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"Les années" d'Annie ERNAUX

Publié le par Alexandre Anizy

En janvier 2008, Annie ERNAUX revenait sur les tables des libraires avec « les années » (Gallimard, 242 pages, 17 €). Bien que nous ayons lu un ou deux articles réservés, nous décidâmes de feuilleter l’album tamisé d’un passé récent, parce que cet écrivain n’était pas une inconnue, parce qu’il nous avait intéressés autrefois avec « une place » et « passion simple » (en poche Folio). 

« La distance qui sépare le passé du présent se mesure peut-être à la lumière répandue sur le sol entre les ombres, glissant sur les visages, dessinant les plis d’une robe, à la clarté crépusculaire, quelle que soit l’heure de la pose, d’une photo en noir et blanc. » (p.65)

Sous une ligne mélodique fluide, nous retrouvons la précision qui parfois confine à la sécheresse. C’est du moins le souvenir que nous gardons des anciens textes d’Annie ERNAUX. Malheureusement, ce livre n’apparaît que comme la collation furtive d’instantanés fugaces qui, parce qu’elle émane de cet auteur, ne peut être ni anodine ni ennuyeuse.  

Qu’on ne se méprenne pas : un seul texte d’Annie ERNAUX vaut plus que toutes les foutaises narcissiques d’une Christine ANGOT, par exemple.

 
Mais pour cet auteur talentueux, « les années » ne seraient-elles pas de trop, comme on le dit d’un combat pour un boxeur ? 

 
Alexandre Anizy


Yann QUEFFELEC et les "noces barbares" facultatives

Publié le par Alexandre Anizy

Parce que nous venions de lire le dernier polar de Gérard LAVEAU, « nocturne barbare » (voir notre note du 27 avril 2008), nous eûmes la curiosité de revoir LE livre qui permit à Yann QUEFFéLEC de s’installer sur la scène littéraire française : « les noces barbares » (Gallimard, 309 pages) qui obtint le prix Goncourt 1985.

Et puis, dans le Figaro du 31 juillet 2008, nous lisons l’article de Jean-Claude LAMY titré « Yann QUEFFéLEC, une gueule d’écrivain ». Encore une fois reprise, l’anecdote, selon laquelle la directrice littéraire Françoise VERNY aurait dit « Vous avez une gueule d’écrivain, il faut que vous écriviez », est une belle histoire racontée depuis plus de 20 ans maintenant, mais comme cette papesse de l’édition ne dédaignait pas les méthodes triviales du marketing pour « lancer » un jeune auteur, nous la prenons pour ce qu’elle est. Nous remarquons cependant que, pour un homme qui découvre sa vocation d’écrivain au contact de cette dame, la révélation nous paraît tardive et incongrue, puisque sa profession de journaliste littéraire au Nouvel Observateur ne pouvait pas être le fruit du hasard pour le fils de l’écrivain Henri QUEFFéLEC.    

Nous nous souvenons. A l’époque, on glosait sur la scène du viol dans le premier chapitre : il a résisté à la patine du temps.
Pour le reste, beaucoup de dialogues accentuant l’ambiance glauque de cette histoire. De ce point de vue, il est toujours dans le coup.

 
Depuis ce succès, Yann QUEFFéLEC a dû progresser : moins de tirets, plus de matériaux.

 
Alexandre Anizy

En douce l'été (II) : la privatisation de la Poste

Publié le par Alexandre Anizy

La Poste va quitter son statut d’établissement public pour celui, beaucoup plus chic en ces temps libéraux, de Société Anonyme.

Aucune loi, pas même Bruxelles, n’oblige à ce destin. Sauf la logique économique inscrite dans l’Acte unique du social-traître Jacques DELORS. Et il est entendu par tous les acteurs qu’on ne lutte pas contre le marché.

Après la privatisation, après l’introduction en Bourse qui permettra d’arroser les salariés, modérément bien sûr, avec une offre alléchante d’actions préférentielles pour saper les bases d’une éventuelle large coalition d’opposition, viendra le temps du « recentrage sur le cœur de métier », ce qui en langage clair signifie tout simplement la vente de certaines filiales dont la rentabilité n’est plus à démontrer …

Bien entendu, en poussant des cris d’orfraies, le patron actuel Jean-Paul BAILLY a juré qu’il préservera l’unité du Groupe … Les postiers, qu’ils soient des neiges d’antan ou de la dernière averse, savent ce qu’il faut penser des promesses d’un haut fonctionnaire, d’un P-DG, d’un ministre, etc. : elles n’engagent que ceux qui les écoutent.
Ils ont d’ailleurs un exemple concret de cette évolution inéluctable : en 2000, la Deutsche Post était mise en Bourse, et elle cherche au jour d’aujourd’hui un acheteur pour sa banque postale, PostBank.

Question : la loi qui entérinera le changement de statut sera-t-elle aussi votée durant l’été 2009 ?

 
Alexandre Anizy

A bas le futur Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) !

Publié le par Alexandre Anizy

Dans notre République qui a l’apparence d’un Etat de Droit, on dit que la justice est rendue au nom du peuple français. Pourtant, force est de constater que l’administration judiciaire est devenue une sphère relativement autonome de l’Etat et déconnectée de la volonté populaire.
 

Prenons un exemple édifiant : l’affaire d’Outreau.

A ce jour, malgré le tapage médiatique sur la Commission parlementaire, force est de constater qu’aucune sanction n’a été prise contre un des magistrats ayant suivis l’affaire aux différents échelons de la hiérarchie (64 personnes qui, selon le Président de la Chambre d’instruction, avaient « une communauté de vues »).

Le procureur Gérald LESIGNE (le magistrat qui a poursuivi Franck Lavier pour le viol d’un de ses enfants qui n’était pas encore né !, etc.) vient de sortir indemne du Conseil Supérieur de la Magistrature qui n’a demandé aucune sanction disciplinaire, et le Garde des Sceaux Rachida DATI a suivi cette recommandation puisque c’est une sorte de « tradition républicaine » …

Comme le dit Karine DUCHOCHOIS, l’une des 13 acquittés d’Outreau : « (…) si lui n’est pas puni avec une affaire comme ça, notre justice française ne punira jamais aucun juge ; ça prouve qu’il y a vraiment un corporatisme chez les juges. » (Déclaration AFP)
Ce qu’il fallait démontrer.

 

La réforme constitutionnelle, qui vient d’être adoptée en Congrès à Versailles, voudrait apporter une réponse à cette dérive corporatiste, puisqu’elle modifiera la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM).

Le futur Conseil aura 15 membres : 6 personnalités nommées par le pouvoir politique (2 par le Président de la République, 2 par le Président du Sénat et 2 par celui de l’Assemblée Nationale), 1 avocat, 1 conseiller d’Etat, 7 magistrats.

La minorité des magistrats est purement formelle.

Quant aux personnalités désignées, espérons qu’elles seront autres choses qu’un pantouflage pour des hommes politiques battus aux élections ou qu’un fait du prince comme lorsque MITTERRAND nomma la chanteuse Georgette LEMAIRE au Conseil Economique et Social. 

Cette réforme ne résoudra rien : l’autoprotection des magistrats perdurera.

C’est pourquoi nous suggérons que, dans notre République, le Conseil Supérieur de la Magistrature devrait être composé pour deux tiers de citoyens désignés au sort et de représentants du peuple élus, pour un tiers de magistrats qui doivent nécessairement apporter leur savoir juridique, étant entendu que les citoyens désignés disposeraient d’une majorité absolue.

Voilà une vraie réforme démocratique (au sens donné par Jacques RANCIERE à ce mot : lire notre note du 29 mai 2007 « la haine de la démocratie de Jacques RANCIERE ») de la Constitution.

 
Alexandre Anizy

La Fabrique de Philippe POLLET-VILLARD

Publié le par Alexandre Anizy

Quand en novembre 2007, au Salon du Livre du Touquet, Philippe POLLET-VILLARD nous annonça la prochaine sortie de son deuxième roman, « la Fabrique de souvenirs » (Flammarion, janvier 2008, 241 pages), nous lui avons promis d’en parler ici-même.
Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Dans ce livre, ce sont un peu les années 60 et surtout 70 dans le prisme de l’innocence du narrateur qui raconte son enfance en Haute Savoie : la vie familiale qui s’effiloche au fur et à mesure que le père se dévergonde, la faillite de l’entreprise, la fuite du père, la renaissance des femmes, etc.

Ce roman ne vaut que par le style puisque, somme toute, les tranches de vie rapportées ne figurent que les contours d’une existence ordinaire. Philippe POLLET-VILLARD use d’un ton qui constitue son angle de vue : le détachement, l’ironie, l’humour, l’affection, sont convoqués à chaque page pour notre plaisir.

« Quelques jours plus tard, le directeur avait convoqué ma mère. Il voulait lui parler. (…) D’après les tests d’intelligence et le dessin de l’arbre surtout, qu’il tenait d’ailleurs posé à plat devant lui sur son bureau, j’étais l’enfant le plus intelligent de ma classe. Les tests avaient dit Intelligent, finalement. Les psychologues missionnaires avaient lu ça dans les entrailles de cet arbre, et je ne sais pas comment c’est possible. Un véritable miracle. » (p.78)

 
Après un bon coup d’essai (lire notre note du 30 septembre 2007), nous constatons que Philippe POLLET-VILLARD a trouvé son deuxième souffle.          

 
Alexandre Anizy

Les chênes verts de Sylvie CASTER

Publié le par Alexandre Anizy

En ce temps-là, Sylvie CASTER pointait à Charlie Hebdo : c’était la fin de la bonne époque de cet hebdomadaire iconoclaste. Depuis, c’est un ex chanteur libertaire, Philippe VAL, qui gère SA boutique tendance libéral-libertaire enrobée dans un humour de potaches. Passons, puisqu’ « on s’en branle » (sic).

 
C’était en 1980. Sylvie CASTER publiait « les chênes verts » (éditions BFB, 201 p.). Un roman sur une sœur débile, qui ne sombre pas dans le mélo.

« De son premier centre, Hélène, il a bien fallu qu’elle en sorte. Passés 17 ans, ils n’en veulent plus. Il faut dire qu’ils misent assez sur deux passages, neuf ans et la puberté. Ils risquent nettement, les débiles, d’y laisser leur peau. Il paraît que ça leur fait des chambardements terribles dans les tréfonds. » (p.130)

 
Tonique, le style.
Comme les articles dans Charlie.

 
Alexandre Anizy

Charlie Hebdo : affaire SINE vs Philippe VAL vue par Alexandre ADLER

Publié le par Alexandre Anizy

On savait depuis sa reprise par Philippe VAL, que Charlie Hebdo ne pouvait pas « être après avoir été ». Avec l’affaire SINE, la normalisation est achevée.
Pour le détail de l’affaire, reportez-vous à un ensemble d’articles parus dans la quinzaine passée, de préférence en multipliant les sources.  
 

Disons-le de suite : les invectives, les harangues, etc. de SINE ne nous ont quasiment jamais fait rigoler.  
 

Alexandre ADLER, historien universitaire à Paris VIII dont nous saluons à nouveau les compétences, aurait dû retenir sa plume, même si le ridicule ne tue plus en 2008 : en effet, qu’un ancien marxiste-léniniste traite SINE d’éternel stalinien, c’est à pisser de rire !

Mais Alexandre ADLER souligne à juste titre que le soi-disant anarchisme de SINE a plus à voir avec les borborygmes haineux de grande banlieue, du VII et XVIème arrondissement de Paris, de Saint-Cloud, ou d’ailleurs [ndaa : ADLER ne pointant que les grandes banlieues dans son article, nous avons complété], qu’avec l’anarchisme politique d’un DURRUTI par exemple.     

Excessif dans la louange depuis qu’il pointe au Figaro (mais n’est-ce pas aussi la « qualité première » d’un bon petit soldat marxiste-léniniste qu’il fut ?), Alexandre ADLER encense Philippe VAL qu’il n’hésite pas à comparer à ZOLA, tandis que SINE hérite de la bassesse d’un DRUMONT. Or Philippe VAL a une curieuse façon de faire l’histoire, selon les observations de DELFEIL DE TON (Nouvel Obs. 24 juillet 2008).

Voilà les faits.

« Dans notre monde libéral, les idées finissent toujours par appartenir à ceux qui ne les trouvent pas. » Sentence du repreneur Philippe VAL figurant sur la couverture du numéro 1 du « nouveau Charlie Hebdo » en juillet 1992. En 2004, ne négligeant aucun produit dérivé, le repreneur Philippe VAL publie un livre, « les années Charlie : 1969 – 2004 », dans lequel la couverture du numéro 1 de juillet 1992 est reprise … mais la sentence valienne a disparu.

 
Que le repreneur Philippe VAL soit devenu un dirigeant d’entreprise comme les autres, « on s’en branle » comme disait le chansonnier Philippe VAL !
Mais que le repreneur Philippe VAL n’assume pas d’être devenu ce qu’il est, nous trouvons la chose pathétique.

 
Alexandre Anizy

Philip ROTH un homme

Publié le par Alexandre Anizy

Depuis notre note du 30 juillet 2007 « Philip ROTH un autre géant », vous savez le bien que nous en pensons : « Philip ROTH est un immense écrivain américain. Un auteur de l’est (par opposition à Jim HARRISON par exemple). »

Avec « un homme » (Gallimard, octobre 2007, 153 pages, 15,50 €), c’est le résumé d’une vie d’homme ramenée à l’essentiel, qui tout compte fait, n’est pas folichon.

Le  rythme de la première phrase introduit parfaitement le sujet : « Autour de la tombe, dans le cimetière délabré, il y avait d’anciens collègues de l’agence de publicité new-yorkaise, qui rappelèrent son énergie et son originalité et dirent à sa fille, Nancy, tout le plaisir qu’ils avaient eu à travailler avec lui. »

Les dernières phrases clôturent le livre de comptes de cet homme, avec la force brute de la sobriété : « Arrêt cardiaque. Il n’était plus. Affranchi de l’être, entré dans le nulle part, sans même en avoir conscience. Comme il le craignait depuis le début. »

Du grand art.

 
Alexandre Anizy

Près de Javier CERCAS à petites foulées

Publié le par Alexandre Anizy

Pour ceux qui apprécient les choses courtes, qui concentrent intelligemment une approche singulière de l’existence, nous recommandons le livre de l’espagnol Javier CERCAS « à petites foulées » (Actes Sud 2004, 140 p., 13 €).
Ajoutons qu’il est plus connu pour son roman « les soldats de Salamine » (Actes Sud 2002).

Ils auront un complément à « la tache » de Philip ROTH, puisque le récit se déroule également dans le milieu universitaire américain.   
Mais il serait abusif d’en faire un chef d’œuvre : c’est juste un livre dense, bien écrit, qui a aussi le mérite de laisser perplexe le lecteur lorsqu’il achève sa promenade sur ce campus.

 
Alexandre Anizy

Le roman de la crise par Olivier Pastré et Jean-Marc Sylvestre (II)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de la note du 22 juillet 2008 portant le même titre)

A partir de la page 139, c’est un autre livre : on quitte le domaine de l’histoire économique immédiate pour pénétrer dans celui de l’essai bâclé. A ce changement, le lecteur y perd beaucoup.

A commencer par la clarté du propos. Ces deux économistes distingués prennent un malin plaisir à dézinguer les tenants du catastrophisme et de l’angélisme, comme ils disent, si bien que leur numéro d’équilibristes finit par lasser très vite. Prenons deux exemples.

 
« Le dollar – et donc le yuan chinois – s’affaisse inexorablement. (…) cette érosion ne menace pas fondamentalement la croissance européenne. Certes (…) EADS (…) directement mis en péril (…) et LVMH vend un peu moins  (…). Mais, hormis cela, peu d’industrie sont, à ce jour, fragilisées par le cours du dollar et les véritables problèmes européens sont ailleurs. » (p.147)

Quels sont les véritables problèmes européens ? Nous n’en saurons rien.

Par contre, dès la page suivante, ils affirment : « A quel niveau la dépréciation du dollar asphyxiera-t-elle définitivement la croissance européenne ? Il est trop tôt pour le dire. (…) Mais (…) on se rapproche dangereusement de la « terra incognita ». »

Les experts qui ne se mouillent pas, on en connaît la musique : ils nous annonceront l’incendie quand tout le monde aura déjà vu le brasier !

 
« Des comptes publics presque partout – sauf en France … - en voie d’assainissement. La machine à mondialiser et à créer de la richesse trace sa route, inexorablement. » (p.142)

Ainsi, hormis la France retardataire, les comptables libéraux ont presque partout réduit les déficits …

MAIS on apprend à la page 144 quel est LE VRAI PROBLEME de l’économie mondiale : « Car la réalité, c’st que nos économies sont aujourd’hui sous la menace d’un «accident nucléaire » financier. Le « cœur du réacteur », dans ce domaine, est constitué par le double déficit américain (…) plus de 240 Milliards de dollars de déficit budgétaire prévus en 2007 et plus 700 Milliards de dollars  de déficit de la balance des paiements courants. »

Messieurs, en matière de déficit, il faut savoir : en voie d’assainissement (sauf en France …) ou bien au bord de l’accident nucléaire !

 
Bref, la rédaction de ce « 2ème livre » n’est pas sérieuse.

 
Soulignons un point sur lequel ces 2 économistes distingués tiennent un discours ferme.

« Il n’est pas question de socialiser les pertes [des banques, ndaa], mais d’assurer la remise en marche du système en opérant un distinguo –nécessairement difficile à établir avec précision – entre les innocents et les coupables. » (p.245)

Plus clairement, ils affirment auparavant : « Il faut (…) permettre à l’Etat d’opérer les ajustements nécessaires à court terme. Dans le cas des « subprimes », cela nécessite une prise en charge, par l’Etat en direct, des cas sociaux (…). Cela passe donc par  la prise en charge directe par le budget des cas les plus critiques(p.244) 

Messieurs, cela s’appelle la socialisation des pertes.

Et nous observons que la contradiction ne vous embarrasse pas.

 
« Le roman vrai de la crise financière » est un ouvrage bâclé, dont nous ne recommandons que les 137 premières pages.

 
Alexandre Anizy