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notes culturelles

Andrea CAMILLERI manque sa prise de Makalé

Publié le par Alexandre Anizy

Nous avons déjà exprimé ici notre admiration pour les polars du vieil Andrea CAMILLERI : voir les notes du 25 août 2007 « la douceur du vieil Andrea Camilleri » et du 30 novembre 2008 « Andrea Camilleri a-t-il décroché la lune ? ». Aujourd’hui, nous parlerons de « la prise de Makalé » (Livre de poche n° 30.957), qui n’est pas un roman policier.

 

La construction est savante, mais un peu « Grand Guignol ». La charge contre le clergé et le fascisme (l’histoire se passe en 1935, au moment de la prise de Makalé) n’est que suggérée, ce qui devait être l’ambition de l’auteur.

Mais sans le style de Camilleri, ce livre serait insipide.

 

Alexandre ANIZY

Jens LAPIDUS et son Stockholm noir

Publié le par Alexandre Anizy

Si nous ne l’avions pas reçu en cadeau, nous avouons que nous n’aurions sans doute jamais pensé à lire le thriller de Jens LAPIDUS « Stockholm noir – l’argent facile » (Plon 2008, 537 pages), car en matière suédoise, nous avions déjà collationné la crème, Henning MENKEL … Et nous serions passés à côté d’un livre intéressant (dans son genre, évidemment), car Jens LAPIDUS y décrit avec moult précision le milieu en actions, notamment la mafia serbe qui règne sur la ville. Au bout du tome 1 de cette trilogie, on s’interroge sur le devenir de ce « pauvre Mrado » puisque son sort n’est guère enviable :

 

« Le truc qui gâchait tout – il allait perdre Lovisa. Annika avait déposé une demande immédiatement après la condamnation de Mrado pour trafic de drogue. Avait exigé l’autorité parentale exclusive, et pour Mrado un droit de visite une fois par mois dans un putain de parloir en présence d’une personne des services sociaux. Un étranglement mental. Qui le tuait à petit feu. » (p. 536)

 

Bien sûr, ce n’est pas la qualité du style de Jens LAPIDUS qui nous intéresse, mais sa peinture violente du crime organisé : du fait de sa profession (avocat), l’auteur en connaît un rayon. Néanmoins, nous devons le créditer d’un savoir-faire littéraire, puisqu’il nous a captivés promptement, et maintenu en permanence notre intérêt pour cette histoire.  

 

Alexandre ANIZY

La dernière conférence de Marc BRESSANT

Publié le par Alexandre Anizy

Comme « la dernière conférence » (éditions de Fallois, juillet 2008, 234 pages, 18 €) n’a jamais eu lieu, il s’agit indubitablement d’un roman, conçu et fignolé par un auteur émargeant au Département (le Quai d’Orsay, dans le jargon des initiés), en tant que diplomate.

 

Marc BRESSANT (un pseudonyme) raconte avec minutie ce qu’aurait pu être la dernière rencontre Est – Ouest au moment de la chute du mur de Berlin : cela sonne juste, rien n’est empesé. Sans être rébarbatif, l’auteur parvient à exposer les différentes problématiques que l’événement aurait soulevées, avec une finesse teintée d’ironie et d’humour (ah ! la pauvre délégation roumaine bombardée de citations … roumaines !).

La psychologie du personnage central, l’ambassadeur français Tromelin, est subtilement dévoilée, de même que les caractères des autres protagonistes. On ne s’ennuie pas dans les conférences internationales : par exemple, si le héros conte fleurette à la belle Zorica (la déléguée yougoslave), ils parviennent rapidement à conclure un traité d’alliance.

 

Ce roman est un petit bijou que l’Académie Française, avec son grand prix, a merveilleusement serti.

 

Alexandre ANIZY

Contre l' "élégie pour un Américain" de Siri HUSTVEDT

Publié le par Alexandre Anizy

C’est un roman construit minutieusement, puisqu’il traite de la mémoire et du secret de famille : cela en devient son principal défaut. En effet, les retours en arrière répétés finissent à la longue par nous donner l’impression d’un remplissage. Le fait que le secret de famille n’en soit pas vraiment un, puisqu’il n’est ni scandaleux ni honteux, abonde dans notre avis d’un livre artificieux.   

Pendant qu’elle y était, Siri HUSTVEDT ne s’est pas privée d’une référence au 11 septembre, sans pour autant donner du sens à ce jour funeste : quel auteur américain n’a pas utilisé ce procédé ?

 

Un roman n’est pleinement réussi que lorsque les échafaudages disparaissent aux yeux du lecteur.

 

Posons alors la question : Siri HUSTVEDT est-elle vraiment une magicienne ? Avec ce livre, notre réponse est négative.

 

« Elégie pour un Américain » (Actes Sud, 2008, 394 pages, 23 €) ne méritait pas, par conséquent, tant d’articles dithyrambiques dans la presse française, mais l’éditeur arlésien a su promouvoir l’honnête travail de la femme de Paul AUSTER, qu’il publie aussi.   

 

Alexandre ANIZY

A propos de "1974" de Patrick BESSON

Publié le par Alexandre Anizy

Vous connaissez l’estime que nous portons à Patrick BESSON, un génie de la chicane (voir notes culturelles des 2 septembre 2007 et 24 février 2009). Avec plaisir, nous avons constaté samedi 7 mars, dans l’émission « Télé matin », qu’il en était de même pour William LEYMERGIE et Olivia de LAMBERTERIE.

En effet, Patrick BESSON vient de publier un livre intitulé « 1974 » (Fayard, mars 2009, 13,30 €). Comme d’habitude, Olivia de LAMBERTERIE a merveilleusement présenté l’ouvrage en définissant l’auteur comme un maître de la concision. Avec du style, ça va de soi. L’humour est toujours en prime.

 

Il se trouve que quelques semaines auparavant, dans un hebdomadaire où il tient une chronique, Patrick BESSON avait relaté son déjeuner avec William LEYMERGIE à l’occasion de la sortie de son livre « quand les Grands étaient petits … » (toujours Fayard, janvier 2009, 17,01 €), en en vantant les qualités et en louangeant la charmante Olivia.

 

Dans le monde des lettres françaises, ce genre de hasard est monnaie courante.

 

Comme il s’agit d’un des plus grands auteurs français, nous parlons de Patrick BESSON dont nous avons déjà suggéré son élection à l’Académie – lire notre note du 2 septembre 2007 -, on se moquera ici des mœurs germanopratines.

Porter aux nues un BESSON vaut mieux qu’un LéVY.

 

Pour votre plaisir, lisez Patrick BESSON.

Zaboravite Philippe !

 

Alexandre ANIZY

Didier DAENINCKX et la Libération, Patrick BESSON en embuscade

Publié le par Alexandre Anizy

Didier DAENINCKX écrit des romans noirs qui ont du sens, puisqu’ il y met plus que la résolution ou l’évocation d’une affaire criminelle. Comme Jean-Patrick MANCHETTE. Attention : comme il a beaucoup publié, sa production est de qualité inégale.

Dans « la mort n’oublie personne » (Denoël, 1989, 186 p., 75 FRF), il raconte ce qui s’est passé à la Libération : pas très ragoutant. C’est un bon DAENINCKX.

 

Il paraîtrait que DAENINCKX serait un « ennemi infime » de Patrick BESSON : « Pendant sa campagne [celle de Didier] contre les rouges-bruns aussi imaginaires que le malade de Molière, je me suis félicité de ne pas avoir été confronté à un individu pareil dans une dictature communiste ou anticommuniste : il aurait encore eu la morale pour lui. Et je serais mort. » (P. Besson, Point n° 1901 du 19 février 2009)   

Patrick BESSON dilapide son talent dans les articles de presse, où on peut notamment savourer son génie de la chicane. Mais quand il allume un écrivain, celui-ci n’est pas cramé pour autant !

 

Alexandre Anizy

Connivence des fils de collabos ? Les cas FERNANDEZ et JAMET

Publié le par Alexandre Anizy

Dominique FERNANDEZ n’a pas trop souffert des saloperies de son père pendant l’Occupation. Il est même devenu académicien. Mais à l’automne de sa vie, il s’est penché à nouveau sur son affaire familiale avec son livre « Ramon » (Grasset, 815 pages, 24,90 €). Si on sait que l’Histoire n’y gagne rien, qu’en est-il de la littérature ? Pas grand-chose : « Il n’est pas certain que la vie de Ramon FERNANDEZ mérite un tel effort d’investigation, ni que son fils dispose du talent qui pourrait le justifier. » (Philippe LANçON, Libération du 15 janvier 2009) Que Philippe LANçON soit remercié ici pour sa note iconoclaste.  

Pourtant, le livre de Dominique FERNNDEZ a bénéficié d’une exposition médiatique exceptionnelle, qu’on peut aussi qualifier d’indécente, voire d’écœurante.

 

En septembre 2008, dans un article de sympathie pour Dominique JAMET, mais qu’on peut aussi voir comme un premier acte de l’aguichage  pour son livre, Dominique FERNANDEZ affirmait que c’est « l’époque qui avait lézardé l’honneur de son père » [i.e. celui de JAMET]. Ce jugement compréhensif, émanant d’un académicien forcément pondéré, ne sonne-t-il pas après coup comme une « mise en condition » pour la sortie de « Ramon » ? Quoi qu’il en soit, l’académicien ne pouvait pas s’empêcher une rosserie : « Le livre est documenté avec soin, au point qu’on ne sait plus quelquefois si on lit une fiction ou si on consulte des archives. Tant mieux, car ce n’est pas l’écriture, honnête et terne, qui fait le prix d’ « un traître », mais la qualité de l’information (…). »

Dominique JAMET a en effet commis un roman intitulé « un traître » (Flammarion, 2008, 392 pages, 20 €), sur l’histoire d’un Jean Deleau qui de traducteur passera au rang de chef d’une Gestapo française locale. JAMET décrit sans condamner un engrenage implacable, récit de l’infamie ordinaire. Mais dans un livre précédent (« un petit parisien »), il avait déjà raconté ce Passé, avec celui d’un père collabo qui fut condamné à la Libération. Malgré les propos d’incompréhension de Dominique JAMET à l’égard du comportement de son père, ne faut-il pas interpréter cette répétition comme un pardon octroyé par un fils ?

 

De ces 2 livres, qu’en penserait un fils MANOUCHIAN ?

 

Alexandre Anizy

P.S. : à notre connaissance et à ce jour, JAMET n’a pas renvoyé l’ascenseur à FERNANDEZ (une règle dans le milieu germanopratin). Est-ce pour cause d’éthique professionnelle (ne riez pas, car certains pratiquent encore cette forme désuète d’honnêteté intellectuelle) ou pour cause de représailles (celles d’un écrivain « honnête et terne » à l’encontre d’un académicien hautain) ?  

Jim FERGUS, les Cheyennes, les Femmes blanches

Publié le par Alexandre Anizy

« Mille femmes blanches » (1997, Cherche Midi 2000, 385 pages, 19,51 € ; en poche également) est le premier roman de Jim FERGUS.

C’est un bon livre d’aventure, avec en filigrane la vie sociale des Cheyennes.

 

Pour la plage trop ensoleillée, pour la montagne quand les chutes de neige et le brouillard vous encouragent à ne pas sortir, nous vous le signalons.

 

Alexandre Anizy

"l'araigne" d'Henri TROYAT

Publié le par Alexandre Anizy

Comme nous venions de relire Maxence Van Der MEERSCH, qui avait obtenu le prix Goncourt en 1936 pour « l’empreinte de Dieu », nous pensâmes à « l’araigne » d’Henri TROYAT, que nous avions lu vers 1970 et dont nous gardions le plaisir de la découverte, parce que nous nous souvenions qu’il avait obtenu le Goncourt à la même époque (1938, précisément). Par chance, la bibliothèque municipale en possédait un exemplaire.

 

Dans « l’araigne », TROYAT raconte les manipulations du fils d’une famille bourgeoise pour maintenir ses trois sœurs, comme sa mère, sous sa domination. Dans ce roman, tout est maîtrisé : que dire de plus !

 

« Il était ravi de sa plaisanterie. Il se caressait la mâchoire de sa longue main faible et soignée. Il lorgnait Elisabeth et Marie-Claude, comme pour quêter leur assentiment. Puis, il se remit à chipoter sa viande, dans l’assiette barbouillée de sauce froide. Il n’avait pas faim. Il n’avait jamais faim. Mais il aimait les repas, parce qu’ils attiraient ses sœurs, sa mère, autour de la vieille table servie. » (p.23)

 

Nous avons retrouvé le bonheur du passé, que nous avions d’ailleurs aussitôt prolongé avec la fresque intitulée « les semailles et les moissons ».

Henri TROYAT a tellement publié que vous trouverez d’autres pépites dans sa production, parce que c’est un écrivailleur talentueux.

 

Alexandre ANIZY

P.S.: Evitez simplement les livres de sa fin de vie, entachée par une condamnation pour plagiat (à 85 ans, quelle connerie !).

Maxence Van Der MEERSCH : "l'élu" (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Poursuivant notre redécouverte de Maxence Van Der MEERSCH, nous avons sélectionné « l’élu » (Albin Michel, dépôt légal 1949/2, 255 pages), bien que nous devinâmes un roman à connotation mystique.

 

C’est l’histoire d’un directeur d’usine (une fabrique de dynamite) dont les certitudes et la sécheresse relationnelle s’étiolent peu à peu …

 

« Ses doigts se mouillèrent d’eau bénite. Et maîtrisant une véritable honte, la révolte furieuse de la raison et de l’orgueil, il s’imposa, dans l’ombre, un gauche signe de croix. » (p.255)

 

La dimension spirituelle de cet écrivain nous indiffère. Ce qui nous plaît, c’est sa capacité à dépeindre le monde dans la simplicité, sans réduire la complexité des êtres à une portion congrue.

 

Alexandre ANIZY