Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

notes economiques

La crise toujours

Publié le par Alexandre Anizy

Comme nous l’avions annoncé dans notre note du 15 juillet, Fannie Mae et Freddie Mac, deux institutions ruinées par la crise américaine de l’immobilier, sont sous la direction directe du Trésor, qui injectera des fonds publics jusqu’à hauteur de 200 Milliards de dollars : la Fed, les leaders du Congrès, OBAMA et Mac CAIN, ont approuvé cette nationalisation temporaire. Cela signifie que l’Etat fédéral garantit les 5.400 Milliards de dollars d’obligations émises par ces deux sociétés,qui sont détenues dans les banques du monde entier, mais que leurs actionnaires seront ruinés du fait de la dilution du capital.

 

Vendredi dernier, la publication des chiffres américains de l’emploi a confirmé le recul de l’activité depuis le début de l’année, puisque 605.000 postes ont été supprimés. Le taux de chômage atteint 6,1 %, soit le plus haut niveau depuis septembre 2003.

L’économie américaine est plombée par l’aggravation de la crise immobilière, la diminution des prêts bancaires, la baisse du pouvoir d’achat des salariés puisque le taux d’inflation est au plus haut depuis 17 ans : c’est pourquoi l’économie est revenue au centre de la campagne électorale, dans laquelle les 2 candidats proposent leurs plans de relance de l’activité. Mais comme rien ne pourra se faire avant l’installation de la nouvelle administration, il faut s’attendre à un second semestre sans croissance. C’est pourquoi Wall Street terminait à l’équilibre vendredi après avoir baissé de plus de 1 % à mi-séance, et que Paris clôturait la semaine avec un recul de 6 %.

 

Bien sûr, l’annonce du Trésor a provoqué un début de séance en fanfare et une fin à légèrement plus de 1 %. La nouvelle profitait globalement au secteur financier, sauf pour LEHMAN BROTHERS qui chutait de 16,85 % après la démission de 3 membres de la direction.

Il est probable que cette banque, LEHMAN BROTHERS, qui n’arrive pas à trouver des fonds, sera un prochain cadavre du secteur bancaire (l’agence fédérale de garantie bancaire – FDIC – a annoncé fin août la 10ème faillite d’un établissement local : Integrity Bank, dans l’Etat de Géorgie).

 

Pour recadrer les choses, citons Christian de BOISSIEU, Jean-Hervé LORENZI et Olivier PASTRé : « La crise bancaire n’est réalisée aujourd’hui qu’à moitié. (…). Il reste encore près de la moitié des dépréciations d’actifs des bilans du système bancaire mondial à écluser. » (Le Monde 28 août 2008)

Long is the fall.



Alexandre Anizy

BCE : stratégie monétaire absurde selon Jean-Pierre PETIT

Publié le par Alexandre Anizy

Jean-Pierre PETIT, chef économiste chez Exane-BNP Paribas, le dit sans ambages dans un court entretien au Figaro : Depuis l’éclatement de la crise financière aux Etats-Unis, la BCE mène une stratégie absurde. »  

 

Elle ne suit pas la baisse des taux décidée par la Fed, ce qui a pour conséquence inéluctable l’envolée de l’euro et son pendant, la baisse du dollar, qui provoquera une accélération foudroyante de la hausse du prix du pétrole, avec les conséquences que l’on connaît.

 

L’argument nauséeux d’un risque d’inflation répété inlassablement par la BCE est balayé par une analyse objective des prix (comme Patrick ARTUS que nous avons présenté dans nos notes économiques « les archaïques des Banques Centrales ») : « Mais il n’y a pas d’inflation au sens propre, c'est-à-dire une diffusion générale et non maîtrisée des hausses de prix. »

 

Par contre, il y a bien un effet de second tour (mais pas celui craint par l’euro imperator TRICHET) dû à la politique désastreuse de la BCE : l’augmentation du chômage.

 

Comment interpréter aujourd’hui la baisse de l’euro par rapport au dollar ?

Les marchés ont compris que l’économie européenne ne va pas bien.

 

Jean-Pierre PETIT affirme alors ce que nous avons déjà écrit : « Je ne vois pas de reprise de l’activité digne de ce nom avant dix-huit mois. »

C'est-à-dire début 2010.

 

Alexandre Anizy

La question de l'énergie (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Il nous semble utile de faire un point statistique sur la question de l’énergie, qui devrait être au cœur de toutes les pensées économiques et politiques. Malheureusement, nous en sommes loin.

La France est le 12ème consommateur de pétrole au monde (presque 2 millions de barils par jour), et donc le 6ème importateur derrière les Etats-Unis, le Japon, la Chine, l’Allemagne et la Corée du Sud. La production française de pétrole, qui a atteint son pic en 1988 avec 67.000 barils par jour, se situe maintenant aux alentours de 20.000 barils. En y ajoutant les agro carburants, le gaz naturel liquéfié, les gains en raffinerie, on arrive à 130.000 barils par jour.

Depuis 2005, la capacité totale d’exportation de pétrole de tous les producteurs baisse, ce qui précède de quelques temps le pic de pétrole. Pour certains pays, la diminution des approvisionnements de pétrole risque d’être rapide.

 
Pour mémoire, la production française de charbon a atteint son pic en 1958 : 60 millions de tonnes avec 300.000 mineurs. La production française de gaz naturel, qui risque de s’arrêter dans la prochaine décennie, a atteint son pic en 1978 avec 6,5 milliards de mètres cubes extraits, soit environ 33 % de la consommation annuelle. La production française d’uranium, qui s’est achevée en 2002, a atteint son pic en 1988 avec environ 3.500 tonnes par an.
D’ici peu, le charbon ne s’exportera plus. La production européenne de gaz naturel a passé son pic en 2004, et les exportations russes n’augmenteront pas. La production mondiale d’uranium en provenance des mines couvre seulement 55 % des besoins du nucléaire civil : la fin du recyclage des stocks militaires russes aura pour conséquence la pénurie.
A partir de 2017, la France doit remplacer  59 réacteurs nucléaires  par 40 réacteurs EPR de 1620 MW, soit un coût de 132 milliards d’euros.

 
En 2006, 6,6 % de la consommation française d’énergie primaire est assurée par les énergies renouvelables : de cet ensemble, le bois représente 55 %, l’hydraulique 29 %, les déchets urbains solides 5 %, les autres filières 11 %.  Mais seul le bois paraît pouvoir apporter des ressources supplémentaires.
Pour la Direction Générale de l’énergie et des matières premières (DGEMP), d’ici à 2030, les capacités de production de l’éolien passeront de 1.500 MW en 2007 à 20.000 MW, soit l’équivalent de 4 réacteurs EPR de 1.620 MW. Pour les agro carburants, 2 millions d’hectares de terre arable (sur 18,3 millions utilisés aujourd’hui pour les cultures végétales) seront nécessaires pour atteindre l’objectif de 2010 : que fait-on contre la famine dans le monde quand les exportations de céréales cesseront ?
Toujours est-il qu’en doublant la production actuelle des énergies renouvelables d’ici à 2030, elle ne représenterait que 12 % de l’énergie primaire totale consommée.

 
Comme le souligne Emmanuel BROTO, « le mésusage des terres, des biens, de l’énergie et du temps pourrait entraîner de graves conséquences pour la survie des plus fragiles ». Dans cette perspective, le droit de propriété évoluera, parce que la structure sociale, économique et politique changera.

 
Alexandre Anizy

François LENGLET a raté "sa crise" (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de nos notes économiques du 11, 19 et 21 août 2008)

Dans cette 4ème note, nous allons dire d’abord comment nous estimons le livre de François LENGLET, et enfin ce que d’autres en ont pensé.

Ce livre prétend défendre une thèse : les mêmes mécanismes qui ont provoqué la crise des années 30 seraient à nouveau à l’œuvre. Malheureusement, nous nous apercevons très vite que la tâche devait être trop importante ou trop pointue ou trop rébarbative pour le journaliste François LENGLET, trop habitué peut-être à balayer les sujets en trois feuillets.

Si on prend la bibliographie, on remarque d’emblée des absences étonnantes, comme par exemple :

Charles KINDLEBERGER : « Histoire mondiale de la spéculation financière » (Valor éditions 2005) ;

John Kenneth GALBRAITH : « la crise de 1929 » (en poche) ou bien « Brève histoire de l’euphorie financière » (Seuil 1992).

François LENGLET s’est attelé à un travail d’ordinaire réservé aux chercheurs : en avait-il les moyens (l’expérience et surtout le temps) ? Le résultat nous amène à répondre négativement.

A la place d’un ouvrage sérieux, on a droit à un survol des arguments de la thèse, pour vite retourner aux démons de l’essai journalistique bouclé en trop peu de temps : par exemple la géopolitique, qui n’apporte rien à la thèse soutenue, prend 22 pages, soit 9,56 % du bouquin.

Pour appâter les confrères utiles à la promotion commerciale, l’auteur récite le chapelet des idées en vogue : autorité et élites en crise, la montée du populisme, l’identité nationale en question (traitée en 15 pages), etc.
De même, pour réussir la mayonnaise médiatique, il ne faut pas négliger les petites phrases sentencieuses, du genre :

« Après tout, Jacques CHIRAC, aussi médiocre président qu’il se soit montré, a été désigné par le peuple à deux reprises. » (p.152) ;

« Le DANDIEU des années 2000 s’appelle Nicolas BAVEREZ (…) sous le titre la France qui tombe. » (p.182) ;

« L’esprit « ligne Maginot » n’est pas mort, il a trouvé en Martine AUBRY, Jean-Pierre RAFFARIN, Jacques CHIRAC et Thierry BRETON de modernes incarnations. » (p.199) ;

Edouard BALLADUR serait un clerc qui trahit (Julien BENDA est cité bien entendu) puisqu’il ne croirait plus en l’homme universel (p.216) ; José BOVé et les faucheurs d’OGM seraient l’avant-garde d’un retour conservateur aux sources (p.221) ; les juges ne seraient pas toujours libres face à la pression populaire [là, ça en devient hilarant] (p.223).
 

Pour résumer notre critique : en voulant jouer dans la cour des chercheurs, François LENGLET a sous-estimé l’ardeur de la tâche.

 
Mais alors, qu’en ont dit les confrères ?
Disons que, comme Marie-Laure BAUDET, ils ont plutôt salué le travail d’un auteur « qui connaît son sujet, se révélant tour à tour économiste, historien ou fin connaisseur des thèses freudiennes (…) » pour la présentation d’un argument qui, « répété au fil des pages, est facile à exprimer : la crise des années 30 est devant nous. ». (Le Monde 5 juin 2007).
Mais nous savons que le quotidien vespéral crie rarement haro.
BAUDET Marie-Laure renvoie fort justement au livre «le capitalisme est en train de s’autodétruire » de Patrick ARTUS et Marie-Paule VIRARD (La Découverte 2005). Une référence à des gens sérieux.  

 

Alexandre Anizy

La crise des années 30 est devant nous selon François LENGLET (III)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de nos notes économiques du 11 et 19 août 2008 portant le même titre)

Dans le troisième chapitre, François LENGLET veut nous parler d’un ordre international qui glisserait imperceptiblement vers le chaos.

Commençons par l’ONU, ce machin (selon Charles de GAULLE) que les Etats-Unis ont eux-mêmes décrédibilisé, tant le renversement de Saddam HUSSEIN et la mainmise sur le pétrole leur importaient : si le George BUSH père avait pris soin d’agir sous le couvert d’un mandat onusien, George BUSH le fils s’en est passé. « (…) il s’agissait bel et bien d’une guerre américaine, affranchie de l’aval international pourtant jugé indispensable en 1991. » (F. LENGLET, p.114)

Le Traité de Non Prolifération de l’arme atomique est aussi mal en point. Encore une fois, les Etats-Unis montrent leur ambiguïté puisqu’ils s’agitent sur les cas de la Corée du Nord et de l’Iran, alors même qu’ils traitent avec l’Inde, qui n’a pas signé le TNP, pour les guider sur la route du nucléaire. 

L’OTAN serait même en pleine confusion, selon François HEISBOURG repris par LENGLET, depuis le sommet de Riga.

L’événement géorgien semble donner un coup d’accélération vers l’encerclement délirant de la Russie.  

Quant à l’OMC, le machin s’est enrayé sur le « cycle de Doha » défini en 2001 : le social-traître Pascal LAMY qui dirige cette organisation vient de subir un camouflet [ce qui nous réjouit, ndaa] avec l’arrêt des négociations cet été.

« L’Asie sera au XXIème siècle ce que l’Europe fut au XXème siècle : l’épicentre des affaires stratégiques et non seulement celui des affaires tout court. » (Thérèse DELPECH, cité p.120)

Compte tenu de son développement exceptionnel, la Chine sera « l’origine ou le foyer de violentes tensions » (p.120) et d’ailleurs elle « suit une trajectoire conduisant à la collision avec l’autre superpuissance, les Etats-Unis » (p.122).

A lecture forcée, LENGLET parcourt les cogitations en boucle dans la pseudo élite.

 
Alexandre Anizy

La crise des années 30 est devant nous selon François LENGLET (II)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de notre note économique du 11 août 2008 portant le même titre)

« Dans les prochaines années, l’Europe sera écartelée entre la poursuite de son rêve d’unification et les forces centrifuges qui vont s’exprimer de plus en plus bruyamment. » (p.75, François LENGLET, « la crise des années 30 est devant nous », Perrin 2007, 236 pages, 17,50 €)
Dans cette affaire, LENGLET ne fait qu’annoncer une bataille qui a déjà commencé. Mais il met en lumière un phénomène.

 
« La belle idée européenne est un phénix. Elle réapparaît après chaque crise internationale et meurt juste avant la suivante. » (Idem, p.76)

Vers 1925, l’idée récente de l’autrichien COUDENHOVE-KALERGI revient sur le devant de la scène politique : les « Etats-Unis d’Europe » comporteraient un secteur sidérurgique commun, un marché unique, une union monétaire … vaste programme ! Aristide BRIAND l’adoptera après la signature du traité de Locarno, et présentera un projet d’union aux 27 nations européennes réunies dans la Société Des Nations (SDN) : « L’Allemagne s’enthousiasme, pourvu que l’union soit d’abord économique … » (Ibidem, p.81) De ce point de vue, l’Histoire se répètera.

1ère application de ce projet : le franc POINCARé. En juin 1928, le Président du Conseil Raymond POINCARé décide du retour à la convertibilité-or, au cinquième du franc germinal de 1913. Cette parité est empreinte d’une grande sagesse, fondée sur une analyse saine et pragmatique de l’état réelle de l’économie française à cette date.     

En matière économique, la parité retenue pour le franc Poincaré est peut-être la mesure la plus intelligente prise par les hommes politiques dans cette période de l’entre-deux guerres. Car cette dévaluation de fait dégonfle l’énorme dette de l’Etat, qui retrouve ainsi des marges de manœuvre économique, au détriment des rentiers dont certains s’estiment « euthanasiés ».

Alfred SAUVY dans son « Histoire économique de la France entre les deux guerres » a souligné l’importance du franc Poincaré. (LENGLET le cite à plusieurs reprises)    
 

En 1931, c’est la dévaluation de la livre-sterling (observons ici que les hommes politiques anglais influencés par les financiers de la City avaient fait le choix d’une parité irréaliste lors du retour à l’étalon-or de la livre dans les années 20) qui déclenche la crise économique en Europe, car la livre est la devise-clé de cette époque.

Le livre d’Alfred SAUVY explique relativement bien l’enchaînement des faits durant cette période, mais son jugement négatif sur le Front Populaire manque de recul : d’une part, il est issu d’un contexte familial connoté, puisque par exemple sa sœur Elisabeth SAUVY, plus connue sous le pseudonyme de Titaÿna, fut poursuivie pour collaboration en 1945 et mourut en exil ; d’autre part, il fut conseiller du gouvernement de Paul REYNAUD en 1938 – son admiration pour cet homme politique perce d’ailleurs à travers la matière et l’analyse sérieuse de son « Histoire économique de la France entre les deux guerres » .

Parce qu’il ne veut pas dévaluer et maintenir le bloc or, alors que ce fut une cascade de dévaluation après le choc anglais de 1931, Pierre LAVAL instaure une politique déflationniste en 1935 : « l’expérience désastreuse casse la croissance sans pour autant ralentir la fuite des capitaux. » (Ibid., p.88)
Devant l’hémorragie des capitaux, le gouvernement de Léon BLUM prend enfin la bonne décision en septembre 1936 : « la fin bienvenue du bloc-or libère l’économie française et déclenche une reprise. » (Ibid. p.89), que les lois sociales (congés payés et surtout la semaine de 40 heures) briseront (c’est la thèse rabâchée de SAUVY, que LENGLET reprend).
On connaît l’issue de ces 10 années de marasme économique.

 
Après la Deuxième Guerre mondiale, la construction européenne reprendra, notamment grâce à Jean MONNET, dont la faute n’a pas échappé à la sagacité de Jean-Pierre CHEVèNEMENT (« la faute à M. MONNET », en poche).

 
« Le génie de Jacques DELORS était de mettre au service de la construction européenne l’énergie de la grande vague libérale qui déferlait alors. DELORS n’est pas un libéral, mais c’est un pragmatique, et il bâtit un compromis qui permettra un « accord d’arrière-pensées, selon les mots de la Dame de Fer, Margaret THATCHER. » (Ibid., p.94)

En effet, avec l’Acte unique, les Anglais ont leur zone de libre échange et les Allemands obtiennent la primauté de l’union économique selon le schéma de Jean MONNET. Cette construction reposait sur un pari : la convergence progressive des économies qui adoptaient la même monnaie. Or, l’Europe a plutôt l’effet pervers de l’euro : puisqu’il n’y a plus de dévaluation, la facture se paie par le déficit commercial, l’endettement, la croissance faible, le chômage.

Pour corriger cela, il faudrait accélérer l’intégration, c'est-à-dire terminer le marché unique. L’affaire n’est donc pas gagnée, et même pire : « Et il n’est pas du tout invraisemblable que ce soit la France qui prenne l’initiative de faire éclater l’union monétaire. » (Ibid., p.109) Ou bien l’Italie.

Car le vrai choix à effectuer, si LENGLET ne le formule pas dans ces termes, se trouve dans cette alternative : périr sous le diktat monétaire qui profite à l’Allemagne ou retrouver une marge de manœuvre pour mener la politique économique favorable au peuple.

 

Alexandre Anizy

La crise des années 30 est devant nous selon François LENGLET (I)

Publié le par Alexandre Anizy

En avril 2007, François LENGLET, directeur de la rédaction d’Enjeux-les Echos, publiait « la crise des années 30 est devant nous » (Perrin, 236 pages, 17,50 €).

Dans son introduction, 4 mois avant le déclenchement de la crise, il s’interrogeait : « Aujourd’hui, la crise financière n’est pas encore là. (…) Mais les déséquilibres persistants (…). En 2007 ? Sur l’immobilier ? » (p.15) Il considérait les secousses de mars 2007 comme les premiers craquements financiers, car « la crise est possible sur des marchés financiers largement déréglementés où le prix des actifs a atteint un niveau sans précédent » (p.23). Juillet 2007 confirma le bien-fondé de cette prémonition. Mais François LENGLET veut aussi démontrer que nous allons connaître une crise semblable à celle des années 30 : nous allons présenter son analyse, notamment dans les 3 premiers chapitres.

 
Tout d’abord, il affirme que Francis FUKUYAMA a vu juste dès son article de 1989, qu’il développera dans son livre désormais fameux « la Fin de l’histoire et le dernier homme », quand il observa que « la création d’une culture universelle de la consommation fondée sur les principes économiques du libéralisme, aussi bien pour le tiers monde que pour l’Ancien et le Nouveau» (cité p.28) Avec l’effondrement du Mur de Berlin, le monde rentre dans une phase intensive de la mondialisation, 20 ans après le départ de l’onde libérale.

En 1987, Jacques DELORS plaçait l’Europe sur ce chemin avec la ratification de l’Acte unique qui vise à construire « un espace de libre circulation pour les marchandises, les capitaux et les hommes » (p.30)    

En France, ce sont les socialistes qui vont déréglementer le secteur bancaire, notamment sous Pierre BéRéGOVOY (ministre de l’économie), etc.

Les années 90 sont un peu la réplique des années 20 : « De 1924 à octobre 1929, le Dow Jones, indice des valeurs new-yorkaises, voit son cours progresser de 400 %. Entre 1994 et 2000, il passe de 4.000 points à près de 12.000 points. » (p.31)

Sur une longue période, les indices boursiers suivent grosso modo la croissance économique : le PER (price earning ratio ; rapport entre le cours boursier et le bénéfice d’une entreprise) est constant selon l’économiste Robert J. SCHILLER. 

« Le XXème siècle se caractérise par 2 déformations spectaculaires, l’une dans les années 20, l’autre 70 ans plus tard : les 2 « bulles spéculatives » du siècle. » (p.32)

Le 14 septembre 2006, l’hebdomadaire the economist affirmait que la masse de dollars en circulation progressait maintenant de 18 % par an, soit un rythme jamais observé, ce qui avait alimenté l’envolée du prix de certains actifs, notamment l’immobilier (sur ce point, lire aussi l’analyse de Patrick ARTUS dans nos notes économiques titrées « les archaïques des Banques Centrales »).

 
Alexandre Anizy

EDF et British Energy : Pierre GADONNEIX est-il bon ?

Publié le par Alexandre Anizy

Suite à notre note du 7 juin 2008, nous devons constater que Pierre GADONNEIX, le PDG d’EDF, persiste dans sa fuite anglaise : il valorisait British Energy à 765 pence par action, soit environ 15,5 Milliards d’euros (2 Milliards au-dessus de sa proposition initiale), alors que le titre BE s’échangeait à 572 pence il y a quelques mois (soit une valorisation supérieure de 33,74 % à la valeur boursière du début de l’opération).

 
Rappelons maintenant les choses suivantes :

  • Il n’y a pas d’autres acheteurs ;
  • Les réacteurs nucléaires de BE sont obsolètes et doivent être démantelées, voire sarcophagées.

Pierre GADONNEIX semble convaincu qu’il raflera la mise dans le cas d’une relance du nucléaire britannique grâce à British Energy : a-t-il obtenu une garantie écrite de l’Etat britannique ? (ne jamais oublier que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent)

Sans doute sûr d’avoir bien appâté le Français, le Conseil d’Administration de British Energy a refusé l’offre exceptionnelle, qu’il juge insuffisante. C’est ce qui s’appelle faire monter les enchères.
Pierre GADONNEIX a annulé in extremis le lancement de l’OPA (il n’aurait pas reçu un mandat de son conseil d’administration qui lui permette d’augmenter à nouveau son offre). Néanmoins, il a pris soin de dire que le contact était maintenu, malgré ce camouflet. Autrement dit, les négociations se poursuivent.

 
Les Anglais réussiront-ils à faire encore cracher au bassinet le Français ? Pour l’instant, cela semble bien parti.
 

EDF a les moyens financiers de ses ambitions et a déjà demandé à l’Etat français l’autorisation d’augmenter ses tarifs de 3 % : les consommateurs français paieront toujours la note.

Comme pour France Télécom.

 
Alexandre Anizy

Le roman de la crise par Olivier Pastré et Jean-Marc Sylvestre (II)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de la note du 22 juillet 2008 portant le même titre)

A partir de la page 139, c’est un autre livre : on quitte le domaine de l’histoire économique immédiate pour pénétrer dans celui de l’essai bâclé. A ce changement, le lecteur y perd beaucoup.

A commencer par la clarté du propos. Ces deux économistes distingués prennent un malin plaisir à dézinguer les tenants du catastrophisme et de l’angélisme, comme ils disent, si bien que leur numéro d’équilibristes finit par lasser très vite. Prenons deux exemples.

 
« Le dollar – et donc le yuan chinois – s’affaisse inexorablement. (…) cette érosion ne menace pas fondamentalement la croissance européenne. Certes (…) EADS (…) directement mis en péril (…) et LVMH vend un peu moins  (…). Mais, hormis cela, peu d’industrie sont, à ce jour, fragilisées par le cours du dollar et les véritables problèmes européens sont ailleurs. » (p.147)

Quels sont les véritables problèmes européens ? Nous n’en saurons rien.

Par contre, dès la page suivante, ils affirment : « A quel niveau la dépréciation du dollar asphyxiera-t-elle définitivement la croissance européenne ? Il est trop tôt pour le dire. (…) Mais (…) on se rapproche dangereusement de la « terra incognita ». »

Les experts qui ne se mouillent pas, on en connaît la musique : ils nous annonceront l’incendie quand tout le monde aura déjà vu le brasier !

 
« Des comptes publics presque partout – sauf en France … - en voie d’assainissement. La machine à mondialiser et à créer de la richesse trace sa route, inexorablement. » (p.142)

Ainsi, hormis la France retardataire, les comptables libéraux ont presque partout réduit les déficits …

MAIS on apprend à la page 144 quel est LE VRAI PROBLEME de l’économie mondiale : « Car la réalité, c’st que nos économies sont aujourd’hui sous la menace d’un «accident nucléaire » financier. Le « cœur du réacteur », dans ce domaine, est constitué par le double déficit américain (…) plus de 240 Milliards de dollars de déficit budgétaire prévus en 2007 et plus 700 Milliards de dollars  de déficit de la balance des paiements courants. »

Messieurs, en matière de déficit, il faut savoir : en voie d’assainissement (sauf en France …) ou bien au bord de l’accident nucléaire !

 
Bref, la rédaction de ce « 2ème livre » n’est pas sérieuse.

 
Soulignons un point sur lequel ces 2 économistes distingués tiennent un discours ferme.

« Il n’est pas question de socialiser les pertes [des banques, ndaa], mais d’assurer la remise en marche du système en opérant un distinguo –nécessairement difficile à établir avec précision – entre les innocents et les coupables. » (p.245)

Plus clairement, ils affirment auparavant : « Il faut (…) permettre à l’Etat d’opérer les ajustements nécessaires à court terme. Dans le cas des « subprimes », cela nécessite une prise en charge, par l’Etat en direct, des cas sociaux (…). Cela passe donc par  la prise en charge directe par le budget des cas les plus critiques(p.244) 

Messieurs, cela s’appelle la socialisation des pertes.

Et nous observons que la contradiction ne vous embarrasse pas.

 
« Le roman vrai de la crise financière » est un ouvrage bâclé, dont nous ne recommandons que les 137 premières pages.

 
Alexandre Anizy

La crise économique, la BCE et le professeur Philippe MARTIN

Publié le par Alexandre Anizy

Seuls des esprits ignares ou naïfs ou dissimulateurs peuvent continuer à nous seriner que l’Europe est pour le moment indemne de la crise : « (…) les exportations de la zone euro ont ainsi baissé de 3,4 % en mai et la production industrielle de l’Union européenne a connu la plus forte chute mensuelle depuis 16 ans. » (Philippe MARTIN, Libération 22 juillet 2008) Alors qu’il venait d’augmenter d’un quart de point le taux de la BCE, l’euro imperator TRICHET pouvait-il tenir un autre discours que le sien qui était teinté d’un optimisme lénifiant ?  
 

Concernant la politique de la BCE, le professeur Philippe MARTIN s’interroge à bon escient : « En annonçant que cette hausse est la dernière envisagée, la BCE rend encore une fois son action illisible. Elle semble aussi craindre les effets de second tour et la spirale prix – salaires des années 70. » (Idem)

Car nous doutons que ce qui n’a pas échappé au Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA (« Désormais quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit. »), puisse être ignoré des dirigeants de la BCE :

« La faiblesse des syndicats, la libéralisation du marché du travail et la mondialisation sont passés par là. La BCE semble croire que les salariés sont inquiets de l’inflation et vont demander une hausse de salaire. La réalité est qu’ils sont inquiets de l’inflation parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas obtenir une hausse de salaire. » (ibidem)

C’est pourquoi le professeur Philippe MARTIN ne comprend pas l’action de la BCE qui « n’ose toujours pas se servir » de la relance monétaire, alors qu’ « une politique de relance monétaire pour contrer une récession a désormais peu de chance d’entraîner une inflation des salaires et des prix ». (Ibid.)

Si la remarque nous parait pertinente, la proposition d’action mériterait d’être discutée longuement puisque d’autres obstacles s’y opposent. 

 
Mais l’euro imperator TRICHET l’a précisé : cette hausse vise à briser une anticipation d’effet de second tour. Comme les dirigeants de la BCE sont des gens très instruits et bien informés, cet argument nous semble saugrenu.
 

Alors il faut bien revenir au principe de réalité : le taux d’intérêt élevé de la BCE ne profite qu’aux rentiers et aux banques.

(Lire sur ce point notre note du 1 juillet 2008)

 
Alexandre Anizy

<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 > >>