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notes culturelles

Le colibri d'Hervé Jovelin

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour les amateurs de polars : le colibri d'Hervé Jovelin (Ravet-Anceau, février 2011, 165 pages, 9,13 €).

Voilà un ouvrage joliment troussé, au style plaisant.

Pour découvrir Amiens et le colibri, personnage central bien campé par l'auteur, rendez-vous dans les points de vente ou de lecture !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

De la qualité chez Juli Zeh

Publié le par Alexandre Anizy

 

Juli Zeh, avocat de formation, a très vite commencé à écrire, son Spieltrieb (fort malencontreusement traduit¹ chez Actes Sud par la fille sans qualité – collection Babel, septembre 2008, 659 pages, 11,50 €) lui ayant donné une notoriété internationale à 30 ans.

 

Incontestablement, Juli Zeh sait écrire. Mieux que ça : elle a du style. Mais elle a aussi le défaut de sa profession initiale : le bavardage. A notre avis, un tiers du livre pouvait nous être épargné.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(¹) : littéralement, c'est « enjouement ».

 

 

Le prochain Grégoire Delacourt n'est pas dans la liste de mes envies

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le publicitaire Grégoire Delacourt a connu le succès en 2012 avec un court roman, la liste de mes envies (éditions JC Lattès, février 2012, livrel de 96 pages - sur un mobile). C'est tant mieux pour lui.

 

Mais en lisant l'ouvrage, nous restâmes insensibles à cette historiette mélodramatique dont le style très dépouillé, où les énumérations s'accumulent même en dehors de la fameuse liste, ne parvint pas à la sauver.

 

« Une fois, il m'a dit que j'étais belle. Il y a plus de vingt ans et j'avais un peu plus de vingt ans. J'étais joliment vêtue, une robe bleue, une ceinture dorée, un faux air de Dior ; il voulait coucher avec moi. Son compliment eut raison de mes jolis vêtements. » (p.8)

 

Pire. Plus nous lisions, plus nous pensions à un autre publicitaire dont l’œuvre cinématographique montre paradoxalement le plus profond mépris pour l'espèce humaine en générale, et les petites gens en particulier. Il s'agit d'Etienne Chatiliez. Une curieuse sensation pour un livre dit populaire.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

Meurtre littéraire de Sollers par Alice Ferney

Publié le par Alexandre Anizy

 

Il fallait que ce soit une femme, forcément, qui assassine un pape de la cité germanopratine, à savoir Philippe Sollers, parce que les quadragénaires médiocres qui ont pris le pouvoir dans le champ médiatique de la culture n'ont pas assez de couilles pour tuer un de leurs bienfaiteurs.

Pour notre part, nous n'avons pas attendu pour le dauber :

http://www.alexandreanizy.com/article-6342494.html

 

Donc Alice Ferney s'est attelée à cette tâche ingrate : lire le dernier produit du faux maître. Florilège de son article paru dans le Figaro littéraire du 17 janvier 2013 :

 

« Platon distinguait trois niveaux de la conversation : les ragots, les opinions, les idées. Pourquoi se priver du niveau 3 ? »

 

« On lit avec regret, parce que l'auteur se devrait à lui-même d'avoir travaillé davantage. »

 

« (…) Sollers rêve d'une écriture sèche (ce que Yourcenar appelait la concision brillante) mais cette ambition (de moraliste) s'anéantit dans une suffisance qui lui donne un ton péremptoire, et des facilités qui rabaissent l'ensemble. »

 

« En voulant être lapidaire, voire elliptique, Sollers devient ennuyeux : ses commentaires sont faibles, le tout-venant de la pensée. »

 

 

Quelquefois sur le boulevard Port-Royal, nous apercevons Philippe Sollers à la terrasse d'un café, ou bien assis sur un mobilier urbain, le visage un peu rougeaud - indice d'un déjeuner trop arrosé ? Mais jamais il ne parle à un arbre, lui. Le bourgeois ridicule préservera son image jusqu'au bout, c'est là son unique constance.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

PS : le Monde des Livres du 18 janvier 2013 cire toujours l'ancêtre : autrefois Savigneau, désormais Georgesco

 

 

La vérité sur Tina Uebel (exclusivité, s'il vous plaît)

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour tout vous dire, on a reçu un paquet inattendu contenant la vérité sur Frankie de Tina Uebel (ombres noires – Flammarion, 377 pages ; sortie le 23 janvier 2013).

 

 

Illico nous l'écrivons : impossible de rentrer dans ce polar !

Cela tient au procédé narratif adopté : la transcription d'enregistrements. Malgré les efforts de l'auteur (et du traducteur Stéphanie Lux), nous n'avons jamais pu dépasser les 2 premières pages des premiers chapitres, tant le style heurtait notre envie de littérature.

 

La vérité sur Tina Uebel ? Si son talent se résume à ce genre de documents facilement balancés sur un dictaphone (hypothèse), vaguement arrangés dans un traitement de textes, on se doit de parler cash : garbage !

 

Peut-être qu'en version audio, ce texte est supportable  ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

  PS du 9 février 2013 : dans Marianne de ce jour, le journaliste Alain Léauthier fait la promo de Tina (copinage ou échange de mauvais procédé ?), mais il n'a pu s'empêcher de soulager sa conscience en écrivant que le texte est "articulé pataudement sur les confessions enregistrées des trois protagonistes ..."

Le sang noir de Louis Guilloux

Publié le par Alexandre Anizy

 

En 1935, Louis Guilloux publie le sang noir (Gallimard, livrel de 485 pages), dans lequel il met toute sa rage contre l'injustice du monde et la bêtise des hommes, ce qui fera dire à Aragon que « Cripure¹ est nécessaire à la pleine compréhension de l'homme de ce temps-ci comme Don Quichotte à celui de jadis ». A travers ce prisme, d'aucuns voient dans Cripure un autre Bardamu.

 

« Et dans cette époque où ils n'avaient que cet amour-là aux lèvres, où du matin au soir il n'était question que de la France, Cripure, seul, ne pouvait pas parler de la France et il en souffrait, rejeté ici comme ailleurs à sa solitude ou à sa comédie. Car il fallait bien faire semblant d'aimer la France à leur manière. Il y aurait eu trop de danger à ne pas le faire. Et même – ceci était un souvenir plus que pénible – il avait forcé la note, une fois. Il s'était montré une fois plus chauvin qu'eux tous réunis. » (p.123)

On a ici "une fois" en trop … et l'émotion en moins, comme tout au long du roman.

 

Bardamu... ce n'est donc pas notre avis. Si nous apprécions les portraits au vitriol de certains personnages, nous en déplorons le foisonnement, qui place le lecteur sur un paquebot ingouvernable dans une mer encalminée. Entre les savoureuses pages impertinentes, combien de tunnels soporifiques ?

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : le surnom du personnage-clé du roman

 

 

 

L'ascension des chutes par Joyce Carol Oates

Publié le par Alexandre Anizy

 

Longtemps nous nous sommes tenus à l'écart de la production pléthorique de Joyce Carol Oates, craignant une espèce de logorrhée futile comme celle d'Amélie Nothomb par exemple. La vie est une chose courte, fragile, et s'attarder dans la prose au kilomètre d'une faiseuse, bonne ou mauvaise, relève du gâchis. Comme Djian¹, nous pensons que le style d'un écrivain c'est un point de vue sur le monde : c'est pourquoi nous considérons que Mme Nothomb a sans nul doute une esthétique chapelière, mais que dalle pour le reste. Quant à l'Américaine prolifique, c'est une raison technique qui a levé notre prévention. En effet, nous avons acheté Les chutes au nouveau format de poche, dit ".2" (éditions Philippe Rey, juin 2011, 992 pages, 13 € … à notre avis, beaucoup trop cher pour un format poche), inventé par l'imprimeur et éditeur Jongbloed (Pays-Bas).

 

L'architectonique du roman étant remarquable, sans cesse nous avons tourné les pages pour connaître la suite, et en refermant le livre, nous restâmes admiratifs devant l'incontestable savoir-faire de Joyce Carol Oates qui atteint les sommets dans Les chutes.

D'ailleurs, d'un point de vue général, on pourrait discuter la thèse suivante : si les Européens ont inventé le genre romanesque, ce sont les Américains qui l'ont fabriqué dans la dernière partie du XXe siècle.

 

Reste le problème du style, i.e. la vision du monde, là où le bât blesse. Dans le fatras des thèmes abordés (psychologie de femmes américaines, rapports mère – fils, le Niagara comme métaphore de la déchéance d'une Amérique en crise morale, etc.), on ne voit pas d'où l'auteur écrit, de sorte que nous pressentons ceci : with Joyce Carol Oates, nothing personal, just professional.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : lire la note http://www.alexandreanizy.com/article-6876006.html

 

 

 

 

La dernière fumette de Patrick Modiano

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le temps n'a pas prise sur Patrick Modiano : on le quitte dans les années 80 sur on ne sait plus quoi, et on le retrouve avec L'herbe des nuits (Gallimard, octobre 2012, 178 pages, 16,90 €), toujours dans ce même Paris obscur qui n'appartient qu'à lui …

 

Le lecteur avisé survole donc ces nouvelles pages, savamment travaillées pour distiller la nostalgie des eaux troubles d'un passé sans cesse revisité, parce qu'on est blasé de l'inconsistance que d'aucuns prennent pour du mystère.

« Il y avait ainsi, à cette époque, à Paris, la nuit, des points trop lumineux qui servaient de piège et je tâchais de les éviter. Quand j'y échouais, au milieu d'étranges consommateurs, j'étais sur le qui-vive et j'essayais même de repérer les sorties de secours. « Tu te crois à Pigalle », m'a-t-elle dit. » (p.35)

Quand la musique se répète, le lecteur se lasse.

 

Et nous est alors revenu ce vers de René Char :

« L'oscillation d'un auteur derrière son œuvre, c'est de la pure toilette matérialiste. » (Pléiade, p.70)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

Franz Bartelt : un écrivain ardennais talentueux

Publié le par Alexandre Anizy

 

Franz Bartelt vit dans les Ardennes, publie chez Gallimard (la blanche et la noire), et nous n'avions rien lu de ce sanglier ! Il fallait réparer sur le champ cet oubli fâcheux...

 

Commençons par Le jardin du Bossu(Folio, novembre 2010, 236 pages) . C'est un polar décalé dont la fin n'est pas crédible, et dans lequel l'auteur donne libre cours à l'humour et l'ironie mordante : le plaisir du lecteur est dans la manière. En voici un échantillon pioché au hasard (qui fait bien les choses en l'occurrence) :

 

« Au début de la révolution, j'ai rencontré une professeur de français très portée sur la gauche. Elle avait bien dix ans de plus que moi. Je la revois sur le perron de l'Hôtel de Ville. Elle prônait la libération sexuelle. Elle ne devait pas savoir encore exactement ce que c'était, parce qu'elle était obligée de lire sur un papier. C'était une malade de l'émeute. Une agitatrice. Une factieuse. Elle voulait tout foutre par terre, démolir les églises, couper des têtes, se baigner dans le sang des bourgeois. Ça m'étonnait un peu, vu que chez elle elle n'écoutait que les disques de Félix Leclerc. J'aimais pas tellement le Canadien, mais je ne disais rien. A cette époque, on ne faisait pas l'amour aussi facilement qu'aujourd'hui. Du moment qu'elle couchait avec moi, je voulais bien n'importe quoi. J'étais même prêt à raffoler de Tino Rossi. » (p.88)

 

Le coup de patte permanent, avec légèreté...

 

 

Poursuivons avec Le testament américain (Gallimard, avril 2012, livrel de 132 pages). Il serait inconvenant de vous en raconter le thème, car ce court roman loufoque et irrévérencieux, très sexuel, n'est pas à mettre dans les mains de prudes ou de coincé(e)s du falzar, mais important de dire que l'essentiel est une fois encore dans le style. Nouvel échantillon :

 

« Anne-Marie Mingue était une vraie professionnelle de la télévision. Elle pratiquait la fellation avec ce sang-froid qui caractérise les gens de métier. Sa carrière avait été ponctuée d'un nombre décroissant de sexes érigés. Au début, jeune stagiaire, elle avait mâché tout le monde dans les coins, (…). » (p.86)

 

Âmes délicates, cœurs purs, calotins de toutes obédiences, fuyez cet ouvrage naturel !

 

 

Achevons notre promenade littéraire du côté de chez Bartelt avec La mort d'Edgar (Gallimard, 2010, livrel de 177 pages), un ensemble de 9 nouvelles. Nous avons particulièrement apprécié « Histoire de l'art », une charge loufoque dans laquelle on peut lire :

« Le ministre de la Culture décora l'artiste. Son discours parlait de fluidités invisibles et de force en éclipse. Il fut applaudi chaleureusement par l'assemblée, en majorité composée d'artistes subventionnés et de femmes entretenues. Devant un engouement aussi généralisé, n'importe quel créateur aurait géré la féconde gesticulation au mieux de ses intérêts bancaires. Mais Mamoh Grelock n'était pas du genre à se laisser subvertir par l'euphorie que dispense le succès. Depuis le début, il s'inscrivait, philosophiquement, dans une démarche darwinienne. » (p.47)

« En trois battements de cils, il peignait un compotier rempli d'oranges de Birmanie et de bananes du Mexique, sur fond de colonnes antiques et de gouttières contemporaines. » (idem)

Côté sexe, nous vous laissons le plaisir de découvrir les affres de la création dans la nouvelle titrée « le vrai romancier ».

 

 

Fin de notre défense et illustration de la littérature ardennaise : Franz Bartelt est bourré de talents, qu'on se le dise !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Le Feu selon Henri Barbusse

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour notre part, nous ne pouvons pas nous contenter en ce qui concerne 14-18, l'événement qui engendra bien d'autres saloperies au cours du XXe siècle, du survol habile d'un faiseur comme Jean Echenoz avec son 14 : il importe d'en dire plus sur cette boucherie. Il suffit pour aujourd'hui de renvoyer le lecteur à Henri Barbusse, dont Le Feu (le livrel est gratuit) a obtenu le prix Goncourt 1916.

 

Dans ce journal d'une escouade (sous-titre du roman), l'auteur relate la vie ordinaire des soldats sur le front.

« Biquet raconte ses tribulations suppliantes pour trouver une blanchisseuse qui consente à lui rendre le service d'laver du linge, mais « c'était chérot, foutre ! ». » (p.66)

Barbusse rapporte tout, usant à bon escient du langage populaire.

 

Si par goût ou fantaisie on s'égare sur le chemin littéraire de monsieur Echenoz, il convient de lire Le Feu d'Henri Barbusse pour ne pas perdre contact avec la réalité.

 

 

Alexandre Anizy