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Rêverie de Régis Debray

Publié le par Alexandre Anizy

 

Lundi 19 mars 2012, Régis Debray présentait son livre « Rêverie de gauche » (Flammarion, mars 2012, 103 pages, 10 €) au Café du Croissant à une centaine d'Amis de l'Humanité. Il confirma son "allergie" à Sarkozy de Nagy Bocsaet son aspiration gaullienne, évoqua l'historien Marc Bloch(un thème de son ouvrage), « l'évidage de l'école républicaine, peu à peu envahie par tout ce qui la nie ». (p.85)

 

On y trouve aussi cette réflexion pertinente sur les concepts de société et de peuple : « Une société est un éparpillement de mémoires, un amoncellement de poches à rancune et de comptes à régler ; un peuple est une histoire longue, ou plus exactement l'unité de cette histoire. Les deux coexistent, bon an mal an, et il n'est pas bon que l'un chasse l'autre. Le peuple sans société devient une mystification et la société sans peuple, un capharnaüm. » (p.51)

 

Mais aussi cela : « Parce que les conversions morales commencent par d'inoffensives et anodines habitudes que ne réprouve nullement le Code pénal, mais seulement la common decency. "Les âmes mortes, disait Péguy, sont d'abord des âmes habituées". » (p.29) Puisqu'il s'agit de la gauche, cela vaut pour Strauss-Kahn, mais à notre avis aussi pour Rocard et Moscovici, qui sont allés médiocrement "rassurer" l'ambassadeur américain de leur atlantisme ontologique, quand la France s'opposait à l'invasion de l'Irak par l'Empire.

 

On passe un bon moment dans les pensées en volute de Régis Debray.

 

 

Alexandre Anizy

 

() : là où Jaurès fut assassiné.

 

 

 

La tristesse de Victor Del Arbol

Publié le par Alexandre Anizy

 

La vague des polars nordiques va se retirer après avoir inondé le marché de produits frelatés, dans lesquels la neurasthénie plombe la peinture d'une société sclérosée. Il faut espérer que les joyaux resteront dans les rayons des librairies, comme les bâches des plages du Nord, pour que nous puissions y revenir.

Maintenant l'air frais vient du sud.

 

Avec « la tristesse du samouraï » (Actes Sud, 2012, livrel de 345 pages), Victor Del Arbol a frappé un grand coup grâce à une architectonique sophistiquée et un style d'une élégance maîtrisée (traduction de ClaudeBleton).

Voyons l'incipit : « Il y a des gens qui refusent d'être aimés, ils préfèrent qu'on les quitte. Maria était de ceux-là. »

Et puis : « Un enterrement gris, sous un ciel lourd de nuages obscurs, balayé par un vent glacé. Elle se rappelait une petite chambre dans la pénombre, éclairée par deux candélabres où la flamme vacillante des chandelles formait un cercle jaunâtre autour de la couche où gisait sa mère, les mains croisées sur la poitrine, tenant un crucifix. » (p.40)

Et encore : « Un gamin se faufilait entre les coques rouillées des navires marchands abandonnés le long d'un quai du port ; il sautait de grue en grue comme un singe, au-dessus des eaux pestilentielles, essayait de pêcher des mulets, poissons énormes qui étaient à la mer ce que les rats étaient aux décharges. » (p.188)

 

L'arrière-plan de ce polar, c'est 50 ans d'histoire de l'Espagne. Sur ce fond noir, Victor Del Arbol a tissé une intrigue infernale, dont vous voudrez connaître le dénouement si vous êtes entrés dans le cercle des lecteurs intrépides et curieux.

 

 

Alexandre Anizy


 

La truelle d'Elsa Marpeau

Publié le par Alexandre Anizy

 

C'est un jour qui nuit à notre bonne humeur. Celui où nous avons lu le pavé squelettique de Mme Elsa Marpeau : « Black blocs » (Gallimard, série noire, livrel de 300 pages, février 2012).

 

C'est un produit mince, dopé aux redites et aux pièces collées racoleuses, avec des personnages sans profondeur psychologique.

À la truelle, Marpeau gâche son texte d'insertions putassières, comme le maçon son mortier pour un mur d'argent.

 

Une bourgeoise qui vit à Singapour et qui la joue "toto" dans le monde noir des trotskards, c'est à gerber !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

En corps avec Daniel Pennac ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans son dernier livre, « Journal d'un corps » (Gallimard, janvier 2012, 400 pages, 22 €), Daniel Pennac voulait raconter la vie d'un corps : c'était un projet littéraire original et ambitieux, qui nous fit revenir vers cet écrivain dont nous avons apprécié les premiers romans (comme « la fée carabine », « la petite marchande de prose »).

 

Parce qu'il a inclus son sujet dans un cadre romanesque classique, i.e. une histoire ordinaire qui captive n'importe quel lecteur - car Pennac n'a rien perdu de son talent -, nous considérons qu'il atteint partiellement son objectif.

 

Avec son "Journal", Daniel Pennac n'a donc pas sombré corps et biens.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

L'hollandisme révolutionnaire est un pari stupide

Publié le par Alexandre Anizy

 

Les périodes électorales sont des moments exceptionnels, où les citoyens projettent sur leurs candidats des espoirs bien souvent déçus, voire des idées incongrues car à mille lieues de leur conception politique. C'est ainsi que ce week-end est apparu l'oxymoron "hollandisme révolutionnaire".

 

 

De quoi s'agit-il ?

« (…) parler de d' « hollandisme révolutionnaire », c'est une façon de dire : le PS, organisation normale, structurée par un minimum de discipline, est seul en mesure de reprendre en main la globalisation et l'Europe passées sous le contrôle des oligarchies financières. » Emmanuel Todd (Nouvel Observateur du 1 mars 2012)

Celui qui s'exprime ainsi est un intellectuel qui porte ordinairement un regard perspicace sur le monde tel qu'il va, qui a bien analysé les ravages désirés et orchestrés par l'idéologie dominante (i.e. le néolibéralisme, le consensus de Washington, etc.), bien qu'il ne soit pas économiste, qui n'ignore rien de la responsabilité écrasante des Partis socialistes dans la construction antisociale et antidémocratique de l'Europe, avec au premier rang le francisquain Mitterrand et le social-traître Delors.

 

François Hollande est le disciple de ces deux politiciens néfastes. Dans ces conditions, projeter sur lui la possibilité du réveil d'un problématique idéal européen est une erreur incroyable, qui relève de l'impuissance intellectuelle ou du fantasme.

 

Pire, car avec Hollande le culbuto-molletiste, il y a même un risque : celui d'un mariage avec l'Allemagne imposé au peuple, comme le Président du Conseil Guy Mollet l'avait proposé en secret au Royaume-Uni en 1956. (une découverte récente dans les archives anglaises déclassées)

 

Concluons en paraphrasant un texte de Jacques Prévert.

 

          Un pari stupide

          Un certain Emmanuel Todd etc. etc.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

L'erreur tactique de Jean-Luc Mélenchon

Publié le par Alexandre Anizy

 

Un homme politique doit maîtriser le champ de bataille sur lequel il évolue, à défaut de le dominer. Sinon, il court à sa perte. En acceptant l'invitation de France 2 pour l'émission politique consacrée à Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a commis une erreur tactique due à un péché d'orgueil qui lui coûtera cher dans deux mois.

 

En effet, alors qu'il menait avec brio une campagne dynamique, il s'est laissé enfermer dans un rôle mineur, celui du contradicteur "agressif, impoli voire insultant" d'une extrême-droite rafraîchie. Pourtant, son adversaire l'avait prévenu : il n'y aura rien … et c'est ce qui advint. Mélenchon soliloquant, Le Pen surjouant le silence.

N'était-ce pas pathétique de voir Mélenchon demander au meneur de jeu la permission de parler ? Sur le plateau, prisonnier de son rôle, le Frontiste ne dirigeait rien, et ses attaques pertinentes n'étaient que des coups d'épée dans l'eau trouble du spectacle.

 

Pire. Son adversaire, qui avait contenu l'offensive médiatique en refusant ce simulacre de débat, a failli gagner la bataille. En effet, si Marine Le Pen avait osé prendre la main sur le plateau en annonçant par exemple qu'elle s'absentait 10 minutes pour laisser le champ à un malotru et un présentateur perfide, nous pensons qu'elle aurait raflé la mise en ridiculisant ces coqs prétentieux. Heureusement, la dame manque d'audace.

 

Le David Pujadas du Siècle pouvait conclure son émission avec le sourire : la valetaille médiatique de l'oligarchie a rempli sa mission ce soir-là en marginalisant ces 2 acteurs politiques, valorisant ainsi la bipolarisation centrale des frères siamois du sérail.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Sarkozy de Nagy Bocsa : un candidat sans valeurs

Publié le par Alexandre Anizy

 

Puisque vous entendrez souvent le couplet des valeurs et celui de la morale, le refrain de la force et celui du respect, il n'est pas inutile de se souvenir de deux ou trois choses.

 

Le pouvoir d'achat des Français a baissé durant le quinquennat sarkozyste : travailler plus pour gagner plus n'était qu'un slogan mensonger.

Donner la parole au peuple ? Un autre mensonge.

Quand le peuple français dit NON au projet de Constitution européenne en 2005, le président ubiquiste Sarkozy de Nagy Bocsa fait voter en février 2008 à Versailles puis à Paris le même projet par les représentants de l'oligarchie.

 

Ajoutons ici le fruit de l'expérience. Tout le monde a connu dans sa vie professionnelle l'arrivée d'un nouveau Big Manager qui entonne la défense des valeurs et le sens de la morale … Ce genre de personnages se révèle vite comme le pire des enfoirés.

 

En politique, c'est le même scénario.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

 

Téa Obreht et la femme du tigre

Publié le par Alexandre Anizy

 

Téa Obreht, originaire de Yougoslavie, vit aux USA. A 25 ans elle achève un roman, où elle montre qu'elle a bien acquis le savoir-faire américain dans la construction romanesque, en positionnant son récit dans les décombres d'un pays qu'elle n'a pas really connu et dont finalement elle ne parle pas, évitant ainsi d'empiler les idées communes et d'émettre des conneries définitives.

 

Dans « la femme du tigre » (Calmann-Lévy, août 2011, 332 pp., 20,50 €), on reste à la surface des choses, bien qu'on plonge dans l'onirisme à la manière d'un Gabriel Marquez.

 

Téa Obreht a du talent, c'est évident, mais elle nous intéressera le jour où elle mettra sa technique au service d'une vision personnelle de l'humanité.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Changer d'économie est possible

Publié le par Alexandre Anizy

 

Partout, on vous serine le même couplet sur l'inéluctabilité des politiques d'austérité ; chaque jour, on injecte le venin de la doxa dans les esprits indignés.

Heureusement, 2.000 économistes atterrés ont décidé de se rassembler pour expliquer les fautes des dirigeants et les bonnes raisons du choix d'une autre politique économique : la plupart d'entre eux en connaissent plus sur le sujet que ceux qui tiennent les manettes et les flagorneurs des médias.

 

Pathétiques les nigauds de la Cour des Comptes quand ils en appellent à encore plus de rigueur … Qu'on se le dise : s'ils obtiennent leurs bâtons de Maréchal, les Cahuzac, Vallini et consorts poursuivront eux aussi le chemin unique de la pensée oligarchique.

 

Mieux que cela : en lisant attentivement leur dernier ouvrage titré « changer d'économie ! » (Les Liens qui Libèrent éditeur, janvier 2012, 246 pages, 18,50 €), vous pourrez comprendre que l'autre politique comporte en fait quelques variantes significatives, comme par exemple à propos de la titrisation – soulignons immédiatement que ce livre est écrit pour tous les citoyens !

 

Soyez-en certains : changer d'économie est possible. Les politiciens ont même le choix pour concevoir une offre crédible. Il serait temps qu'ils en profitent.

 

 

Alexandre Anizy

 

"la liseuse" de Paul Fournel

Publié le par Alexandre Anizy

Ayant été abondamment cité dans « la liseuse » de Paul Fournel (POL éditeur, janvier 2012, livrel ePub à 10,99 €), ce qui était fait en cohérence avec le sujet du roman, il était difficile à Bernard Pivot d'échapper à la recension : mission accomplie puisqu'il nous a donné envie de le lire … sur notre liseuse.

Par contre, nous ne sommes pas sûrs que François Busnel ait réellement lu l'ouvrage (cet homme des médias a tellement d'activités annexes à celle du magazine …), notamment quand il écrit « D'autres, plus malins, plus élégants, opposent à la nouveauté [le livrel, ndAA] une arme redoutable, venue des temps anciens : la poésie. Paul Fournel appartient à cette dernière catégorie d'écrivains. » (Express du 4 janvier 2012)

En effet, Paul Fournel a travaillé son sujet : il nous raconte comment un vieil éditeur contribue à l'évolution de son métier en mettant le pied à l'étrier à une bande de jeunes qui ouvrent de nouvelles voies pour "la transmission des textes". Mieux que cela : il nous semble que Paul Fournel, dont nous avons lu un autre roman (« un homme regarde une femme ») que nous n'arrivons pas à retrouver dans notre bibliothèque (ce qui n'arriverait pas avec un livrel !), a écrit son texte en pensant aux nouveaux supports (chapitres courts, mise en page et style épurés, dialogues brefs). C'est aussi une réflexion sur l'usage de ces nouveaux outils dans l'édition, et par conséquent sur la littérature.

Ceux qui l'aiment iront flâner du côté de chez Fournel.


Alexandre Anizy