Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

notes economiques

Le roman de la crise par Olivier Pastré et Jean-Marc Sylvestre (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Olivier Pastré est professeur d’économie à Paris VIII depuis de nombreuses années. Il est aussi banquier.

Jean-Marc Sylvestre est docteur en sciences économiques et donne depuis de nombreuses années aux auditeurs de France Inter, comme aux téléspectateurs de 2 chaînes privées en béton, une leçon matutinale de libéralisme économique, où l’Etat obèse doit être dégraissé pour le plus grand profit des investisseurs privés, où le marché du travail doit être libéré de son carcan réglementaire, où la loi de l’offre et de la demande etc., où le système de santé français est une gabegie grâce à laquelle il est encore en vie (pour ceux qui s’intéressent aux pipo(les), lire le récit de son sauvetage par « JMS himself » – voir sa bibliographie).

Le dogmatisme n’arrangeant pas l’affaire, chacun sait que passer un certain âge, on ne change plus.

Ces deux économistes distingués ont commis un début de livre excellent avec « le roman vrai de la crise financière » (éditions Perrin, mai 2008, 300 pages, 19 €).
Si vous voulez comprendre la crise économique actuelle qui a débuté dans l’été 2007 par la fameuse crise des « subprimes », nous vous conseillons ce livre écrit par 2 personnes très bien informées qui ont laissé le jargon des spécialistes dans les tiroirs de leurs bureaux : leur maîtrise du sujet leur permet d’expliquer simplement les techniques complexes de la finance.

 
Disons que jusqu’à la page 137, c’est bon.
Après, c’est un autre livre. Et ça se gâte.  

 
Alexandre Anizy

La BCE est une calamité pour l'Europe

Publié le par Alexandre Anizy

La crise économique, qui poursuit ses ravages aux Etats-Unis comme on l’a vu avec Freddie Mac et Fannie Mae (lire notre note économique du 15 juillet 2008), s’aggrave en Europe, notamment en Espagne avec une 1ère faillite retentissante (le promoteur immobilier Martinsa – Fedesa).

 
S’ils n’avaient pas abdiqué avec le traité de Maastricht notamment, les hommes politiques européens seraient placés devant le dilemme suivant : soutenir l’activité économique et l’emploi ou combattre l’inflation globale ? Taux d’intérêt ou taux de change de l’euro ?

Mais en l’état actuel de l’organisation européenne, ces questions ne se posent plus puisque des eurocrates non élus font la police politique à la tête de la BCE. Mais comme nous l’avons écrit dans notre note du 11 août 2008, comme l’a si bien démontré Patrick ARTUS dans son livre « les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation » (édition Perrin août 2007, 175 pages, 14,80 € : lire nos notes économiques « les archaïques des banques centrales »), l’euro imperator TRICHET et ses acolytes sont des hommes du passé dépassés : ils n’ont pas encore compris que l’économie mondiale sort de 30 ans de désinflation en muant vers un autre paradigme.  

« Dans les pays développés, la hausse des prix est importée. (…) Par ailleurs, la crise financière (…) crée une forte dynamique déflationniste. (…) tandis que l’extension du marché et de la concurrence continue à peser à la baisse sur certains prix. » (Nicolas BAVEREZ, Point 1869 du 10 juillet 2008)

« Dans cette environnement, la hausse des taux de la BCE est totalement à contre-emploi : elle contribue à l’inflation, accélère la crise et aggrave les tensions sur les paiements mondiaux. (…) Ses effets resteront virtuels sur l’inflation mais dévastateurs sur l’économie : elle enfermera la zone euro dans la croissance zéro, le chômage de masse, la dégradation des comptes publics (…). (…) La BCE est un pompier pyromane. » (idem)
 

C’est  Nicolas BAVEREZ qui écrit ces lignes hostiles à la politique de la BCE, i.e. un tenant de la théorie économique dominante : pas un keynésien rêveur ou un marxiste psychorigide (comme on pourrait le lire dans le Figaro ou Libération ou les Echos ou etc.).
Dans la conclusion de son article, il place ces lignes prémonitoires :

« (…) en laminant les classes moyennes et les producteurs, la BCE fait le  jeu du nationalisme économique, du protectionnisme et de la xénophobie. »

 
Rappelons ici ce que nous écrivions dans notre note du 11 août 2007 :

« Ainsi la BCE est dirigée par un banquier irréprochable, qui n’a pas fait appliquer les principes de prudence et de sincérité avec les comptes du CREDIT LYONNAIS de 1992, bien qu’il soit informé selon l’arrêt de la Cour de Cassation de la nécessité de répartir les pertes sur plusieurs exercices : à cette époque, Jean-Claude TRICHET est resté sourd aux recommandations.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
« Le mode de fonctionnement de la BCE repose en effet sur une succession de lignes Maginot qui ne sont plus tenables. Une conception absolutiste de l’indépendance la conduit à refuser toute discussion avec les politiques sur les taux d’intérêt ou de change, alors même que c’est le cas partout dans le monde (…) » écrit Nicolas BAVEREZ (déjà cité).
L’euro imperator TRICHET est un homme du passé dépassé.
Et les peuples européens paieront la facture
. » (Alexandre Anizy)
On y est.

 
On peut être hostile aux opinions politiques et à la vision économique de Nicolas BAVEREZ, mais partager son analyse sur les conséquences de la « réponse calamiteuse au problème de l’inflation » de la BCE.

 
Alexandre Anizy

Inflation : le parti pris du journal Le Monde

Publié le par Alexandre Anizy

L’examen minutieux de la page 20 du Monde du vendredi 11 juillet 2008 révèle le parti pris du quotidien vespéral. La veille, la BCE avait augmenté son taux directeur de 0,25 point pour lutter contre l’inflation.
 

Ce que voit le lecteur immédiatement.

En très gros titre, on a : « Inflation un inquiétant retour ».
Sous-titre (mots-clés) : « le G8 s’est ému de la flambée des prix … un regain d’inflation … notamment dans la zone euro (…) »
Puis, le lecteur se positionne, au-dessus du très gros titre, en haut de la page, là où sont placés des graphiques dont les titres sont :
A gauche : « l’inflation se nourrit en partie [c’est nous qui soulignons, ndaa] de la forte hausse … » ;
Puis à droite : « l’indice des prix à la consommation (IPC) permet de suivre l’inflation, mois après mois »
 

Ce que le lecteur va mémoriser :

Il y a une flambée des prix qui occasionne un retour de l’inflation en Europe. Cette inflation, c’est la forte hausse des prix à la consommation.

 
Poursuivons l’examen de la page.
En bas de page, on a :

D’abord un entretien avec un économiste de la BNP Paribas, chapeauté par un extrait « l’exercice, risqué, de la hausse des taux directeurs de la BCE a été réussi », qui valide la mesure prise par la BCE ;
Puis un grand graphique tout en bas dont le titre affirme qu’en « France : les pics d’inflation ont une conséquence directe sur la consommation des ménages ».
 

Résumons le schéma d’ensemble : la hausse des prix, c’est l’inflation, mauvaise pour la consommation des ménages ; la BCE a bien agi.

D’ailleurs, la fin de l’article est la suivante : « Les salariés, en particulier les plus modestes, très exposés à l’augmentation des dépenses contraintes (…) sont les grands perdants du retour de la hausse des prix. Leur pouvoir d’achat recule (…) » Mais (ouf !) « il n’y a pas, pour l’instant, de spirale inflationniste, c'est-à-dire de contagion prix-salaire. »
 

Le Monde n’a pas écrit « merci la BCE », mais cette analyse tend à démontrer qu’il le pensait très fort.

 
L’exercice que nous avons entrepris aujourd’hui est courant chez certains chercheurs en psychologie.

 
Pourtant, en lisant les textes du Monde de la page 20, il est écrit [c’est nous qui soulignons, ndaa]:

  • « le regain d’inflation (…) avec un pic à 4 % en juin est dû aux deux tiers à la flambée des prix des matières premières agricoles et de l’énergie (…) » ;

2/3 de 4 %, c’est 2,67 % : cela signifie que l’inflation monétaire (ou sous-jacente) se situe à 1,33 % : rappelons ici que la cible officielle de la BCE est un taux de 2 %.

  • « la flambée des prix vient surtout des produits alimentaires et du pétrole » ;

Rappelons ici qu’en haut à gauche de cette page 20 les premiers mots sont « l’inflation se nourrit en partie … » : ce qui est prédominant est minimisé dans l’introduction.

 
Le Monde de Mr Eric FOTTORINO ne vaut pas mieux que celui de Messieurs Jean-Marie COLOMBANI et Edwy PLENEL.

 
Alexandre Anizy

Freddie Mac et Fannie Mae s'écroulent, Indymac en faillite

Publié le par Alexandre Anizy

Fannie Mae et Freddie Mac sont les deux plus grandes institutions américaines de financement de crédit immobilier : elles détiennent ou garantissent environ 5.300 Milliards de dollars (sur un total de 12.000 environ) de crédits immobiliers consentis par les banques aux particuliers. En bref, elles sont la clé de voûte du crédit immobilier américain depuis 1970.

La semaine dernière, les cours des actions de Fannie Mae et Freddie Mac ont plongé de plus 60 %, entraînant dans leurs chutes Wall Street et les autres grandes places mondiales. Pourquoi cet effondrement ? Les défauts de paiement des particuliers ayant explosé à leur plus haut niveau depuis 29 ans (en Californie, on saisit la maison de 1 ménage sur 192 contre 1 sur 501 pour le reste des Etats-Unis), les fonds propres des 2 sociétés sont désormais insuffisants pour couvrir les risques : pour respecter les normes comptables relatives à la solvabilité, elles devraient lever 77 Milliards de dollars …

Or ceux qui ont participé aux dernières augmentations de capital, comme ceux qui ont souscrit aux émissions d’actions à taux préférentiel en Europe, ont fait de mauvaises affaires. C’est sans doute pourquoi la banque californienne Indymac n’est pas parvenue à lever des fonds … et qu’on a annoncé sa faillite tard vendredi soir, ainsi que sa mise sous tutelle : c’est la 7ème banque en faillite en un an, mais de loin la plus importante avec ses 32 Milliards de dollars d’actifs. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, la liste des établissements en difficulté à l’agence fédérale de garantie des dépôts (FDIC) est passée de 76 à 90 entre janvier et juin 2008. Le cours de la 4ème banque américaine Wachovia a chuté de 60 % en un an.

Dans ces conditions, il sera difficile à ces deux institutions moribondes de lever des fonds.

La semaine dernière, les autorités américaines ne sont pas intervenues directement pour Fannie Mae et Freddie Mac : il est vrai que la totalité des risques de leurs bilans équivaut à la dette publique ! Il est donc urgent d’attendre, en épuisant toutes les autres solutions techniquement faisables.

Mais la nationalisation, comme le Royaume-Uni s’y est résolu pour la Northern Rock, mettra fin à l’histoire de Fannie Mae et Freddie Mac.
 

Quand les financiers perdent, ce sont presque toujours les contribuables qui paient l’ardoise.

 
Alexandre Anizy

La crise s'installe

Publié le par Alexandre Anizy

En 2007, dès les premiers dégâts de la crise des « subprimes », nous avons immédiatement pronostiqué une crise financière grave :

  • notre note du 11 août 2007 : « Le retournement du marché immobilier américain a déclenché un jeu de dominos sur les marchés financiers internationaux. » ;
  • notre note du 17 septembre 2007 : « C’est en Grande-Bretagne que le marché financier se fissure, ce qui n’étonne personne, tant ce pays est inféodé aux USA. Parce que la 8ème banque de ce pays, la Northern Rock Bank, ne trouvait plus un seul prêteur sur le marché interbancaire, la Banque d’Angleterre a dû se résoudre à jouer son rôle de prêteur en dernier ressort. » Nous concluions cette note par : « Epargnants de la Northern Rock Bank, soyez raisonnables : reprenez l’oseille et tirez-vous ! » ;
  • notre note du 20 septembre 2007 : « Certes, Madame, mais les marchés financiers étant tous reliés, des produits financiers si complexes ayant été élaborés pour diluer le risque en le mutualisant (voir l’entretien récent au Figaro du Président d’Axa),est-il raisonnable de croire que le système bancaire ne sera pas touché par la crise américaine ? La réponse est non évidemment (…). » ;
  • notre note du 4 octobre 2007 : « On le voit : la crise des « subprime » s’est propagée dans le système financier américain. En France, les grandes banques affirment que l’impact serait extrêmement limité dans leurs comptes trimestriels : rendez-vous début novembre. Seul le Crédit Agricole fut victime d’un « trader fou ». ».

 Dès notre note du 20 novembre 2007, nous annoncions que l’embellie du 3ème trimestre 2007 (croissance  de 0,7 %) était passagère, parce les indicateurs pour 2008 étaient mauvais.
Les chiffres officiels d’aujourd’hui (sur ces indicateurs) nous donnent encore raison. 
 

Aujourd’hui, nous disons que la crise économique durera au moins jusqu’à la fin 2009.

Pour qu’il en soit autrement, il faudrait qu’en même temps :

  • La croissance faible américaine diminue la demande de matières premières et donc les prix ;
  • La baisse du dollar fasse repartir les exportations américaines ;
  • La forte croissance asiatique se maintienne.

On peut toujours rêver.

Le scénario probable est le suivant :

  • l’Asie poursuivra sa croissance et accentuera la hausse des prix de l’énergie et des matières premières ;
  • les Banques Centrales tenteront vainement de bloquer l’inflation globale en augmentant leurs taux, et ce faisant contribueront au ralentissement économique ;
  • les faillites des rehausseurs de crédit et la perte de valeur des produits titrisés augmenteront les pertes des banques, qui réduiront en conséquence leurs crédits, et ce faisant contribueront au ralentissement économique.

Jusqu’à la fin de 2009, on aura donc en France :

  • Une croissance bien inférieure à 2 % ;
  • Une inflation à 5 % au moins ;
  • Un déficit budgétaire en hausse ;
  • Un chômage en hausse ;
  • Une baisse relative des salaires.

Bienvenue dans la crise !

 
Alexandre Anizy

La valse des chiffres officiels

Publié le par Alexandre Anizy

Souvenez-vous. C’était en mars, au moment des élections, et nous avions eu droit à une avalanche de statistiques dont l’incompétent ministre Christine LAGARDE se gargarisait. Grâce aux mesures gouvernementales, le chômage baissait et la bataille pour le pouvoir d’achat s’amorçait sous de bons auspices.

Trois mois plus tard, le chômage baisse encore, mais ce n’est plus que par l’effet démographique que tous les économistes connaissaient depuis au moins 5 ans, et la baisse du pouvoir d’achat est affichée clairement.

L’Insee vient de corriger à la baisse le taux de croissance du 1er trimestre 2008 (on passe de 0,6 à 0,5 %, mais ce petit rien n’est pas anodin) et confirme que l’économie est en plein ralentissement, ce qui accrédite la prévision de 1,6 % pour l’année 2008.

Faut-il rappeler ici que le budget 2008 est bâti sur une fourchette de 1,7 à 2 % ?

Mais le gouvernement peut faire confiance à l’Insee : comme il a su bloquer pendant 6 mois la sortie de chiffres déplaisants, i.e. avant l’élection présidentielle, il saura le moment venu bricoler une révision technique des paramètres pour coller au besoin national. 

La consommation des ménages a stagné au 1er trimestre : c’est son plus mauvais résultat depuis 10 ans
. D’une façon ou d’une autre, la réalité économique vous revient toujours en face.

 
Alexandre Anizy

Inflation : aujourd'hui 4 %, dans un an 5 %

Publié le par Alexandre Anizy

Nous l’écrivions hier, et Eurostat le confirme : le taux d’inflation est de 4 % en juin. Du jamais vu depuis 16 ans.

 
Jeudi 3 juillet, la BCE augmentera son taux directeur en le portant à 4,25 %, comme l’euro imperator TRICHET n’a cessé de l’annoncer depuis 3 mois. Le chiffre d’Eurostat conforte les archaïques de la BCE dans leur logique monétariste.

Le commissaire européen Joaquin ALMUNIA a repris immédiatement à son compte (quasiment un verbatim) les objectifs de l’euro imperator TRICHET : « Il faut éviter une spirale inflationniste et des effets de second tour. »
« Effets de second tour » : c’est la hausse des salaires … qui engendrerait une nouvelle hausse des prix.  

Cette hausse du taux directeur de la BCE ne changera rien pour l’inflation : dans un an, le taux d’inflation sera à 5 %.

Par contre, les rentiers et les banquiers apprécieront cette politique d’argent cher.

Bien entendu, la politique monétaire de la BCE met un frein à l’investissement, c'est-à-dire à une composante de la demande globale, quand l’autre (la consommation) est déjà en stagnation. Conséquence inéluctable : la croissance va encore diminuer. Ainsi, hors effet démographique et bidouillage des statistiques, le chômage ne baissera pas.  

Dans son rapport annuel qui vient de sortir, la Banque des règlements internationaux (BRI) avance prudemment cette hypothèse quand elle dit ne pas exclure « une phase de repli mondial plus marqué et plus durable que prévu ».

Quant aux Américains et à la Fed en particulier, il faut être un grand naïf comme le Gracque 40 Jean-Pierre JOUYET, ministre des Affaires européennes, pour croire qu’ils réagiront favorablement face aux gesticulations d’estrade de la BCE. La surévaluation de l’euro, due notamment à l’écart de 2 points entre les taux directeurs de la BCE et de la Fed, est un problème européen. Pas américain.

On n’est pas sorti de l’auberge … européenne !

 
Alexandre Anizy

La BCE fait plaisir aux rentiers et aux banques

Publié le par Alexandre Anizy

Ce n’est pas une surprise : la BCE va augmenter d’un quart de point son taux directeur, qui passera donc de 4 à 4,25 %.

Depuis que l’Allemagne a vérifié qu’un euro fort ne nuisait à son excédent commercial, plus rien ne pouvait bloquer la logique des cadors de Francfort. Mais l’inflation, contre laquelle ils luttent, se poursuivra.

En effet, pour l’essentiel, l’inflation n’est pas d’origine monétaire (lire nos notes économiques « les archaïques des banques centrales » de fin 2007). Elle résulte des hausses conjuguées du pétrole et des autres énergies, des matières premières, des denrées alimentaires. Il s’agit d’une réallocation des ressources au niveau mondial. Comme ces hausses continueront dans les prochains mois, le taux d’inflation globale augmentera encore.

La BCE dispose de ces informations. Alors, puisque l’inflation globale est inévitable, avec ou sans hausse des taux d’intérêt, autant que ce soit avec des taux plus élevés : les rentiers seront satisfaits de leurs commensaux.

Les banques aussi : elles en auront bien besoin pour éponger leurs pertes consécutives à la crise des « subprimes ».

 
Alexandre Anizy

L'hyper libéralisme selon Pierre LARROUTUROU

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son « livre noir du libéralisme » paru en octobre 2007 (éditions du Rocher, 18 €), Pierre LARROUTUROU parle de l’effondrement du système capitaliste : « Aucune des tendances actuelles n’est durable. C’est vrai de la crise sociale, de la crise financière, et, bien sûr, de la crise écologique. Nous sommes au bout d’un système. Il est urgent de construire une alternative globale. » (Libération du 1er décembre 2007)

La précarisation est un des symptômes de cette asphyxie. Donnons quelques exemples :

  • Au Japon, 32 % des emplois sont précaires ;
  • En Allemagne, 6,3 millions de salariés n’ont que des emplois à 400 € (15 heures par semaine) ;
  • Aux Etats-Unis, en écartant les chômeurs, la durée moyenne du travail est de 33,7 heures.

L’endettement est un autre des symptômes : l’endettement des ménages tout particulièrement. Aux Etats-Unis, la dette totale (ménages + entreprises + collectivités, sans le secteur financier) représente 230 % du PIB américain. Rappelons que ce ratio n’était que de 140 % en 1929. Si on ajoute la dette du secteur financier, la dette s’élève alors à 340 % du PIB américain.

« Les chiffres sont formels : la croissance européenne, ou américaine, serait négative depuis 7 ans si nous n’avions pas fortement augmenté la dette privée. » (Pierre LARROUTUROU, idem)

Tous les pays que les libéraux citent comme modèle (Japon, Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, Espagne, Angleterre) maintiennent leurs croissances grâce à l’endettement privé. « En 2006, la dette des Etats-Unis hors secteur financier a augmenté 8 fois plus vite que le PIB. » (Pierre LARROUTUROU, ibidem)

Dans tous les pays occidentaux, nous dit le dernier rapport du FMI, la part de la richesse qui va aux salaires a fortement  baissé : 10 % en Europe et au Japon. En France, la baisse est de 11 %, ce qui veut dire concrètement que, sur un PIB de 1.800 Milliards d’euros, 200 Milliards iront rémunérer le capital, alors qu’ils auraient été remis aux salariés si on était dans le cas de répartition de 1982 …

 
Concernant la France, jusqu’à ce jour, les importations hors Europe n’expliquent pas le chômage et la crise sociale, puisque la balance commerciale est équilibrée. « Plutôt que la mondialisation, ce sont les gains de productivité qui ont détruit des emplois. (…) en 30 ans, l’économie française produit 76 % de plus avec 10 % de travail en moins (…) mais le nombre de personnes disponibles a augmenté de 23 %. »  (Pierre LARROUTUROU, ibid.)
Or toute la politique économique actuelle vise à augmenter le temps de travail des salariés en poste, par tous les moyens possibles. En conséquence, les choses ne s’arrangeront vraiment pas de sitôt (il est inutile de rappeler ici les bidouillages statistiques, etc.).

Pour Pierre LARROUTUROU, « l’hyper libéralisme peut nous conduire à la catastrophe ».

 
Remarquons ici que malgré ces chiffres, on trouve des économistes comme Jean PISANI-FERRY (directeur du centre Bruegel) pour décréter que « c’est désormais d’un relèvement des gains de productivité qu’il faut attendre une reprise de la progression du pouvoir d’achat ».
Il est vrai que dans toutes ces officines le facteur idéologique prend toujours l’ascendant sur la rigueur et l’objectivité.

 
Alexandre Anizy

Bilan de la globalisation selon Patrick ARTUS

Publié le par Alexandre Anizy

Patrick ARTUS, dont nous avons déjà donné un large écho de son livre excellent « les incendiaires : les banques centrales dépassées par la globalisation » (Perrin, août 2007, 14,80 €) dans nos 8 notes économiques (du 21 novembre 2007 au 8 janvier 2008), dresse maintenant avec Marie-Paule VIRARD un bilan de la globalisation dans un nouveau livre intitulé « Globalisation, le pire est à venir » (la Découverte, 12,50 €).

 
Tout d’abord, l’économiste relève que la globalisation est positive, parce que les échanges stimulent la croissance. Jusqu’en 2000, on peut estimer que le solde est favorable. Mais sur le long terme, la globalisation a engendré des tendances insoutenables comme : explosion des inégalités (notamment  à cause des transferts d’activité), désordres monétaires, envolée des prix des matières premières. L’accroissement de la richesse a permis un retour de l’inflation et un boom des matières premières.
                                           

90 % de la création monétaire se fait en dehors des pays du G7 (le cynisme de la politique monétaire actuelle de la BCE et de l’euro imperator TRICHET nous laisse songeur). La liquidité dans le monde a augmenté de 18 % sur un an, ce qui alimentait la bulle immobilière hier, celle des matières premières aujourd’hui, celle des terres agricoles (et de l’eau ?) demain.

« Parce que l’argent circule partout sur terre, le monde a besoin d’une banque centrale mondiale chargée de gérer la quantité de monnaie de l’ensemble de la planète. » En soi, cette proposition est très pertinente, mais elle fait fi de la dimension politique présente dans toute question monétaire. Par conséquent, elle restera une chimère technocratique.

 
Ce qui est plus réaliste pour les 10 ans à venir (le pire selon Patrick ARTUS : un signe fort de son adhésion à la théorie dominante), c’est le retour en force du protectionnisme (voir notre note du 1 octobre 2007 « bientôt le protectionnisme » : à lire ou relire aujourd’hui).

 
Quant « aux réactions populistes de plus en plus exacerbées » [c’est nous qui soulignons, car l’emploi du mot « populiste » à la place de « populaire » marque un jugement de classe], nous posons la question : est-il raisonnable de déqualifier les actions de résistance ou de survie des hordes affamées du tiers-monde, des salariés précaires des pays développés, etc. ?

 
Alexandre Anizy

<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 > >>