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notes culturelles

De Maurizio De Giovanni

Publié le par Alexandre Anizy

Pourquoi maintenant ?

 

Sur la grande plage entre Stella et le site de thalassothérapie du Touquet, nous marchions paisiblement avec le souffle d’un vent frais et le murmure de la mer en fond sonore, quasiment seul tandis qu’au loin les foules s’agglutinaient de part et d’autre. Dans ces moments-là, l’esprit vagabonde, sautant allègrement d’un sujet à un autre, et il s’attèle parfois à un bilan. Ce jour-là, nous dressâmes le nôtre concernant les polars italiens : un pays aussi cultivé ne se résume certainement pas à trois figures prestigieuses comme Andrea Camilleri (lire ici ), Valerio Varesi (lire ici ), Giorgio Scerbanenco (lire ici ).

 

C’est pourquoi nous tombâmes sur Maurizio De Giovanni.  En commençant par La méthode du crocodile (12-21 éditions), série de l’inspecteur Lojacono, dont voici l’incipit :  

« La Mort descend sur le quai numéro trois à 8h14, avec sept minutes de retard. Elle se fond dans la foule des migrants journaliers, ballottée entre les sacs, les mallettes et les valises, qui ne sentent pas son haleine froide. La Mort marche d’un pas hésitant, se protégeant contre la hâte des autres voyageurs. »

Comparons avec le deuxième paragraphe de L’hiver du commissaire Ricciardi (Payot-Rivages, 2015), série dont il est préférable de suivre l’ordre calendaire des saisons :

« L’homme qui ne portait pas de chapeau savait, bien avant de l’avoir vu, que l’enfant mort était là : il savait que son profil gauche, celui qu’il verrait en premier, était intact ; alors qu’à droite, le crâne avait disparu sous le choc, l’épaule avait pénétré la cage thoracique et l’avait défoncée, le bassin s’était enroulé autour de la colonne vertébrale brisée. Et il savait aussi qu’au troisième étage de l’immeuble d’angle qui jetait, en ce début de mercredi matin, une bande d’ombre froide sur la chaussée, les volets étaient fermés ; un drap noir restait accroché à la partie la plus basse de la rambarde du balcon. Il ne pouvait qu’imaginer la douleur de la jeune mère qui, contrairement à lui, n’allait plus jamais revoir son fils. Tant mieux pour elle, pensa-t-il. C’était un supplice. »

Naples à deux époques distinctes et par conséquent deux phrasés différents, avec des personnages dont les caractères sont travaillés en profondeur, et toujours la qualité architectonique. 

 

Maurizio De Giovanni joue dans la cour des grands.

 

Alexandre Anizy

 

Jim Harrison saves the USA

Publié le par Alexandre Anizy

Il ne faut donc pas désespérer.

 

34

 

C’est au sixième siècle que les chrétiens

voulurent que les bêtes ne soient pas acceptées au

  royaume des cieux.

Sabots, ailes et pattes ne savent pas mettre d’argent

  sur le plateau de la quête.

Leurs cervelles pleines de merde, ces cinglés ont

  exclu nos animaux aimés.

Théologiens, comptables, la même chose vraiment,

  clique unique

des évangélistes de la télé, autant de virus planqués.

 

Jim Harrison

L’éclipse de la lune de Davenport. Et autres poèmes.

Table ronde, la petite vermillon, mai 2018

Pérez-Reverte en 36

Publié le par Alexandre Anizy

Dans l’Espagne de 36, il n’y avait pas d’ange. Mais peut-il y en avoir dans une guerre ?   

 

En 2007, nous reconnaissions déjà le talent d’Arturo Pérez-Reverte (lire ici ) ; en 2016, il publiait Falcó (pour la traduction française : Seuil, 2018), roman d’espionnage dans la guerre d’Espagne. Son antihéros est un mercenaire à qui les « nationalistes » confient une mission : en zone républicaine, sortir de prison Jose Antonio Primo de Rivera, le chef de la Phalange.

Connaissant historiquement la fin, le lecteur s’intéresse alors à l’intrigue, à la profondeur psychologique des acteurs, à la présentation des personnages réels inclus dans la fiction. L’auteur sait l’Histoire et il maîtrise son art : le tableau général est grisâtre comme l’âme humaine, parce que la guerre propre n’existe pas.

 

Alexandre Anizy

 

P.S. : puisqu’on parle de guerre, Maryse Burgot notamment devrait s’efforcer d’être plus éthique et moins propagandiste dans ses propos et reportages en Ukraine.  

Guerre de Louis-Ferdinand Céline

Publié le par Alexandre Anizy

Fallait-il éditer ce brouillon ?

 

En littérature, nous posons comme principe de ne pas publier un texte sans l’accord formel de l’auteur. Guerre de Céline (Gallimard, mai 2022) donne un argument à cette position, si besoin était : on y retrouve le style célinien… avec des ratés.

N’ayant pas fait l’exégèse de son œuvre mais goûté beaucoup de ses textes, nous avons le sentiment que pour la première fois apparaît l’aveu d’une culpabilité. Alors la question lancinera : dans « la monstrueuse boucherie de 14 », de quoi Louis Ferdinand  Destouches peut-il avoir honte ?     

 

Alexandre Anizy

 

Les turbines du France d’après Robert Perišić

Publié le par Alexandre Anizy

La campagne des législatives était le moment adéquat pour lire ce roman. Il n’est pas trop tard pour vous y mettre.   

 

            Nous parlons du livre Les turbines du Titanic (Gaïa éditions, 2019), dans lequel le désenchantement philosophique de Robert Perišić fait merveille.      

 

Alexandre Anizy

 

La ballade pour Aurian

Publié le par Alexandre Anizy

 

La ballade pour Aurian

 

Comme une réminiscence d’un grand mangaka.   

 

 

Dans l’enfance, autant que je me souvienne,

Il courait, fonçait, et sans crier gare,

Au milieu de la foule parisienne,

Escaladait le piton des Cathares

Et dévalait les couloirs savoyards,

Crawlait plaisamment dans le grand bassin

Tout en respectant la règle standard :

Maintenir son cap, choyer le chemin.

 

En héritage de sa jeune mère,

La patience nimbait ses constructions

De mystère dans le salon du père,

Qui coiffait ses travaux de discrétion,

Arpenteur quêtant la belle expression

Comme Issa invente son tableautin

(Grenouille sur nuphar en production) :

Maintenir son cap, choyer le chemin.

 

C’est plus tard qu’il trouva sa vocation

En mettant de côté les fantaisies :

Destinée simple et sans ostentation.

Comme celle d’un zazou apprenti

Qui, après avoir bien croqué les nuits,  

A planché en hiver sur ses dessins

Pour que s’épanouisse le génie :

Maintenir son cap, choyer le chemin.

 

 

Quel que soit le but, quels que soient les gestes,

Pour la Vie heureuse dans un écrin,  

Le secret est l’Harmonie manifeste :

Maintenir son cap, choyer le chemin.

 

 

Alexandre Anizy

(Extrait du recueil matriciel UNITERRIEN à paraître)

 

Consentir d'Andrée Chedid et en plus Jean Dehénault

Publié le par Alexandre Anizy

En exergue, nous mettons un quatrain de Jean Dehénault (1611 ? – 1682).

 

« Tout meurt en nous quand nous mourons

La mort ne laisse rien, et n’est rien elle-même ;

Du peu de temps que nous durons

Ce n’est que le moment extrême. »

 

 

Consentir

 

Derrière l'horizon

Tout au revers de soi

Nul obstacle

N'interrompt le regard

 

Tout s'accomplit

Tout s'accorde

Quand mort et vie

S'abordent.

 

Andrée Chedid

(Rythmes, poésie-Gallimard)

 

 

Pauvre comme Jakub Zulczyk

Publié le par Alexandre Anizy

Polardeux s’abstenir.

 

Eblouis par la nuit (Payot & Rivages, 2021), c’est le titre français d’un polar de Jakub Zulczyk, qui ne nous a pas éblouis.

 

Alexandre Anizy

 

Cemetery Road de Greg Iles

Publié le par Alexandre Anizy

Beaucoup de travail et du talent pour arriver à ce cimetière !

 

Greg Iles, c’est du lourd, ce qui n’est pas son style.  

« Je n’ai jamais eu l’intention de tuer mon frère. Je n’ai jamais voulu détester mon père. Je n’ai jamais imaginé que j’enterrerais mon fils. Pas plus que je n’aurais pu envisager de trahir l’ami d’enfance qui m’a sauvé la vie, ou remporter le Pulitzer pour avoir raconté un mensonge. » (Cemetery Road, Actes Sud, 2021)

            La suite est à la hauteur de l’incipit et de l’entame.   

 

Alexandre Anizy

L’œuvre de l’architecte Nicolas Kazis à Baccarat

Publié le par Alexandre Anizy

            C’est la force de l’église Saint-Rémy (1957), classée aux Monuments historiques depuis 2013. 

 

            Structure en béton armé, charpente en bois à caissons, vitraux d’artistes réalisés par la Cristallerie de Baccarat à motifs abstraits ou stylisés comme ceux des 12 apôtres : la simplicité majestueuse invite à l’élévation des cœurs.  

 

Alexandre Anizy