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A propos de "1974" de Patrick BESSON

Publié le par Alexandre Anizy

Vous connaissez l’estime que nous portons à Patrick BESSON, un génie de la chicane (voir notes culturelles des 2 septembre 2007 et 24 février 2009). Avec plaisir, nous avons constaté samedi 7 mars, dans l’émission « Télé matin », qu’il en était de même pour William LEYMERGIE et Olivia de LAMBERTERIE.

En effet, Patrick BESSON vient de publier un livre intitulé « 1974 » (Fayard, mars 2009, 13,30 €). Comme d’habitude, Olivia de LAMBERTERIE a merveilleusement présenté l’ouvrage en définissant l’auteur comme un maître de la concision. Avec du style, ça va de soi. L’humour est toujours en prime.

 

Il se trouve que quelques semaines auparavant, dans un hebdomadaire où il tient une chronique, Patrick BESSON avait relaté son déjeuner avec William LEYMERGIE à l’occasion de la sortie de son livre « quand les Grands étaient petits … » (toujours Fayard, janvier 2009, 17,01 €), en en vantant les qualités et en louangeant la charmante Olivia.

 

Dans le monde des lettres françaises, ce genre de hasard est monnaie courante.

 

Comme il s’agit d’un des plus grands auteurs français, nous parlons de Patrick BESSON dont nous avons déjà suggéré son élection à l’Académie – lire notre note du 2 septembre 2007 -, on se moquera ici des mœurs germanopratines.

Porter aux nues un BESSON vaut mieux qu’un LéVY.

 

Pour votre plaisir, lisez Patrick BESSON.

Zaboravite Philippe !

 

Alexandre ANIZY

Remarques sur la mondialisation de Pierre-Noël GIRAUD (VI)

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire les 5 notes précédentes)

Peut-on critiquer « La mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €) de Pierre-Noël GIRAUD ?

Pas vraiment, puisqu’il constate une situation à partir des données statistiques, et parce que les concepts forgés, qui renvoient à une réalité quantifiable, lui permettent de bâtir un modèle intéressant. Néanmoins, il nous semble utile de faire 3 remarques. 

 

La première concerne le concept de firme globale, qui doit certainement beaucoup aux travaux de Charles-Albert MICHALET (nous pensons en particulier au « capitalisme mondial », PUF 2ème édition de 1985, 368 pages, 148 FRF). Or, nous n’en trouvons aucune référence, aucune note de bas de page, alors qu’un article du New York Times est cité en page 15. Nous le regrettons (une question de méthodologie universitaire).

 

La deuxième remarque pointe une faiblesse de cet ouvrage. Nous n’avons pas trouvé une analyse conséquente de l’articulation entre le local et le global, alors que ce mécanisme n’a pas échappé à la sagacité de P-N. GIRAUD. De plus, la question de la hiérarchie des territoires n’est pas posée. Or, sur ces sujets, Michel BEAUD planchait dès 1986. (« Le système national mondial hiérarchisé », La Découverte, 1987, 134 pp.)

 

La troisième remarque est d’ordre politique. Alors qu’il dresse le scénario noir de l’évolution du capitalisme, où des hommes inutiles (le « milliard d’en bas ») pourraient être délaissés, contrôlés et parqués, alors qu’il décrit une double fragmentation de la société dans les pays riches (entre les riches compétitifs et les classes moyennes paupérisées, entre ce 1er groupe et une frange pauvre et illégale), qui « ne peut que dégrader les mécanismes de la démocratie représentative » aboutissant à un système, où « la politique se réduira à des discussions techniques entre groupes influents de compétitifs » (p.155), où les élections ne seront plus que des plébiscites où on sortira les sortants par des successeurs qui leur ressembleront, P-N. GIRAUD ne propose tout compte fait qu’un réformisme en phase avec le consensus en vigueur au sein de l’oligarchie, en évitant l’optimisme béat qu’il convient d’afficher de nos jours : si « on ne peut donc pas compter sur la mondialisation pour unifier rapidement le monde », il reste fort heureusement les Etats-Nations qui sont loin d’avoir perdu leurs pouvoirs, et dont les politiques n’ont qu’à « s’adapter à la mondialisation, dans leurs cibles et dans leurs modalités ».  

Pour nous, la réflexion n’est pas à la hauteur de l’enjeu.

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (V)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation. Le chapitre 8 traite de la finance globale et de l’instabilité consubstantielle.

 

P-N. GIRAUD met d’emblée les pieds dans le plat : « Tous ceux qui considèrent la finance comme une superstructure parasitant une économie de marché (…) sont des Saint-simoniens attardés. (…) Un capitalisme sans monopoles, sans externalités, sans finance, sans spéculation (…) est une pure chimère. » (p.124) Quant à nous, nous ajoutons que toute économie est réelle : la crise résulte d’une perversion de l’administration familiale (l’économie au sens premier du terme ; ARISTOTE, « les politiques »), puisque les ménages empruntaient réellement de l’argent sur une augmentation virtuelle du prix de leur maison.

La finance collecte l’épargne de certains agents économiques et crée ex nihilo de la monnaie : pour maximiser la croissance, une proportion de projets non rentables sont financés. « Ces promesses de revenus futurs [« Un titre financier n’est jamais qu’une promesse de revenus futurs (…) » p.125)] impossibles à tenir, c’est ce que j’ai appelé le mistigri. (…) Dès lors, la purge de ce mistigri est nécessaire et ceci, quel que soit le système financier. (p.128)

Comment purger ? Avant 1980, c’est l’inflation. Après cette date, c’est le krach sur un marché (actions, immobilier, changes, matières premières), suivi d’une crise bancaire plus ou moins localisée et profonde. Mais le système financier actuel transmet son instabilité à l’ensemble de l’économie : « En bref, c’est une démocratie de renards libres dans un poulailler libre. (…) qui va finalement subir les pertes (…) A coup sûr, les investisseurs les plus mal informés, par conséquent les petits investisseurs, puis si cela ne suffit pas, en seconde ligne, l’ensemble des contribuables. » (p.131) Nous en sommes là.

 

Concernant les déséquilibres des balances de paiement et l’instabilité des changes, « (…) l’Europe est aujourd’hui l’otage des choix de politique économique des Américains et des Chinois. Il en résulte de fortes fluctuations de l’euro. » (p.137) Seule une coordination des politiques économiques entre l’Union Européenne, les Etats-Unis et les puissances asiatiques peut y remédier. Rêver n’est pas interdit …

 

On peut envisager une réforme radicale : contrôle des mouvements de capitaux et cloisonnement de la finance. Si la libre circulation des capitaux est quasiment intouchable, une séparation totale entre les activités bancaires  et les activités de marché n’est pas impossible : « Dans ce système cloisonné, la totalité des risques étant confiné sur les bourses et les marchés dérivés, ces marchés deviendraient extraordinairement volatils et le grand public n’échapperait pas totalement aux fluctuations macroéconomiques engendrées par cette instabilité. » (p.139)

Mais il n’y a personne pour soutenir cette réforme radicale.

 

Le consensus actuel maintient le principe d’une finance décloisonnée en appelant à un renforcement des réglementations, avec parfois de surcroît « le ridicule de prôner plus de transparence ». Comme le fait remarquer à juste titre P-N. GIRAUD, ces réformes « seront très probablement assez cosmétiques, une fois passé le plus gros de la crise ». (p.140)

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation. Le chapitre 6 traite de la fragmentation interne aux pays riches.

 

« Un rapport de l’OCDE d’octobre 2008 le confirme (…) les inégalités de revenu ont augmenté depuis les années 80 dans presque tous les pays riches. » (p.93) Le revenu du dernier décile a progressé fortement, et pour les 1 % des plus riches ce fut exceptionnel. « En revanche, les quintiles intermédiaires ont vu leur revenu croître moins vite que la moyenne. Il s’agit donc d’un appauvrissement relatif des classes moyennes. » (p.93) P-N. GIRAUD rappelle qu’en 1996 il concluait déjà à un laminage des classes moyennes ainsi qu’à la polarisation des sociétés entre un groupe restreint de compétitifs de plus en plus riches et une masse de protégés.

 

Pour autant, « il n’y aura pas de retour massif au protectionnisme, tout au plus des ajustements à la marge » (p.98), mais c’est une option concevable, bien que difficilement praticable, au niveau des grandes zones comme l’Union Européenne. Mais « les firmes globales n’ont aucun intérêt au retour du protectionnisme, elles le combattront » (p.99) : ainsi, si on ne peut l’exclure, « c’est simplement très improbable ».

Alors que faire, comme disait LéNINE :

  • Pas de retour en arrière pour les marchandises ;
  • Supprimer les subventions agricoles ;
  • Revoir le système des droits de propriété intellectuelle ;
  • Ne pas militer pour l’ouverture totale des frontières, mais régulariser les immigrés sans papier ;
  • Stabiliser les grandes monnaies, grâce à une coordination internationale des politiques macroéconomiques et monétaires ; « Est-ce à l’ordre du jour ? On peut en douter (…) la position du cavalier seul est encore parfaitement jouable pendant un certain temps par certains des acteurs concernés. » (p.102) Lesquels ? on ne saura pas.

 

Comment remédier à la hausse des inégalités dans les pays riches ? Le modèle de P-N. GIRAUD montre 2 voies : accroître le nombre des compétitifs et augmenter le rapport qualité/prix des choses protégées, ce qui engendre une croissance endogène.

Pour la 1ère voie, il convient pour l’essentiel d’investir dans la formation et la recherche, ce que dit déjà le pouvoir oligarchique. Cela nécessite une profonde réforme de l’Université (on y est déjà, n’est-ce pas ?) où « il faudra sans doute se résigner à ce que, au moins (ndAA : c’est nous qui soulignons) pour la 1ère année de réception des étudiants étrangers, ces universités enseignent en anglais. » (p.104) P-N. GIRAUD ne comprend pas que l’abandon de la langue serait la 1ère étape de la débâcle à venir.

Pour la 2ème voie, « (…) on pourrait par exemple imaginer de supprimer toute TVA sur les biens et services protégés et de la reporter entièrement sur les biens et services compétitifs. » (p.105) Mais ce ne serait pas très sérieux, si on se réfère au diktat européen sur la question de TVA, notamment pour la restauration. Alors ? Les Etats des pays riches peuvent lutter contre les inégalités internes, mais ils doivent obtenir l’accord des compétitifs de leurs territoires respectifs : or, « En brisant les cercles vertueux des croissances sociale-démocrates autocentrées, la mondialisation a détruit les solidarités économiques objectives au sein d’un territoire. (…) Rappelons une fois de plus que la pauvreté des protégés améliore la compétitivité des compétitifs. » (p.106)

 

P-N. GIRAUD nous dit qu’il maintient en 2008 son pronostic : « (…) augmentation de l’inégalité économique (…) renforcée et pérennisée par des inégalités institutionnelles, par le fait que les Etats sont de moins en moins des Etats « pour tous ». » (p.107)

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation.   

 

1ère question fondamentale en économie : il s’agit des rôles de l’Etat et des marchés, de leur articulation.

La littérature économique regorge d’articles mettant en évidence les imperfections du marché : seul un peloton de libéraux irréductibles, comme Pascal SALIN, radote encore sur les bienfaits de la concurrence pure et parfaite. Ces imperfections « engendrent ce qu’on appelle des trappes de pauvreté », c'est-à-dire des situations où le fonctionnement normal des marchés empêche les personnes de sortir de leurs conditions misérables, alors qu’elles en ont les capacités. L’Etat doit donc intervenir pour détruire les obstacles contraires à l’intérêt général.

Prenant le cas des pays confrontés à « la malédiction des matières premières », P-N. GIRAUD affirme qu’ « un Etat de qualité maîtrise et oriente efficacement les mécanismes de marché, à commencer par la négociation des rentes avec les compagnies pétrolières et minières ». (p.55) Et ce qui est utile ou nécessaire pour la Norvège ne le sera pas forcément de la même façon au Nigéria. Autrement dit, « l’analyse économique ne doit pas établir de lois générales valables en tout temps et en tous lieux ». (p.55)

Parce que l’information des marchés a un coût, parfois rédhibitoire, et qu’elle ne peut être produite instantanément, « une des dimensions de l’imperfection des marchés est ainsi qu’ils peuvent n’être jamais à l’équilibre. Ils y tendent certainement. » (p.56)

Enfin, « il est en effet impossible de définir l’intérêt général de l’intérieur de l’analyse économique » (p.57), sinon au prix de 2 hypothèses inadmissibles : comparabilité et indépendance des variations de revenus des acteurs économiques (i.e. perte des uns / gains des autres) ; perception absolue de sa situation pour tout agent économique (or le concept de richesse est essentiellement relatif).

 

P-N. GIRAUD conclue qu’une analyse économique rigoureuse ne prétend qu’à décrire et si possible quantifier les pertes et les gains des agents, ainsi qu’à construire des scénarios.

« Une conséquence de cette thèse est que le débat sur les politiques économiques entre droite et gauche n’est pas un débat économique, mais un débat « de société » structuré par le choix de normes de jugement des politiques économiques qui sont des normes d’équité. » (p.58)

Mais P-N. GIRAUD modère aussitôt l’approche dichotomique qui apparaissait en filigrane (les économistes scientifiques … et les autres) en affirmant qu’une analyse concrète d’une situation concrète « reste donc influencée par des visions du monde et des normes d’éthiques ». (p.59)

En quelques lignes, vous avez la problématique du débat « sciences économiques ou économie politique ».

 

2ème question fondamentale en économie : il s’agit des avantages du libre échange.

Comme pour le progrès technique, les avantages du libre échange ne sont pas contestés en théorie : le principe de RICARDO est robuste. Mais si on intègre les imperfections des marchés et si on raisonne en dynamique, il doit alors être relativisé, puisque les exceptions sont courantes.

Par exemple, SAMUELSON et STOLPER ont établi que « le libre échange peut fort bien accroître le revenu moyen dans un territoire, tout en y aggravant les inégalités. » (p.65)

Un examen historique minutieux du développement économique de certains pays permet de rétablir les faits : « Le protectionnisme a incontestablement été l’un des instruments du rattrapage de la Grande-Bretagne par l’Allemagne et les Etats-Unis à la fin du XIXème siècle, ainsi que des Etats-Unis par le Japon dans les années 1950 à 1970. » (p.66) Mais il a conduit l’Amérique Latine au marasme économique à partir des années 1930.

 

Fort de ces acquis, P-N. GIRAUD construit son modèle d’évolution de la richesse d’un territoire et de l’inégalité entre compétitifs et protégés, à partir du cadre analytique suivant : un découpage en territoires économiques séparés par des frontières, une distinction entre firmes nomades et firmes sédentaires (celles qui agissent sur un seul territoire), une distinction entre les individus, à savoir les compétitifs et les protégés (ceux qui produisent des choses qui ne traversent pas les frontières).

Que nous dit le modèle ? « Les évolutions de la richesse et des inégalités vont passer dans chaque territoire par les effets combinés de la mondialisation et des politiques étatiques sur trois paramètres : e, Nc, pt. Et dans ce processus dynamique, tout est a priori possible (…) une diversité d’évolutions qui correspond bien à la réalité (…). » (p.75)

(où : e = préférence pour les biens et services protégés, mesurée par la part des revenus des résidents du territoire consacrée à l’achat de biens et services protégés ; Nc = nombre des compétitifs présents sur le territoire ; pt = le prix relatif des compétitifs, c'est-à-dire le rapport entre le revenu moyen des compétitifs du territoire et celui des compétitifs dans le monde.)

Nous vous épargnons les équations.

 

En économie, l’émergence de l’Asie constitue sans doute le fait historique majeur des 50 dernières années. P-N. GIRAUD analyse, avec une concision remarquable, le processus de développement des pays de cette zone. « Facteur favorable, la mondialisation ne peut cependant pas être considérée comme le moteur du rattrapage de ces pays [ndAA : Japon, les NPI, Inde, Chine]. Dans chaque cas, les politiques étatiques ont joué un rôle absolument décisif. » (p.79)

Concernant la Chine et l’Inde aujourd’hui, il affirme que l’apparition d’une vraie classe moyenne constitue une option pour les 2 gouvernements, ce qui ralentirait le laminage des classes moyennes des pays riches. Il peut alors conclure avec humour : « classes moyennes de tous les pays, unissez-vous ! ».

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (II)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation.

 

Pour la plupart des marchandises, les barrières douanières sont inférieures à 5 %. Les bateaux utilisant un fioul lourd qui coûte environ 10 fois moins cher que le kérosène ou l’essence hors taxe, il en ressort que le coût de transport maritime d’une paire de chaussure entre l’Asie et un port européen est d’environ 0,50 dollar, soit moins que le coût de transport entre le port et le magasin distributeur. En soi, un renchérissement du pétrole autour de 100 dollars le baril n’affectera pas le commerce international.

La globalisation numérique permet une baisse des coûts de transaction et la production de services à distance. Grâce à la faiblesse des coûts de diffusion, la circulation d’images augmente et « contribue fortement à faire de la richesse une notion essentiellement relative ».

En matière financière, la globalisation place les décideurs dans le triangle d’impossibilité de MUNDELL, à savoir qu’on ne peut pas poursuivre à la fois ces 3 objectifs (liberté de circulation des capitaux, stabilité des taux de change, indépendance de la politique monétaire), mais seulement 2 d’entre eux. Quant aux entreprises qui se financent sur les marchés, elles sont instantanément comparées à toutes les autres et sommées de corriger les faiblesses relatives éventuelles.

Si la globalisation des firmes n’a échappé à personne, GIRAUD nous dit que la véritable firme globale, c'est-à-dire celle dont les dirigeants et cadres supérieurs sont de nationalités diverses, dont la langue de travail est l’anglais, dont les centres de recherche peuvent être déconnectés des centres de production et de gestion, et qui n’a aucun a priori sur la localisation de son siège social, est en train d’apparaître.

Par exemple, nous pensons que la firme américaine DELL est en bonne voie pour obtenir ce label (seul le dernier critère fait vraiment défaut). Rappelons ici que DELL ferme son centre d’assemblage irlandais de Limerick (environ 15 ans après son débarquement) pour l’implanter en Pologne, où les coûts salariaux sont nettement inférieurs : gageons que dans 15 ans celui-ci pourrait aussi fermer pour un transfert en Turquie ! (relire à ce stade nos notes politiques titrées « le oui à la Turquie de Michel ROCARD l’idiot utile ») 

« Une chose est certaine cependant, la seconde transformation structurelle fondamentale de la mondialisation en cours est la constitution de firmes qui (…) localisent leurs diverses activités de plus en plus strictement en fonction des avantages que tel territoire, telle ville, présente à leurs yeux pour ce genre d’activité. Elles engendrent donc une compétition généralisée entre les territoires pour les retenir et les attirer. » (p.38-39)

On ne peut cependant parler d’une économie mondiale, ne serait-ce qu’à cause du marché du travail qui demeure « local ».

 

Quel est l’impact de la mondialisation sur les inégalités entre territoires ? Les chiffres présentés par GIRAUD sont très clairs : le PIB par habitant en l’Asie par rapport à celui des pays industrialisés riches monte vite, quand ceux de l’Afrique, du Moyen-Orient, de l’Amérique Latine stagnent ou baissent. 

Et les inégalités internes à chaque territoire ? Elles augmentent presque partout.

« Nous soutiendrons à rebours que la mondialisation actuelle n’unifie pas le monde. Elle est un puissant processus de redistribution des inégalités internationales et sociales, fait d’émergences rapides et de décrochages. Elle redéfinit les lignes de fracture. Elle fragmente le monde. » (p.47-48)

 

Alexandre ANIZY

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