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Le prochain Grégoire Delacourt n'est pas dans la liste de mes envies

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le publicitaire Grégoire Delacourt a connu le succès en 2012 avec un court roman, la liste de mes envies (éditions JC Lattès, février 2012, livrel de 96 pages - sur un mobile). C'est tant mieux pour lui.

 

Mais en lisant l'ouvrage, nous restâmes insensibles à cette historiette mélodramatique dont le style très dépouillé, où les énumérations s'accumulent même en dehors de la fameuse liste, ne parvint pas à la sauver.

 

« Une fois, il m'a dit que j'étais belle. Il y a plus de vingt ans et j'avais un peu plus de vingt ans. J'étais joliment vêtue, une robe bleue, une ceinture dorée, un faux air de Dior ; il voulait coucher avec moi. Son compliment eut raison de mes jolis vêtements. » (p.8)

 

Pire. Plus nous lisions, plus nous pensions à un autre publicitaire dont l’œuvre cinématographique montre paradoxalement le plus profond mépris pour l'espèce humaine en générale, et les petites gens en particulier. Il s'agit d'Etienne Chatiliez. Une curieuse sensation pour un livre dit populaire.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Malades du management d'après Vincent de Gaulejac

Publié le par Alexandre Anizy

 

Ce sont deux conférences de Vincent de Gaulejac que les éditions Quae ont mises en forme dans un petit livre : la recherche malade du management (93 pages, 8,60 €).

 

Dès l'introduction, en rappelant les années 60 et 70, le problème est correctement posé :

« A IBM, il n'y a plus de chefs mais des managers, on ne donne plus des ordres mais on applique des prescriptions, il n'y a plus de pointeuse mais des objectifs, il n'est plus question d'obéissance mais d'adhésion à des valeurs de performance. Au pouvoir disciplinaire qui caractérisait l'organisation scientifique du travail, se substitue un pouvoir "managinaire" fondé sur la mobilisation psychique, l'intériorisation des valeurs de l'entreprise, la captation de l'idéal du moi par l'idéal entrepreneurial. » (p.11)

Peters et Waterman (consultants de McKinsey) publient la bible en 1982 : le prix de l'excellence.

Et Vincent de Gaulejac va d'analyser le processus et sa mise en place, les dégâts humains qu'il engendre. Dans le privé comme dans le public.

« La RGPP met en œuvre les mêmes principes : la rentabilité plutôt que la gratuité, la compétition plutôt que la coopération, la concurrence plutôt que la solidarité, l'utilité productiviste plutôt que l'amélioration du bien-être collectif. » (p.56)

Et on en arrive à cette absurdité : passer plus de temps à trouver les moyens pour travailler que de travailler vraiment. Dans la recherche en particulier, comme dans l'université et les écoles supérieures en général.

« L'autonomie des universités est un leurre parce qu'elle transfère aux universités des responsabilités nouvelles sans leur donner les moyens de les assumer (…), parce que cette autonomie porte sur la gestion des moyens alors que ceux-ci diminuent, parce que l'autonomie n'est reconnue que lorsque les universités acceptent d'appliquer les principes de la nouvelle gestion publique. » (p.58)

 

Dans les entreprises, le problème s'aggrave sérieusement, puisque le système aboutit à une situation de mal-être du personnel (pour simplifier : se souvenir des suicides chez France Télécom et la Poste).

« L'excellence, la qualité, l'amélioration de la productivité, l'efficience, sont des valeurs très difficiles à combattre. Elles paraissent justes, souhaitables et nécessaires. Elles sont irrésistibles. Ce qu'il convient de combattre, ce ne sont pas ces valeurs mais l'utilisation qui en est faite pour mettre en œuvre des modes opératoires qui les pervertissent : quand la qualité se transforme en quantophrénie ; quand l'excellence se traduit en exigence du toujours plus ; quand l'amélioration de la productivité est utilisée pour réduire les effectifs ; quand l'efficience consiste à réduire les moyens tout en fixant des objectifs toujours plus élevés. » (p.57)

« L'idéologie des ressources humaines, c'est bien cela : transformer l'humain en ressource pour le mettre au service du développement de l'entreprise. » (p.75)

 

Bénédicte Vidaillet (psychanalyste), qui vient de publier Évaluez-moi (Seuil, janvier 2013, 18,50 €), parle ainsi du mode d'organisation dans un journal¹ :

« L'évaluation fait une promesse aux gens. Dans des organisations du travail toujours plus floues, flexibles et polyvalentes, elle semble donner des repères, un cadre temporel, elle fixe des objectifs. (…) L'évaluation contient une promesse narcissique : celle de s'améliorer, d'être le meilleur. »

« Selon Lacan, ce qui définit l'humain, c'est un certain "manque à être. C'est une incertitude ontologique. Avoir un nom, une profession, une filiation, donne une place d'où l'on peut agir. Cette place ne répond pas totalement à l'incertitude de l'être mais elle le calme psychiquement. Or, l'évaluation donne non pas des places mais des positions relatives, incertaines où tout se rejoue à chaque épreuve. Plus on est évalué, plus on est dans l'incertitude, moins on est rassuré de la position qu'on nous attribue de manière éphémère. Un cercle vicieux. »

« Cette idéologie est nocive pour tous, y compris pour ceux qui détiennent le pouvoir (…). Combien de cadres dirigeants déplorent ne plus avoir prise sur des entreprises "pilotées" par les chiffres ? »

 

 

Comme le souligne Vincent de Gaulejac, nous avons assisté à un renversement en passant de la destruction créatrice (concept de Schumpeter, galvaudé par tant de raiders et managers aux idées courtes) à la création destructrice.

Pour nous, contre cette sorte de jean-foutres, on a raison de se révolter.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : Libération du 17 janvier 2013.

(²) : manque d'être dans la théorie de René Girard.

 

 

Meurtre littéraire de Sollers par Alice Ferney

Publié le par Alexandre Anizy

 

Il fallait que ce soit une femme, forcément, qui assassine un pape de la cité germanopratine, à savoir Philippe Sollers, parce que les quadragénaires médiocres qui ont pris le pouvoir dans le champ médiatique de la culture n'ont pas assez de couilles pour tuer un de leurs bienfaiteurs.

Pour notre part, nous n'avons pas attendu pour le dauber :

http://www.alexandreanizy.com/article-6342494.html

 

Donc Alice Ferney s'est attelée à cette tâche ingrate : lire le dernier produit du faux maître. Florilège de son article paru dans le Figaro littéraire du 17 janvier 2013 :

 

« Platon distinguait trois niveaux de la conversation : les ragots, les opinions, les idées. Pourquoi se priver du niveau 3 ? »

 

« On lit avec regret, parce que l'auteur se devrait à lui-même d'avoir travaillé davantage. »

 

« (…) Sollers rêve d'une écriture sèche (ce que Yourcenar appelait la concision brillante) mais cette ambition (de moraliste) s'anéantit dans une suffisance qui lui donne un ton péremptoire, et des facilités qui rabaissent l'ensemble. »

 

« En voulant être lapidaire, voire elliptique, Sollers devient ennuyeux : ses commentaires sont faibles, le tout-venant de la pensée. »

 

 

Quelquefois sur le boulevard Port-Royal, nous apercevons Philippe Sollers à la terrasse d'un café, ou bien assis sur un mobilier urbain, le visage un peu rougeaud - indice d'un déjeuner trop arrosé ? Mais jamais il ne parle à un arbre, lui. Le bourgeois ridicule préservera son image jusqu'au bout, c'est là son unique constance.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

PS : le Monde des Livres du 18 janvier 2013 cire toujours l'ancêtre : autrefois Savigneau, désormais Georgesco

 

 

La vérité sur Tina Uebel (exclusivité, s'il vous plaît)

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour tout vous dire, on a reçu un paquet inattendu contenant la vérité sur Frankie de Tina Uebel (ombres noires – Flammarion, 377 pages ; sortie le 23 janvier 2013).

 

 

Illico nous l'écrivons : impossible de rentrer dans ce polar !

Cela tient au procédé narratif adopté : la transcription d'enregistrements. Malgré les efforts de l'auteur (et du traducteur Stéphanie Lux), nous n'avons jamais pu dépasser les 2 premières pages des premiers chapitres, tant le style heurtait notre envie de littérature.

 

La vérité sur Tina Uebel ? Si son talent se résume à ce genre de documents facilement balancés sur un dictaphone (hypothèse), vaguement arrangés dans un traitement de textes, on se doit de parler cash : garbage !

 

Peut-être qu'en version audio, ce texte est supportable  ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

  PS du 9 février 2013 : dans Marianne de ce jour, le journaliste Alain Léauthier fait la promo de Tina (copinage ou échange de mauvais procédé ?), mais il n'a pu s'empêcher de soulager sa conscience en écrivant que le texte est "articulé pataudement sur les confessions enregistrées des trois protagonistes ..."

Le sang noir de Louis Guilloux

Publié le par Alexandre Anizy

 

En 1935, Louis Guilloux publie le sang noir (Gallimard, livrel de 485 pages), dans lequel il met toute sa rage contre l'injustice du monde et la bêtise des hommes, ce qui fera dire à Aragon que « Cripure¹ est nécessaire à la pleine compréhension de l'homme de ce temps-ci comme Don Quichotte à celui de jadis ». A travers ce prisme, d'aucuns voient dans Cripure un autre Bardamu.

 

« Et dans cette époque où ils n'avaient que cet amour-là aux lèvres, où du matin au soir il n'était question que de la France, Cripure, seul, ne pouvait pas parler de la France et il en souffrait, rejeté ici comme ailleurs à sa solitude ou à sa comédie. Car il fallait bien faire semblant d'aimer la France à leur manière. Il y aurait eu trop de danger à ne pas le faire. Et même – ceci était un souvenir plus que pénible – il avait forcé la note, une fois. Il s'était montré une fois plus chauvin qu'eux tous réunis. » (p.123)

On a ici "une fois" en trop … et l'émotion en moins, comme tout au long du roman.

 

Bardamu... ce n'est donc pas notre avis. Si nous apprécions les portraits au vitriol de certains personnages, nous en déplorons le foisonnement, qui place le lecteur sur un paquebot ingouvernable dans une mer encalminée. Entre les savoureuses pages impertinentes, combien de tunnels soporifiques ?

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : le surnom du personnage-clé du roman

 

 

 

Mali : d'accord avec Galouzeau de Villepin, diantre !

Publié le par Alexandre Anizy

 

En préambule, rappelons que nous n'avons aucune sympathie pour Dominique Galouzeau de Villepin, ni pour les idées qu'il défend mal, ni pour le politicien douteux, ni pour l'individu. Mais lorsqu'il se concentre sur son premier métier, i.e. la diplomatie, l'homme produit encore de bonnes analyses, comme celle sur l'entrée en guerre de la France au Mali¹.

 

Résumons son propos.

Leçons des guerres perdues en Afghanistan, Irak, Libye :

  • « Jamais ces guerres n'ont bâti un État solide et démocratique. » ;

  • « Jamais ces guerres n'ont permis de venir à bout de terroristes essaimant dans la région. » ;

  • « Pire encore, ces guerres sont un engrenage. Chacune crée les conditions de la suivante. ».

Parce qu' « Au Mali, aucune des conditions de la réussite n'est réunie », il fait le constat et la prévision suivante :

  • « Nous nous battrons à l'aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d'Aqmi sont autant de guerres différentes. » [qui demandent par conséquent une stratégie et des moyens différents. NdAA] ;

  • « Nous nous battrons seuls, faute de partenaire malien solide. » ;

  • « Nous nous battrons dans le vide, faute d'appui régional solide. ».

L'échec est au bout du fusil, mise à part la remontée sondagière du Président culbuto-molletiste qu'on présente déjà comme le Chef de guerre...

 

« Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits ? », s'interroge-t-il, avant de rappeler son ambition pour la France.

En effet, quand on entend une Nathalie Kosciusko-Morizet déclarer² qu'elle approuve l'intervention française au Mali pour les mêmes raisons qu'elle approuvait celle en Afghanistan, on se dit que cette polytechnicienne de salon, qualifiée « d'emmerdeuse » par ses amis politiques (pas tous, évidemment), n'a rien appris des expériences passées : n'est-ce pas ce qui caractérise les imbéciles ?

Force est de constater que la connerie est équitablement distribuée dans l'ensemble de la population.

Jouez tambours, sonnez trompettes : les politiciens cyniques sont de retour au Quartier Général.

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : Journal du Dimanche du 13 janvier 2013

(²) : au journal télévisé de France 2 de 13 h, dimanche 13 janvier 2013

Olivier Blanchard : un mea culpa sans conséquence

Publié le par Alexandre Anizy

 

L'économiste en chef du FMI, le français Olivier Blanchard, vient de confirmer que ses croyances¹ l'ont une nouvelle fois aveuglé au point de ne pas comprendre² qu'ils utilisaient de mauvais outils pour mesurer les effets de leurs désastreuses recommandations politiques (au sens étymologique), notamment en Grèce : pour un matheux dans son genre, on touche le comble du ridicule, isn't it ?

 

Olivier Blanchard a donc cosigné un article pour faire son mea culpa : c'est tout à son honneur. (Combien de points pour cette communication ?)

 

Jadis, quand un responsable commettait une faute ayant eu des conséquences dramatiques pour la population, il avait le courage de démissionner … ou d'autres prenaient la décision de l'écarter de son poste.

But the times, they have changed !

Aujourd'hui, le responsable fautif bat sa coulpe (enfin, certains d'entre eux...) et poursuit sa carrière. Aujourd'hui, les responsables ne sont pas coupables.

 

Mais restons positifs, comme toujours. Pour Olivier Blanchard, une chose n'est plus à démontrer : son honnêteté intellectuelle.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : lire sur ce sujet la note que nous avons consacrée au livre de Frédéric Lebaron.

(²) : nous l'avions averti dans la note du 19 février 2010

http://www.alexandreanizy.com/article-un-econo-globish-dans-sa-misere-olivier-blanchard-45230349.html

 

 

L'ascension des chutes par Joyce Carol Oates

Publié le par Alexandre Anizy

 

Longtemps nous nous sommes tenus à l'écart de la production pléthorique de Joyce Carol Oates, craignant une espèce de logorrhée futile comme celle d'Amélie Nothomb par exemple. La vie est une chose courte, fragile, et s'attarder dans la prose au kilomètre d'une faiseuse, bonne ou mauvaise, relève du gâchis. Comme Djian¹, nous pensons que le style d'un écrivain c'est un point de vue sur le monde : c'est pourquoi nous considérons que Mme Nothomb a sans nul doute une esthétique chapelière, mais que dalle pour le reste. Quant à l'Américaine prolifique, c'est une raison technique qui a levé notre prévention. En effet, nous avons acheté Les chutes au nouveau format de poche, dit ".2" (éditions Philippe Rey, juin 2011, 992 pages, 13 € … à notre avis, beaucoup trop cher pour un format poche), inventé par l'imprimeur et éditeur Jongbloed (Pays-Bas).

 

L'architectonique du roman étant remarquable, sans cesse nous avons tourné les pages pour connaître la suite, et en refermant le livre, nous restâmes admiratifs devant l'incontestable savoir-faire de Joyce Carol Oates qui atteint les sommets dans Les chutes.

D'ailleurs, d'un point de vue général, on pourrait discuter la thèse suivante : si les Européens ont inventé le genre romanesque, ce sont les Américains qui l'ont fabriqué dans la dernière partie du XXe siècle.

 

Reste le problème du style, i.e. la vision du monde, là où le bât blesse. Dans le fatras des thèmes abordés (psychologie de femmes américaines, rapports mère – fils, le Niagara comme métaphore de la déchéance d'une Amérique en crise morale, etc.), on ne voit pas d'où l'auteur écrit, de sorte que nous pressentons ceci : with Joyce Carol Oates, nothing personal, just professional.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : lire la note http://www.alexandreanizy.com/article-6876006.html

 

 

 

 

La dernière fumette de Patrick Modiano

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le temps n'a pas prise sur Patrick Modiano : on le quitte dans les années 80 sur on ne sait plus quoi, et on le retrouve avec L'herbe des nuits (Gallimard, octobre 2012, 178 pages, 16,90 €), toujours dans ce même Paris obscur qui n'appartient qu'à lui …

 

Le lecteur avisé survole donc ces nouvelles pages, savamment travaillées pour distiller la nostalgie des eaux troubles d'un passé sans cesse revisité, parce qu'on est blasé de l'inconsistance que d'aucuns prennent pour du mystère.

« Il y avait ainsi, à cette époque, à Paris, la nuit, des points trop lumineux qui servaient de piège et je tâchais de les éviter. Quand j'y échouais, au milieu d'étranges consommateurs, j'étais sur le qui-vive et j'essayais même de repérer les sorties de secours. « Tu te crois à Pigalle », m'a-t-elle dit. » (p.35)

Quand la musique se répète, le lecteur se lasse.

 

Et nous est alors revenu ce vers de René Char :

« L'oscillation d'un auteur derrière son œuvre, c'est de la pure toilette matérialiste. » (Pléiade, p.70)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

Franz Bartelt : un écrivain ardennais talentueux

Publié le par Alexandre Anizy

 

Franz Bartelt vit dans les Ardennes, publie chez Gallimard (la blanche et la noire), et nous n'avions rien lu de ce sanglier ! Il fallait réparer sur le champ cet oubli fâcheux...

 

Commençons par Le jardin du Bossu(Folio, novembre 2010, 236 pages) . C'est un polar décalé dont la fin n'est pas crédible, et dans lequel l'auteur donne libre cours à l'humour et l'ironie mordante : le plaisir du lecteur est dans la manière. En voici un échantillon pioché au hasard (qui fait bien les choses en l'occurrence) :

 

« Au début de la révolution, j'ai rencontré une professeur de français très portée sur la gauche. Elle avait bien dix ans de plus que moi. Je la revois sur le perron de l'Hôtel de Ville. Elle prônait la libération sexuelle. Elle ne devait pas savoir encore exactement ce que c'était, parce qu'elle était obligée de lire sur un papier. C'était une malade de l'émeute. Une agitatrice. Une factieuse. Elle voulait tout foutre par terre, démolir les églises, couper des têtes, se baigner dans le sang des bourgeois. Ça m'étonnait un peu, vu que chez elle elle n'écoutait que les disques de Félix Leclerc. J'aimais pas tellement le Canadien, mais je ne disais rien. A cette époque, on ne faisait pas l'amour aussi facilement qu'aujourd'hui. Du moment qu'elle couchait avec moi, je voulais bien n'importe quoi. J'étais même prêt à raffoler de Tino Rossi. » (p.88)

 

Le coup de patte permanent, avec légèreté...

 

 

Poursuivons avec Le testament américain (Gallimard, avril 2012, livrel de 132 pages). Il serait inconvenant de vous en raconter le thème, car ce court roman loufoque et irrévérencieux, très sexuel, n'est pas à mettre dans les mains de prudes ou de coincé(e)s du falzar, mais important de dire que l'essentiel est une fois encore dans le style. Nouvel échantillon :

 

« Anne-Marie Mingue était une vraie professionnelle de la télévision. Elle pratiquait la fellation avec ce sang-froid qui caractérise les gens de métier. Sa carrière avait été ponctuée d'un nombre décroissant de sexes érigés. Au début, jeune stagiaire, elle avait mâché tout le monde dans les coins, (…). » (p.86)

 

Âmes délicates, cœurs purs, calotins de toutes obédiences, fuyez cet ouvrage naturel !

 

 

Achevons notre promenade littéraire du côté de chez Bartelt avec La mort d'Edgar (Gallimard, 2010, livrel de 177 pages), un ensemble de 9 nouvelles. Nous avons particulièrement apprécié « Histoire de l'art », une charge loufoque dans laquelle on peut lire :

« Le ministre de la Culture décora l'artiste. Son discours parlait de fluidités invisibles et de force en éclipse. Il fut applaudi chaleureusement par l'assemblée, en majorité composée d'artistes subventionnés et de femmes entretenues. Devant un engouement aussi généralisé, n'importe quel créateur aurait géré la féconde gesticulation au mieux de ses intérêts bancaires. Mais Mamoh Grelock n'était pas du genre à se laisser subvertir par l'euphorie que dispense le succès. Depuis le début, il s'inscrivait, philosophiquement, dans une démarche darwinienne. » (p.47)

« En trois battements de cils, il peignait un compotier rempli d'oranges de Birmanie et de bananes du Mexique, sur fond de colonnes antiques et de gouttières contemporaines. » (idem)

Côté sexe, nous vous laissons le plaisir de découvrir les affres de la création dans la nouvelle titrée « le vrai romancier ».

 

 

Fin de notre défense et illustration de la littérature ardennaise : Franz Bartelt est bourré de talents, qu'on se le dise !

 

 

Alexandre Anizy