Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Esquisse du soir de Han Kang

Publié le par Alexandre Anizy

Esquisse du soir

 

Certains soirs sont couverts de sang

(Comme s’ils avaient été peints par l’aube)

 

Si nos yeux pouvaient voir en noir et blanc

 

Sensibles aux innombrables nuances

Qui s’échelonnent entre le noir et le blanc

 

L’obscurité revêtirait l’une après l’autre les minces couches de notre misère

 

La tranquillité

De celui qui marche sous l’unique réverbère

Et même l’interminable enfer

Auraient la couleur des fantômes

 

Le réverbère lui-même serait blanc

 

L’espace alentour serait plongé dans un mutisme gris cendré

 

Et tout ce qui avait mouillé nos yeux

Sombrerait dans un silence noir

 

Han Kang

Ces soirs rangés dans mon tiroir, Grasset, 2025

 

Norferville de Franck Thilliez

Publié le par Alexandre Anizy

Pour une raison contingente, un livre de Franck Thilliez est tombé dans notre besace. Alors nous l’ouvrîmes.

 

Il s’agit de Norferville (Pocket, 2025) : une architectonique peaufinée, un rythme tenu, un style soigné (ci-dessous, l’échantillon pris au hasard).  

 

« Le Blitz avait traversé le temps. Il s’était agrandi et, malgré le changement de propriétaire, avait gardé son aspect vintage, comme une institution de Norferville à laquelle il ne fallait pas toucher. L’usure des tables en fer, les photos jaunissantes dans les cadres témoignaient d’un folklore révolu qui plaisait à la nouvelle vague d’habitants. Les machines à sous trônaient toujours à leur place, mais plus nombreuses et plus modernes. Plus colorées et plus bruyantes aussi, pour inciter à la consommation et instaurer une autre forme de dépendance. Pour Léonie, c’était un retour en arrière nostalgique et douloureux. Elle avait vécu ici les meilleurs moments de sa jeunesse, comme les pires. » (p.175)  

 

Nous ne regrettons pas le temps passé avec cet auteur.

 

Alexandre Anizy

 

La scène de Stéphanie Le Quellec

Publié le par Alexandre Anizy

            Par une belle journée automnale, nous descendîmes dans les entrailles de la chef Stéphanie Le Quellec, joliment mises en Scène y compris dans les assiettes. Le talent est là, et fol qui le nierait. Par exemple, nous retenons sa brioche fourrée façon pain perdu avec brin de caviar, et son sorbet de ratatouille sur aubergine.

Toute la partition est jouée avec brio. C’est peut-être là le premier danger pour Mme Le Quellec : cabotiner par l’étalage de technique. Le second serait de noyer l’inspiration directrice dans une débauche de saveurs. Un exemple ? La sauce de son ris de veau est comme un feu d’artifice, qui égara notre mémoire.

            N’empêche ! Pour le moment, déjeuner en paix chez Mme Le Quellec demeure un plaisir.

 

Alexandre Anizy  

L'eau de Rutger Kopland

Publié le par Alexandre Anizy

L’eau

 

Comme avec l’eau même, jouer

avec la pensée qu’on saura un jour

enfin ce que c’est.

 

Ç’a été la pluie, une rivière, une mer,

ici c’était, ici je l’ai vu

 

et je vois de l’eau et ne sais ce que c’est

 

Rutger Kopland

(La chimie de l’âme, poésie/Gallimard, mars 2025)

 

Succomber à Tentazioni du chef Pireddu !

Publié le par Alexandre Anizy

Par une belle soirée fraîche de septembre, nous nous dirigeâmes d’un pas léger vers notre destination : une accroche présomptueuse nous avait incités à réserver chez Tentazioni à Bordeaux.

Bonne pioche ! Grâce au chef étoilé Giovanni Pireddu, nous pensons définitivement que la cuisine italienne peut rivaliser avec le meilleur de la gastronomie française.

Pour apprécier pleinement le voyage culinaire, nous vous recommandons vivement de choisir le menu 6 services avec l’accord mets - vins, puisque la carte des vins est intéressante (par exemple le Tagos : un vin sicilien de vendange tardive au goût vraiment particulier).  

 

Amis bordelais et d’ailleurs, n’hésitez pas à succomber à Tentazioni !

 

Alexandre Anizy  

 

Les âmes féroces de Marie Vingtras

Publié le par Alexandre Anizy

            Marie Vingtras fut récompensée à juste titre.

 

Comme nous avions apprécié Blizzard (éditions de l’Olivier, 2021), le cadeau reçu cet été tombait à pic, puisque nous venions d’écouter Marie Vingtras sous une tente installée près de l’Aqualud (cette horreur architecturale du front de mer du Touquet). Répondant à une question, elle affirmait ne pas avoir de plan détaillé lorsque commençait son travail d’écriture. Pour Les âmes féroces (2024), elle n’avait qu’un impératif : les 4 saisons.

Nous lûmes avec plaisir son roman chorale et, nous souvenant mieux de Blizzard, la réponse laconique devenait évidente.

Pour le prochain, madame devrait quand même changer le canevas.

 

Alexandre Anizy  

 

Le nouvel Ante Tomić

Publié le par Alexandre Anizy

Après la daube livresque avalée sur le sable chaud des stations balnéaires, vous avez peut-être besoin d’un rafraîchissement pour évacuer tout ça ? Un livre léger fabriqué sérieusement ?

Notre prescription : Ante Tomić, Les enfants de Sainte Marguerite, Noir sur Blanc, 2024.  

 

Alexandre Anizy  

Chez Mavrommatis dans le 5e de Paris

Publié le par Alexandre Anizy

Il faisait beau ce samedi-là, lorsque nous pénétrâmes dans le temple parisien de la gastronomie hellénique à la limite du 13ème, vers le bas de la rue Mouffetard : Mavrommatis.

Nous y passâmes un agréable moment, en savourant le menu « Découverte » : délicatesse des mets, esthétique du dressage.

Le service en salle est vraiment excellent : ne s’est-il pas mis en quatre pour concocter un ersatz de café landais pour notre plaisir ? 

 

Alexandre Anizy  

Un cannibale qui lit Abdellatif Laâbi

Publié le par Alexandre Anizy

Il y a un cannibale qui me lit  

 

Il y a un cannibale qui me lit

C’est un lecteur férocement intelligent

un lecteur de rêve

Il ne laisse passer aucun mot

sans en soupeser le poids de sang

Il soulève même les virgules

pour découvrir les morceaux de choix   

Il sait lui que la page vibre

d’une splendide respiration

Ah cet émoi qui rend la proie

alléchante et déjà soumise

Il attend la fatigue

qui descend sur le visage

comme un masque de sacrifice 

Il cherche la faille pour bondir

l’adjectif de trop

la répétition qui ne pardonne pas

Il y a un cannibale qui me lit

pour se nourrir

 

Abdellatif Laâbi

L’arbre à poèmes, Poésie Gallimard, 2022 

 

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>