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L'élisphère en action vue par Juan Branco

Publié le par Alexandre Anizy

            Comment l'élisphère a créé le produit Macron pour son intérêt, voilà ce que montre le jeune Juan Branco.

 

 

            Crépuscule de Juan Branco (Au diable vauvert / Massot éditions, 2019, 312 pages) est un document intéressant qu'il faut parcourir en sautant les incessantes et lassantes répétitions (une exigence de l'éditeur pour correspondre à un format ?) : en 150 pages, l'auteur aurait concentré son propos et gagné en efficacité. Mais hélas comme sa cible, Branco bourre du texte. Dommage.

           

            Passé l'agacement, force est de constater que Branco raconte bien le lancement du produit Macron par les cadors de l'élisphère, c'est à dire ceux qui possèdent les médias pour peser dans le champ politique dans le sens de leurs intérêts personnels.

            « Car la toute-puissance a ses défauts, et si Xavier Niel m'annonça en personne dès janvier 2014, alors qu'Emmanuel Macron n'était que secrétaire général adjoint de l'Élysée et inconnu du grand public, qu'il deviendrait président de la République, alors on peut imaginer que je ne fus pas le seul à être mis au courant. » (p.233)

            Le document de Branco est une œuvre de salubrité publique, puisqu'il dévoile les ramifications de la Macronie : l'électeur abusé n'aura plus d'excuse, puisque les masques de la comédie sont tombés.

  • Prenez par exemple Édouard Philippe (ah ! le parcours professionnel de sa femme Edith Chabre... ) : pourquoi ce sous-fifre provincial est-il nommé Premier Ministre ?
  • Quel rôle a joué Jean-Pierre Jouyet, époux de Brigitte Taittinger, cette famille qui depuis les années 1930 poursuit sa malfaisance ? (1)

Vous le saurez en lisant Crépuscule (de la Macronie, peut-être ; de l'élisphère sécessionniste, nous en doutons fort). C'est pourquoi il faut promouvoir ce livre, en l'offrant à son entourage, en le donnant aux "gilets jaunes", en publiant une recension, etc.

 

 

            Il nous reste une question : pourquoi Juan Branco, qui fai(sai)t partie du sérail, lâche-t-il aujourd'hui le morceau ? Il écrit :

            « La démonstration qui suit est le fruit d'une trahison. En exposant cet enchevêtrement de compromissions, de mensonges et de manipulations, c'est avant tout à ceux qui avaient cherché à m'introniser que je m'apprête à m'attaquer. Et je m'apprête à le faire au nom d'une idée qu'ils ont abandonnée.

            Cette idée est celle de la chose publique, la Res publica , qui m'a fait naître, et à laquelle je me refuse à renoncer. » (p.33) ;

[Verbiage encore ! La chose publique, c'est une fille dont beaucoup de non-démocrates se réclament, comme Philippe Tesson par exemple : lire ici ]   

mais nous avons suffisamment vécu pour savoir qu'un capitaliste ou son fondé de pouvoir féroce (genre cost killer) qui parle d'esprit collectif à ses salariés comme un Carlos Ghosn, qu'un politicard comme Jérôme Cahuzac lorsqu'il affirme les yeux dans les yeux ne pas avoir de fric planqué à l'étranger, qu'un énacrate comme Pierre Moscovici quand il invoque le socialisme, qu'une milliardaire comme Liliane Bettencourt (ayant pratiqué l'évasion fiscale ― quelques dizaines de millions d'euros en Suisse ― pendant plus de 30 ans) quand elle recommandait dans un entretien sur-mesure de ne pas faire de mal à son pays (2), ne sont que des quémandeurs en train de cajoler leurs proies.

            Alors quelle est la motivation réelle de Juan Branco ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

  1. Lire Annie Lacroix-Riz, Le choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930, Armand Colin, 2ème édition, 2010. Page 123 par exemple.  
  2. Dans sa résidence bretonne, le 2 juillet 2010 sur TF1, en pleine "affaire Bettencourt".

L'enfant et la bouteille de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            Si les enfants Carlos Ghosn et Jérôme Cahuzac avaient su, peut-être...

 

 

La bouteille

            Partie 3

       

Un enfant se tient immobile.

Il tient une bouteille dans ses mains.

Il y a un bateau dans la bouteille.

Il le regarde sans cligner

des yeux.

Il se demande où le petit bateau

peut naviguer s'il est retenu

prisonnier dans une bouteille.

Dans cinquante ans

tu le sauras, capitaine Martin,

car la mer (vaste comme elle est)

n'est qu'une autre bouteille.

 

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

 

Vénus de Scerbanenco

Publié le par Alexandre Anizy

            Puisqu'on reparle de Simenon, il serait bon d'en faire autant pour Giorgio Scerbanenco.

 

 

            Pour découvrir cet auteur italien né à Kiev (1911 - 1969), prenez par exemple Vénus privée (Rivages, septembre 2010, poche à 8,50 €) et vous ne serez pas déçus.

            « Elle était grande, en effet. Elle l'attendait debout à la porte du bar. Il fut impressionné car, dès qu'il fut descendu de la Giulietta, elle vint vers lui, avec cette chaleur dans la démarche et dans le regard, comme si elle revoyait un ami très cher. Il y a encore dix minutes, il ne savait pas qu'il existait en ce monde, et aussi proche, une amie comme elle. » (p.134)

            Bien écrit, bien ficelé, ce polar vous guidera dans la société italienne.

 

 

Alexandre Anizy

 

L'harmonie silencieuse de Ron Rash

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans les Appalaches, l'ordre brutal de l'économie de marché règne et c'est la main invisible du shérif qui contient la fureur. 

 

 

            Un bidon de carburant déversé intentionnellement dans une réserve de poissons va permettre au shérif Les d'éviter une injustice grâce à son obstination, de mettre les affaires au net pour un passage de témoin en douceur, de payer une dette personnelle. C'est tout cela que Ron Rash raconte dans Le silence brutal (Gallimard, collection noire, 2019), en mêlant délicatement deux styles :

            « Je m'assieds sur un sol qui fraîchit, bientôt humide de rosée. Près de moi une charrue à versoir abandonnée de longtemps. Des lianes de chèvrefeuille enroulent leurs verts cordons, des fleurs blanches accrochées là comme de petites ampoules de Noël. J'effleure un manche qu'ont poli rotations de poignet et suantes étreintes. Le souvenir des mains de mon grand-père, rondes de cals et aussi lisses que des pièces de monnaie usées. » (p.6/191) ;

            « Je n'arrivais déjà plus qu'en milieu de matinée, laissant Jarvis Crowe, mon successeur, s'habituer à faire tourner la baraque tout seul. Une semaine tranquille, donc. Mais quand je débarquai le lundi au bureau, Ruby, notre répartitrice de jour, m'apprit qu'il n'en serait rien. » (p.8/191)  

 

            La quête de la pureté n'est-elle pas la mère de tous les vices ? Il apparaît de nos jours que Le Vatican et ses confrères en savent beaucoup sur le sujet.

 

 

Alexandre Anizy

 

L'absurdité de Cheng

Publié le par Alexandre Anizy

            Sisyphe à la mode de François Cheng. 

 

 

Creuser vers la profondeur du dedans,

C'est affronter les défis du dehors.

Plus on gravit la transcendance sans nom,

Plus on appréhende en soi le sans-fond.

 

 

François Cheng

(Enfin le royaume, Gallimard, mars 2018)

  

Ambulance haïku de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            A bien y réfléchir, il y a un poème de Brautigan pour chaque moment de l'existence.

 

 

Ambulance haïku    

 

Un morceau de poivron vert

            est tombé

du saladier en bois :

            et alors ?

 

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

Ali Zamir n'est pas Dérangé

Publié le par Alexandre Anizy

            Le monde francophone a besoin d'un espace de dialogues et d'échanges, où chacun pourrait plus facilement découvrir des créateurs comme Ali Zamir.

 

 

            Grâce à un journal pas forcément culturel, nous apprîmes qu'Ali Zamir, écrivain comorien bourré de talent, venait de publier son troisième roman, titré Dérangé que je suis (Le Tripode, hiver 2019, 17 €).

            « Le ciel n'était qu'un monde majestueusement illuminé par ces nymphes autour de l'astre de la nuit. Ce soir-là, la lune aveuglait le regard et moi, je n'étais qu'un grain, un pépin qui flottait dans un océan. Mon regard était captivé par cet éblouissement, ma pensée capturée comme une proie, mon corps laissé comme un objet aux côtés des Pipipi. » (p.133) (1)

            Tout le livre est à l'avenant : un style magnifiquement ciselé. La langue est si bien travaillée que le texte vire à la préciosité, puisque l'architectonique est ténue. Pourtant, Dieu sait que la situation comorienne génère bien des misères et des injustices, autrement dit des drames. Alors ne désespérons pas : puisque le zéphyr de la bienveillance a déjà touché Zamir, viendra le moment de la restitution de son humaine compréhension.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) La répétition de regard gâche un peu le paragraphe.

 

Correspondance de Ginsberg

Publié le par Alexandre Anizy

            Quelque chose (en nous) de Ginsberg.

 

 

Chaque jour

 

Le Lama était assis

dans son lit

avec son gratte-dos

en bambou

son dentier

dans un grand

verre d'eau

posé au soleil

sur l'appui de la fenêtre

 

Allen Ginsberg

(Poèmes, Christian Bourgois éditeur, novembre 2012)

 

Doggerland : Elisabeth Filhol a presque réussi

Publié le par Alexandre Anizy

            Elisabeth Filhol devrait partager sa matière avec une freluquette comme Vanessa Schneider, dont le talent est inversement proportionnel à la densité de son réseau médiatique.

 

 

            D'abord il faut souligner le rythme décent des publications de Mme Filhol, qui prend le temps de travailler ses sujets : Doggerland (P.O.L, janvier 2019, en livrel) le montre une nouvelle fois.

            Ce dernier roman, plus réussi que le précédent ( lire ici ) quant au procédé narratif de l'auteur, donne à penser que le prochain pourrait être son chef-d'œuvre.

 

 

Alexandre Anizy 

Détachement de Marceline Desbordes Valmore

Publié le par Alexandre Anizy

            Admirée des grands, oubliée de tous : Marceline Desbordes Valmore.  

 

 

            Détachement

 

Il est des maux sans nom, dont la morne amertume

Change en affreuses nuits nos jours qu'elle consume.

Se plaindre est impossible ; on ne sait plus parler ;

Les pleurs même du cœur refusent de couler.

On ne se souvient pas, perdu dans le naufrage,

De quel astre inclément s'est échappé l'orage.

Qu'importe ? Le malheur s'est étendu partout ;

Le passé n'est qu'une ombre, et l'attente un dégoût.

 

C'est quand on a perdu tout appui de soi-même ;

C'est quand on n'aime plus, que plus rien ne nous aime ;

C'est quand on sent mourir son regard attaché

Sur un bonheur lointain qu'on a longtemps cherché,

Créé pour nous peut-être ! et qu'indigne d'atteindre,

On voit comme un rayon trembler, fuir... et s'éteindre.

 

            Marceline Desbordes Valmore

                        (Œuvre poétique, Jacques André éditeur, 2007)

 

 

 

N.B. : nous saluons ici le travail de Marc Bertrand, et celui de l'éditeur.