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Olivier Blanchard : un mea culpa sans conséquence

Publié le par Alexandre Anizy

 

L'économiste en chef du FMI, le français Olivier Blanchard, vient de confirmer que ses croyances¹ l'ont une nouvelle fois aveuglé au point de ne pas comprendre² qu'ils utilisaient de mauvais outils pour mesurer les effets de leurs désastreuses recommandations politiques (au sens étymologique), notamment en Grèce : pour un matheux dans son genre, on touche le comble du ridicule, isn't it ?

 

Olivier Blanchard a donc cosigné un article pour faire son mea culpa : c'est tout à son honneur. (Combien de points pour cette communication ?)

 

Jadis, quand un responsable commettait une faute ayant eu des conséquences dramatiques pour la population, il avait le courage de démissionner … ou d'autres prenaient la décision de l'écarter de son poste.

But the times, they have changed !

Aujourd'hui, le responsable fautif bat sa coulpe (enfin, certains d'entre eux...) et poursuit sa carrière. Aujourd'hui, les responsables ne sont pas coupables.

 

Mais restons positifs, comme toujours. Pour Olivier Blanchard, une chose n'est plus à démontrer : son honnêteté intellectuelle.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : lire sur ce sujet la note que nous avons consacrée au livre de Frédéric Lebaron.

(²) : nous l'avions averti dans la note du 19 février 2010

http://www.alexandreanizy.com/article-un-econo-globish-dans-sa-misere-olivier-blanchard-45230349.html

 

 

L'ascension des chutes par Joyce Carol Oates

Publié le par Alexandre Anizy

 

Longtemps nous nous sommes tenus à l'écart de la production pléthorique de Joyce Carol Oates, craignant une espèce de logorrhée futile comme celle d'Amélie Nothomb par exemple. La vie est une chose courte, fragile, et s'attarder dans la prose au kilomètre d'une faiseuse, bonne ou mauvaise, relève du gâchis. Comme Djian¹, nous pensons que le style d'un écrivain c'est un point de vue sur le monde : c'est pourquoi nous considérons que Mme Nothomb a sans nul doute une esthétique chapelière, mais que dalle pour le reste. Quant à l'Américaine prolifique, c'est une raison technique qui a levé notre prévention. En effet, nous avons acheté Les chutes au nouveau format de poche, dit ".2" (éditions Philippe Rey, juin 2011, 992 pages, 13 € … à notre avis, beaucoup trop cher pour un format poche), inventé par l'imprimeur et éditeur Jongbloed (Pays-Bas).

 

L'architectonique du roman étant remarquable, sans cesse nous avons tourné les pages pour connaître la suite, et en refermant le livre, nous restâmes admiratifs devant l'incontestable savoir-faire de Joyce Carol Oates qui atteint les sommets dans Les chutes.

D'ailleurs, d'un point de vue général, on pourrait discuter la thèse suivante : si les Européens ont inventé le genre romanesque, ce sont les Américains qui l'ont fabriqué dans la dernière partie du XXe siècle.

 

Reste le problème du style, i.e. la vision du monde, là où le bât blesse. Dans le fatras des thèmes abordés (psychologie de femmes américaines, rapports mère – fils, le Niagara comme métaphore de la déchéance d'une Amérique en crise morale, etc.), on ne voit pas d'où l'auteur écrit, de sorte que nous pressentons ceci : with Joyce Carol Oates, nothing personal, just professional.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : lire la note http://www.alexandreanizy.com/article-6876006.html

 

 

 

 

La dernière fumette de Patrick Modiano

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le temps n'a pas prise sur Patrick Modiano : on le quitte dans les années 80 sur on ne sait plus quoi, et on le retrouve avec L'herbe des nuits (Gallimard, octobre 2012, 178 pages, 16,90 €), toujours dans ce même Paris obscur qui n'appartient qu'à lui …

 

Le lecteur avisé survole donc ces nouvelles pages, savamment travaillées pour distiller la nostalgie des eaux troubles d'un passé sans cesse revisité, parce qu'on est blasé de l'inconsistance que d'aucuns prennent pour du mystère.

« Il y avait ainsi, à cette époque, à Paris, la nuit, des points trop lumineux qui servaient de piège et je tâchais de les éviter. Quand j'y échouais, au milieu d'étranges consommateurs, j'étais sur le qui-vive et j'essayais même de repérer les sorties de secours. « Tu te crois à Pigalle », m'a-t-elle dit. » (p.35)

Quand la musique se répète, le lecteur se lasse.

 

Et nous est alors revenu ce vers de René Char :

« L'oscillation d'un auteur derrière son œuvre, c'est de la pure toilette matérialiste. » (Pléiade, p.70)

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

Franz Bartelt : un écrivain ardennais talentueux

Publié le par Alexandre Anizy

 

Franz Bartelt vit dans les Ardennes, publie chez Gallimard (la blanche et la noire), et nous n'avions rien lu de ce sanglier ! Il fallait réparer sur le champ cet oubli fâcheux...

 

Commençons par Le jardin du Bossu(Folio, novembre 2010, 236 pages) . C'est un polar décalé dont la fin n'est pas crédible, et dans lequel l'auteur donne libre cours à l'humour et l'ironie mordante : le plaisir du lecteur est dans la manière. En voici un échantillon pioché au hasard (qui fait bien les choses en l'occurrence) :

 

« Au début de la révolution, j'ai rencontré une professeur de français très portée sur la gauche. Elle avait bien dix ans de plus que moi. Je la revois sur le perron de l'Hôtel de Ville. Elle prônait la libération sexuelle. Elle ne devait pas savoir encore exactement ce que c'était, parce qu'elle était obligée de lire sur un papier. C'était une malade de l'émeute. Une agitatrice. Une factieuse. Elle voulait tout foutre par terre, démolir les églises, couper des têtes, se baigner dans le sang des bourgeois. Ça m'étonnait un peu, vu que chez elle elle n'écoutait que les disques de Félix Leclerc. J'aimais pas tellement le Canadien, mais je ne disais rien. A cette époque, on ne faisait pas l'amour aussi facilement qu'aujourd'hui. Du moment qu'elle couchait avec moi, je voulais bien n'importe quoi. J'étais même prêt à raffoler de Tino Rossi. » (p.88)

 

Le coup de patte permanent, avec légèreté...

 

 

Poursuivons avec Le testament américain (Gallimard, avril 2012, livrel de 132 pages). Il serait inconvenant de vous en raconter le thème, car ce court roman loufoque et irrévérencieux, très sexuel, n'est pas à mettre dans les mains de prudes ou de coincé(e)s du falzar, mais important de dire que l'essentiel est une fois encore dans le style. Nouvel échantillon :

 

« Anne-Marie Mingue était une vraie professionnelle de la télévision. Elle pratiquait la fellation avec ce sang-froid qui caractérise les gens de métier. Sa carrière avait été ponctuée d'un nombre décroissant de sexes érigés. Au début, jeune stagiaire, elle avait mâché tout le monde dans les coins, (…). » (p.86)

 

Âmes délicates, cœurs purs, calotins de toutes obédiences, fuyez cet ouvrage naturel !

 

 

Achevons notre promenade littéraire du côté de chez Bartelt avec La mort d'Edgar (Gallimard, 2010, livrel de 177 pages), un ensemble de 9 nouvelles. Nous avons particulièrement apprécié « Histoire de l'art », une charge loufoque dans laquelle on peut lire :

« Le ministre de la Culture décora l'artiste. Son discours parlait de fluidités invisibles et de force en éclipse. Il fut applaudi chaleureusement par l'assemblée, en majorité composée d'artistes subventionnés et de femmes entretenues. Devant un engouement aussi généralisé, n'importe quel créateur aurait géré la féconde gesticulation au mieux de ses intérêts bancaires. Mais Mamoh Grelock n'était pas du genre à se laisser subvertir par l'euphorie que dispense le succès. Depuis le début, il s'inscrivait, philosophiquement, dans une démarche darwinienne. » (p.47)

« En trois battements de cils, il peignait un compotier rempli d'oranges de Birmanie et de bananes du Mexique, sur fond de colonnes antiques et de gouttières contemporaines. » (idem)

Côté sexe, nous vous laissons le plaisir de découvrir les affres de la création dans la nouvelle titrée « le vrai romancier ».

 

 

Fin de notre défense et illustration de la littérature ardennaise : Franz Bartelt est bourré de talents, qu'on se le dise !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Deux erreurs d'analyse de Jean-Luc Mélenchon

Publié le par Alexandre Anizy

 

Depuis la rentrée d'automne, Jean-Luc Mélenchon a peaufiné son discours sur la scène politique, passant de "Nous ne sommes pas l’opposition, nous sommes les ayants droit de la victoire" et "nous demandons notre dû",en août, à « Il y a une majorité de gauche à l’Assemblée : je propose qu’elle change de centre de gravité. Je suis prêt à être Premier ministre : je ne peux dire mieux ! »,en novembre (Rue89, le 28 novembre)

Deux phrases, deux erreurs : beaucoup pour un seul homme.

 

La première erreur, c'est de croire qu'il existe une majorité de gauche à l'Assemblée. En tant qu'ancien membre du PS, Mélenchon est bien placé pour savoir que ce parti n'a de socialiste que le nom :

« De meilleures conditions pour les retraités les plus pauvres, le mariage des homos, l'abolition de la ridicule loi Hadopi, la suppression de la nomination des patrons de chaînes et radios publiques, le droit de vote des immigrés [sur ce sujet, après avoir agité le chiffon rouge sur les estrades, nous venons d'assister à une nouvelle reculade … combien en quasiment 30 ans? NdAA], quelques éoliennes de plus et quelques centrales de moins, mais tout cela, la droite est capable de le faire – comme elle fit une loi sur la burqa et un Grenelle de l'environnement. Mais où est la seule réforme qui pourrait justifier le mot "socialisme" ? » (Bernard Maris, plaidoyer (impossible) pour les socialistes, Albin Michel)

Citons aussi le malheureux Président de la Commission des Finances du Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais, Michaël Moglia, qui a « la tristesse mais enfin la lucidité, après 23 années de militantisme, dont 9 au sein de la direction nationale du PS, de constater [qu'il s'est trompé] » : Benoît Hamon hier, Emmanuel Maurel aujourd'hui, tentent de maintenir en façade l'image d'un vrai parti de gauche ; Montebourg au gouvernement, lui-même Moglia dans le Nord, ont joué un rôle puisque « à un parti en pleine dérive idéologique il fallait ses idiots utiles. » Et de conclure : « Le PS a oublié les ouvriers. Mais pas seulement eux : les exclus de tout poil et les 11 millions de pauvres qui vivent en France ne comptent pas, ou si peu. » (Libération, 6 décembre 2012)

Tout est dit, non ?

 

 

La deuxième erreur consiste à croire (ou feindre) que le Président culbuto molletiste Hollande pourrait appeler Mélenchon à Matignon pour appliquer le programme du Front de Gauche. Pour énoncer une connerie pareille, il faut être aveuglé par son raisonnement et/ou sous-estimer l'animal politique nommé François Hollande qui,

« s'il use et abuse des jongleries et des roueries, [il] n'en sait pas moins ce qu'il veut. (…) la ligne de son gouvernement, elle relève du social-libéralisme le plus classique : engagement européen énergique, diminution des déficits au pas de course, volonté de réduire les dépenses publiques, pacte de compétitivité, le tout humanisé par des réformes en faveur des jeunes, de l'égalité hommes-femmes et par les drapeaux délibérément agités (mariage et adoption pour les homosexuels, réflexions sur la fin de vie, engagement de mettre fin au cumul des mandats [la prochaine reculade ? NdAA], introduction de la proportionnelle … [seulement pour que le FN de la famille Le Pen bloque l'échiquier à droite, permettant ainsi une nouvelle configuration gouvernementale dirigée par le même Président … rien de neuf ! Que du Mitterrand 84 réchauffé … NdAA]) » (Alain Duhamel, Libération du 6 décembre 2012)

Si la tempête arrive, comme le croit Mélenchon, le Président culbuto molletiste Hollande se tournera vers son véritable camp, sa classe d'origine, la petite bourgeoisie provinciale, ce que Michaël Moglia n'est pas loin de penser lorsqu'il écrit : « (…) donnerez-vous raison à ceux qui ont vu dans la discrète réception d'élus du Modem à l’Élysée, il y a quelques jours, l'amorce d'un renversement d'alliance au profit du centre droit ? »

Une reconfiguration politique se prépare longuement et en catimini : si les fers sont au feu, celui du Front de Gauche n'y est pas.

 

Mais ces deux erreurs d'analyse en sont-elles réellement ? Comme Jean-Luc Mélenchon est un homme intelligent, il est permis de douter.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Le postanarchisme de Michel Onfray

Publié le par Alexandre Anizy

 

Michel Onfray se déchaîne encore cet automne en publiant 3 ouvrages. On s'inquiète pour sa santé et on réitère notre conseil :

http://www.alexandreanizy.com/article-a-michel-onfray-travailler-plus-pour-ecrire-moins-52224938.html

 

Dans « le postanarchisme expliqué à ma grand-mère. Le principe Gulliver » (éditions Galilée, octobre 2012, 98 pages, 18 €), il survole son sujet, en y mettant la touche personnelle, comme :

« Les prêtres de mon enfance, les patrons et la hiérarchie de l'usine de mon village m'ont affranchi sur la nature du pouvoir. » (p.20) ;

ce qui n'est pas une coquetterie de diva philosophe, quand on relie ses expériences à son propos :

« L'anarchie est moins une idéologie à vociférer qu'une pratique à incarner. » (p.49),

qu'il convient aussitôt de compléter par :

« Le postanarchisme n'est pas pour demain – mais pour tout de suite. » (p.54)

 

Qu'est-ce que le postanarchisme ? Onfray dit que c'est un concept utilisé aux États-Unis pour un ensemble de pensées qui regroupe les points-clés de l'anarchisme, en tentant de les dépasser dans le cadre contemporain. Séparant l'ivraie des classiques, Onfray retient ce qui lui semble le bon grain de : Goldwin, Proudhon, Stirner, Louise Michel, Fourier, Bakounine, Kropotkine, Thoreau, Élisée Reclus, Sébastien Faure, Alexandre Jacob, Zo d'Axa, Émile Pouget, Émile Armand, Makhno, Pelloutier, Voline, Malatesta, Emma Goldman, Louis Lecoin (chacun comprend l'utilité de cette énumération).

« (…) le postanarchisme propose de réfléchir à partir des acquis d'une pensée majoritairement française et de proposer une sortie du nihilisme à l'aide d'un corpus philosophique relativement récent. » (p.75)

Et de citer : Foucault, Bourdieu, Deleuze et Guattari, Lyotard, Derrida. Pour résumer : "contre les réacs de l'anti 68" ; "Paris 8 au Salon !"². Il faut « réactiver la pensée critique issue de Mai 68 et de Vincennes ».

« La fin de la macropolitique débouche sur l'avènement de la micropolitique, la vérité du postanarchisme. Je nomme principe de Gulliver cette logique nouvelle, plus modeste, plus humble, moins clinquante, mais qui en finit avec le modèle messianique et religieux. » (p.97)

 

Onfray esquisse les bases d'un projet de recherche et d'un programme politique. Rendons lui ce mérite.

 

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : ce titre sans humour nous fait penser à une collection pour les Nuls, et même pire, à un publicitaire qui prétendait que sa mère le croyait "pianiste dans un bordel" (peut-on mettre de l'esprit dans un paquet de lessive ?). Navrant.

(²) : nous parlons ici de l'université de Vincennes – St Denis, du moins avant qu'elle ne rentre dans le moule, avec des gens comme Olivier Pastré par exemple.

 

Le Feu selon Henri Barbusse

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour notre part, nous ne pouvons pas nous contenter en ce qui concerne 14-18, l'événement qui engendra bien d'autres saloperies au cours du XXe siècle, du survol habile d'un faiseur comme Jean Echenoz avec son 14 : il importe d'en dire plus sur cette boucherie. Il suffit pour aujourd'hui de renvoyer le lecteur à Henri Barbusse, dont Le Feu (le livrel est gratuit) a obtenu le prix Goncourt 1916.

 

Dans ce journal d'une escouade (sous-titre du roman), l'auteur relate la vie ordinaire des soldats sur le front.

« Biquet raconte ses tribulations suppliantes pour trouver une blanchisseuse qui consente à lui rendre le service d'laver du linge, mais « c'était chérot, foutre ! ». » (p.66)

Barbusse rapporte tout, usant à bon escient du langage populaire.

 

Si par goût ou fantaisie on s'égare sur le chemin littéraire de monsieur Echenoz, il convient de lire Le Feu d'Henri Barbusse pour ne pas perdre contact avec la réalité.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 14 de Jean Echenoz

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans sa dernière production, 14(éditions de Minuit, 2012, livrel de 123 pages), Jean Echenoz survole la Grande Guerre, i.e. "la boucherie". Est-ce bien raisonnable ? Il a composé une œuvre rabougrie qui ressemble à la séquence d'un surfeur : petits efforts pour atteindre et attendre le moment où on s'ébroue pour prendre la vague, et pénétrer dans un tunnel mortifère que le personnage quittera pour se libérer dans le sexe de sa femme.

 

Force est de constater que nous n'avons ni décroché, ni bu la tasse.

 

Si nous sommes admiratifs devant le dépouillement architectonique, la capacité à réduire les choses en une expression simple et explicite (nous pensons aux scènes de tranchée), la question du style reste problématique, non pas que nous ignorons les efforts de raffinement lexical, mais dans ce long travelling le rythme boitille quand il faudrait glisser.

« Là – ronflement rauque du couteau à pain sur la croûte, tintement de petites cuillers dans les effluves de chicorée -, ses parents achèvent leur petit déjeuner : peu d'échanges perceptibles entre Eugène et Maryvonne Borne : grondeuses déglutitions du directeur d'usine, exhalaisons mélancoliques de l'épouse du directeur d'usine. » (p.21-22)

Nous observons que le terme ronflementest inapproprié [dans sa quête de préciosité, l'auteur ne nous épargnera pas les adverbes saugrenus comme mêmementou bien mauvaisement, que la teigne Beigbedera également relevé ¹], que la répétition de l'adjectif petitsigne un relâchement dans le vocabulaire, que l'abus des deux-points ne trouve pas grâce à nos yeux, que la répétition voulue de directeur d'usineparaît insignifiante tout en contribuant à la claudication générale que nous avons soulignée.

 

En refermant le livre, nous nous sommes interrogés : un auteur endormi a-t-il émergé depuis Lac ? (lire la note du 7 août 2008) On en doute : la qualité inégale de l'écriture ne parvient pas à contrecarrer la vacuité des propos de l'écrivain Echenoz.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : chronique du zigoto dans le Figaro Magazine du 9 novembre 2012, où nous avons ri en lisant que « 124 pages pour 2 millions de morts : ce n'est pas un roman, c'est une compression de César ».

 

 

L'erreur politique de Jacques Généreux et du Parti de Gauche (PG)

Publié le par Alexandre Anizy

 

L'économiste en chef du Parti de Gauche Jacques Généreux vient de mettre à jour son livre Nous, on peut !(Points Seuil, septembre 2012, 206 pages, 5,90 €), dans lequel il énumère les mesures prioritaires à prendre dans le cadre d'une transformation citoyenne, ce qui globalement ne nous pose pas de problème. Sauf que le calendrier politique est fondée sur une vision utopique de la construction européenne, qui fait fi de la réalité.

 

Quel est le fondement de la stratégie ?

« La gauche de transformation écologique et sociale, celle qu'incarne aujourd'hui le Front de Gauche, est internationaliste. Elle est pro-européenne et non pas anti-européenne (…). » (p.177)

Nous n'en doutons pas.

« Si l'on postule qu'il est impossible de s'affranchir partiellement d'un accord sans rompre intégralement cet accord, alors la question de la sortie de l'euro est indissociable de celle de la sortie de l'Union Européenne. » (p.177)

Ce raisonnement défie la réalité : tous les pays de l'UE n'étant pas dans la zone euro, si un membre de l’euro-landdécide d'abandonner cette monnaie, alors il se retrouve dans le cadre juridique des autres nations (Royaume-Uni, etc.). Le fait d'être internationaliste ne doit pas empêcher la défense de l'intérêt national comme étape nécessaire à un dépassement du cadre européen néolibéral. La dialectique, camarades !

 

Quel est le calendrier politique du PG ?

Si les autres pays ne veulent pas changer le statut de la Banque Centrale Européenne (BCE), alors la France doit modifier les statuts de sa BC pour qu'elle puisse « concourir directement au financement de l’État et/ou à refinancer les banques publiques à taux réduit » (p.171). Cette reprise en main n'implique pas techniquement une sortie de l'euro, même si elle se fait en violation du traité de l'union monétaire.

Mais la riposte technique des eurocrates ne se fera pas attendre, puisque « la BCE peut théoriquement décider de déconnecter le marché monétaire d'un pays rebelle du réseau monétaire de la zone euro, ce qui revient, par exemple, à séparer un marché de l'euro émis en France du marché des euros créés dans le reste de l'Union. Cela équivaut à une exclusion de la zone euro. » (p.171)

La crise politique étant ouverte, et l'amputation du pays rebelle étant juridiquement impossible, « elle contraint à ouvrir des négociations sur le statut de la BCE ». A notre avis, pas du tout : le pourrissement de la situation obligera le pays rebelle à sortir de l'euro. On pourrait penser qu'on arrive alors au même résultat, mais ce n'est pas le cas parce qu'on aura perdu de longs mois, retardant ainsi l'application la plus rapide possible de l'ensemble du projet politique. Or, la réussite immédiate du programme économique dépend aussi de son instantanéité. Autrement dit, on aura augmenté le risque d'échec sans gain en contrepartie.

 

 

Alors pourquoi cette stratégie tarabiscotée qui sous-estime la puissance des intérêts nationaux et la force du blocage idéologique ?

« La stratégie proposée ne fait sens qu'en tant qu'étape susceptible de provoquer le choc nécessaire pour briser la domination du bloc néolibéral au sein de l'Union et de forcer à la renégociation d'un traité instaurant les conditions d'une union monétaire soutenable. » (p.180)

A cela nous répondons d'une part qu'en matière économique, si on veut augmenter ses chances de succès, il est préférable de bâtir un programme sans dépendre du bon vouloir des autres, et d'autre part que c'est plutôt la réussite d'une politique de transformation écologique et sociale dans un pays qui contribuera à disloquer le bloc néolibéral européen.

 

En vérité, ce n'est pas en ignorant les faits et les rapports de force au sein de l'UE, que l'on bâtit un calendrier politique dans le seul but de se différencier d'un adversaire politique, à savoir le FN. Comme l'écrit Jacques Sapir :

« Il faut rappeler ici qu'idées, notions et concepts ne sont pas brevetables. Ils appartiennent à tous et donc à personne. » (p.21)¹

Puisque la sortie de l'euro² est la clé de la réussite du projet économique du PG, l'inscrire dans le programme aux élections aurait été judicieux et payant, car en matière électorale, la cohérence d'un projet paie plus que la différenciation mercatique.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : Jacques Sapir, Faut-il sortir de l'euro, Seuil janvier 2012, 192 pages, 14,90 €

(²) : on peut sortir de l'euro (monnaie unique) pour entrer dans un autre euro (monnaie commune), mais ce n'est qu'une voie dépendant beaucoup des autres …

 

 

La nouvelle fracture territoriale selon Laurent Davezies

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans les années 80, il était de bon ton de parler de la "France exposée" et de la "France protégée". Grâce à une recherche pointue sur les statistiques, Laurent Davezies remet ça au goût du jour en détaillant une nouvelle fracture territoriale dans un livre : La crise qui vient(Seuil – République des Idées, octobre 2012, 112 pages, 11,80 €)

 

« Quatre France prennent forme sous nos yeux :

  • une France productive, marchande et dynamique, concentrée dans les plus grandes villes, où se forgent les nouveaux atouts de la compétitivité du pays (36 % de la population) ;

  • une France non productive, non marchande et pourtant dynamique, située à l'ouest d'une ligne Cherbourg-Nice, qui vit d'une combinaison de tourisme, de retraites et de salaires publics (44 % de la population) ;

  • une France productive, marchande et en difficulté, composée de bassins industriels déprimés, principalement dans la moitié nord du pays, dont le déclin semble difficile à enrayer (8 % de la population) ;

  • une France non productive, non marchande et en difficulté, située également dans le nord-est du pays et faite de territoires si frappés par le déclin industriel qu'ils dépendent essentiellement des injections de revenus sociaux (12 % de la population). » (p.8)

 

On le voit : la segmentation est beaucoup plus élaborée que celle d'autrefois, et le travail fouillé réserve des surprises quant à la résistance aux crises. Nous remercions l'auteur de ne pas avoir édulcoré, enjolivé les perspectives noires pour certains segments. C'est un ouvrage sérieux que tout homme politique digne de ce titre doit avoir en tête lorsqu'il préconise une politique économique pour le pays.

« L'univers dans lequel nous entrons aujourd'hui a besoin de nouveaux arbitrages publics entre croissance, développement social et cohésion territoriale. » (p.15)

 

 

Pour le constat, l'analyse des statistiques, Laurent Davezies est objectif. Pour les pistes de transformation du paysage socio-économique territorial, ça coince gravement du côté de l'exposé puisque seule la théorie dominante a droit de cité dans la discussion : la preuve en page 79.

« Que ce soit dans l'euro, ce qui exige des ajustements structurels immédiats, ou hors de l'euro, par le biais d'une dévaluation qui favoriserait à court terme les exportations, il faut améliorer la compétitivité du pays et renouer avec des taux de croissance durables. »

Dans le paragraphe suivant, en 8 lignes, l'auteur souligne les difficultés des mesures d'austérité pour atteindre leurs objectifs [pour notre part, nous aurions mis en évidence l'incohérence économique et l'inefficacité sur le terrain – voir les résultats au Portugal, en Espagne, en Grèce …]. Puis il assène son verdict sans discussion :

« Il ne nous reste donc que la voie de l'ajustement structurel aux conditions actuelles de l'économie européenne et mondiale. »

Ce raccourci péremptoire (le "donc"fait sourire) entame l'estime que nous commencions à porter à cet universitaire.

 

 

Il est vrai que dans une collection dirigée par Pierre Rosenvallon, il n'y a pas de place pour l'honnêteté intellectuelle, un luxe qu'il ne s'autorise pas dans son combat idéologique.

 

 

Alexandre Anizy