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A l'hôtel Franz Bartelt

Publié le par Alexandre Anizy

            L'aubergiste ardennais invite les curieux à une dégustation littéraire : qui refuserait quelques moments de bonheur ?

 

 

            Franz Bartelt vient de commettre un nouveau polar : Hôtel du grand cerf (Seuil, mai 2017, en livrel). Il embarque ses clients dans une histoire tarabiscotée, avec rebondissements inattendus, fausses pistes maîtrisées, désarroi instillé, et finalement moralité sauve.

            Fidèle à son style, l'auteur nous gratifie de quelques aphorismes comme :

 

« Il y a des moments où l'excès met un peu de grandeur dans les petitesses de l'existence. » (p.100/225)

 

 

            Franz Bartel est de retour sur les présentoirs : bramez-le sur toutes les places de France et de Navarre, voire sur vos pages Fessebouc !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Enrique Vila mi ha Matas (do)

Publié le par Alexandre Anizy

            Enrique Vila Matas ? 95 fois sur 100, on s'emmerde en le lisant.

 

 

            Nous admettons sans problème que cet auteur espagnol est un homme de génie, un romancier immortel, mais qu'on aille chercher du plaisir dans Mac et son contretemps (Christian Bourgois éditeur, 2017, en livrel), là où il n'y a que brio architectonique, plume acérée et culture encyclopédique, n'est que pure perversion intellectuelle !

 

            Alors, ayant passé l'âge des Blue whale challenges débiles, comme lire l'œuvre de Sartre en un mois ou mourir d'ennui jusqu'au point final de Mac et son contretemps, nous avons fermé le livrel à la page 66 et décidé de nous venger d'un désagréable moment en rédigeant ce billet assassin.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

PS : Enrique Vila Matas est un paradoxe : lui qui a raillé ailleurs le travers français (chaque romancier a sa théorie du roman) se prostitue ici pour les dépasser dans la connerie.

Arturo Perez-Reverte est moderne

Publié le par Alexandre Anizy

            Deux hommes de bien en valent un.

 

 

            Cela faisait longtemps que nous n'avions pas ouvert un livre d'Arturo Perez-Reverte, et à force de voir la couverture dans quelques boutiques culturelles, il vint un moment où l'envie de savoir de quoi il en retournait nous brûla les doigts : Deux hommes de bien (Seuil, 2017, en livrel) finit dans notre liseuse.

 

            Avant d'embrasser la carrière d'écrivain, Arturo Perez-Reverte faisait le reporteur sur les théâtres des opérations : l'odeur du sang lui est passée pour son plus grand bien, et celui de ses lecteurs. Mais il n'est pas sûr qu'il ait changé puisqu'après tout "L'écriture est une secrète guerre intérieure" comme pourrait dire Enrique Vila Matas (ce romancier ratiocinant parfois plus que de raison), ajoutant qu'elle a tout de même "le mérite de ne pas vous mettre dans la lunette d'un tireur à la ligne de front", parce qu'il a de l'esprit.

 

            Dans son enfance, Perez-Reverte a dû lire des romans de cape et d'épée, comme Jean-Sol Partre, ce qui expliquerait son penchant chevaleresque ; plus tard, son parcours professionnel le ramena à une vision humaine des conflits absurdes qui n'ont rien de glorieux. Aujourd'hui son monde privilégie la tempérance appropriée (Cf. son commentaire sur le terrorisme) : Deux hommes de bien lui donne l'occasion de l'exposer dans le cadre de la pré-Révolution française.

 

            Du coup, avec notamment le personnage de Bringas, son livre est furieusement d'actualité.

 

 

Alexandre Anizy

Bellevue à Mali Lošinj

Publié le par Alexandre Anizy

            Découvrir la Croatie en séjournant au Bellevue, il y a des débuts plus difficiles.

 

 

            En conformité avec le principe du blog, il nous arrive de commettre quelquefois des actes gratuits qui semblent éloigner de nos préoccupations : en réalité, il faut aussi les prendre en considération pour oser un schéma général de notre philosophie,

et surtout ne pas faire comme le crétin de la Toile (hou hou méfions-nous les flics [de la pensée] sont partout ― chantait Ferrat) qui prétend démystifier l'économie en qualifiant de gauchiste un intellectuel qu'il ne connaît pas (ni vraiment lu, ni croisé dans la vie),

parce que nos billets de voyageur signalent par exemple une volonté d'harmonie épicurienne dans notre utopie.

 

            Aujourd'hui nous souhaitons vous indiquer le restaurant gastronomique de l'hôtel Bellevue (5 *) sur l'île de Mali Lošinj (Croatie) : le menu à la carte ne dépareillerait pas le tableau Michelin des "1 étoile".

 

 

Alexandre Anizy

Hisser le pavillon de William Elliott

Publié le par Alexandre Anizy

            Au Touquet, il n'y a qu'une étoile : William Elliott.  

 

 

            Après avoir passé un agréable moment et savouré des plats de haute tenue au restaurant du Westminster, on se demande pourquoi les experts ne passent pas l'établissement au niveau supérieur.

            Cette bégueulerie cacherait-elle un ostracisme à l'égard des gens du Nord ? Dans ce cas, sûr que Bel-Ami jupitérien, maître ès relations publiques, y mettra le holà...

 

            Pour nous ce soir-là, le foie de canard rôti avec huitre Régis Borde, suivi d'un ris de veau excellemment présenté, trouvèrent une conclusion personnalisée dans un gâteau chocolat & fruits rouges. 

 

            Puisque William Elliott  a déjà sa brigade et la modestie des grands chefs, il manque une étoile à sa toque.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Sous Jane Harper exactement

Publié le par Alexandre Anizy

            La canicule, précisément.

 

 

            Les éditions Kero viennent de sortir Canicule (janvier 2017, livrel à 14,99 € - trop cher !), le premier polar de l'anglo-australienne Jane Harper : une architectonique béton, un style travaillé. Que demander de plus ?

 

 

 

 

Alexandre Anizy

Avec Michael Connelly le dernier Gérard Laveau

Publié le par Alexandre Anizy

            Il n'est jamais trop tard pour découvrir.

 

 

            Gérard Laveau a décidé d'achever le cycle des enquêtes du détective Amer dans un opus de bonne facture : L'ogre de la plage (éditions du Net, juillet 2017, 20 €). Il vaut bien le Michael Connelly : Jusqu'à l'impensable (Calmann-Lévy, juin 2017, 21,90 €).

 

 

 

 

Alexandre Anizy

Pour Marcia de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            Et en souvenir d'une autre (AA).  

 

Le poème Elleenlèvejamaissamontre

Pour Marcia   

 

Parce que tu as toujours une montre

accrochée à ton corps, il est normal

que tu incarnes pour moi

            l'heure juste :

avec tes longs cheveux blonds à 8h03,

et tes seins affolants à

11h17, et ton sourire rose-miaou à 5h30,

            je sais que j'ai raison.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

Des nouvelles de Gavalda et Brina Svit

Publié le par Alexandre Anizy

            Gavalda et Svit, deux femmes qui parlent des femmes. Mais pas que, heureusement.   

 

 

 

            Fendre l'armure est le titre du nouveau recueil de nouvelles d'Anna Gavalda (Le Dilettante, 2017, en livrel). Elle attaque fort avec "l'amour courtois" :

            « J'avais pas du tout envie d'y aller. J'étais crevée, je me sentais moche et en plus, j'étais pas épilée. Dans ces cas-là j'assure que dalle et comme je sais que je vais rien choper, je finis toujours défoncée comme un terrain de manoeuvres.

            Je sais, je suis trop délicate mais bon, c'est plus fort que moi, si je suis pas nickel et la chatte au carré, je m'accorde aucune ouverture. » (quasiment l'incipit)

            Là on se dit qu'elle aura du mal à tenir la distance, côté style, car même en nouvelle, il faut tenir. Mais elle tint :

            « (en vrai je ne suis pas vraiment la responsable, mais comme il habite en face de Notre-Dame et moi derrière le Stade de France, je me suis sentie obligée de rééquilibrer un peu les mangeoires.) » (p.12/161);

et termine en beauté :

            « Je soufflais sur mes doigts, je me souriais, je me motivais. Allez, que je me disais, allez... Cette fois, c'est différent, tu t'es fait blasonner.

Quand même.

C'était plus classe. » (p.27/161)

 

            Nous aurions pu parler de "Mon chien va mourir", une histoire pour âmes sensibles que Gavalda traite avec délicatesse, de "La maquisarde" aussi... Mais bon, vous le savez bien, Anna sait y faire pour fendre le coeur des lecteurs !

 

 

            Cette semaine-là, nous enchaînâmes avec Nouvelles définitions de l'amour de Brina Svit (Gallimard, janvier 2017, en livrel ― forcément trop cher avec Antoine !), qui prolongea notre plongée dans l'air féminin du temps, puisque Gavalda aurait pu écrire ceci :

            « Par manque d'amour, tout simplement. L'amour, ça s'arrose aussi, jour après jour, comme les salades. » (p.17/163)

            Mais Brina peut être beaucoup plus sérieuse, comme lorsqu'elle fait référence à son compatriote :

            « La pensée comme rage du désespoir est la seule vision pertinente pour ce moment historique de la crise grecque, écrivait son auteur, le philosophe slovène Slavoj Žižek. Le vrai courage n'est pas d'imaginer une alternative, mais de reconnaître qu'il n'en existe pas, et d'en tirer des leçons. » (p.19/163)

            Dans "l'été de Sonia", il semble qu'un type va faire preuve d'un peu de courage :

            « Il va la laisser partir, sans bouger, écoutant le bruit de ses pas et de la porte d'entrée qui va se refermer derrière elle.

― Mais c'est qui, cette femme ? On dirait une caissière de Monoprix.

― De G20, répond-il avec tendresse, en se levant enfin, enfilant le pantalon qui a glissé au pied du lit, et quittant la chambre à son tour. » (p.47/163)

Ce sera son grain de folie, à lui. Peut-être.

            Evidemment, Svit n'a pas pu s'empêcher de glisser du tango !

http://www.alexandreanizy.com/article-visage-slovene-de-brina-svit-124807375.html

 

 

            Mis à part le fait que Brina Svit soit plus nombriliste qu'Anna Gavalda, il n'en demeure pas moins qu'en les lisant on ressent une communauté de perception chez elles.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Les airs d'Ingrid Astier

Publié le par Alexandre Anizy

            Avec Ingrid Astier, en est-ce vraiment ?

 

            Voilà un écrivain qui maîtrise sa communication (Cf. sa page Wikipédia ) mais qui se ment un peu lorsqu'il dit qu'en se consacrant à l'écriture, c'était « un saut dans le vide, sauf que je ne savais pas si j’avais un parachute », puisque le chemin est assez balisé quand on a fait Henri IV et ENS... Passons.

 

            Haute voltige est le nouveau polar d'Ingrid Astier, publié chez Gallimard (mars 2017, en livrel à 14,99 € - trop cher, Antoine !). Pour tout vous dire, nous avons failli lâcher la liseuse à la page 9/533 après avoir lu ça :

            « La vie n'est qu'une longue chasse à courre. Pour ne pas se faire dévorer, il faut juste être du bon côté.

Les voitures s'engagèrent dans l'allée rythmée par les fûts des platanes. Sous les pneus, le gravier crissa comme du verre brisé. »

Nous pensâmes alors à une chronique de Patrick Besson (1) qui traitait des pneus dans les romans... et Ingrid Astier qui enfilait les trivialités. C'était un week-end pluvieux et frisquet. Alors nous résistâmes à l'envie de fermer le livrel.   

 

            Et soudain face au vent, le héros solitaire sur les toits de Paris nous intéresse vraiment, surtout quand il accepte le casse de l'atelier d'Enki Bilal (2). Il le fera après avoir participé à un combat de chessboxing , s'être entrainé sur le jeu de Svetozar Gligorić (3), etc.

A ce moment-là, le travail d'enquêtes et de documentation de l'auteur finit par tenir le lecteur qui veut savoir si le monte-en-l'air serbe va s'en sortir... (on ne va pas vous gâcher le plaisir !)

 

Alexandre Anizy

 

(1) Une association d'idées balkaniques, sans doute.

(2) Depuis 35 ans environ, nous considérons Bilal comme un génie de la BD !

(3) Grand joueur d'échecs serbe.