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notes economiques

L'avenir du rail en Europe et l'idée de Jacques ATTALI (sncf - db)

Publié le par Alexandre Anizy

La construction de l’Union Européenne est entre les mains de politiciens idéologues et d’eurocrates serviles. En matière économique, l’exemple du rail anglais le démontre une nouvelle fois.

 

La plus importante ligne de chemin de fer du pays, Londres – Edimbourg (17 millions de voyageurs par an), n’est pas rentable pour l’opérateur privé National Express : il se retire. Comme c’est la 2ème fois en 3 ans que cette ligne perd son exploitant, le gouvernement de Gordon Brown n’a pas d’autre choix que de la nationaliser.

En fait, c’est tout le système de franchise mis en place par les conservateurs, et maintenu par Tony Blair en 1997, qui ne tient pas la voie !

 

Pensez-vous que les eurocrates bruxellois abandonneront leur projet ? Non. Le rail sera partout privatisé en Europe … et les contribuables paieront finalement l’addition de ces inepties économiques, comme en Grande-Bretagne. Mais entre temps, certains financiers auront fait leur beurre.

 

Dans l’Express du 9 juillet 2009, Jacques Attali propose de fusionner la SNCF avec la Deutsche Bahn (DB), parce que cela « permettra de maintenir la dimension de service public des chemins de fer ». C’est la 1ère motivation avancée dans cet article. Au nom de l’intérêt général, que ne fait-on pas, n’est-ce pas ?

Curieusement, si c’était réellement l’ambition des eurocrates, Jacques Attali ne nous explique pas pourquoi les entreprises de chemin de fer, qui étaient des entreprises publiques dans les années 80, n’ont pas été toutes fusionnées pour créer le grand marché européen cher au social-traître Jacques Delors (assisté déjà par le malfaisant Pascal Lamy) ?

Comme on le sait, c’est la privatisation générale qui a été choisie, et elle est en voie d’achèvement. Par conséquent, on peut se demander si cette proposition de fusion n’est pas un moyen pour noyer la SNCF dans une 1ère entreprise européenne privée d’intérêt public.

Cette idée présente 2 avantages : le tour de passe-passe se jouerait à Bruxelles et la CGT ne perdrait pas la face.

 

 

Alexandre Anizy

Euro : rétablir l'étalon-or selon Philippe SIMONNOT

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un article paru dans le Monde du 2 juin 2009, Philippe Simonnot prône le rétablissement de la convertibilité métallique pour échapper à l’inflation galopante, parce qu’ « elles sont toujours là (…) les forces qui avaient obligé à réajuster les changes du « protoeuro », à savoir le système monétaire européen (SME) par douze fois entre 1979 et 1991, avant son explosion en 1992 ».

 

Rappelons avec Simonnot que « dans un espace géographique donné, une monnaie unique suppose une libre circulation des biens, des capitaux et de la main d’œuvre et une flexibilité complète des prix et des salaires. »

 

En fait, l’euro masque ces forces de dissolution en supprimant le thermomètre qui mesurait les divergences entre les pays membres, ce qui permet à certains d’emprunter à des taux plus bas que ceux qu’ils obtiendraient « hors euro », et à laisser grossir les déficits à un niveau qu’ils n’auraient pu atteindre s’ils avaient conservé leurs propres monnaies. Evidemment, ce genre de situation ne perdure pas.

 

Dans la construction technocratique de l’Union Européenne (du plan Werner en 1970 au plan Delors en 1989), une instance économique intergouvernementale devait contrebalancer le pouvoir monétaire exorbitant cédé à la Banque Centrale Européenne (BCE), proclamée indépendante par un coup de force institutionnel : ce deuxième pilier fut « oublié ». Force est de constater que « l’édifice est non seulement bancal, mais en plus il n’a aucune légitimité démocratique ». Rappelons que dans le traité de Rome du 25 mars 1957, acte fondateur de l’Union Européenne, il n’est pas écrit qu’une union monétaire était nécessaire au projet, puisque ce n’est absolument pas indispensable d’un point de vue économique et financier.

 

Utilisons cet avantage : l’autonomisation de l’euro pourrait servir de plate-forme au rétablissement de l’étalon-or par l’Europe. Dans son allocution du 5 février 2009, le Président ubiquiste Sarkozy de Nagy Bocsa n’a pas écarté cette hypothèse lorsqu’il évoquait un régulateur international, un instrument dont rêvent aussi des pays comme la Russie, le Brésil, l’Inde, la Chine (dont les réserves d’or ont d’ailleurs récemment doublées).

 

Dans l’état actuel des choses, « la nouvelle vague d’inflation, voire d’hyperinflation américaine qui arrive, obligera l’euro à se réévaluer de facto », ce qui engendrera une poursuite de la montée du chômage (crise sociale et politique en perspective).

 

Puisqu’à long terme, la monnaie-papier n’est pas viable (l’histoire économique nous l’enseigne), il ne fait pas de doute pour Philippe Simonnot qu’ « une course pour le rétablissement de la convertibilité métallique est déjà engagée entre les grandes puissances du monde. Le premier qui rétablit l’étalon-or gagnera un afflux immédiat d’épargne permettant de financer sainement la relance.»

Ce raisonnement, il n’est pas inimaginable qu’il soit tenu à Washington : un retour au Gold Exchange Standard de Bretton Woods prolongerait en effet le privilège du dollar.

 

Instaurer la convertibilité métallique de l’euro serait un coup de maître : l’épargne mondiale serait alors drainée vers les places européennes qui reviendraient au centre du système monétaire international, ce qui n’était plus le cas depuis 1914. 

« Une manière de solder enfin les comptes du XXème siècle. »

 

Prise à l’état brut, cette proposition n’est pas satisfaisante, mais si nous l’intégrons dans une théorie monétaire innovante, la question doit être discutée. 

 

Alexandre Anizy

Réguler ne suffira pas selon Martin WOLF

Publié le par Alexandre Anizy

Martin Wolf est un journaliste économique, qui n’est ni altermondialiste ni keynésien. Ceci ne l’empêche pas d’écrire des articles pertinents.

 

« La réforme de la régulation [financière, ndAA] ne doit pas se limiter à celle des dispositifs incitatifs. (…) Une entreprise trop grosse pour sombrer ne saurait être gérée dans l’intérêt des actionnaires, puisqu’elle ne fait plus partie du marché. Soit on doit pouvoir la fermer, soit elle doit être gérée de façon différente. »

 

De quoi parlait-il en particulier ? De l’industrie financière où des sociétés sont très endettées, avec des passifs garantis par l’Etat (« C’est un feu vert donné à ceux qui veulent jouer avec l’argent des contribuables. »).

Dans un article récent, les professeurs Lucian Bebchuk et Holger Spamann de la Harvard Law School affirment notamment que, dans le système financier actuel, les dirigeants ont un intérêt plus grand que les actionnaires à jouer le tout pour le tout … Si on a vu les dégâts en 2008, on ne voit toujours pas les changements.

 

Pourtant, quand une banque est devenue un mastodonte qui ne doit pas couler sous peine d’effondrement général, il est clair qu’elle se situe hors des règles du marché. Il faut donc en tirer vraiment toutes les conséquences.

« C’est aussi simple – et aussi brutal – que cela », conclue Martin Wolf.

 

Alexandre Anizy

 

 

 : le Monde 30 juin 2009  

2 économistes futiles : Philippe AGHION et Esther DUFLO

Publié le par Alexandre Anizy

Illustrons aujourd'hui un propos du philosophe Marcel GAUCHET (lire notre note du 26 mai 2009 « L’Etat otage des Banques selon Marcel GAUCHET »). À tout seigneur, tout honneur : nous parlerons de Philippe AGHION (ENS, Docteur en sciences économiques à Harvard, professeur à Harvard) et d'Esther DUFLO (ENS, MIT, professeur au MIT et au Collège de France – chaire internationale « Savoirs contre la pauvreté »).

 

Depuis 2005, Philippe AGHION se donne beaucoup de mal (?) pour faire connaître les travaux dans lesquels il démontre que « l'allongement de la durée de vie a un effet positif sur la croissance du produit intérieur brut (PIB) », aussi bien pour les pays développés que ceux du tiers-monde. Un important travail statistique (corréler santé et croissance n'est pas une mince affaire) a permis de vérifier quelques truismes, comme la relation de causalité entre baisse de la mortalité et augmentation de la croissance. En effet, nul n'ignore que les seniors sont des consommateurs, notamment de biens et services de santé…

« Doubler la croissance de l'espérance de vie représente un lourd investissement. Mais au bout, il y a le point de croissance supplémentaire souhaitée par le Président de la République. »

(Le laboratoire de recherche de Mr AGHION aurait-il besoin de crédits ?)

Si on suit ce raisonnement, il convient de prolonger, même au-delà du raisonnable, la durée de vie des hommes parce que cela est bénéfique au taux de croissance… Poursuivons jusqu'à l'absurde : augmentons le nombre des accidents de la route, puisqu'ils génèrent une hausse des dépenses de santé qui sont incluses dans le PIB...

Les travaux de Philippe AGHION sont en général infiniment passionnants, mais n'aurait-il pas oublié en l’espèce que les hommes préfèrent dynamiser leur fin de vie, plutôt qu’allonger une éventuelle période de dépendance ?

 

Le cas d'Esther DUFLO est intéressant, puisqu'elle met elle-même en avant son pragmatisme dans son laboratoire du MIT. Nous nous souvenons de cette étude où elle démontra, dans une certaine région d'Afrique, que l'absentéisme des écoliers était plus une affaire de santé que de pédagogie. Nous ne doutons pas que dans un avenir proche Esther DUFLO prouvera que, pour une autre région d'Afrique, les enfants ayant le ventre vide apprennent moins vite que les écoliers repus.

Il nous semble qu'avec Mme DUFLO la science économique de la misère frise la misère de la science économique.

 

Ceux qui ont lu nos notes économiques comprendront ce qui suit :

Laissons la science économique aux matheux et faisons de l'économie politique !

 

Alexandre ANIZY

L'Etat otage des Banques selon Marcel GAUCHET

Publié le par Alexandre Anizy

Précisons tout d’abord que nous ne sommes pas un familier de l’œuvre de Marcel GAUCHET, dont certaines fréquentations intellectuelles ne nous ont pas incités à une découverte approfondie. Pourtant, après la lecture de René GIRARD, la thèse centrale de son livre « le Désenchantement du monde » (Gallimard, 1985), à savoir que le christianisme est la « religion de la sortie de la religion », de même que son article « les Droits de l’homme ne sont pas une politique » (1980), ne pouvaient que nous encourager à le faire.

Nonobstant ce désintérêt, nous accordons beaucoup d’attention aux propos de ce penseur, notamment ceux publiés dans le magazine Expansion (mai 2009) dans lequel il affirme que l’Etat a été pris en otage par les banques.

 

D’emblée, le philosophe souligne la cécité des vrais experts qui « n’ont rien compris au film. C’est leur mode de pensée et les instruments intellectuels dont ils disposent qui sont en cause. »

Si nous n’avons aucune sympathie pour le Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA, nous reconnaissons ses mérites : c’est un redoutable homme politique ayant un exceptionnel sens de la tactique et de la propagande, dont on devine qu’il a « senti » en 2008 la gravité de la crise, quand des incompétents comme le ministre Christine LAGARDE nous serinaient que l’économie réelle ne serait pas touchée et d’autres fadaises, ou comme l’expert Olivier BLANCHARD (un économiste français nobélisable, dit-on dans les médias) qui comprenait peu de choses (lire notre note du 21 janvier 2009) …

GAUCHET prend pour exemple le financier Warren BUFFET, chez qui le discernement (i.e. savoir repérer les choses capitales) et l’appréciation des événements qui comptent pèseraient plus dans ses décisions que « l’expertise des matheux de [leurs] salles de marché ». Pour GAUCHET, le mode de raisonnement fondé sur le calcul rationnel est ennuyeux, parce qu’il « ignore ce qui fait vivre les sociétés humaines depuis toujours : la politique et l’histoire ». Une approche économique ayant pour axiome la rationalité des marchés présente un défaut majeur, puisqu’elle « ne permet pas de penser ce qui rend le marché possible et ce qui vient le perturber régulièrement ».

 

Les crises de 1929, de 1973 et de 2007 correspondent à des moments de réarticulation du système international. Concernant la période 1945 – 1973, la plus faste de la croissance capitaliste, son mode de régulation économique était efficace, mais d’aucuns en diront autant de la phase néolibérale qui vient d’atteindre ses limites. « L’illusion était de croire qu’on avait trouvé la martingale définitive du fonctionnement de l’économie ». Mais si l’économie autorégulée a failli, il n’empêche que le marché reste au centre, avec un Etat pacificateur et législateur définissant et protégeant les conditions de la libre concurrence.

Or, « la mondialisation a été faite pour contourner les règles. Elle n’est pas simplement l’extension du modèle occidental du marché, elle est aussi l’institutionnalisation d’un véritable trou noir. » Un tiers des capitaux circulant librement serait d’origine illégale ou criminelle : ces qualificatifs sont-ils devenus compatibles avec la loyauté des marchés ? Un exemple de « pratique mafieuse » : le gaz russe vendu à l’Ukraine est payé à une société implantée à Zoug, bourgade suisse réputée fiscalement … Et que dire des activités étranges dont le Luxembourg est le siège ?

« La mondialisation met en concurrence – de manière très hypocrites – des systèmes sans règles et des Etats organisés. Il s’agit, sans l’avouer, d’offrir des échappatoires à la régulation dont on se réclame par ailleurs. »

Dans l’espace juridique et économique européen, « l’élargissement à l’Est a été précipité dans le même dessein. »

Lire aussi nos notes politiques du 27 janvier au 2 février 2009, dont la « Critique du « oui à la Turquie » de Michel ROCARD l’idiot utile (IV) ».

 

Pour Marcel GAUCHET, les Etats n’avaient pas disparu et ils « ont été pris en otage. Le révolver sur la tempe, ils ont dû vider leurs caisses pour renflouer les banques. » Sans contrepartie et sans contrôle de l’usage des fonds. « Les Etats ont renoncé à penser le pilotage collectif. En ce domaine, tout est à rebâtir. »

 

Malheureusement, « il nous manque toujours une science économique qui saurait que l’économie ne marche pas toute seule, qu’elle n’est qu’un aspect du fonctionnement général des sociétés. », observe judicieusement Marcel GAUCHET.

Rappelons KEYNES : « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, elle est d’échapper aux idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l’esprit. »

C’est pourquoi il convient de réhabiliter l’économie politique.

 

Alexandre ANIZY

Pourquoi protéger le système bancaire ?

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un article bien ficelé (le Monde du 7 mai 2009), l’ex banquier Jean PEYRELEVADE expliquait pourquoi il fallait protéger le système bancaire. Nous ne discuterons pas ici de son « orthodoxie économique ».

 

« Sa création [la monnaie, ndAA] est le fait du système bancaire qui en a le monopole, en contrepartie exacte des crédits consentis à l’économie. Le crédit bancaire crée la monnaie. »

Rappelons ici que pour SCHUMPETER, le banquier est l’éphore de l’économie de marché.

 

Face à ce monopole et pour que la confiance demeure, le système bancaire « doit être en toutes circonstances invulnérable », ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Pour restaurer la solidité des banques, il faut revenir à 2 règles.

« La première rappelle que le métier de la banque n’est pas de prendre des risques, mais au contraire de créer de la monnaie sans risque. (…) en un mot de financer le fonds de roulement de l’économie et rien d’autre. »

 

Le risque long (i.e. le besoin des entrepreneurs, le besoin d’investissement) relève de l’épargne déjà constituée, autrement dit de fonds propres.

 

Les risques spéculatifs (les paris sur les prix futurs des actifs) doivent être interdits : « le périmètre de la banque de dépôt doit correspondre à son appellation ».

 

« (…) la seconde règle devrait consister, dès la sortie de crise, à accroître fortement les exigences de fonds propres des banques (…) », en appliquant ce principe : plus le poids d’une banque est important dans l’économie, plus ses fonds propres doivent être élevés (risque systémique).

 

Jean PEYRELEVADE concluait son article en préconisant de revoir de fond en comble les conditions de la création monétaire.

 

 

Soulignons autre chose. Le monde repose sur bien des paradoxes, dont celui-ci : le passif total des banques françaises représente 17 fois leurs fonds propres (dans d’autres pays, c’est pire), alors que les banques interdisent de tels ratios d’endettement aux entreprises industrielles ou commerciales …

 

Alexandre ANIZY

Les banques américaines sont déjà prêtes à se gaver

Publié le par Alexandre Anizy

Le dernier rapport du Fonds Monétaire International (FMI) sur la stabilité financière mondiale apporte de nouveaux éléments d’information.

  • Le montant des pertes du secteur est maintenant estimé à 4.400 milliards de dollars (soit 3.368 milliards d’euros) ;
  • Les pertes sur les actifs européens et américains s’élèvent maintenant à environ 13 % du Produit Intérieur Brut (PIB) de ces 2 zones ; les nouvelles pertes pour 2009 et 2010 sont estimées à 550 milliards de dollars pour les Etats-Unis, 750 milliards pour la zone euro et 200 milliards pour le Royaume-Uni ;
  • Jusqu’à maintenant, ce sont 8.900 milliards de dollars qui ont été fournis aux banques pour leur financement (facilités de prêts, plan d’achats d’actifs, garanties), ce qui ne représenteraient qu’un tiers de leur besoin, puisque le FMI estime leur déficit de refinancement à 25.600 milliards à la fin de 2011.

Il faut sauver le système bancaire (nous commencerons à aborder prochainement des aspects théoriques), même si cela coûte cher. Les Etats le font déjà grâce à l’argent des contribuables.

 

C’est notamment pourquoi les banques américaines ont repris des couleurs au 1er trimestre : les profits sont revenus. Wall Street est enchanté puisque, selon les calculs des spécialistes, 6 des principales banques domestiques ont déjà provisionné 36 milliards de dollars pour les primes.

Normalement, l’orgie se tiendra à la mi-janvier 2010.

 

Alexandre ANIZY

Critique du livre de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS (XI)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire évidemment les notes I à X portant le titre « Capitalisme et pulsion de mort » de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS.

La note X annonçait la première critique, qui est développée aujourd’hui. Deux autres la compléteront. Mais rappelons que nous considérons les 2 premiers chapitres d’un excellent niveau et susceptibles d’éveiller la curiosité intellectuelle de nombreux lecteurs.

 

L’inutilité du chapitre 3

 

Nous avons écrit que les 46 dernières pages (soit quasiment un tiers de l’ouvrage) de «Capitalisme et pulsion de mort» de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS relèvent plus d’un butinage que d’une analyse. Dit autrement, enquiller (expression du monde de la presse – signifiant empiler, enfiler –, pour rester dans l’univers de Bernard MARIS, rédacteur et actionnaire de l’hebdomadaire Charlie Hebdo, dirigé et principalement possédé par le fumeux Philippe VAL) des généralités sur la mondialisation nuit gravement à la qualité de l’ensemble du texte : comme dirait un maître d’école, c’est hors sujet.

Prenons un exemple : « la possibilité d’une île » de Michel Houellebecq. A notre avis, accorder environ 2 pages à cette littérature de gare est superfétatoire et constitue une faute de goût.

 

 

Une uniformité chez KEYNES ? 

 

Concernant la vision keynésienne du ressort interne du capitalisme, nous disons que DOSTALER et MARIS ont réussi le challenge qu’ils s’étaient fixés : « Ce qu’enseignent FREUD et KEYNES, nous espérons le montrer dans ce livre, c’est que ce désir d’équilibre qui appartient au capitalisme, toujours présent, mais toujours repoussé dans la croissance, n’est autre qu’une pulsion de mort. » (p. 8-9) 

 

Concernant les positions théoriques de KEYNES, qui ne sont pas l’objet du travail – nous en convenons -, elles paraissent résumées en 2 parties : avant 1933, c’est un KEYNES libre-échangiste, et après, c’est un KEYNES protectionniste. Cette impression est fâcheuse, car la pensée théorique de KEYNES a évolué méandreusement.

Nous donnons 2 exemples pour expliquer cette appréciation.

En premier, que de communications d’universitaires ont tenté d’expliciter l’opposition apparente entre « le traité sur la monnaie » de 1930 et « la théorie générale » de 1936 !

En second, il arrivait à KEYNES de prendre une position politique en contradiction avec sa position théorique du moment. Donnons un exemple. Dans le livre « les écrits de KEYNES » sous la direction de Frédéric POULON (Dunod, mars 1985, 221 pages), Gilles DOSTALER rappelle dans son article consacré au « retour à l’étalon-or de la Grande-Bretagne » les faits suivants :

« Aussi longtemps que l’étalon-or est maintenu, KEYNES examine les meilleurs moyens pour la Grande-Bretagne de tirer son épingle du jeu. Cela l’amène, par ce qui apparaît comme un curieux retournement, à proposer, dans un article publié le 7 mars 1931, des mesures modérées de protectionnisme, de manière à protéger la parité de la livre-sterling. » (p.192) Comme le fait d’ailleurs remarquer DOSTALER, « KEYNES se berçait d’illusions », car le 21 septembre 1931, la Grande-Bretagne suspendait l’étalon-or … plongeant définitivement le monde dans la dépression. Que fait KEYNES ? « Quelques jours après, dans le Sunday Express du 27 septembre, KEYNES applaudissait à cette décision en soulignant les conséquences bénéfiques pour l’emploi de la dévaluation de la livre-sterling (…) » (p.193)

A noter que le génial KEYNES – mais vous l’avez deviné certainement – n’avait toujours pas compris en 1930 la gravité de la crise de 1929, puisqu’il soulignait dans un article publié que le monde souffrait « d’un grave accès de pessimisme économique ». (cité par Dostaler p.192)

On croirait entendre à la fin de 2008 Alain MINC raconter dans les médias appartenant à ses amis et qui lui sont toujours ouverts, que la crise actuelle est « psychologique » !

La complexité de la pensée keynésienne, quand on l’examine dans son ensemble, n’est pas soulignée dans le livre de DOSTALER et MARIS. C’est vraiment regrettable.

 

 

Paris VIII : une maladie honteuse ?

 

A notre connaissance, Bernard MARIS est professeur à l’université Paris VIII depuis quelques années, et Gilles DOSTALER y a passé son doctorat en 1975, publiant en 1978 aux éditions Anthropos, collection M8, « MARX, la valeur et l’économie politique » (198 pages)

La collection M8 (matériaux d’économie politique de l’université de Vincennes – Paris VIII) a été créée par des économistes travaillant au Département d’économie politique de Paris VIII.

 

Nous sommes donc étonnés que les 2 auteurs n’aient fait aucune référence au livre (déjà cité dans la note VI) de Jean-Marc LEPERS (enseignant au Département d’économie politique de Paris VIII) publié en 1977 – soit 1 an avant celui de DOSTALER, dans la même collection M8 -, « la jouissance symbolique », qui d’ailleurs nous semble beaucoup plus ambitieux.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la recherche bibliographique présente une lacune fâcheuse.

 

On peut aussi se poser une question : pour ces 2 professeurs économistes, être ou avoir été de Paris VIII serait-il une maladie honteuse ?

 

Alexandre ANIZY

"Capitalisme et pulsion de mort" de Gilles DOSTALER, Bernard MARIS (X)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire auparavant les notes I à IX portant le même titre.

Les 46 dernières pages (soit quasiment un tiers de l’ouvrage) de «Capitalisme et pulsion de mort» de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS sont décevantes, parce qu’elles relèvent plus d’un butinage que d’une analyse.

 

En vrac, nous y trouvons :

  • Des chiffres sur la misère dans le monde et sur la crise systémique qui s’est déclenchée en août 2007 ;
  • Le message troublant de KEYNES et FREUD dit que « l’humanité veut se détruire, même quand elle paraît construire » (p.110) ; « Le mal est radical (…) il est consubstantiel de la liberté de l’homme » (p.110 toujours) ;
  • Le capitalisme est une société de l’accumulation pour l’accumulation, qui espère retarder indéfiniment, en quelque sorte, la rencontre avec la mort, grâce au service de la raison : la science est devenue techno-science ;
  • Mais « le progrès contient la régression, de la même manière qu’en économie la croissance génère la crise, comme MARX et, à sa suite, SCHUMPETER l’avaient compris. » (p.112) ;
  • Des considérations relatives à la mondialisation, dont :

Une analyse pertinente du capitalisme chinois : « la rhétorique des dirigeants du parti unique, combinant les références au marxisme et l’éloge de la croissance capitaliste, est ubuesque et schizophrénique. La Chine montre jour après jour que l’accumulation n’a pas besoin de la démocratie. » ;

Et une question lancinante : « Comment le monde absorbera-t-il l’émigration de 200 à 300 millions de Chinois ? La Chine ne peut plus réaliser son autosuffisance alimentaire (…) elle est condamnée à une féroce croissance industrielle pour nourrir sa population. » (p.116-117) ;

  • L’échange marchand est une immense circulation du refoulement : le marché est délétère puisqu’il généralise la pseudo-égalité de la loi monétaire, l’envie entre les hommes, soit les meilleures conditions du mimétisme ;
  • La surpopulation mondiale, avec l’obligation de croissance pour la Chine et l’Inde, exacerbera la quête des matières premières (nous en avons déjà eu un avant-goût en 2008), de telle manière que la rente s’envolera et que les inégalités s’aggraveront, sachant que « la rente ne peut croître qu’au détriment du salaire ou du profit » (p.123).

 

A la fin de l’épilogue, nous lisons 3 phrases de DOSTALER et MARIS :

« Il ne s’agit plus de refonder [le capitalisme, ndAA], mais de dépasser, de penser autre chose. » (p.140) ;

« Il est à craindre que l’espèce humaine ne disparaisse avant le capitalisme. Où sont aujourd’hui les CONDORCET, les KEYNES, les FREUD qui peuvent nous aider à ouvrir les yeux ? » (p.141).

Il semble que ces 2 économistes nous y aident aujourd’hui.

 

Alexandre ANIZY

"Capitalisme et pulsion de mort" Gilles DOSTALER, Bernard MARIS (IX)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire auparavant les notes I à VIII portant le même titre.

Si l’homme civilisé fonctionne grâce aux conventions, il n’en demeure pas moins un animal, qui plus est contagieux : « Les interdits sont nécessaires parce que certaines personnes et choses ont en propre une force dangereuse qui se transfère, par contact avec l’objet ainsi chargé, presque comme une contagion » (FREUD, cité p.91) qui se manifeste dans le narcissisme des petites différences. Comme à tout moment la société de culture peut voler en éclats du fait de la rivalité mimétique, souder sans cesse les hommes est une nécessité que la désignation d’un bouc émissaire remplit (voir René GIRARD, déjà cité dans ces notes). Le travail oblige aussi les hommes à fusionner, et il les place en situation d’interdépendance, que la division toujours plus poussée du travail accentue. 

« L’argent joue un rôle essentiel comme canaliseur de la violence des hommes. » (p.92) : Gilles DOSTALER et Bernard MARIS renvoie ici à « la violence de la monnaie » de Michel AGLIETTA et André ORLéAN (PUF, 1ère édition mai 1982, 2ème édition mise à jour octobre 1984, 324 pages, 150 FRF). En effet, le bouc émissaire « peut être aussi plus quotidiennement un substitut et un objet unanimement désiré, l’or, la monnaie (…) » (p.92), qui remplacent la victime de chair. La monnaie devenue l’équivalent absolu de toute richesse et de tout objet détourne vers elle le désir mimétique : expression de la valeur de toutes choses, elle est en soi sans valeur.

 

Les anthropologues ont constaté qu’il n’y avait pas de sacrifice chez les chasseurs-cueilleurs, qu’on ne sacrifiait pas les animaux sauvages mais domestiques (rarement le chien). Le sacrifice apparaît quand l’homme a domestiqué (Marcel HéNAFF, ouvrage de 2002 cité p.92), sélectionné, contrôlé et reproduit la vie, prenant alors conscience qu’il s’était accaparé d’une partie du pouvoir divin. « Par le sacrifice, on fait accepter aux dieux ce pouvoir, on montre qu’on y renonce symboliquement, on leur restitue un contrôle ultime sur la nature. (…) [le sacrifice] met ou remet en place l’ordre des choses. Il participe de la régulation nature/culture (…). » (p.93)

Si le travail soude les hommes dans l’effort d’accumulation, la dépense comme le sacrifice d’argent le fait pareillement dans la destruction. Grâce aux thèses de Georges BATAILLE sur la guerre et la dépense somptuaire, DOSTALER et MARIS en arrive à la fonction capitale de la dépense improductive pour la survie des sociétés. « Le drame du capitalisme est d’avoir exclu la dépense improductive, exclusion rationalisée par le calvinisme, d’une part, et l’économie classique, de l’autre, qui ne peut envisager une activité économique destinée, non pas à la satisfaction des besoins et à l’accumulation du capital, mais à la jouissance gratuite aussi bien qu’à la destruction et à la perte (…) » (p.95) Si les aristocrates consommaient inutilement et ostentatoirement, les bourgeois qui haïssent la dépense doivent se cacher pour consommer … et lorsqu’ils ne le font plus, il est permis de penser qu’un nouveau monde se prépare.

L’accumulation ne fait que repousser la violence grâce au voile de la monnaie, qui n’est pas l’instrument neutre d’échanges paisibles et cher à beaucoup trop d’économistes.

 

Tous les hommes doivent la vie à Dieu, à la Nature (cochez où vous voulez, c’est un autre sujet) : ils sont endettés. « Chacun d’entre nous est en dette d’une mort envers la nature et doit être préparé à payer cette dette. » (Freud, cité p.97) Nous remboursons cette obligation par un travail fait d’une « forte proportion de composantes libidinales, narcissiques et érotiques », de telle sorte que notre existence sociale s’en trouve justifiée.

L’Etat réussit à maîtriser la violence mimétique des hommes en opérant le transfert de la dette originelle de chacun sur lui : en échange de la garantie de vie et du monopole de la violence, il offre les titres de crédit (i.e. les signes monétaires). N’est-ce pas l’Etat régalien qui avait le privilège de battre monnaie et du droit de grâce ?

(A suivre)

Alexandre ANIZY

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