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notes culturelles

Le chuchoteur de Donato Carrisi

Publié le par Alexandre Anizy

Tout Carrisi est déjà dans son premier roman.

Ayant écrit une thèse sur un tueur en série, en bon intellectuel producteur Donato Carrisi y puisa la matière pour un roman, Le chuchoteur (Livre de poche, février 2024), qui le propulsa au firmament du marché de l’édition. Sur une documentation solide, il bâtit un ouvrage de grande qualité dans le genre, prenant soin de la dynamique pour scotcher le lecteur.

 

Alexandre Anizy  

 

Note sur l'île des âmes et question sur Pulixi

Publié le par Alexandre Anizy

Le cas Pulixi nous intrigue.

 

Nous étions tellement étonnés de la faible qualité du livre de Piergiorgio Pulixi (La librairie des chats noirs, lire ici ), que nous décidâmes d’en lire un deuxième par acquit de conscience.

Grand bien nous fasse ! Ayant reçu le prix Scerbanenco, L’île des âmes (poche Totem n° 214, en livrel) fut notre choix heureux, puisque ce polar est vraiment à la hauteur de la présentation dithyrambique de l’éditeur : nous avons à la fois l’architectonique complexe et le style soigné. Exemple :

« Le feuillage des arbres avait cessé de bruire. Même la stridulation des insectes s’était atténuée, jusqu’à se fondre dans un silence surnaturel qui recouvrait comme un sortilège la trouée encaissée entre les collines. Une lune gibbeuse imbibait le plateau d’une lueur argentée qui faisait ressortir la silhouette de l’être humain recroquevillé par terre, couvert de toisons de moutons et encerclé d’une nuée de moucherons. » (p.10/466)

 

Mais du coup, une question lancinante nous taraude : Piergiorgio Pulixi ne serait-il pas une nouvelle Carmen Mola (lire ici ) ?  En effet, si on écarte l’hypothèse de la fumisterie, est-ce la même personne qui a écrit les 2 livres ?

 

Alexandre Anizy  

 

Un oeil sur Bernard Minier

Publié le par Alexandre Anizy

Peu de choix dans la boutique de presse de la station savoyarde. Alors on a replongé dans Bernard Minier.   

 

Précisément dans Un œil dans la nuit (Pocket, avril 2024), dans lequel nous retrouvâmes les qualités et la faiblesse de l’auteur : lire ici .

 

Alexandre Anizy  

 

L'éducation de Donato Carrisi

Publié le par Alexandre Anizy

Dans notre période italienne, il eût été dommage de le rater.

 

Dans cet hiver 25-26, Donato Carrisi fut une agréable découverte avec L’éducation des papillons (Livre de poche, octobre 2025) : un texte consistant, une intrigue bien ficelée, une écriture soignée. Du bel ouvrage, quoi !

 

Alexandre Anizy  

 

La librairie de Piergiorgio Pulixi

Publié le par Alexandre Anizy

Ce jour-là, l’idée était de découvrir un auteur.

 

Le format et la couverture de La librairie des chats noirs de Piergiorgio Pulixi (poche Totem, octobre 2025) attirèrent notre attention, la présentation en tête d’ouvrage acheva de nous convaincre que nous pouvions tenter le coup.

 

Las ! L’auteur pratique sans modération le « name and book dropping », ce qui est appréciable pour les lecteurs entrant dans le genre policier, et il ne s’est pas beaucoup foulé pour l’intrigue. Ainsi lors du dénouement, on apprend qu’une partie de l’enquête fut « off book » ! Pour le style, c’est du même acabit.  

 

Dans la quête d’un nouvel auteur, on ne gagne pas à tous les coups.

 

Alexandre Anizy  

 

Le palais de Donna Leon

Publié le par Alexandre Anizy

Une Américaine, qui écrit principalement sur Venise, se coltinant les « années de plomb », le projet n’était-il pas trop ambitieux ?

 

Diantre ! Donna Leon plonge son policier dans la récente histoire terrible de l’Italie, selon la 4ème de couverture : « Mais en menant l’enquête, le commissaire découvre avec stupeur que le défunt avait une fascination malsaine pour les années de plomb… »  Le palais de l’infortune, Points poche, juin 2025.

 

Avec sagesse, l’autrice est restée dans sa manière : une attention aux caractères des personnages, une écriture soignée. C’est déjà pas mal.

 

Alexandre Anizy  

 

Christian Dotremont

Publié le par Alexandre Anizy

Juste celui-là en avant-goût, rien de plus.   

 

L’avant-matin

« … une émeute d’amour … », Lamartine en 1848

 

J’écris à toi, ma Chine à écrire l’amour,

et c’est toi que j’écris, toi qui par-dessus l’aube

écris mon nom avec les froufrous de ta robe,

en crevant le soleil comme un cerceau de jour.

 

Ecuyère de ton mystère, et de mon ombre,

tes cheveux d’Amazone infinie et de feu

plus noir que le Thibet, plus haut que Lao-Tseu,

dessinent lentement de nos baisers le nombre.

 

Et pourtant j’ai repris mon encre et mon talent,

ma solitude, et j’ai repris mes vingt-cinq lettres,

pour ajouter la voix de quelques hexamètres

au souffle de ce cœur qui était un cœur lent.

(…)

 

Christian Dotremont

(Les grandes choses, anthologie poétique 1940-1979, Poésie/Gallimard, 2025)

 

 

Une leçon de Han Kang

Publié le par Alexandre Anizy

A Hyo, hiver 2002

 

Et si la mer venait jusqu’à moi

S’est demandé l’enfant

Apeuré

Elle déferlait de loin, de très loin

Elle déferlait

L’enfant pensait qu’elle continuerait

De monter jusqu’à nous

 

La mer n’est pas venue jusqu’à toi

Mais en déferlant

Elle te semblait monter sans fin

Tu t’es abrité derrière mes jambes

Comme si moi

Je pouvais te protéger

De toute chose

Même de la mer

 

Lorsque tu tousses à t’étouffer

Quand tu rends tout ce que tu as mangé

Tu appelles maman, maman

En sanglotant

Comme si moi

J’avais le pouvoir de te protéger des dangers

 

Bientôt, hélas

Tu te rendras compte

Que tout ce que je peux faire

C’est me souvenir

De cette houle géante

Du temps qui passe

De ce qui croît

Et face à ce qui disparaît

Et à ce qui naît

Me souvenir que nous étions ensemble

 

Il s’agit seulement de garder inscrits dans mon corps

Depuis toujours un corps de sable

Ces moments qui sont des perles irisées

Cette intimité d’un temps ensemble étreint

 

 

Ne t’en fais pas

La mer n’est pas encore venue

Au point de nous emporter

Nous resterons tous deux ensemble

A ramasser d’autres cailloux, d’autres coquillages

A sécher nos chaussures mouillées par les vagues

A secouer le sable rugueux

Puis de temps en temps

Effondrés

A essuyer nos larmes de nos doigts sales

 

Han Kang

Ces soirs rangés dans mon tiroir, Grasset, 2025

 

Grève de la vie d'Abdellatif Laâbi

Publié le par Alexandre Anizy

Le soleil se meurt  

 (extrait)

(…)

Il y aura

au fond d’une grotte ou d’un désert

le survivant attitré des holocaustes

catastrophes nucléaires

épidémies informatiques

D’aucuns imaginent déjà son bonheur

l’affublent de l’ingéniosité de Crusoé

l’incitent à quitter son trou

pour rééditer la genèse

faire sortir de sa cuisse la femelle

et concevoir

Mais lui finit par se coucher

se recouvrir de sable

Il décide d’entamer

La grève de la vie

(…)

 

Abdellatif Laâbi

L’arbre à poèmes, Poésie Gallimard, 2022

 

 

Esquisse du soir de Han Kang

Publié le par Alexandre Anizy

Esquisse du soir

 

Certains soirs sont couverts de sang

(Comme s’ils avaient été peints par l’aube)

 

Si nos yeux pouvaient voir en noir et blanc

 

Sensibles aux innombrables nuances

Qui s’échelonnent entre le noir et le blanc

 

L’obscurité revêtirait l’une après l’autre les minces couches de notre misère

 

La tranquillité

De celui qui marche sous l’unique réverbère

Et même l’interminable enfer

Auraient la couleur des fantômes

 

Le réverbère lui-même serait blanc

 

L’espace alentour serait plongé dans un mutisme gris cendré

 

Et tout ce qui avait mouillé nos yeux

Sombrerait dans un silence noir

 

Han Kang

Ces soirs rangés dans mon tiroir, Grasset, 2025

 

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