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notes economiques

L'échec du rail (RFF) : un aveuglement des eurocrates

Publié le par Alexandre Anizy

Pour satisfaire aux conditions du grand marché intérieur européen, une œuvre présentée par le social traître Jacques DELORS assisté d’un certain Pascal LAMY qui sévit aujourd’hui à la tête de l’OMC selon le bon vouloir des Etats-Unis, la Commission émit une Directive en vue de l’ouverture à la concurrence et la réforme fut votée en 1997 : pour simplifier, disons que les infrastructures ferroviaires furent logées dans la société créée Réseau Ferroviaire de France (RFF) et que l’exploitation commerciale fut attribuée à la SNCF.

 
La Cour des Comptes vient de publier un rapport de 170 pages.

« La séparation des rôles entre le gestionnaire des infrastructures RFF et la SNCF a créé de sérieux dysfonctionnements. »

D’emblée, soulignons que dès sa création, RFF a reçu une grosse partie de la dette de la SNCF (20 Milliards d’euros) alors que ses revenus ne couvrent pas la charge de cette dette, à laquelle s’ajouteront 7 Milliards d’euros en 10 ans pour les nouvelles lignes de TGV : les frais financiers de RFF s’élèvent à 1,4 Milliard d’euros. En 2007, RFF a perdu 800 millions quand la SNCF afficha un bénéfice de 1 milliard d’euros.  

Vous avez bien lu : on peut dire que dès 1997 des hauts fonctionnaires (énarques sans doute) ont préparé pour le gouvernement de l’époque un plan de développement pour RFF, où les recettes n’équilibraient pas les dépenses.

Grâce à ce rapport de la Cour des Comptes, le Président de RFF Hubert du MESNIL peut parler sans fard : « (…) l’organisation du système ferroviaire français n’a pas trouvé son équilibre économique (…) son avenir n’est pas assuré. Il faut trouver les moyens pour que le réseau soit mieux entretenu, plus performant et mieux utilisé. »

Concrètement, que se passe-t-il sur le terrain pour RFF ?

Sur 30.000 km de voies ferrées, les 1.800 km des lignes TGV sont impeccables ; ailleurs, sur 1.300 km, la dégradation est telle que la SNCF a limité la vitesse des trains ; ailleurs, 13.600 km sur lesquels circulent 6 % du trafic, l’état est mauvais.
Comme dit la Cour des Comptes, il va falloir rénover lourdement et rapidement.
 

Comment un RFF démuni peut-il entreprendre ces travaux ?

En augmentant ses péages ? Surtout pas, nous dit la Cour des Comptes : « La solution n’est pas d’augmenter les péages jusqu’au point d’équilibre pour RFF (…) », puisque la SNCF répercute automatiquement le coût dans ses prix de vente, ce qui feraient fuir des clients !

Non, il existe un moyen plus indolore, plus discret (si on peut dire) : si l’Etat retire 13 Milliards de dette à RFF, on peut commencer à entrevoir un équilibre pour cette société … Le contribuable paiera.

 
Mais la question de fond est la suivante : soit la société RFF est réintégrée dans la SNCF, en tant que filiale autonome, comme c’est le cas dans la DB allemande, soit elle devient un vrai gestionnaire d’infrastructure en récupérant les 55.000 cheminots chargés de l’entretien des voies et de la circulation des trains.
Se bercerait-on encore d’illusions, rue Cambon ?  
Nous ne le pensons pas. Mais il faut bien maintenir le cap européen 

 
D’aucuns comme Stéphane LEBLANC du syndicat Sud-Rail préconisent carrément l’abrogation du démantèlement de 1997 : on peut toujours demander, mais fonder une action syndicale sur cette revendication serait une aberration.

 
(Sur le même thème, puisqu’il existe un Réseau de Transport d’Electricité (RTE), nous vous rappelons notre note du 3 juillet 2007 « Boycotter les distributeurs privés d’électricité »)

 
Alexandre Anizy

Faim dans le monde : les émeutes commencent

Publié le par Alexandre Anizy

En Amérique Centrale et Latine, en Afrique, en Asie, partout les émeutes de la faim ont commencé pour des causes structurelles.

Quand le prix du riz progresse de 52 % en 2 mois, celui des céréales de 84 % en 4 mois, ce sont 2 Milliards d’humains qui passent sous le seuil de pauvreté. Les conséquences immédiates sont les suivantes :

·        Des champs de riz gardés par l’armée en Thaïlande ;

·        Bataille pour le pain en Egypte ;

·        Morts par balle en Haïti.

 
Bien sûr, il serait absurde de pointer un seul facteur.

Mais l’analyse de Jean ZIEGLER, rapporteur spécial des Nations Unis pour le droit à l’alimentation, contient quelques vérités :

« Les pays les plus pauvres paient leur quittance au FMI. (…) 122 pays avaient une ardoise de 2.100 Milliards de dollars de dettes cumulées en 2007. Les plans d’ajustement structurels du FMI imposent toujours des plantations d’exportation qui doivent servir à produire des devises et permettre aux pays du Sud de payer les intérêts de la dette aux banques du Nord. Ajoutez à cela les subventions agricoles à l’exportation qui laminent les marchés agricoles locaux, et vous arrivez à une situation explosive … »

 
Nous nous souvenons que dans les années 80, les plans d’ajustement du FMI étaient déjà dénoncés par des économistes.

Rappelons que de 1978 à 1987, l’énarque Jacques de LAROSIERE de CHAMPFEU en était le Directeur Général, et l’énarque Michel CAMDESSUS  en fut le Président du 16 janvier 1987 au 14 février 2000.

La France et le FMI, c’est une longue histoire.

 
Heureusement, le FMI est maintenant dirigé par Dominique STRAUSS-KAHN le désinvolte socialiste ami des patrons du CAC 40 : grâce à lui, le monde en commençant par le FMI va changer, n’est-ce pas ?
Sûr : déjà il n’est pas énarque … c’est un bon début.

 
Alexandre Anizy

Plan de rigueur : double gag de la défiscalisation des heures supplémentaires

Publié le par Alexandre Anizy

Le dispositif de défiscalisation (loi du 21 août 2007) des heures supplémentaires coûte plus cher qu’il ne rapporte ! (étude de la Commission des Finances de l’Assemblée).

« Ce sont au total 4,1 Milliards d’euros que l’Etat dépensera pour qu’une partie des salariés bénéficie de 3,78 Milliards d’euros de pouvoir d’achat supplémentaire » Didier MIGAUD (Président socialiste de la dite Commission).

Ce député ajoute même que le nombre d’heures supplémentaires en année pleine se situera entre 600 et 670 millions : nous sommes loin de l’estimation de 900 millions qui auraient été effectuée en 2006 !

En fait, ce dispositif de défiscalisation est un gag. 

Bien entendu, l’incompétent ministre de l’Economie Christine LAGARDE a aussitôt rejeté ces chiffres déplaisants par cet argument hors sujet : « Les heures supplémentaires sont en augmentation d’au moins 10 %. Les heures supplémentaires, non seulement ça marche, mais ça augmente. » Sans commentaire.

Il y a bien longtemps que l’incompétent ministre de l’Economie Christine LAGARDE est hors sujet.

 
A un ministre du Budget Eric WOERTH qui désire faire toujours plus d’économie, nous soumettons 2 propositions :

  • Annuler au plus vite ce dispositif de défiscalisation ;
  • Un 2ème nom dans la charrette des licenciements (lire notre note du 10 avril 2008) … pour un 3ème, ce ne serait pas convenable, comme dirait Edouard BALLADUR. 

Car qui était le ministre du Budget quand la loi a été votée ?

Eric WOERTH. (HEC et Sciences Politiques)

Ancien Directeur Financier et Administratif du RPR.

Ne saurait-on plus compter à HEC ?

Un HEC ou un énarque ou un polytechnicien peut couler un ou plusieurs navires (voir le parcours professionnel de Michel BON, celui de Serge TCHURUK, par exemple) : il n’est pas responsable des erreurs de calcul de l’architecte, de l’incurie de ses collaborateurs, du talent de ses concurrents, de la stupidité des analystes financiers qui l’ont contraint à une politique de croissance externe dispendieuse, de l’affolement des marchés boursiers, et pour finir, des conditions météorologiques !

Les HEC, énarques, polytechniciens, etc., sont insubmersibles.

Ce sont toujours de grands Serviteurs. Et un peu grands receveurs quand même, sinon qui s’intéresserait au job (selon la théorie utilitariste, chère aux libéraux) ?
 

Eric WOERTH est le fondateur et premier président du club de la boussole.

Il devrait s’inscrire maintenant au club de la calculette.

Alexandre Anizy

Un plan de rigueur à répétition

Publié le par Alexandre Anizy

L’économiste Thomas PIKETTY a décortiqué les informations gracieusement fournies avec les annonces de vendredi dernier.

Dans les 176 pages de documents diffusés par le gouvernement à l’occasion de sa « révision générale des politiques publiques », il est difficile de faire le lien entre les idées générales et la masse des mesures annoncées : quand on se veut transparent pour les citoyens, il vaut mieux commencer par une présentation sobre, chiffrée et cohérente de son projet.

Ainsi dire que les économies réalisées s’élèveront à 7 Milliards d’euros à l’horizon 2011 sans pointer précisément l’origine de cette somme s’apparente plus à de l’incantation qu’à de la gestion. Bien sûr la ritournelle sur le non remplacement d’un départ à la retraite sur deux est chantée, mais il faut 234.000 postes à 30.000 euros pour atteindre cette somme, quand les chiffres généralement donnés sont de 25.000 départs non remplacés par an : pas de réponse à cette question.

« Le mystère s’épaissit lorsque l’on consulte le détail des mesures annoncées. Non seulement il n’est plus jamais fait allusion à de quelconques prévisions chiffrées d’économies budgétaires pour tel ou tel ministère ou mission de l’Etat. »

Par ailleurs, comment la baisse du plafond de revenus (de 39.698 euros à 35.728 euros pour une famille avec 2 enfants) va-t-elle générer des économies budgétaires ? Mystère. Si c’est grâce à une réduction des financements de l’Etat pour l’entretien et la construction de logements HLM, est-ce vraiment judicieux en ce moment ?

 
L’annonce du plan aura à peine été digérée par le public que déjà le brave ministre du Budget Eric WOERTH désire 5 Milliards d’économies supplémentaires : est-ce vraiment sérieux cet empilement d’annonces ?   

 
Alexandre Anizy

La pensée volatile de Nicolas BAVEREZ

Publié le par Alexandre Anizy

Avec le ton péremptoire qui caractérise si souvent les affirmations des gens de sa caste (Normale Ulm, ENA), Nicolas BAVEREZ écrivait début janvier 2008 : « nous ne sommes pas en 1929 ».

Nous avons présenté et commenté cet article si … clairvoyant dans notre note du 18 janvier 2008 « Pour Nicolas BAVEREZ 2008 ne sera pas 1929 ». Nous avons souligné la pertinence de certains arguments, mais nous avons épargné au lecteur les incantations libérales du bonhomme (elles sont si souvent matraquées par ailleurs que nous n’en rajoutons pas ici, sauf si c’est utile au développement de notre propos).

Et patatras !
Que nous révèle le prédicateur Nicolas BAVEREZ le 20 mars 2008 ?

« Le spectre de 1929 plane désormais sur la finance mondiale. La crise s’est en effet brutalement accélérée au cours des derniers jours. (…) Le capitalisme affronte sa crise la plus violente depuis les années 30. (…) Soit une configuration qui présente des traits communs avec 1929, quand le jeudi noir de Wall Street se transforma en violente récession aux Etats-Unis à travers quelques 5.000 faillites bancaires (…). »

Nous ne doutons pas que Mr BAVEREZ fait sienne la pensée d’Edgar FAURE : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. »  

Heureusement, en matière d’analyse économique, nous lisons d’autres économistes patentés que les perdreaux de l’ENA.

 

Alexandre Anizy

Crise : les 4 propositions de Jean-Hervé LORENZI

Publié le par Alexandre Anizy

Jean-Hervé LORENZI est un professeur de renom, notamment Président du Cercles des économistes. Le Monde vient de publier un bon article qui paraîtra dans une revue spécialisée dirigée par Patrick ARTUS (chez PUF). Nous en retiendrons sa conclusion sous forme de 4 propositions pour réparer le système financier.
 

1) coordonner les politiques économiques

« Il faut réunir banquiers centraux, ministres des finances, régulateurs et commissions de contrôle des grands pays, non seulement ceux de G8 mais aussi ceux des grands pays émergents. »

« Cela peut aller jusqu’à la nationalisation – au sens d’une prise en charge collective [des pertes, ndaa], comme cela a été fait au Royaume-Uni pour sauver une grande banque de dépôts, la Northern Rock, mais cela pourrait concerner aussi certains assureurs appelés « rehausseurs de crédits » (…) »

La nationalisation sera la solution la plus facile à mettre en œuvre, pays par pays. La coordination des grands argentiers existe déjà, mais la probabilité d’une création d’un fonds public de réserve, comme le suggère Daniel COHEN (lire notre note du 21 mars 2008), est assez faible.   
 

2) aider les banques à assainir leur bilan

« Les systèmes bancaires nationaux doivent créer des structures ad hoc, destinées à reprendre les créances [pourries, ndaa] (…) ».
Daniel COHEN ne dit pas autre chose en faisant référence au Crédit Lyonnais.
 

3) donner le temps aux banques d’amortir les titrisations

C’est une mesure technique judicieuse : la plus facile à mettre en œuvre.
Un amortissement exceptionnel des titrisations adoucirait le choc.
 

4) repenser la prévention des risques bancaires

Il faut « repenser l’ensemble des questions prudentielles. Il s’agit là des normes dites de Bâle, (…) un carcan auquel le système bancaire a tenté d’échapper en développant, par exemple, la titrisation. (…) une régulation plus adaptée et non pas renforcée, comme c’est toujours le cas après les crises (…) »

Cette proposition de Jean-Hervé LORENZI est paradoxale : il faut assouplir les normes de Bâle, puisque le système bancaire les a contournées en développant la titrisation … qui nous a conduit au bord du précipice.

Chez Jean-Hervé LORENZI, par ailleurs conseiller de la Compagnie financière Edmond de ROTSCHILD, pas de restauration de la stricte séparation entre banques d’affaires et banques de dépôts, comme le proposent Daniel COHEN ou Bernard MARIS.

 

Comme on le voit à ce jour, un consensus se dégage déjà parmi les économistes : la nationalisation des pertes du système financier est incontournable.   

 
Alexandre Anizy

Sauver le système financier contre lui-même

Publié le par Alexandre Anizy

Alors que l’économie réelle mondiale est en bonne santé (voir les profits records des sociétés du CAC 40), nous vivons une grave crise financière.

Pour l’économiste Jacques MISTRAL (signant avec Robert BOYER un bon livre, « accumulation, inflation, crises », PUF 2ème édition 1983, 344 pages, 150 FRF), « Le pire n’est donc jamais sûr. Mais je pense depuis longtemps qu’un ajustement sévère doit se produire. L’expansion des crédits et de la liquidité depuis 2002 et surtout 2006 a permis d’éviter 2 phases descendantes du cycle économique, mais devait finir par une correction. »

Les subprimes ont déclenché la crise, mais elle aurait pu venir par un autre canal. En 2006, le Président de la Fed Ben BERNANKE faisait un discours où les difficultés actuelles étaient envisagées. En 2004, Ned GRAMLICH, membre du Conseil des gouverneurs de la Fed, proposait des mesures d’encadrement préventives des crédits immobiliers.

Tout le monde était prévenu.

Globalement, le système productif américain n’est pas si compétitif. Ils n’ont pas investi. « Depuis 10 ans, la croissance est tirée par la consommation et l’immobilier. L’emploi doit sa croissance aux services. »

« La croissance des exportations américaines, aidée par la baisse du dollar, n’est qu’un amortisseur modeste. » Pour les Etats-Unis.

 

Un survol pertinent des années 1960 à 2007 par Jacques MISTRAL :

« Dans les années 1960-1970, on a réglé chaque problème économique en acceptant un taux d’inflation plus élevé à chaque étape. Cela a conduit à la dévaluation du dollar, puis le choc pétrolier a aggravé encore la situation. Là, à chaque étape, on a laissé augmenté le taux d’endettement des ménages, ce qui a permis d’éviter plusieurs fois la purge et la phase descendante du cycle. »

 

L’économiste Daniel COHEN quant à lui démonte le mécanisme de la crise financière et ose penser autrement avec beaucoup de lucidité. (lire aussi notre note du 22 janvier)

Par exemple, pour sauver la Bear Stearns, la Fed a utilisé JP Morgan : toute la planète financière salue cette intervention rapide et rarissime. Daniel COHEN souligne plutôt l’inadaptation des outils de la Fed pour faire face au problème actuel.

Selon lui, la crise s’est développée en 3 temps.

1er temps : la crise de liquidité est déclenchée par l’affaire des subprimes.

2ème temps : on découvre derrière des produits financiers notés « triple A » (le top) « (…) des actifs vraiment insolvables et des maquillages qui représentent autant d’escroqueries morales et financières. » ; la crise est devenue une crise de solvabilité.

3ème temps : l’ensemble du marché hypothécaire américain est touché ; la défiance s’est installée ; le cercle vicieux a démarré (l’effet domino).

 

Quelle fut la réponse des banques centrales ?

Dans le 1er temps : injection de liquidités.

Dans le 2ème temps : baisse des taux, mais pas assez rapide pour permettre la recapitalisation des sociétés.

Dans le 3ème temps : la Fed use d’un instrument non bancaire (créé juste après la crise de 1929) et prend en pension des actifs pourris (valeur nulle sur le marché) ; elle joue ainsi pleinement son rôle de prêteur en dernier ressort.

Solution préconisée par Daniel COHEN : faire comme avec le Crédit Lyonnais, c'est-à-dire séparer les bons actifs des insolvables, et ensuite recapitaliser.

 

La Fed pourra-t-elle, seule, contribuer au sauvetage des établissements en difficulté, toutes choses égales par ailleurs ? Non. La recapitalisation demande des sommes considérables.

Que faire ?

« Restaurer la solvabilité des ménages est inadapté et les banques font la preuve qu’elles n’ont pas les moyens de traiter le problème. Il faut donc faire sauter les barrières intellectuelles. »

Laisser mourir les banques ou les sauver ? (lire aussi notre note du 22 janvier)

« Il faut que le G7 ait le culot de créer un fonds public de réserve pour se porter au secours des établissements en difficulté. (…) Sinon il faut reconnaître que les seuls sauveurs possibles sont les fonds souverains et qu’on est passé à une nouvelle étape de la mondialisation (…) la libéralisation des liquidités. »

Daniel COHEN ne parle pas seul dans le désert.

Le président de la Deutsche Bank Josef ACKERMANN vient d’emboîter son pas : « Il ne suffit plus d’inviter les banques à se prêter main forte les unes les autres. (…) Je ne crois pas, sur ce point, à la seule force d’autoguérison des marchés. (…) [il faut au contraire] une action concertée des banques, des gouvernements et des banques centrales. »

On peut s’interroger sur cette prise de position hétérodoxe publique : pour l’intérêt général ou par intérêt particulier, ou les deux ?  

Quant au patron de la Buba (le banque centrale allemande) Axel WEBER, il maintient une position orthodoxe : « [les banques sont] elles-mêmes responsables de la surveillance et des solutions de leurs problèmes. (…) appeler l’Etat à la rescousse revient en dernier lieu à faire payer le contribuable. »  Il n’a pas tort de le rappeler.

Une restauration indispensable ?

Une des leçons de 1929 était la suivante : séparation stricte entre banque d’affaires et banques de dépôt. L’idéologie libérale a fait sauter cette règle pleine de sagesse et marquée du sceau de l’expérience : on voit à nouveau le résultat …

On doit clairement parler de restauration, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Cette restauration est aussi préconisée par Bernard MARIS (lire notre note du 15 février).

Que penser de la baisse des taux de la Fed ? Trop baisser les taux, c’est enclencher le processus de stagflation.

Alexandre Anizy

Soutenir des banques légères ? Saisir des opportunités

Publié le par Alexandre Anizy

La Fed joue avec virtuosité (?) sur son clavier : baisse des taux, injection de liquidités, prêteur en dernier ressort (fonction essentielle d’une banque centrale). Le dollar est la variable d’ajustement : c’est le reste du monde qui paiera la note.

Le silence des ministres de l’Economie du G7 montre soit leur impuissance, soit leur approbation du choix politique des Américains.

Le Président de la Fed Ben BERNANKE, qui a étudié et écrit sur la crise de 1929, ne commettra pas les erreurs de cette époque-là.

 
La crise, c’est aussi une fenêtre de tir idéale pour ceux qui peuvent profiter de la fragilité d’autres acteurs. Par exemple, l’euro fort est une aubaine pour les sociétés européennes (emplettes aux USA).

La banque Bear Stearns a été rachetée par JP Morgan pour 1 % de sa valeur boursière de début mars.

Que penser de la Société Générale qui vaut moins de 30 Milliards d’euros en Bourse, quand ses fonds propres s’élèvent à près de 33 Milliards, après l’augmentation de capital très habilement négociée par son Président Daniel BOUTON ?

 

Quant à la légèreté des banques, la question mérite d’être posée, comme le font Isabelle HUAULT et Hélène RAINELLI-LE MONTAGNER (Libération du 14 mars 2008). Voyons quelques éléments de réponse.

« La crise actuelle n’est pas la conséquence d’un moment d’inattention des banques. »

« En 1996, le sociologue Michael ABOLAFIA soulignait déjà le comportement paradoxal des banques face aux opportunités offertes par les marchés financiers. (…) elles encouragent leurs traders à participer au jeu spéculatif (…) Mais dans le même temps (…) préserver leur respectabilité en projetant une image de stabilité et de gestion prudente. Ce paradoxe les amène à organiser de manière très particulière l’activité des traders, qui sont rémunérés principalement en salaire variable, et sont isolés des autres métiers de la banque dans des centres financiers spatialement circonscrits. »

« La flexibilité presque infinie de la matrice mathématique d’où sont issus les produits dérivés masque le caractère difficilement contrôlable des innovations engendrées. »
A savoir : la comptabilité peine à les prendre en compte, le droit est à la traîne, et pire, leur évaluation financière est approximative !

« Tous ces à peu près, tolérés par le système tant que le marché reste porteur, finissent par se retourner contre lui en cas de crise. » En effet.

 
Les banques n’ignoraient pas l’instabilité du système financier mondial, mais elles ne voulaient pas se priver des gains faciles.

 
Alexandre Anizy

Les chocs sur l'économie mondiale selon Eric LE BOUCHER, leurs conséquences

Publié le par Alexandre Anizy

Pour Eric LE BOUCHER, économiste journaliste au Monde, l’économie mondiale subit actuellement trois chocs.

 
Le premier choc est celui du changement d’épicentre : les Etats-Unis piétinent quand la Chine, l’Inde, l’Asie en somme, explosent.

A ce sujet, nous saluons le professeur d’économie Michel BEAUD qui en parlait déjà, avec beaucoup de talent et de perspicacité, en 1986 : lire par exemple son livre « le Système National / Mondial hiérarchisé » (éditions La Découverte 1987, 134 pages).

 
Le deuxième choc est l’explosion de la consommation des matières premières dans la région asiatique, ce qui provoque une hausse des prix inéluctable en vertu de la loi de l’offre et de la demande.
(lire notamment nos notes économiques sur le bluff chinois)

 
Le troisième choc est la crise financière. Le modèle de développement de l’épicentre américain, fondé sur l’endettement, s’est emballé dans le secteur immobilier, grâce notamment à l’ingéniosité et la déraison de mathématiciens financiers.

(sur ce qu’est la crise des subprimes, lire notre note du 8 février « Crise : où en sont les pertes ? », où nous nous délectons de l’explication ironique de Claude BéBéar)

Ce qu’en dit Eric LE BOUCHER : « Les réglementations forçant à sortir ces produits [financiers, ndaa] des bilans ont poussé au crime tandis que l’obligation de valoriser au jour le jour a précipité les pertes. »

 
Quelles seront les conséquences (liste non exhaustive) de ces trois chocs ?

  • La nourriture et l’énergie (et que dire de l’eau !) vont maintenant coûter plus cher, ce qui signifie à court terme la poursuite de la baisse du pouvoir d’achat, le ralentissement de la consommation et donc de la croissance ;
  • A long terme, une économie remodelée : une croissance multipolaire, une recherche-développement forte dans les secteurs énergétique et agricole, un secteur financier plus sage.

La gestation d’un monde nouveau sera évidemment difficile, pour ne pas dire douloureuse.

 
Alexandre Anizy

Un objectif de la Fed : sauver les banques !

Publié le par Alexandre Anizy

Les Etats-Unis sont entrés dans une récession : une majorité d’économistes le dit maintenant.

Comme l’avait prédit Bernard MARIS (voir notre note du 15 février 2008) :
« Il a fallu la crise bancaire de 1929 pour qu’il y ait un New Deal (…) Nationalisation des banques, distinction entre banque de dépôts et banque d’affaire, loi sur les réserves obligatoires. Tout cela a disparu. Et on voit aujourd’hui les banques centrales voler au secours des fautifs … »

Concernant les banques centrales, le constat de Bernard MARIS est sans appel : « (…) à leur tête, on a des banquiers qui refilent de l’essence [des liquidités, ndaa] aux banques à sec et leur disent : « allez-y, repartez à fond » jusqu’au prochain platane. »

C’est bien ce qui se passe.

Pour débloquer le marché du crédit, la Fed (banque centrale américaine) annonçait la semaine dernière qu’elle apportait 200 Milliards USD de titres du Trésor à un nombre limité de banques, en contrepartie de titres illiquides (i.e. tellement pourris que personne n’en veut sur le marché, fragilisant ce nombre limité de banques), pour leur permettre de relancer leur activité de crédit (c’est l’objectif officielle).

Déclaration de Raymond Mc DANIEL, Président de l’agence de notation Moody’s : « Nous assistons à une contagion plus marquée dans certains secteurs du marché obligataire. (…) Nous assistons à un gel complet du marché sur certains types de titres … nous voyons les prix chuter, la liquidité s’épuiser et la confiance disparaître. »

Parce que la psychose de nouvelles dévalorisations d’actifs à haut risque par de grandes banques s’est emparée de Wall Street, des pans entiers du marché obligataire ne fonctionnent toujours pas.

 
Et Wall Street a bien raison de s’inquiéter. Un exemple ?

Le fonds Carlyle Capital Corporation, créé par le géant américain Carlyle, s’est effondré en Bourse d’Amsterdam de 90 % et se trouve au bord de la faillite. Ce fonds oeuvrait en particulier sur les créances immobilières de banques.  Carlyle Capital Corporation refuse de donner l’identité de ses actionnaires, qui ont perdu au moins perdu leur mise de départ de 510 millions USD.

Le géant Carlyle, qui a prêté récemment 150 millions USD à C.C.C., a déjà dit qu’il n’avait aucune responsabilité juridique dans cette affaire !
Mais Carlyle n’est le seul fonds d’investissement à avoir spéculé sur le marché de la dette immobilière : Blackstone et KKR en sont.
De quoi inquiéter les professionnels si ces fonds sont obligés à des cessions massives d’actifs …

Un autre exemple ?
Vendredi 14 mars, la Bear Stearns, 5ème banque d’affaires américaine, a obtenu de la Fed une ligne de crédit d’un montant non précisé sur 28 jours pour lui éviter la cessation de paiement : l’urgence était telle que cette banque ne pouvait pas attendre le 27 mars, date à laquelle elle aurait pu emprunter normalement à la Fed !

Pour ce sauvetage, la Fed a fait référence à une clause de la loi sur la banque centrale adoptée en 1932 : elle y a recours pour la 1ère fois depuis 40 ans !

Bien entendu, 2 jours avant, Alan SCHWARTZ, le P-DG de Bear Stearns, niait publiquement le problème de liquidités. 

 
Force est de constater que depuis août 2007 les dirigeants des grandes banques n’ont pas cessé de sous-évaluer publiquement (ou n’ont pas été capables d’évaluer, ce qui plus grave pour leur « expertise ») l’ampleur réelle de leurs pertes.

 
Dans cette « grande glissade » qui s’annonce, à qui le tour ?

 
Alexandre Anizy

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