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notes economiques

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (V)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation. Le chapitre 8 traite de la finance globale et de l’instabilité consubstantielle.

 

P-N. GIRAUD met d’emblée les pieds dans le plat : « Tous ceux qui considèrent la finance comme une superstructure parasitant une économie de marché (…) sont des Saint-simoniens attardés. (…) Un capitalisme sans monopoles, sans externalités, sans finance, sans spéculation (…) est une pure chimère. » (p.124) Quant à nous, nous ajoutons que toute économie est réelle : la crise résulte d’une perversion de l’administration familiale (l’économie au sens premier du terme ; ARISTOTE, « les politiques »), puisque les ménages empruntaient réellement de l’argent sur une augmentation virtuelle du prix de leur maison.

La finance collecte l’épargne de certains agents économiques et crée ex nihilo de la monnaie : pour maximiser la croissance, une proportion de projets non rentables sont financés. « Ces promesses de revenus futurs [« Un titre financier n’est jamais qu’une promesse de revenus futurs (…) » p.125)] impossibles à tenir, c’est ce que j’ai appelé le mistigri. (…) Dès lors, la purge de ce mistigri est nécessaire et ceci, quel que soit le système financier. (p.128)

Comment purger ? Avant 1980, c’est l’inflation. Après cette date, c’est le krach sur un marché (actions, immobilier, changes, matières premières), suivi d’une crise bancaire plus ou moins localisée et profonde. Mais le système financier actuel transmet son instabilité à l’ensemble de l’économie : « En bref, c’est une démocratie de renards libres dans un poulailler libre. (…) qui va finalement subir les pertes (…) A coup sûr, les investisseurs les plus mal informés, par conséquent les petits investisseurs, puis si cela ne suffit pas, en seconde ligne, l’ensemble des contribuables. » (p.131) Nous en sommes là.

 

Concernant les déséquilibres des balances de paiement et l’instabilité des changes, « (…) l’Europe est aujourd’hui l’otage des choix de politique économique des Américains et des Chinois. Il en résulte de fortes fluctuations de l’euro. » (p.137) Seule une coordination des politiques économiques entre l’Union Européenne, les Etats-Unis et les puissances asiatiques peut y remédier. Rêver n’est pas interdit …

 

On peut envisager une réforme radicale : contrôle des mouvements de capitaux et cloisonnement de la finance. Si la libre circulation des capitaux est quasiment intouchable, une séparation totale entre les activités bancaires  et les activités de marché n’est pas impossible : « Dans ce système cloisonné, la totalité des risques étant confiné sur les bourses et les marchés dérivés, ces marchés deviendraient extraordinairement volatils et le grand public n’échapperait pas totalement aux fluctuations macroéconomiques engendrées par cette instabilité. » (p.139)

Mais il n’y a personne pour soutenir cette réforme radicale.

 

Le consensus actuel maintient le principe d’une finance décloisonnée en appelant à un renforcement des réglementations, avec parfois de surcroît « le ridicule de prôner plus de transparence ». Comme le fait remarquer à juste titre P-N. GIRAUD, ces réformes « seront très probablement assez cosmétiques, une fois passé le plus gros de la crise ». (p.140)

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation. Le chapitre 6 traite de la fragmentation interne aux pays riches.

 

« Un rapport de l’OCDE d’octobre 2008 le confirme (…) les inégalités de revenu ont augmenté depuis les années 80 dans presque tous les pays riches. » (p.93) Le revenu du dernier décile a progressé fortement, et pour les 1 % des plus riches ce fut exceptionnel. « En revanche, les quintiles intermédiaires ont vu leur revenu croître moins vite que la moyenne. Il s’agit donc d’un appauvrissement relatif des classes moyennes. » (p.93) P-N. GIRAUD rappelle qu’en 1996 il concluait déjà à un laminage des classes moyennes ainsi qu’à la polarisation des sociétés entre un groupe restreint de compétitifs de plus en plus riches et une masse de protégés.

 

Pour autant, « il n’y aura pas de retour massif au protectionnisme, tout au plus des ajustements à la marge » (p.98), mais c’est une option concevable, bien que difficilement praticable, au niveau des grandes zones comme l’Union Européenne. Mais « les firmes globales n’ont aucun intérêt au retour du protectionnisme, elles le combattront » (p.99) : ainsi, si on ne peut l’exclure, « c’est simplement très improbable ».

Alors que faire, comme disait LéNINE :

  • Pas de retour en arrière pour les marchandises ;
  • Supprimer les subventions agricoles ;
  • Revoir le système des droits de propriété intellectuelle ;
  • Ne pas militer pour l’ouverture totale des frontières, mais régulariser les immigrés sans papier ;
  • Stabiliser les grandes monnaies, grâce à une coordination internationale des politiques macroéconomiques et monétaires ; « Est-ce à l’ordre du jour ? On peut en douter (…) la position du cavalier seul est encore parfaitement jouable pendant un certain temps par certains des acteurs concernés. » (p.102) Lesquels ? on ne saura pas.

 

Comment remédier à la hausse des inégalités dans les pays riches ? Le modèle de P-N. GIRAUD montre 2 voies : accroître le nombre des compétitifs et augmenter le rapport qualité/prix des choses protégées, ce qui engendre une croissance endogène.

Pour la 1ère voie, il convient pour l’essentiel d’investir dans la formation et la recherche, ce que dit déjà le pouvoir oligarchique. Cela nécessite une profonde réforme de l’Université (on y est déjà, n’est-ce pas ?) où « il faudra sans doute se résigner à ce que, au moins (ndAA : c’est nous qui soulignons) pour la 1ère année de réception des étudiants étrangers, ces universités enseignent en anglais. » (p.104) P-N. GIRAUD ne comprend pas que l’abandon de la langue serait la 1ère étape de la débâcle à venir.

Pour la 2ème voie, « (…) on pourrait par exemple imaginer de supprimer toute TVA sur les biens et services protégés et de la reporter entièrement sur les biens et services compétitifs. » (p.105) Mais ce ne serait pas très sérieux, si on se réfère au diktat européen sur la question de TVA, notamment pour la restauration. Alors ? Les Etats des pays riches peuvent lutter contre les inégalités internes, mais ils doivent obtenir l’accord des compétitifs de leurs territoires respectifs : or, « En brisant les cercles vertueux des croissances sociale-démocrates autocentrées, la mondialisation a détruit les solidarités économiques objectives au sein d’un territoire. (…) Rappelons une fois de plus que la pauvreté des protégés améliore la compétitivité des compétitifs. » (p.106)

 

P-N. GIRAUD nous dit qu’il maintient en 2008 son pronostic : « (…) augmentation de l’inégalité économique (…) renforcée et pérennisée par des inégalités institutionnelles, par le fait que les Etats sont de moins en moins des Etats « pour tous ». » (p.107)

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation.   

 

1ère question fondamentale en économie : il s’agit des rôles de l’Etat et des marchés, de leur articulation.

La littérature économique regorge d’articles mettant en évidence les imperfections du marché : seul un peloton de libéraux irréductibles, comme Pascal SALIN, radote encore sur les bienfaits de la concurrence pure et parfaite. Ces imperfections « engendrent ce qu’on appelle des trappes de pauvreté », c'est-à-dire des situations où le fonctionnement normal des marchés empêche les personnes de sortir de leurs conditions misérables, alors qu’elles en ont les capacités. L’Etat doit donc intervenir pour détruire les obstacles contraires à l’intérêt général.

Prenant le cas des pays confrontés à « la malédiction des matières premières », P-N. GIRAUD affirme qu’ « un Etat de qualité maîtrise et oriente efficacement les mécanismes de marché, à commencer par la négociation des rentes avec les compagnies pétrolières et minières ». (p.55) Et ce qui est utile ou nécessaire pour la Norvège ne le sera pas forcément de la même façon au Nigéria. Autrement dit, « l’analyse économique ne doit pas établir de lois générales valables en tout temps et en tous lieux ». (p.55)

Parce que l’information des marchés a un coût, parfois rédhibitoire, et qu’elle ne peut être produite instantanément, « une des dimensions de l’imperfection des marchés est ainsi qu’ils peuvent n’être jamais à l’équilibre. Ils y tendent certainement. » (p.56)

Enfin, « il est en effet impossible de définir l’intérêt général de l’intérieur de l’analyse économique » (p.57), sinon au prix de 2 hypothèses inadmissibles : comparabilité et indépendance des variations de revenus des acteurs économiques (i.e. perte des uns / gains des autres) ; perception absolue de sa situation pour tout agent économique (or le concept de richesse est essentiellement relatif).

 

P-N. GIRAUD conclue qu’une analyse économique rigoureuse ne prétend qu’à décrire et si possible quantifier les pertes et les gains des agents, ainsi qu’à construire des scénarios.

« Une conséquence de cette thèse est que le débat sur les politiques économiques entre droite et gauche n’est pas un débat économique, mais un débat « de société » structuré par le choix de normes de jugement des politiques économiques qui sont des normes d’équité. » (p.58)

Mais P-N. GIRAUD modère aussitôt l’approche dichotomique qui apparaissait en filigrane (les économistes scientifiques … et les autres) en affirmant qu’une analyse concrète d’une situation concrète « reste donc influencée par des visions du monde et des normes d’éthiques ». (p.59)

En quelques lignes, vous avez la problématique du débat « sciences économiques ou économie politique ».

 

2ème question fondamentale en économie : il s’agit des avantages du libre échange.

Comme pour le progrès technique, les avantages du libre échange ne sont pas contestés en théorie : le principe de RICARDO est robuste. Mais si on intègre les imperfections des marchés et si on raisonne en dynamique, il doit alors être relativisé, puisque les exceptions sont courantes.

Par exemple, SAMUELSON et STOLPER ont établi que « le libre échange peut fort bien accroître le revenu moyen dans un territoire, tout en y aggravant les inégalités. » (p.65)

Un examen historique minutieux du développement économique de certains pays permet de rétablir les faits : « Le protectionnisme a incontestablement été l’un des instruments du rattrapage de la Grande-Bretagne par l’Allemagne et les Etats-Unis à la fin du XIXème siècle, ainsi que des Etats-Unis par le Japon dans les années 1950 à 1970. » (p.66) Mais il a conduit l’Amérique Latine au marasme économique à partir des années 1930.

 

Fort de ces acquis, P-N. GIRAUD construit son modèle d’évolution de la richesse d’un territoire et de l’inégalité entre compétitifs et protégés, à partir du cadre analytique suivant : un découpage en territoires économiques séparés par des frontières, une distinction entre firmes nomades et firmes sédentaires (celles qui agissent sur un seul territoire), une distinction entre les individus, à savoir les compétitifs et les protégés (ceux qui produisent des choses qui ne traversent pas les frontières).

Que nous dit le modèle ? « Les évolutions de la richesse et des inégalités vont passer dans chaque territoire par les effets combinés de la mondialisation et des politiques étatiques sur trois paramètres : e, Nc, pt. Et dans ce processus dynamique, tout est a priori possible (…) une diversité d’évolutions qui correspond bien à la réalité (…). » (p.75)

(où : e = préférence pour les biens et services protégés, mesurée par la part des revenus des résidents du territoire consacrée à l’achat de biens et services protégés ; Nc = nombre des compétitifs présents sur le territoire ; pt = le prix relatif des compétitifs, c'est-à-dire le rapport entre le revenu moyen des compétitifs du territoire et celui des compétitifs dans le monde.)

Nous vous épargnons les équations.

 

En économie, l’émergence de l’Asie constitue sans doute le fait historique majeur des 50 dernières années. P-N. GIRAUD analyse, avec une concision remarquable, le processus de développement des pays de cette zone. « Facteur favorable, la mondialisation ne peut cependant pas être considérée comme le moteur du rattrapage de ces pays [ndAA : Japon, les NPI, Inde, Chine]. Dans chaque cas, les politiques étatiques ont joué un rôle absolument décisif. » (p.79)

Concernant la Chine et l’Inde aujourd’hui, il affirme que l’apparition d’une vraie classe moyenne constitue une option pour les 2 gouvernements, ce qui ralentirait le laminage des classes moyennes des pays riches. Il peut alors conclure avec humour : « classes moyennes de tous les pays, unissez-vous ! ».

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (II)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), Pierre-Noël GIRAUD dresse un état du processus de mondialisation.

 

Pour la plupart des marchandises, les barrières douanières sont inférieures à 5 %. Les bateaux utilisant un fioul lourd qui coûte environ 10 fois moins cher que le kérosène ou l’essence hors taxe, il en ressort que le coût de transport maritime d’une paire de chaussure entre l’Asie et un port européen est d’environ 0,50 dollar, soit moins que le coût de transport entre le port et le magasin distributeur. En soi, un renchérissement du pétrole autour de 100 dollars le baril n’affectera pas le commerce international.

La globalisation numérique permet une baisse des coûts de transaction et la production de services à distance. Grâce à la faiblesse des coûts de diffusion, la circulation d’images augmente et « contribue fortement à faire de la richesse une notion essentiellement relative ».

En matière financière, la globalisation place les décideurs dans le triangle d’impossibilité de MUNDELL, à savoir qu’on ne peut pas poursuivre à la fois ces 3 objectifs (liberté de circulation des capitaux, stabilité des taux de change, indépendance de la politique monétaire), mais seulement 2 d’entre eux. Quant aux entreprises qui se financent sur les marchés, elles sont instantanément comparées à toutes les autres et sommées de corriger les faiblesses relatives éventuelles.

Si la globalisation des firmes n’a échappé à personne, GIRAUD nous dit que la véritable firme globale, c'est-à-dire celle dont les dirigeants et cadres supérieurs sont de nationalités diverses, dont la langue de travail est l’anglais, dont les centres de recherche peuvent être déconnectés des centres de production et de gestion, et qui n’a aucun a priori sur la localisation de son siège social, est en train d’apparaître.

Par exemple, nous pensons que la firme américaine DELL est en bonne voie pour obtenir ce label (seul le dernier critère fait vraiment défaut). Rappelons ici que DELL ferme son centre d’assemblage irlandais de Limerick (environ 15 ans après son débarquement) pour l’implanter en Pologne, où les coûts salariaux sont nettement inférieurs : gageons que dans 15 ans celui-ci pourrait aussi fermer pour un transfert en Turquie ! (relire à ce stade nos notes politiques titrées « le oui à la Turquie de Michel ROCARD l’idiot utile ») 

« Une chose est certaine cependant, la seconde transformation structurelle fondamentale de la mondialisation en cours est la constitution de firmes qui (…) localisent leurs diverses activités de plus en plus strictement en fonction des avantages que tel territoire, telle ville, présente à leurs yeux pour ce genre d’activité. Elles engendrent donc une compétition généralisée entre les territoires pour les retenir et les attirer. » (p.38-39)

On ne peut cependant parler d’une économie mondiale, ne serait-ce qu’à cause du marché du travail qui demeure « local ».

 

Quel est l’impact de la mondialisation sur les inégalités entre territoires ? Les chiffres présentés par GIRAUD sont très clairs : le PIB par habitant en l’Asie par rapport à celui des pays industrialisés riches monte vite, quand ceux de l’Afrique, du Moyen-Orient, de l’Amérique Latine stagnent ou baissent. 

Et les inégalités internes à chaque territoire ? Elles augmentent presque partout.

« Nous soutiendrons à rebours que la mondialisation actuelle n’unifie pas le monde. Elle est un puissant processus de redistribution des inégalités internationales et sociales, fait d’émergences rapides et de décrochages. Elle redéfinit les lignes de fracture. Elle fragmente le monde. » (p.47-48)

 

Alexandre ANIZY

La mondialisation selon Pierre-Noël GIRAUD (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Né en 1949, Pierre-Noël Giraud est un ingénieur économiste français (diplômé de l'École polytechnique, de l'École des Mines de Paris - Ingénieur Général des Mines -, etc.), ce qui n’a rien d’original dans le gotha français des sciences économiques. Dans son livre « la mondialisation. Emergences et Fragmentations » (Sciences Humaines éditions, 4ème trimestre 2008, 158 pages, 10 €), il présente de manière concise une analyse des effets de la mondialisation sur les inégalités, avec les concepts qu’il a déjà exposés dans ses 2 livres précédents, à savoir notamment : les territoires, les acteurs capitalistes nomades et les sédentaires, les individus compétitifs et les protégés.

Il répond en argumentant à 2 questions : fin du cycle libéral, changement de capitalismes ?

 

La mondialisation actuelle n’est pas la première, mais elle se caractérise par « la combinaison de 3 globalisations : globalisation des firmes, de la finance et globalisation numérique » (p.8). A cette combinaison, il faut ajouter la généralisation des compétitions : « mise en compétition généralisée de l’ensemble des territoires et des sédentaires qui les habitent par les firmes globales, des acteurs nomades par excellence ; mise en compétition généralisée des firmes globales par les investisseurs institutionnels de la finance globale de marché. ». (p.8)

 

Dans le 1er chapitre, en un peu moins de 20 pages denses mais non rébarbatives, P-N. GIRAUD parvient à esquisser une histoire de la mondialisation, en commençant par se référer aux « économies mondes » du XVI au XVIIIème siècle de Fernand BRAUDEL (Europe, Russie, Inde, Insulinde, Chine, monde islamique). En Europe, à Amsterdam, Bruges, Gênes, Lyon, Venise, le niveau de vie est à peu près le même, et ce sont les mêmes acteurs économiques (les nomades de GIRAUD) qui dominent « une énorme masse de sédentaires englués dans ce que BRAUDEL appelle la civilisation matérielle, autrement dit l’économie de proximité ». (p.12)

En 1820, alors que la Révolution industrielle en est à ses débuts (pour ceux que la question intéresse, citons ce livre de référence : Paul MANTOUX, « la Révolution industrielle au XVIIIème siècle », éditions GENIN 1973, 577 pages, 94 FRF), le ratio du revenu par habitant du pays le plus riche (la Grande-Bretagne) à celui du plus pauvre (l’Afrique) est de 3,5. En 1910, le ratio passe à 7,2, et en 1992 à 17. Du point de vue économique, le mot fragmentation convient bien pour décrire les 2 derniers siècles.

 

« Tout changement important de politique économique est toujours précédé d’une victoire dans le champ intellectuel de ceux qui le promeuvent. » (p.17)

Fort de cette observation pertinente, GIRAUD nous fait un 1er récit de la mondialisation, qu’il titre « ascension, chute et victoire finale du libéralisme », en débutant au moment de la victoire intellectuelle de David RICARDO en 1817 (date de publication de son livre majeur, « Des principes de l’économie politique et de l’impôt », qui démontre les avantages du libre échange), puis un 2ème récit, qu’il titre « où l’on voit intervenir des nations et des classes », où il précise que si RICARDO préconise le libre échange, « c’est pour que l’Angleterre puisse se débarrasser de son agriculture à rendements décroissants et de sa classe de land lords parasitaires, pour se concentrer sur l’industrie capitaliste à rendements croissants, devenir ainsi « l’atelier du monde » (…) la puissance hégémonique. ». (p.21)

Dès 1830, l’économiste allemand Friedrich LIST a compris le processus et défend l’idée de l’union douanière pour protéger les industries naissantes en Allemagne. En 1880, l’Allemagne et les Etats-Unis « dénoncent les accords de libre échange qu’ils ont passé quelques années auparavant, relèvent leurs tarifs douaniers et développent leur industrie à l’abri de ces barrières protectionnistes. » (p.22)

 

La suite est à l’avenant.

 

Nous ne nous attarderons pas sur l’assaut idéologique mené par l’école de Chicago dans les années 1960-1970 (figure emblématique : Milton FRIEDMAN) contre l’interventionnisme étatique qu’on représente couramment par le keynésianisme, ni sur la présentation de ce que d’aucuns (notamment l’école de la régulation : Michel AGLIETTA, Robert BOYER, Alain LIPIETZ, etc.) ont appelé le fordisme, et que Pierre-Noël GIRAUD nomme « croissance social-démocrate autocentrée ».

 

Ce 1er chapitre habile est remarquable dans sa facture.  

 

Alexandre ANIZY

Standard & Poor's est une agence de notation incohérente

Publié le par Alexandre Anizy

Depuis le début de la crise financière, les économistes n’ont cessé de stigmatiser les agences de notation en dénonçant leurs manques. Nous ajoutons aujourd’hui notre modeste contribution.

 

Carol SIROU et Moritz KRAEMER sont chargés de la notation des Etats souverains au sein de Standard & Poor’s, qui a dégradé les notes de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce, tout en maintenant la note AAA de l’Angleterre. Dans un entretien accordé au Figaro (du 2 février 2009), ils ont expliqué leurs décisions.

 

Concernant la zone euro, Moritz KRAEMER affirme :

« Il n’y a de notre point de vue aucune probabilité [c’est nous qui surlignons, ndAA] d’éclatement de la zone euro. »

Car exploser l’euro actuel serait forcément un retour « aux errements des années 1970 – 1980 : endettement, inflation, etc. » C’est d’ailleurs pourquoi « les choses auraient été bien pires pour l’Espagne, le Portugal ou la Grèce s’ils n’avaient pas été dans la zone : leur devise aurait été violemment attaquée et leur endettement encore plus cher ».

Les notes de ces 3 pays ont été dégradées, mais ils doivent tout de même remercier le carcan actuel de l’euro qui leur épargne une crise de change etc.

 

Concernant l’Angleterre, Standard & Poor’s a maintenu sa note AAA, malgré les données économiques noires : les mesures du gouvernement de Gordon BROWN « pourraient faire plonger le déficit jusqu’à 10 % du PIB en 2010 et doubler le ratio d’endettement d’ici à 4 ans. »

Pourquoi ce maintien « AAA » puisque la situation de l’Angleterre n’est pas plus brillante que celles des 3 pays de la zone euro cités ci-dessus ?

« (…) nous maintenons le AAA, notamment parce que la Grande-Bretagne a un taux de change flexible : depuis l’été 2007, la livre a perdu 30 % de sa valeur. Ceci donne au pays un avantage compétitif par rapport à ceux de la zone euro (…) ». (Toujours Moritz KRAEMER)

Vous avez bien lu Moritz KRAEMER, cet agent examinateur de Standard & Poor’s : être hors de la zone euro en ayant un taux de change flexible, c’est un avantage compétitif par rapport à ceux qui sont dans la zone euro. Ce qu’il prouve, en quelque sorte, en maintenant le « AAA » pour l’Angleterre.

 

Alors quel est l’avantage pour l’Espagne, le Portugal et la Grèce d’être dans la zone euro, puisque leurs notes ont été abaissées ?

La dégradation aurait été plus sévère, s’ils avaient été hors de la zone euro. Ce qui ne pourra jamais être prouvé.

 

 

Force est de constater que la zone euro pénalise certains de ses membres, et que le taux de change flexible est un avantage compétitif pour ceux-là même qui prétendent apprécier l’euro actuel !

 

L’incohérence est à son comble quand Moritz KRAEMER conclue sentencieusement, après avoir dégradé la note de ces 3 pays de la zone euro et avoir maintenu celle de la libre Grande-Bretagne :

« Nous ne sanctionnons pas les pays de la zone euro, cette zone offre plus d’avantages que de désavantages ! ».

 

Alexandre ANIZY

Avec le temps, Olivier BLANCHARD a compris

Publié le par Alexandre Anizy

Olivier BLANCHARD est un économiste français qui, après Dauphine et Nanterre, partit achever ses études au MIT où il obtint un Doctorat en 1977, et où il fit l’essentiel de sa carrière.

C’est un universitaire prolifique qui n’a pas négligé le réseau des associations d’économètres et d’économistes (notamment américaines), ainsi que le conseil à des organismes divers, comme par exemple la FED de Boston et celle de New York. Il est un des représentants majeurs de la nouvelle économie keynésienne, dans le club des « nobélisables » dit-on.

Complétons le tableau par son soutien à Nicolas SARKOZY DE NAGY BOCSA à l’élection présidentielle de 2007, et par sa présence au Conseil d’orientation de l’Institut Montaigne.   

 

A la fin du mois de mai 2008, Olivier BLANCHARD, qui venait d’être désigné pour le poste prestigieux de chef économiste du FMI (prise de fonction en septembre), estimait qu’il fallait être « raisonnablement optimiste » pour l’économie mondiale, puisque « [J’ai] l’impression que l’on comprend à peu près les problèmes auxquels on est confronté ». Concernant l’effondrement du marché immobilier américain, il jugeait que « c’est une des crises les plus standards que l’on puisse avoir », et en ce qui concerne la récession, il préférait parler de ralentissement dont il n’avait « pas la moindre idée » de l’ampleur. Seule certitude d’Olivier BLANCHARD : « on ne va pas avoir un replay des années 1970 ».

 

A la fin de décembre 2008, soit 4 mois après son arrivée au FMI, et après le 2ème évènement majeur de la crise systémique qu’Olivier BLANCHARD n’avait donc pas vu venir, il prend enfin toute la mesure du désastre :

 « Les mois qui viennent vont être très mauvais. Il est impératif de juguler cette perte de confiance, (…) si nécessaire, de remplacer la demande privée, si l’on veut éviter que la récession ne se transforme en Grande Dépression. »

« Mais nous ne sommes pas en temps normal. »

Notons tout particulièrement ceci :

« En Europe, les bilans des banques sont encore partiellement fictifs et le rachat d’actifs porte sur des quantités négligeables. »

Donnons un exemple : alors que le secteur bancaire allemand détiendrait 1.000 Milliards d’euros d’actifs risqués, les grandes banques n’ont provisionné pour dépréciation que 300 Milliards d’euros (selon enquête de la Bundesbank -la banque centrale-, et la BaFin -le régulateur des marchés financiers-).

 

Olivier BLANCHARD aime bien les statistiques (et les modèles) : au FMI, depuis septembre, on l’a bien servi. Comme il est intelligent et vif d’esprit, il a enfin compris la gravité de la crise. 

 

Alexandre ANIZY

Pour une relance massive

Publié le par Alexandre Anizy

La situation économique actuelle est rare puisqu’elle conjugue au niveau mondial une crise immobilière, une crise du crédit et une crise boursière. Les statistiques montrent qu’on peut peut-être attendre une amélioration au début de 2010, dans la mesure où les Etats auront réussi à vaincre les premiers symptômes de la dépression par des plans de relance ambitieux coordonnés au mieux, car pour sortir de la crise, nous avons le choix entre une augmentation de la dette, un retour de l’inflation, … la guerre, qui fut l’issue de la dépression des années 1930.

 

Concernant la France, cela signifie un plan immédiat de relance d’au moins 60 Milliards d’euros, soit 3 % du PIB. Son financement doit être assuré par un emprunt dédié de très longue durée, une sorte d’emprunt Pinay revu et corrigé pour notre époque. A un emprunt spécifique, un organisme ad hoc. En effet, cela devrait permettre l’encaissement et la redistribution rapide de l’argent sur des programmes prioritaires préalablement définis. Citons par exemple : développement des nouvelles énergies, construction de lignes de ferroutage (il s’agit de plusieurs dizaines de milliards), plan pour la fibre optique (les besoins sont estimés à 40 Milliards), aide massive pour une reconversion rapide de l’industrie automobile à l’électrique, dépenses d’équipements militaires, etc. En bref, la France doit être un vaste chantier.

 

Pour être efficace dans cette opération économique de grande ampleur, il convient de créer des petites structures spécifiques chargées de gérer les programmes, sous le contrôle de la Cour des Comptes. Cette forme d’organisation présente deux avantages : rapidité d’exécution grâce à la taille modeste, autonomie de gestion par rapport aux administrations publiques.

 

 

Le Parti Socialiste va présenter un contre-plan de relance de 40 Milliards, qui n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Quand on écoute Didier MIGAUD, on comprend pourquoi : « Le Fonds Monétaire International, comme la Commission Européenne, recommandent des plans d’une ampleur de cet ordre, avec une importante composante de relance de la demande ». En faisant référence au FMI et à la CE, les gens du PS montrent qu’ils raisonnent dans un cadre défini par d’autres et ailleurs : la débâcle idéologique a précédé les récentes et les futures défaites électorales.

 

Alexandre ANIZY

Le plan de relance français est une fumisterie

Publié le par Alexandre Anizy

Soyons clair : nous sommes face à une crise économique exceptionnelle, puisqu’on assiste à un effondrement de la demande. De toute urgence, les Etats doivent se substituer à la demande privée. La somme des mesures nationales ayant un effet quasi immédiat qui seront prises dans les six prochains mois, déterminera l’évitement ou le basculement dans une Dépression. 

 

Compte tenu de ce diagnostic, il est évident que le plan de relance français en discussion apparaît comme une fumisterie.

Si on le décortique comme le fait Daniel COHEN, on remarque que, sur le total de 26 milliards d’euros, 11 milliards relèvent de la trésorerie, ce qui ne constitue pas une demande supplémentaire, et le solde représente pour l’essentiel une avance de dépenses prévues en 2010.

Quand le gouvernement français constatera la faiblesse de l’impact de son action et décidera un nouveau train de mesures, est-ce qu’il ne sera pas trop tard pour échapper à la Dépression ?

 

Daniel COHEN préconise un vrai budget de relance de 30 milliards, soit environ 1,5 % du PIB, auquel il ajoute une baisse temporaire de 2 points (de 3 à 6 mois) de la TVA.

Cette proposition nous semble elle aussi insuffisante et inadaptée : insuffisante quant au montant de l’effort consenti, et inadaptée pour ce qui concerne la TVA, puisque cette mesure va dans le sens de la paupérisation de l’Etat, toutes choses égales par ailleurs.

 

Dans la prochaine note, nous donnerons les grandes lignes du plan que nous jugeons nécessaire.

 

Alexandre ANIZY

Olivier PASTRé & Bertrand JACQUILLAT : laissons faire les banques !

Publié le par Alexandre Anizy

Dans le Figaro du 2 janvier 2009, avec son titre accrocheur (« le nouvel intégrisme des fonds propres bancaires »), l’appel de Bertrand JACQUILLAT et Olivier PASTRé ne pouvait pas ne pas passer inaperçu. De quoi s’agit-il ?

 

Face au désastre économique, le gouvernement britannique de Gordon BROWN, qui avant la crise était tant apprécié par le milieu bancaire, a recapitalisé les banques en portant le ratio des fonds propres à 10 %, immédiatement imité de son propre chef par la banque espagnole SANTANDER. Depuis, le « couperet de 10 % apparaît ainsi comme une nouvelle « terre promise », un peu comme le taux de 15 % de rentabilité des fonds propres. » (Jacquillat & Pastré, déjà cité)

Si la démonstration est intéressante et aboutit, comme souvent avec Olivier PASTRé, au renvoi du problème à une énième concertation internationale, lente et laborieuse alors que l’incendie fait rage, force est de constater la recommandation de la conclusion :

« Laissons donc les banques d’Europe continentale gérer la crise sans leur imposer un nouveau fardeau inutile. »

C’est bien là le message pratique, donc essentiel, de cet article.

 

Pourtant, le gouvernement français est extrêmement complaisant avec ses banques dans lesquelles il injecte massivement des fonds sans contrepartie, contrairement à l’écrasante majorité des pays européens : pas de demande de représentation au conseil d’administration, pas de demande de suspension de dividendes, pas d’engagement écrit (les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent) sur le déblocage des crédits …

Alors, en lisant JACQUILLAT et PASTRé, deux économistes du sérail, il faut croire que ce n’est pas encore suffisant : les banques voudraient aussi gérer la crise qu’elles ont initiée.

 

Quand on observe que les états-majors des institutions bancaires n’ont quasiment pas bougé, qu’en 2008 la rémunération d’un Dominique FERRERO de NATIXIS, en quasi faillite, reste à 927.408 € quand celle de Baudouin PROT de BNP Paribas, grand bénéficiaire des fonds publics, s’élève à 3.320.248 €, on se dit que le laisser-faire engendre une dynamique du « toujours plus ».

Cette tribune de JACQUILLAT et PASTRé nous le rappelle sans vergogne.

 

Alexandre ANIZY

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