Quatrains d'Omar Khayyâm
Quelques-uns de Robâiyât (Babel, 2008) du célèbre savant poète iranien, que nous annotons parfois malicieusement.
14
Nous étions un peu d’eau placée dans les reins
D’où nous sommes sortis par le feu de la passion.
Et pas plus tard que demain notre poussière sera emportée par le vent :
Passe donc dans la joie cet espace de deux souffles grâce au vin.
Bien des membres de l’élisphère ont perdu le sens de l’humilité, hélas !
18
Ceux qui déploient leurs efforts dans le domaine de l’intellect,
Se livrent à une vaine tentative : est-ce possible de traire un bœuf ?
De nos jours, l’intelligence se vendant à bas prix,
Mieux vaut qu’ils s’accoutrent comme des imbéciles !
Hélas ! Jason Arday n’avait pas lu non plus Omar Khayyâm.
66
Si l’on peut se procurer un pain pour deux jours
Et un peu d’eau fraîche au fond d’une cruche ébréchée,
Alors pourquoi faut-il se soumettre à son subalterne ?
Pourquoi être au service de son égal ?
Par servitude volontaire, a dit La Boétie.
166
Pourquoi tant de regrets et de soucis à propos des biens de ce monde ?
As-tu vu quelqu’un y vivre de façon éternelle ?
Même ces quelques souffles dans ton corps ne sont qu’un prêt.
Un prêt, il faut le traiter comme tel.
L’élisphère de jadis ne se voyait-elle pas comme usufruitier ?
616
Tout ce que tu me dis procède de ta haine.
Tu ne cesses de m’appeler hérétique, homme sans foi.
Moi, j’avoue être tel que je suis.
Sois juste, peux-tu en dire autant quant à toi ?
Puisque l’Enfer c’est les autres, les feux couvants ne sont-ils pas en train de se déclarer ?
497
Echanson ! (apporte-moi) une coupe, le monde n’est qu’un souffle.
Même si la joie ne dure que le temps de ce souffle, elle nous suffit.
Prends ton plaisir de tout ce que la vie t’offre.
Car le monde ne sera jamais conforme aux désirs de quiconque.
Pour les dirigeants d’aujourd’hui, retour au quatrain 18 !