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notes economiques

Préférence pour la liquidité des banques selon Edwin Le Héron (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite des notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html  

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-ii--40827957.html

 

Grâce à Nicholas Kaldor, Sidney Weintraub et Paul Davidson (apôtres d’une pensée monétaire anti-monétariste), la théorie postkeynésienne s’écarta peu à peu de l’idée que la monnaie est comme un actif financier : c’était le retour à une logique de flux, avec le « finance motive » de 1937 au centre du débat.

Edwin Le Héron cite le précurseur français Jacques Le Bourva qui « développa en 1959 et 1962 une conception de la monnaie endogène reprise indépendamment 20 ans plus tard par Nicholas Kaldor et Basil Moore sous le nom d’horizontalisme. » (p.101)

A partir de 1975, on assiste à une généralisation, voire un dépassement de l’économie monétaire de production par les postkeynésiens, qui s’intéressent aux problèmes de l’offre de monnaie, du taux d’intérêt et du comportement bancaire.

Quatre tendances keynésiennes se dessinent.

 

  1. La vision traditionnelle

Au départ, une banque unique qui peut créer librement de la monnaie de crédit ; ensuite, la politique monétaire impose des limites, la banque centrale peut déterminer la quantité de monnaie. L’offre de monnaie reste exogène. 

 

  1. Théorie de Tobin des choix de portefeuille appliquée aux banques commerciales concurrentielles

Face à une structure des dépôts incertaine, avec comme objectif la neutralité face au risque, les banques fixent le taux d’intérêt pour couvrir ces risques, en ajustant l’offre de crédit à la demande des agents non financiers. On a donc une structure de financement non neutre et une possible instabilité du secteur bancaire. L’offre de monnaie est ici endogène et le taux d’intérêt exogène mais pas unique.

 

  1. Les horizontalistes

Pour eux, les banques sont des intermédiaires entre la banque centrale qui fixe le prix de la monnaie, et les emprunteurs (demande pour les besoins industriels, commerciaux et financiers). Le pouvoir des banques commerciales est dans leur capacité à délivrer du pouvoir d’achat aux entrepreneurs, à déterminer les innovations financières. Ici, l’offre est endogène au taux d’intérêt courant considéré comme exogène et fixé par la banque centrale. L’offre est infiniment élastique : sa courbe est horizontale (s’opposant ainsi radicalement à la courbe d’offre verticale des monétaristes).

Plaisantons en disant qu’avec eux le motif de financement et la préférence pour la liquidité passent à la trappe.

 

Quatrième approche

(avec Kregel, Le Héron, Messori, Wray, Heise)

Pour eux, les banques de second rang peuvent imposer une contrainte monétaire, par des conditions de financement plus difficiles (comme des taux plus élevés, des garanties plus importantes, des horizons de financement plus courts) ou par un rationnement du financement.

« Elles sont productrices de monnaie face à une incertitude non probabilisable et influencent la croissance et l’emploi par leurs propres anticipations de la demande. Si l’offre ne peut être supérieure à la demande de monnaie, elle peut par contre être inférieure et donc la contraindre. » (ELH, p.104)

« Sous les influences de la banque centrale et de la demande effective des entreprises, l’offre de monnaie et le taux d’intérêt sont endogènes, mais déterminés principalement par le comportement bancaire. » (ELH, p.104)

 

 

Face aux problèmes théoriques de la Théorie générale, face aux perspectives soulevées par les articles de 1937, dans son article cité en rappel Edwin Le Héron abandonne l’idée d’une offre de monnaie exogène (ou constante à court terme), reformule la théorie de l’intérêt et vise à dépasser le concept d’ « autorités monétaires ».

« La solution que nous proposons est de généraliser la principe de la préférence pour la liquidité et de l’étendre notamment aux Banques pour la détermination du taux d’intérêt et du volume de financement, afin de comprendre un éventuel rationnement, cette « rareté désirée ». » (ELH, p.104)

 

Si les « horizontalistes » abandonnent ce principe, Edwin Le Héron le généralise, retrouvant ainsi, dit-il, certaines idées de Keynes du « Traité sur la monnaie ». Pour notre part, nous nous souvenons des temps déjà lointains où Edwin Le Héron rejetait le Keynes du Traité, et constatons avec satisfaction que son approche théorique s’est donc enrichie.

 

(A suivre)

 

Alexandre Anizy  

  

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).

 

Edwin Le Héron : la PpL des banques (II)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite de la note

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html

 

Que mettent en perspective les articles de 1937 de Keynes ?

  • La préférence pour la liquidité (PpL) des banques apparaît, et l’insuffisance de financement est envisagé ;
  • Le motif de financement de la production est développé : la conception de flux est privilégiée, rendant explicitement la monnaie endogène ;
  • La nécessité d’une théorie ex ante du taux d’intérêt.

Tout ceci n’est pas exploité. Il faudra attendre les années 1970 pour que les postkeynésiens s’y attèlent.

 

Du fait de sa nouveauté, le motif de spéculation de la Théorie Générale a favorisé dans l’analyse monétaire keynésienne l’idée que la détention de monnaie était comme une réserve de valeur, ce qui rentre dans le cadre cambridgien de la théorie quantitative.

« Reprenant de la Théorie Générale une offre de monnaie exogène et la demande « enrichie » (motif de spéculation), le modèle IS-LM de John Hicks a été popularisé en laissant penser que les controverses sur la théorie de l’intérêt étaient inutiles du fait de l’équivalence, dans un système d’équilibre générale simplifié [voir l’économiste Walras ; ndAA], entre fonds prêtables (marché du capital) et préférence pour la liquidité (marché de la monnaie). De plus Hicks avait relevé dès 1935 que le concept de liquidité (déjà présent dans le « Traité de la monnaie » [de Keynes ; ndAA]) permettait d’appliquer la théorie traditionnelle des choix à la monnaie. Cette idée fut ensuite développée par Tobin qui proposa une interprétation de la préférence pour la liquidité comme aversion face au risque permettant une explication rationnelle du comportement de détention de monnaie. En intégrant les actifs réels, Milton Friedman ne remettait pas en cause le cadre analytique précédent, mais le dépassait. (…) Toutefois l’offre de monnaie était considérée par tous comme exogène. » (ELH, p.101)

Dans ce paragraphe, Edwin Le Héron résume avec brio le processus d’incorporation de la pensée keynésienne dans le schéma dominant des sciences économiques : c’est ainsi que les économistes sont tous devenus keynésiens, hormis les irréductibles d’un libéralisme pur et dur.

(A suivre)

 

Alexandre Anizy

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).

Edwin Le Héron : la préférence pour la liquidité des banques (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Le monde est intelligible parce qu’il est théorisé. Autrement dit, la théorie donne une représentation de son fonctionnement, qui est évidemment limitée par l’état des connaissances humaines. Si on prend le domaine économique, la crise actuelle a mis en évidence un phénomène particulier : le moment où le système bancaire allait s’effondrer parce que les banques ne se prêtaient plus entre elles. Pourquoi ? Voici une réponse du postkeynésien Edwin Le Héron.

Rappelons la position de cet économiste dès octobre 2008 : lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-23813704.html

 

« La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €). Compte tenu de la complexité du sujet, nous considérerons comme acquises certaines définitions et problématiques économiques, qui sont généralement l’affaire des spécialistes, postkeynésiens en particulier ici.

Au lecteur curieux de tirer le fil de la pelote des concepts !

 

« L’objectif de cet article est de montrer qu’une étude approfondie du comportement bancaire avec une offre de monnaie endogène dans le cadre d’une économie monétaire de production (EMP) est compatible avec le principe de la préférence pour la liquidité. Toutefois nous abandonnerons la solution proposée par la Théorie Générale, en généralisant ce principe aux banques, suivant les perspectives des articles de Keynes de 1937. » (Edwin Le Héron (ELH), p.97)

 

 

Offre de monnaie et préférence pour la liquidité dans le keynésianisme

 

Dans la Théorie Générale, le traitement ambigu de l’offre de monnaie pose 4 problèmes.

  1. Hypothèse d’une offre de monnaie exogène constante à court terme

Cette hypothèse est contraire au cadre de l’économie monétaire de production (EMP), « où la monnaie est endogène, entrant dans l’économie par le financement de la production déterminée par la demande effective des entreprises. » (ELH, p.98)

Avec cette hypothèse, si le stock de monnaie est insuffisant pour financer la demande effective, il y a une explication purement monétaire au chômage, ce que Keynes veut éviter.

 

 

  1. Le taux d’intérêt

« En effet, des 3 équilibres impliquant le taux d’intérêt dans la Théorie Générale, 2 renvoient ex post aux ménages (égalisation des différents taux d’intérêt spécifiques dans le cadre d’une théorie du placement [chapitre 17 de la T.G.], et taux d’intérêt comme prix de la monnaie avec comme variable déterminante la demande de spéculation). Mais le 3ème équilibre renvoie ex ante aux entreprises avec l’égalisation de l’efficacité marginale du capital et du taux d’intérêt pour la détermination du niveau d’investissement. » (ELH, p.99)

Ainsi dans la Théorie Générale, la théorie de la demande effective, centrale selon Keynes, exige 1 taux d’intérêt ex ante et 1 offre de monnaie endogène, avec des banques à l’influence marginale, réduite à 1 offre monétaire exogène dépendant de la politique des autorités monétaires.

  1. Le concept d’autorités monétaires

C’est un deus ex machina, puisqu’il doit résoudre tous les problèmes de création et de régulation monétaires : « C’est réduire l’action des banques à la seule banque centrale. » (ELH, p.99)

  1. La monnaie est une institution fragile

« Keynes affirme la liquidité de la monnaie plus qu’il ne la justifie. Il se contente de lui conférer 3 propriétés. Selon nous, elles ne sont pas intrinsèques à la monnaie, mais constituent plutôt 3 conditions à respecter, ce qui nous oblige à nouveau à replacer les banques au centre de l’analyse (…) » (ELH, p.99)

 

 

A peine un an après la parution de la Théorie Générale, Keynes veut en corriger les faiblesses, notamment en résolvant la contradiction d’une offre de monnaie exogène dans le cadre d’une économie à monnaie endogène. Pour cela, il dit implicitement avoir raisonné en 2 étapes dans son livre majeur.

« Ex ante, la demande de monnaie, qui est uniquement une demande de monnaie active, se détermine selon la demande effective (besoin de monnaie d’entreprise) et un taux d’intérêt donné (celui de la période précédente) et l’offre s’y adapte. Offre et demande de monnaie sont endogènes (flux) et le taux d’intérêt est exogène. Puis, ex post l’offre de monnaie est considérée comme constante et la demande varie selon le motif de spéculation (monnaie inactive – stock). Cette fois, demande de monnaie et taux d’intérêt sont endogènes, fruits de la préférence pour la liquidité des ménages, et l’offre est exogène. » (ELH, p.100)

 

(A suivre)

 

 

Alexandre Anizy

 

Que font réellement les banques ?

Publié le par Alexandre Anizy

Certains d’entre vous ont peut-être été surpris d’entendre, chacun à sa façon, le boss de la FED Bern Bernanke, l’euro imperator Jean-Claude Trichet de la BCE, la chancelière allemande Mutti Merkel, et même l’incompétent ministre de l’économie Christine Lagarde, exhorter les banques à soutenir les signes ténus d’une reprise évanescente. Pourquoi lancèrent-ils cet appel ?

 

Jeudi 26 novembre, le jour où Dubaï révélait sa situation financière catastrophique, la Banque de France publiait des chiffres ô combien intéressants ! En octobre 2009, pour le 2ème mois consécutif, le montant global des crédits bancaires aux entreprises était en baisse.

La contraction de l’encours de crédit aux entreprises non financières est de (1,6) % en octobre, après (0,5) % en septembre. Précisément, cette contraction est principalement due à une baisse importante des encours des crédits de trésorerie, soit (15,6) %, quand la hausse des crédits à l’investissement apparaît de plus en plus modeste (soit 3,6 %).

Traduisons : des entreprises qui sont rentables et qui ont un carnet de commandes rempli périront du fait d’une trésorerie dépendante du secteur bancaire.

 

Vous pensez peut-être que c’est un phénomène purement français. Que nenni ! La Banque Centrale Européenne (BCE) a publié également ses statistiques. Pour le 2ème mois consécutif dans la zone euro, les prêts aux ménages et aux entreprises ont diminué : (0,8) % en octobre après (0,3) % en septembre. Précisément, les prêts aux entreprises baissent de 1,2 %, et ceux destinés aux particuliers de 0,1 %.

C’est la 1ère fois depuis que ces statistiques existent, c'est-à-dire 1992, que ce recul répété apparaît.

 

Force est de constater que le système bancaire rechigne à financer l’économie réelle. Pourquoi ?

Nous donnerons une explication dans les prochaines notes.

 

 

Alexandre Anizy

 

Pour l'inflation et l'hyperimpôt

Publié le par Alexandre Anizy

Pour Mathias Chauchat et Gaël Lagadec, nous serions maintenant au moment d’un choix économique crucial : hyperinflation ou hyper impôt (1) ? Nous regrettons qu’il n’ait pas envisagé la solution « inflation et hyper impôt ».

 

« La sortie de crise paraît bien incertaine. Plus l’économie réelle souffre, plus la Bourse pavoise. C’est simplement le fruit de l’abondance de liquidités des plans de relance. », écrivent-ils au commencement de leur article. C’est un constat indéniable.

Pour eux, la politique monétaire des banques centrales et budgétaire des Etats n’étaient « qu’un réflexe panique, une fuite en avant sans prétention ni d’anticipation ni de réforme ». Là, ils sont sévères, notamment avec le patron de la Fed, Bern Bernanke, économiste réputé qui a longuement étudié la crise des années 30.

 

« C’est une crise nouvelle. (…) C’est une « crise des actifs ». La spéculation autonomise la valeur des actifs : elle crée des bulles. » ;

« L’ajustement des valeurs d’actifs est inévitable et la crise est devant nous. » ;

« (…) la sanction des relances sera fatalement classique : l’hyperinflation ou l’hyper impôt. »

Mais comme l’hyperinflation est une menace pour la démocratie, dans la mesure où les possédants finissent par trouver un politicien à leur botte, il conviendrait de lui opposer « un volontarisme démocratique », qui organiserait notamment la déflation des actifs par l’impôt, soit « une stratégie de sortie de crise et de justice sociale ».

 

Si le diagnostic porté va à l’essentiel, force est de constater que Mathias Chauchat et Gaël Lagadec sont bien imprégnés de la théorie dominante. Si leur choix de l’hyper impôt est politiquement courageux, par les temps libéraux qui courent, leur rejet de l’inflation est un manque dans leur solution économique.

Il faut euthanasier le rentier, disait Keynes : c’est plus vrai que jamais.

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : Libération du 23 novembre 2009

 

L'hypocrisie du noble Olivier Pastré, économiste en Cercle

Publié le par Alexandre Anizy

Le noble Olivier Pastré, économiste en Cercle, vient de commettre un article dans Libération, une nouvelle salve conservatrice car sous la rhétorique gentiment iconoclaste se cachent des propositions calibrées pour que les affaires continuent comme avant.

 

Remarquons tout d’abord que le texte aurait mérité une correction soignée de la part de l’auteur, car en général les économistes visent à restaurer des équilibres fondamentaux et non pas des déséquilibres :

 « Aucun des déséquilibres fondamentaux de l’économie mondiale n’a été restauré. »

Mais peut-être est-ce le vrai désir d’Olivier Pastré, « banquier tunisien », qui s’est insinué ? (1)

 

Allons maintenant à l’essentiel de notre propos, en prenant l’exemple de l’économiste en Cercle, à savoir les normes comptables (IAS) et prudentielles (Bâle II).

« (…) il faut cesser de se vouloir « économiquement correct » et de passer son temps à s’interroger sur le « sexe des anges » réglementaires. »

N’est-ce point radical ?

« Faut-il suspendre les normes comptables (IAS) et prudentielles (Bâle II) ? » « Oui, il le faut à mes yeux. »

Notez qu’il s’agit seulement de suspendre … « si l’on veut se donner la moindre chance de sortir de cette crise à un coût économique et social qui ne soit pas exorbitant (…)».

Car « (…) c’est autant de rentes qui seraient ainsi menacées. »

Nous ne le lui faisons pas dire.

 

Mais alors, pourquoi le noble Olivier Pastré signait-il dans le Figaro du 2 janvier 2009, avec Bertrand Jacquillat, un papier dénonçant « le nouvel intégrisme des fonds propres bancaires » et soutenant la pratique des banques françaises (et continentales) ?

« Depuis que le gouvernement britannique a décidé de recapitaliser « ses » banques (et de porter ainsi le ratio de fonds propres de celles-ci à plus de 10 %) (…). (…) Ce couperet de 10 % apparaît ainsi comme une nouvelle « terre promise », un peu comme le taux de 15 % de rentabilité des fonds propres, quête du Graal des dirigeants d’entreprises il y a encore quelques mois. » ;

« Aussi la nouvelle mystique des 10 % ne nous paraît pas moins dangereuse, d’autant qu’en réalité ce ratio des fonds propres s’étage entre 5,9 % et 13,6 % dans les banques européennes. » ;

 

« Laissons donc les banques d’Europe continentale gérer la crise sans leur imposer un nouveau fardeau inutile. »

Le message de janvier avait le mérite d’être clair, n’est-ce pas ?

 

 

Mais après le tir au canon de janvier, le noble Olivier Pastré choisit maintenant la trêve diplomatique (la suspension des normes) pour le plus grand profit (futur) de ses collègues banquiers : parce qu’il y a des suspensions qui sonnent comme des abandons.

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : Président d’IM Bank

 

Blocage de l'économie par les banques

Publié le par Alexandre Anizy

La grande presse française n’a pas manqué de souligner le merveilleux chiffre de l’Insee (le PIB en hausse). Vendre de bonnes nouvelles est une chose agréable, minimiser les informations qui  contredisent le discours optimiste dominant en est une autre.

Il est vrai que, si on prend par exemple le quotidien vespéral le Monde qui vit sous forte perfusion bancaire du fait notamment des vues de l’esprit d’Alain Minc, cette attitude béate peut ne pas être gratuite (au sens aristotélicien).

 

Après la contraction historique des crédits au 1er semestre 2009 (Association Française des Sociétés Financières), le médiateur du crédit voit le nombre de ses dossiers repartir à la hausse, après l’accalmie de l’été : 650 entreprises ont saisi la médiation entre le 30 août et le 13 septembre 2009, soit le niveau atteint à la mi-avril (moment fort dans la dégringolade du 1er semestre).

 

Puisque le banquier est l’éphore de l’économie capitaliste, selon l’économiste Joseph Schumpeter (1), qui (qu’il soit analyste financier ou P-DG) osera parler d’un redémarrage (même modeste) de l’économie ?

 

Alexandre Anizy

 

(1)            : nous rappelons à nouveau que le livre de Joseph Schumpeter « la théorie de l’évolution économique » est aussi important que « la Théorie Générale … » de John Maynard Keynes.

 

Fin de la récession, début de la crise ?

Publié le par Alexandre Anizy

Le 15 septembre 2009, soit un an après la faillite de la banque Lehman Brothers, le président Obama a prononcé un discours moralisateur dont il a le secret, assurant que les choses ne recommenceront pas comme avant. Est-ce si sûr ?

 

A Wall Street, comme nous l’avions écrit dès le 16 mai (« les banques américaines sont déjà prêtes à se gaver »), le redémarrage de l’économie de casinos se prépare, puisque « la récession est finie » comme vient de l’expliquer subtilement le président de la Fed Bern Bernanke : vous pouvez d’autant mieux le croire quand vous apprendrez que, selon un analyste de JP Morgan Chase, les 8 premières banques américaines et européennes verseront probablement en 2010 77 milliards de dollars aux 141.000 employés de leurs divisions « capital investissement », soit 543.000 dollars par personne (mais tout le monde ne touchera pas le jackpot, évidemment).

 

Au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les Etats-Unis sont encore les premiers à vilipender les mesures conservatrices, forcément protectionnistes, des autres pays … Mais c’est bien le département américain du commerce qui a relevé jusqu’à 31 % les taxes sur les tubes en acier de Chine, de même que les tarifs douaniers pour les pneumatiques chinois. Avec Obama, « America is back », comme disait Ronald Reagan.

 

Rappelons ici que durant la Grande Dépression des années 30, tous les pays avaient mis en place des barrières douanières, à commencer par les Etats-Unis (loi Smoot - Hawley).   

Il faut aussi rappeler ici la crise des changes des années 30 (lire notre note du 20 décembre 2008 « vers la crise des changes comme en 1931 »). Qu’en est-il aujourd’hui ? Le 15 septembre 2008, l’euro valait 1,2329 USD ; le 15 septembre 2009, il valait 1,4663 USD, soit une baisse du dollar de 16 % environ.

 

On peut dire presque ce que l’on veut pour rassurer les marchés, pour inspirer ou restaurer la fameuse confiance, mais il n’empêche que les faits sont têtus.

Si « la récession est finie » comme ils disent, la crise ne fait peut-être que commencer.

 

Alexandre Anizy

 

Affaires : une méthode de l'Empire chinois

Publié le par Alexandre Anizy

Dans notre note du 27 novembre 2007, dans laquelle nous évoquions un moyen d’appropriation, nous faisions le pronostic qu’« en Chine Airbus se fera dépouiller ». Aujourd’hui, plus que jamais, il n’est pas bon de prendre l’Empire chinois pour un laquais du capitalisme global : le géant minier Rio Tinto l’apprend à ses dépens.

 

Début 2009, Rio Tinto connaissait des difficultés financières, notamment à cause de l’effondrement de la demande de minerai : il obtenait de la part de Chinalco un apport de plusieurs milliards d’euros, dont la contrepartie était une participation portée à 19 % du capital de Rio Tinto. Sans doute fort de cet accord, le géant anglo-australien finissait par conclure en juin un autre accord avec son rival BHP Billiton, et il réussissait à lever 15 milliards de dollars en Bourse : dans la foulée, Rio Tinto annulait l’accord avec Chinalco.

 

Chinalco et les autorités chinoises (dans « l’économie communiste de marché » (1), c’est la même chose) n’ont pas apprécié du tout.

 

Début juillet, 4 cadres de Rio Tinto ont été arrêtés et emprisonnés pour corruption et espionnage.

Début août, un responsable de l’Empire du Milieu accuse Rio Tinto, BHP Billiton et Vale d’avoir porté préjudice à la sidérurgie chinoise depuis 2002 en augmentant le prix du minerai de fer, soit un montant estimé à 102 milliards de dollars (coïncidence ? c’est à peu près la valeur boursière de Rio Tinto). Or 1 des 4 cadres accusés d’espionnage, Stern Hu, était un négociateur ... qui aurait espionné les comptes et soudoyé des  acheteurs.

De plus, l’Administration nationale pour la protection des secrets d’Etat (Napss) écrit dans son rapport sur Rio Tinto que «dans les dernières années, plusieurs espions industriels dans notre pays ont acquis des technologies de pointe (…) qui ont causé d’importants dommages à l’économie chinoise ». A bon entendeur …

 

Voilà donc une autre méthode de coercition. 

Seuls les Occidentaux cupides peuvent croire que l’Empire du Milieu connaît la pondération dans sa marche vers l’hégémonie.  

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : lire notre note du 2 février 2008 pour découvrir ce concept baroque.

Bonus : les aides publiques dans les poches des banquiers ?

Publié le par Alexandre Anizy

Alors que le gouvernement a endormi les Français vacanciers durant tout l’été grâce à un soupçon de commencement de début de reprise, les gens bien informés comme René Ricol, le médiateur du crédit, observait simultanément que les conditions de prêt se sont détériorées, notamment pour les « petits dossiers », i.e. les demandes de prêt inférieur à 5.000 euros : combien d’artisans et commerçants finiront-ils sur le carreau dans les prochains mois ? Mais les « gros dossiers » essuient aussi de plus en plus de refus. La tendance baissière des courbes de l’évolution des prêts aux entreprises, à la consommation, à l’immobilier, se poursuit inexorablement.

Traduisons : les banques se refont une santé au détriment de l’activité économique.

 

Allons plus loin avec Charles-Henri Filippi, un homme du sérail (ancien président de HSBC France) : « Au second semestre 2008, pour gagner de l’argent, les rares établissements les plus habiles ont joué les marchés à la baisse. Cela a contribué à approfondir la crise. Ensuite, au premier semestre 2009, les banques ont eu un comportement très classique correspondant à la base du métier (…) ». Traduisons : obtenir des capitaux à des taux d’intérêt très bas et les placer à des taux élevés, relativement très élevés ; notons ici qu’il n’est pas utile de sortir de Polytechnique ou de la formation réputée de mathématiques financières pour réussir ce prodige !

Pour éviter le krach et une répétition de 1929 (1), on a injecté massivement des liquidités, baissé les taux des banques centrales, sauvé de la faillite de grands établissements bancaires … « (…) mais les aides des pouvoirs publics ont été attribuées sans distinction entre les activités de financement ordinaires et les activités de marché, les plus lucratives à court terme … que les établissements financiers ont immédiatement relancées. Ce sont donc les activités purement financières qui ont le plus profité, in fine, de la politique de soutien public. » (Charles-Henri Filippi, idem)

Autrement dit, sans les aides publiques, les banques n’afficheraient pas les profits de 2009 qui, en dernière analyse, finiront dans les poches des banquiers, notamment des traders.

 

 

Alexandre Anizy

 


(1)            : dont Bern Bernanke (Président de la Fed – banque centrale américaine) est un spécialiste ; cependant, avant l’été 2007, il était déjà « partie responsable » du temps de la splendeur d’Alan Greenspan, de même que le Secrétaire au Trésor Timothy Geithner ; si on ajoute à ces « cadors obamiens » Lawrence Summers, l’actuel Conseiller économique du Président, celui qui a facilité la propagation de l’économie de casinos en jouant un rôle clef dans l'abrogation de la Glass Steagall Act (sa nomination au poste de secrétaire au Trésor par le président Bill Clinton a permis l'adoption de la Financial Services Modernization Act en novembre 1999 ; puis il est devenu président de l'université de Harvard -2001-2006-), on n’est pas surpris de voir que « les affaires ont repris comme avant » aux Etats-Unis, et ailleurs …

Ces gens-là ont-ils changé leur mode de pensée ? Non. Ils sont donc incapables d’instaurer un nouveau paradigme. Jacques Attali va donc se désespérer, puisqu’il écrit le 13 août : « Il faudrait donc avoir le courage, aujourd’hui, de s’attaquer aux règles du jeu et non aux joueurs, si l’on veut éviter que la partie tourne au carnage. » 

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