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Europe : le peuple a compris, l'oligarchie se défend

Publié le par Alexandre Anizy

 

Les peuples, bien qu'ignorants, sont capables de vérité, disait Machiavel.

Le sondage de l'IFOP du 19 mai 2011 (une commande de l'Association Manifeste pour un débat sur le libre échange), intitulé « les Français et le protectionnisme économique », n'a pas vraiment eu les honneurs des médias, puisqu'il dérange.

 

Pensez donc : 84 % des Français jugent que l'ouverture des frontières a eu des conséquences négatives pour l'emploi (concernant les 10 prochaines années, jugement négatif pour 75 %) ; idem pour 78 % concernant le niveau des salaires.

Le questionnaire étant bien fichu (l'Association ne doit pas être étrangère à cette qualité), il montre la cohérence des idées économiques des Français, notamment quand 65 % d'entre eux demandent une augmentation des droits de douane (pour les pays émergents, comme la Chine et l'Inde) : pour 80 % d'entre eux, c'est au niveau européen qu'il faut taxer, et si le reste de l'Europe ne veut pas agir, alors 57 % des Français pensent qu'il faut le faire au niveau national.

Vous trouverez ce sondage IFOP sur Internet (avec tous les détails).

 

 

Depuis le "NON" au référendum de 2005 (sur la Constitution de l'UE), on sait que l'oligarchie n'hésite pas à contourner un résultat qui ne lui convient pas pour continuer sa fuite en avant, suicidaire pour les peuples européens mais pas pour elle. Alors, concernant ce choix de politique économique comme sur bien d'autres, vous constaterez qu'elle présente un front uni PSUMP (ou UMPPS si vous préférez).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Guillaume Duval un Alternatif doxique

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le rédacteur en chef d'Alternatives économiques, le dénommé Guillaume Duval, vient de commettre un article que n'importe quel représentant de la pensée unique soutiendra : "pour l'euro, avant qu'il ne soit trop tard" (in Libération du 15 juillet, le journal de l'éleveur sarkozyen Edouard de Rothschild et du milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy, prétendument à gauche et normalisé par un petit Nicolas).

 

Comme toujours avec ces gens-là, on enquille les mêmes assertions que les faits ont démenties. Prenons deux exemples.

« En 1999, l'avènement de l'euro avait pourtant marqué une rupture décisive avec la conception libérale de l'Europe-marché : les Etats acceptaient - enfin - de se doter d'institutions communes fortes dans un domaine central (…). »

En quoi la création d'une monnaie et d'une banque centrale représenterait-elle une rupture avec le libéralisme ? Ce n'est pas le journaliste Duval qui perdra le lecteur dans les méandres d'une démonstration, puisqu'il n'y en a pas.

« On a aussi pu vérifier qu'avec l'euro l'Europe n'était pas devenue allemande (...) » La preuve selon lui ? « c'est le président de la Bundesbank qui a démissionné (...) »

Pour Guillaume Duval, une hirondelle qui part fait le printemps européen … Le niveau de la réflexion atteint des sommets, n'est-ce pas ?

NB : au passage, signalons l'emploi du procédé habituel des propagandistes fédéralistes (à savoir l'amalgame entre anti-euro, nationaliste, populiste, néofasciste), lorsque le rédacteur "alternatif" stigmatise les « adversaires [de l'Europe qui flattent] le chauvinisme supposé des Français » …

 

Pour rire d'une grenouille étrange qui ne joue pas dans sa catégorie, citons une autre affirmation pour une fois argumentée :

« (…) l'euro nous a apporté de nombreux bénéfices. Les taux d'intérêt ont été ramenés à des niveaux historiquement bas (...) » ;

Oui, mais comme le souligne aussitôt le journaliste :

« C'est d'ailleurs une part du problème d'aujourd'hui : ces taux étaient même trop bas (...) »

Mais monsieur Duval, si l'avantage est aussi un désavantage, où est le bénéfice ? En arithmétique, +1-1=0, n'est-ce pas ?

 

 

Contribuant à la saturation du bruit médiatique avec les penseurs doxiques, le pseudo alternatif mais vrai chef Guillaume serait-il un agent dormeur ?

 

Alexandre Anizy

 

"le joueur d'échecs" de Stefan Zweig

Publié le par Alexandre Anizy

« Le joueur d’échecs » de Stefan Zweig (Stock, bibliothèque cosmopolite, 1988, 112 pages, 38 FRF) est une friandise à emporter dans un train ou un avion, puisque l’histoire se passe sur un bateau.

 

Pas sûr qu’on se remette aux échecs après cette lecture.

 

Alexandre Anizy

 

"le maître ou le tournoi de go" de Kawabata

Publié le par Alexandre Anizy

C’est à cause de Kawabata et de son livre « le maître ou le tournoi de go » (en poche) que nous avons goûté à la prose de Shan Sa (lire notre précédente note sur « la joueuse de go »).

Comparer ces deux livres serait une offense au talent de Kawabata.

 

Car chez Kawabata, la partie entreprise par les deux joueurs d’exception dépasse le cadre délimité du damier pour proposer une réflexion mélancolique sur le passé, une méditation sur la mort. Cette partie a réellement eu lieu en 1938 et elle demeure célèbre dans le milieu du jeu de go, comme le duel Fisher / Spassky aux échecs. 

Mais le livre de Kawabata n’est évidemment pas un article de presse rendant compte de la bataille terrible : il présente une psychologie des guerriers, leur environnement, le comportement des épouses et des spectateurs.

 

Pour vous donner un aperçu du style et des questions que le récit soulève, voici un très court extrait :

 

« Dans le milieu des jeux de compétition, le spectateur aurait tendance à prêter à ses héros des pouvoirs quasi surnaturels. Opposer des adversaires de talents équivalents suscite un certain intérêt, mais ce qu’on espère vraiment, n’est-ce pas un être inégalable ? » (p.52)

 

Bonne question, n’est-ce pas ?

 

Alexandre Anizy

 

 

La joueuse de go de Shan Sa

Publié le par Alexandre Anizy

Si Shan Sa n’avait pas été recrutée par Balthus, aurait-elle joui d’une telle aura dans le milieu littéraire dès son apparition ? A la lecture de son roman « la joueuse de go » (Grasset, août 2001, 343 pages, 19,50 €), nous en doutons.

 

C’est une bluette, ni plus ni moins affligeante que « la bicyclette bleue » de Régine DESFORGES. Le style est lassant dans son minimalisme : peu de phrases ont une proposition subordonnée.

 

Exemple :

« Il devait être tard mais j’ignorais l’heure. Le silence me pesait. Il faisait chaud. Je me levai et allai tirer les cloisons ouvrant sur la véranda.

La lune était ceinte de nuages opaques. Dans l’obscurité, le coassement des crapauds répondait aux soupirs des grillons. Je fermai les portes et regagnai ma couche. » (p.113)

 

Apprend-on beaucoup sur la situation politique de la Mandchourie ? Non.

Sur les conditions sociales ? Non plus.

Sur les subtilités du jeu de go ? Pas vraiment.

Sur la psychologie des joueurs ? Un peu.

Alors ?

Le contexte sert à dramatiser un amour improbable.

Et l’invraisemblance de la fin de l’histoire parachève la légèreté du récit.

 

Néanmoins, on peut comprendre que l’exotisme de SHAN SA intéresse.

 

 

Alexandre Anizy

 

Rezvani en échec

Publié le par Alexandre Anizy

Rezvani est un artiste complet : il sait tout faire.

Cependant, nous déchantâmes à la lecture de son roman « fous d’échecs » (Acte Sud, 1997, 271pages, 128 FRF).

 

Si on comprenait la raison de cette construction romanesque, le style rebutait.

Alors dans ce cas, sans hésitation, on ferme le livre à mi-parcours.

Le temps nous est compté. Comme à tous.

 

 

Alexandre Anizy

 

L'intranquillité lexicale de Philippe Lefait

Publié le par Alexandre Anizy

 

En répondant favorablement à une "commande" d'un éditeur, Philippe Lefait nous a gratifié d'un « petit lexique intranquille de la télévision » (stock, avril 2011, bouquinel de 159 pages, 13,99 €) qui permet aux spectateurs innocents de découvrir les questions de médias à travers les interrogations subjectives d'un professionnel, qui essaie d'

« obtenir une parole qui ne soit pas celle que distillent dans la tournée des plateaux télévisés ces invités récurrents que vendent les services de presse est le désir de tout journaliste. » (P.L, page 70).

Le monde médiatique est en pleine mutation, mais l'auteur ne fantasme pas sur la plus-value démocratique des contributions citoyennes :

« Certains sujets nécessiteront toujours du temps, un savoir, une compétence, une expertise pour un nouveau journal, sur écran ou sur papier, recentré sur l'essentiel : une possibilité citoyenne de penser le monde. » (PL, p.127-128)

 

Malgré l'usure du temps, Philippe Lefait a gardé ses fureurs :

« elles sont intactes depuis trois décennies, font du bien et posent à l'infini la question de ce métier confronté au dévoiement de l'esprit public et au spectre facile de la république bananière. »

Nous lui en sommes gré.

 

Un journaliste-animateur, même du Nord – Pas de Calais, qui cite l'ardennais André Dhôtel ne peut pas être mauvais, nous n'en démordrons pas !

Que Philippe Lefait court pour bien nous entretenir.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

"à rebours" de Joris-Karl Huysmans

Publié le par Alexandre Anizy

 

Lire Huysmans est un plaisir qu'un lecteur raffiné doit connaître sous peine de passer pour un rustre, car personne n'oserait reprendre le flambeau d'une prose alanguie et daubeuse :

« Il est juste d'ajouter que si son admiration pour Virgile était des plus modérées et que si son attirance pour les claires éjections d'Ovide était des plus discrètes et des plus sourdes, son dégoût pour les grâces éléphantines d'Horace, pour le babillage de ce désespérant pataud qui minaude avec des gaudrioles plâtrées de vieux clown, était sans borne. » (« à rebours », Joris-Karl Huysmans, édité en 1884, bouquinel gratuit sur Feedbooks, page 30)

 

Mais qui se soucie encore de ratiociner sur les mérites des Anciens ? Qui s'intéresse aux activités d'un oisif décadent comme l'est Des Esseintes, l’antihéros de ce livre culte, qui méprise l'humanité :

« En même temps, il aperçut les libres penseurs, les doctrinaires de la bourgeoisie, des gens qui réclamaient toutes les libertés pour étrangler les opinions des autres, d'avides et d'éhontés puritains, qu'il estima, comme éducation, inférieurs au cordonnier du coin. » (à rebours, idem, p.9)

Se délecter de la prose ciselée de Huysmans dans « à rebours » est une parenthèse dans nos vies encombrées de futilités et d'obligations factices.

 

Être à rebours s'imposait aujourd'hui pour marquer cette millième note.

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Bernhard Schlink et l'élite allemande décomplexée

Publié le par Alexandre Anizy

 

En lisant « la circoncision » de Bernhard Schlink (Folio, septembre 2009, 85 pages), nous étions consternés par la banalité du thème et des propos : l'amour et ses difficultés entre un Allemand thésard à New York et une Américaine de confession juive dont la famille a connu l'enfer des camps.

 

Une fois le livre refermé, quelle en est l'écume ? En opposition au geste d'amour de l'Allemand, son énervement quand le passé infâme est évoqué.

En le publiant en 2003, Bernhard Schlink ne se plaçait-il pas dans la tendance politique de l'élite allemande décomplexée qui s'émancipe du passé nazi, puisque le temps aurait déjà fait son œuvre et que l'Allemagne aurait donné suffisamment de gages ? Sur ce sujet, n'est-il pas dans la ligne du philosophe Peter Sloterdijk ?

 

 

Alexandre Anizy

 

L'album du Graal dans la Pléiade

Publié le par Alexandre Anizy

Ceux qui ont la possibilité d’acquérir ou la chance de lire les albums « cadeaux » de la collection Pléiade, savent le soin apporté pour offrir un livre de qualité.

En 2009, « l’album du Graal » n’a pas failli à la tradition : richesse de l’iconographie, expertise du commentateur Philippe Walter.

 

Pour notre part, nous fûmes surpris en apprenant que la présence du graal ne serait pas l’apanage de l’abbaye de Glastonbury : « D’autres centres sur le continent ont pu relayer le mythe et l’attacher à d’autres sites significatifs. » (p.150) Notamment à Corbény, au sud-est de Laon. (Rappelons que le château du graal se nomme Corbénic).

« Le graal participerait ainsi de plusieurs propagandes royales antagonistes : celle des Plantagenêts en Grande-Bretagne et celle des Capétiens en France. » (p.150)

 

 

Alexandre Anizy