sous la tutelle de la métropole, on pouvait substituer, en Afrique, au Moyen-Orient ou dans certaines régions d'Asie, des zones infra-étatiques, qui sont en réalité des zones de pillage non étatisées. » Il semble même à Alain Badiou que « la destruction complète de la Yougoslavie (…) donnait le signal des pratiques de zonage. » Ce que nous écrivions dès le 3 décembre 2007 (" l'atomisation de l'Europe a commencé en Yougoslavie ") :

http://www.alexandreanizy.com/article-14316222.html

Avec la mondialisation, partout « le libéralisme est libéré » : c'est une victoire objective. Mais aussi une victoire subjective, parce que le lancinant "il n'y a pas d'alternative" (TINA, There Is No Alternative en version Margaret Thatcher) a éliminé toute tentative de penser une autre politique. Il n'y a plus qu'une idée, « Et cette unicité est le point-clef du triomphe subjectif du capitalisme. ».

Du deuxième chapitre, nous reprenons ici les chiffres qu'il faut toujours avoir en tête lorsqu'on essaie de comprendre le(s) mouvement(s) du monde :

  • 1 % de la population mondiale possède 46 % des ressources disponibles ;
  • 10 % de la population mondiale possède 86 % des ressources disponibles ;
  • 50 % de la population mondiale ne possède rien ;
  • et 40 % de la population mondiale, i.e. la classe moyenne que l'on trouve principalement dans les pays dits avancés, possède 14 % des ressources disponibles.

« (...) nous avons une oligarchie planétaire qui représente à peu près 10 % de la population. Cette oligarchie détient, je le répète, 86 % des ressources planétaires. 10 % de la population, ça corresponde à peu près à ce qu'était la noblesse dans l'Ancien Régime. » Et cette oligarchie a réussi en 40 ans de politique libérale à revenir à la situation fiscale de 1913 selon l'expert Thomas Piketty.

Attardons-nous sur le troisième chapitre qui est plus original : les subjectivités réactives. «Par subjectivité typique, j'entends des formes psychiques, des formes de conviction et d'affect qui sont des productions du monde dont je parle. » : la subjectivité occidentale, la subjectivité du désir d'Occident, la subjectivité nihiliste.

La subjectivité occidentale est celle de la classe moyenne, celle des 40 % de la population mondiale qui se partage 14 % des ressources disponibles octroyées généreusement par l'oligarchie. Cette subjectivité-là est en proie à une contradiction : le contentement de soi et la peur du déclassement. C'est le phénomène de paupérisation, que la classe moyenne mesure bien à travers les données statistiques officielles et ses observations personnelles, qui alimente cette peur. « Peut-être en effet que, dans les tensions du capitalisme contemporain, on ne pourra plus entretenir comme avant la classe moyenne. » : le gâteau de 14 % des ressources disponibles est en effet en train de se réduire à 12 voire 10 % (on ne connaît pas la limite). Badiou ajoute que "l'art des gouvernements démocratiques" consiste à orienter cette peur vers un bouc émissaire : tels ou tels éléments de la classe démunie (les 50 % qui ne possède rien).

La subjectivité du désir d'Occident est celle de la classe démunie. Ceux qui n'ont rien, où qu'ils soient dans le monde, regardent le spectacle de la société de consommation, l'aisance et l'arrogance des autres, sans espoir de changement puisque l'idée d'une autre politique est absente : cela ne peut engendrer qu'une « frustration amère, un mélange classique d'envie et de révolte ». Le "désir d'Occident" résulte de cette envie : cela donne soit la copie locale du comportement et de la consommation de classe moyenne sans les moyens, soit la migration vers les pays riches.

La subjectivité nihiliste est un désir de revanche et de destruction par ceux qui sont comptés pour rien. « Ce nihilisme se constitue en apparence contre le "désir d'Occident", mais c'est parce que le désir d'Occident est son fantôme caché. Si le nihiliste n'activait pas sa pulsion de mort, s'il ne donnait pas libre cours à son agressivité, éventuellement meurtrière, il sait très bien qu'en réalité lui aussi succomberait au désir d'Occident, déjà présent en lui. »

Dans le quatrième chapitre, Badiou pense que « de manière générale, (...) on peut appeler "fascisme" la subjectivité populaire qui est générée et suscitée par le capitalisme », et il ajoute :

« Le fascisme est une subjectivité réactive. Elle est intra-capitaliste, puisqu'elle ne propose aucune autre structure du monde. (...) En se fascisant, le déçu du désir d'Occident devient l'ennemi de l'Occident, parce qu'en réalité son désir d'occident n'est pas satisfait. (...) Il est largement un désir d'Occident refoulé, à la place de quoi vient se situer une réaction nihiliste et mortifère dont la cible est précisément ce qui était l'objet du désir. On est dans un schéma psychanalytique classique. »

En pratique, ces fascismes visent la domination sur un territoire « où on a le monopole des affaires, comme l'a le dileur dans son coin de cité ». Concrètement, la fascisation ( appelée vulgairement et faussement radicalisation ) vend aux jeunes (ceux qui sont sans place ou sans place conforme à leur désir) « un mélange d'héroïsme sacrificiel et criminel, et de satisfaction occidentale ».

Dans le dernier chapitre (le 7), l'internationaliste Badiou s'interroge sur les conditions d'un retour d'une politique d'émancipation. D'abord il faut penser dans un cadre international pour être à la hauteur de la mondialisation capitaliste. Comme les capitalistes, il faut se désintéresser de l'Etat tel qu'il est maintenant. « Ne votons plus ! (...) Retirons-nous ailleurs, dans les lieux où séjourne, indistincte souvent, mais réelle toujours, la volonté populaire ». Il ne faut devenir les agents ni du nihilisme du fascisme évidemment, ni du déploiement impérial destructeur du capitalisme mondialisé, car « ce dont nous souffrons, c'est de l'absence à l'échelle mondiale d'une politique qui serait disjointe de toute intériorité au capitalisme. (...) Notre mal vient de l'échec historique du communisme. ». Un échec définitif que Badiou fixe vers 1975.

S'il n'y a pas une autre idée de politique, les forces disponibles pour l'incarner existent : «Cet énorme prolétariat nomade [les travailleurs immigrés, partout dans le monde] constitue une avant-garde virtuelle de la masse gigantesque des gens dont l'existence, dans le monde tel qu'il est, n'est pas pris en compte. » Il faut que des gens de la classe moyenne, des intellectuels, des jeunes se rapprochent du prolétariat nomade : c'est cette alliance qui vaincra le fascisme contemporain.

Dans cet essai, l'auteur dresse un schéma de la situation du capitalisme mondialisé que même des non-marxistes peuvent accepter. Cependant l'analyse présente des faiblesses, à commencer par un langage abusif. Ainsi l'usage du mot Occident qui caractériserait la mondialisation capitaliste est un choix qui ne rend pas compte de la complexité de l'ensemble : quid du monde asiatique ( Corée, Japon, et surtout de la Chine) durant les 30 dernières années ? Ainsi la définition générale du mot fascisme ("subjectivité populaire qui est générée et suscitée par le capitalisme" ; elle est "réactive"), que d'aucuns pourraient retourner au philosophe internationaliste en qualifiant de fascistes les révolutions prolétariennes passées et futures, s'il ne prenait la précaution de préciser que le fascisme est « intra-capitaliste, puisqu'elle ne propose aucune autre structure du monde », ce qui lui permet notamment d'écarter l'hypothèse communiste dans sa modalité marxiste (i.e. le bloc socialiste), si on veut bien considérer que le capitalisme d'Etat n'est pas un capitalisme, ce que la Chine dément chaque jour.

Si on pense comme nous que le communisme est « un messianisme de substitution qui demandait à un accomplissement politique de pallier mort et finitude » (Régis Debray), alors il faut qualifier de fascisme toutes les oppositions prolétariennes. En effet, selon Badiou, la forme du fascisme c'est «(...) une pulsion de mort articulée dans un langage identitaire. La religion est un ingrédient tout à fait possible de cette articulation : le catholicisme l'a été pour le fascisme espagnol durant la guerre civile, l'islam l'est aujourd'hui au Moyen-Orient, particulièrement là où le zonage impérial a détruit les Etats. (...) La religion peut parfaitement être la sauce identitaire de tout ça, en tant que justement elle est un référent antioccidental présentable. » Et la croyance communiste n'est-elle pas un "référent antioccidental présentable" ? Parce qu'elle est trop sommaire, la définition du fascisme de Badiou mène à une impasse théorique. Mais elle peut être utile pour la propagande manichéenne de Badiou.

Enfin, il nous faut bien en venir au matérialisme historique sous-jacent : fécondée par une pensée neuve ( l'hypothèse communiste régénérée par Badiou... ), la masse gigantesque des gens de peu menée par « un énorme prolétariat nomade [qui] constitue une avant-garde virtuelle » essaiera de changer le cours de l'histoire de l'humanité. On a donc la sauce marxiste sans l'ingrédient léniniste : le révolutionnaire professionnel. C'est un demi-oubli, car le philosophe marque le début du malheur présent à partir des années 80, quand les effets délétères de l'échec du bloc socialiste (mi-70) ont commencé. Alors, si « Notre mal vient de l'échec historique du communisme. », pourquoi reconduire le schéma stratégique qui a produit les famines et les camps russes et chinois, le délire de Pol Pot et consorts ? Faire fi des funestes expériences communistes ne relève pas d'une démarche scientifique et constitue une faute politique.

Cet essai d'Alain Badiou n'est pas inutile. Il montre en particulier que le mal, pour un philosophe nanti qui s'est souvent proclamé engagé dans l'action militante, c'est lorsqu'il cultive hors sol son amour des ensembles et des concepts ad hoc. Une pensée neuve ne peut pas sortir d'un vieux sillon.

Alexandre Anizy

100 millions d'immigrés en UE d'ici 2050

Publié le par Alexandre Anizy

Les élections passent, la Commission de l'Union Allemande reste ce qu'elle est : le bras politique de l'élisphère (1) européiste qui fonce comme un cheval fou ("a galopar, a galopar, hasta ser en el mar"... de sangre ?). Le 9 décembre, elle programmait pour le 4 janvier 2016 le lancement d'une initiative citoyenne visant à réformer le droit d'asile européen : elle veut « faire en sorte que l'Europe reste une destination attrayante pour les migrants dans un contexte de déclin démographique ».

Rester attrayant, disent-ils, mais dans quelle mesure exactement ?

Un rapport signé par Felipe Gonzales, Mario Monti, Lech Walesa et Nicole Notat (1) en 2010 donnait l'ordre de grandeur : puisque d'ici 2050, l'UA va perdre 68 millions de travailleurs actifs, il faudrait « un gain net de 100 millions de personnes pour combler ce déficit ».

Il n'est pas inutile de rappeler que dans la dernière réunion de son parti, si Mutti Merkel a dit qu'il fallait "contrôler l'immigration", elle n'a par contre donné "aucune limite".

Alexandre Anizy

(1) Quand il s'agit de nuire à la fabrisphère (tous ceux qui créent et produisent dans un espace économique donné, en opposition à l'élisphère), Nicole Notat l'ex syndicaliste jaune n'est jamais la dernière.

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