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notes culturelles

L'âpreté de Maylis de Kerangal

Publié le par Alexandre Anizy

            Réparer les vivants , le roman clinique de Maylis de Kerangal (Verticales, décembre 2013, livrel à 13,99 € - trop cher !)  est un livre poignant, malgré la sécheresse du style due aux faits objectifs relatés avec minutie et précision.

            Incontestablement, c'est une réussite.

 

 

Alexandre Anizy

 

Donna Tartt n'a pas coupé dans le chardonneret

Publié le par Alexandre Anizy

            Face au pavé digeste de Donna Tartt, auteur américain culte (quel média français n'a pas sorti "son" papier dithyrambique ?), il importe d'être bref.

 

            Le chardonneret (Plon, janvier 2014, livrel à 14,99 € - trop cher !) est un roman bien ficelé, qui aurait gagné en efficacité s'il avait été plus court. C'est une production typique des écoles américaines qui inondent le marché. Heureusement, l'auteur a l'élégance de se faire rare.

            Disons-le autrement : la rareté et la qualité de Donna Tartt sont des objectifs que Joyce Carol Oates devrait se donner (i.e. publier un texte de haute tenue tous les dix ans environ), plutôt que d'encombrer les tables des librairies avec ses multiples publications mineures. (1)

 

            Compte tenu de son format, le dernier Tartt aurait fait un excellent roman de plage, si l'éditeur avait osé livrer bataille à la médiocrité.

 

 

Alexandre Anizy

  

 

 

(1) lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/article-le-fatras-de-joyce-carol-oates-122377000.html

 

Ô Guez, ô Guez

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans le train qui nous conduisait vers Evian, le roman de Jérémie Guez tomba littéralement sous nos yeux sur le comptoir de la voiture-bar, où Cédric Klapisch faisait la lecture à un môme en buvant un café. Ce n'est pas la couverture de  Balancé dans les cordes (tel est le titre ; J'ai lu, février 2013, 188 pages, 5,60 €), ni le fait qu'il ait glané le prix Sncf du polar 2013, qui ont provoqué cet achat impulsif, mais plutôt la 4ème bien conçue.

 

            Et dans le TGV qui nous emmenait vers notre station d'hiver préférée, un paradis blanc où les voitures sont bannies, nous lûmes la prose au cordeau de Jérémie Guez. Si dans ce polar efficace digne de la tradition américaine on trouve aussi le fatum du maître Léo Malet, l'auteur aurait gagné en profondeur s'il avait daigné apporter plus d'éclaircissements psychologiques sur le choix final du héros.

 

Quoi qu'il en soit pour le Tony,

            ô gué, ô gué,

ça le fait pour Jérémie,

            ô Guez, ô Guez,

Mais pour l'adaptation,

faudra trouver l'champion...

 

 

Alexandre Anizy

 

 

La séance de Chadortt Djavann

Publié le par Alexandre Anizy

            Si Chadortt Djavann mérite d'être lue et entendue comme nous l'écrivions en 2008 dans un autre billet littéraire (1), il incombe aussi à l'auteur de soigner son style.

 

« Elle s'enferma dans sa loge, se maquilla, détacha ses cheveux, enfila la robe, se regarda dans le miroir sans s'y reconnaître. Elle but un double raki sec avant de monter sur le podium. Elle n'était pas danseuse professionnelle, mais la profession de danseuse lui allait à merveille. Elle fut étonnée de se sentir moins mal à l'aise devant une salle pleine que lors de l'essai devant le patron. Elle dansait et y prenait plaisir. Donner du corps à la musique. Elle avait le sens du rythme..... » (p.363 ; La dernière séance, Fayard, août 2013, 490 pages, 22 €)

 

            Elle, elle se répète terriblement, elle dialogue beaucoup... si bien qu'elle lasse.  Le livre nous est donc tombé des mains.

 Si elle se donne le temps, Chadortt Djavann pourra peaufiner le sillon qu'elle a commencé.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) http://www.alexandreanizy.com/article-20260073.html

 

Zoran Živković vaut mieux que Chevillard

Publié le par Alexandre Anizy

            Puisque Bernard Pivot a sorti un papier dithyrambique sur Eric Chevillard (son humour, son style, sa loufoquerie, etc.), il nous semble opportun de signaler les qualités de Zoran Živković.

 

            Si avec Dino Egger et Démolir Nisard nous n'avons pas réussi à pénétrer le monde de Chevillard, échappant ipso facto à l'abêtissement si l'on en croit Tiphaine Samoyault (1), lire L'écrivain fantôme (Galaade éditions, janvier 2014, 165 pages, 16 €) fut plaisant.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : pour vous épargner la lecture du livre Pour Chevillard, lire la chronique de Patrick Besson (dans le Point).

 

Le fatras de Joyce Carol Oates

Publié le par Alexandre Anizy

            Longtemps nous avons eu une prévention à l'égard de cette Américaine qui écrit plus vite que son ombre : Joyce Carol Oates. Par bonheur, nous commençâmes avec son roman Les chutes (1). Porté par un courant de sympathie et curieux de voir une autre version du monde universitaire de l'empire (force est de constater que nous abordons à nouveau Oates pour une raison particulière), nous attaquâmes Mudwoman (éditions Philippe Rey, 2013, livrel à 16,99 € - un prix honteux !).

 

            Attaquer est le bon mot, puisque c'est une mosaïque complexe, pour ne pas dire confuse, qui se tient entre les mains du lecteur perplexe mais bienveillant. Au bout du texte, c'est une histoire sans grand intérêt racontée dans un cadre narratif savamment déconstruit (Oates étant professeur de littérature, est-ce le résultat d'un exercice utile à son cours ?), mais dans un style déplaisant.

            Quel ennui !

 

            En ce qui concerne le monde universitaire, le roman de John Williams, titré Stoner , est d'un autre tonneau. (2)

 

            Et en ce qui concerne Joyce Carol Oates, nous disons qu'elle aurait pu être une feuilletoniste réputée pour sa qualité et sa quantité, au lieu d'encombrer de son fatras les rayons des bibliothèques. 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) http://www.alexandreanizy.com/article-l-ascension-des-chutes-par-joyce-carol-oates-113984086.html

 

(2)     http://www.alexandreanizy.com/article-stoner-le-chef-d-oeuvre-de-john-williams-97200814.html  

 

 

La vie idéale de Charles Cros

Publié le par Alexandre Anizy

          Parfois la misère qui sévit de par notre monde, les guerres faussement humanitaires dans les contrées africaines, et ailleurs, la violence économique que les forces économiques dominantes imposent sur le vieux continent, la non-culpabilité permanente des grands responsables lorsqu'ils lâchent la rampe (quand ils renoncent au pouvoir, ce qui est rare...), pèsent sur vous comme un couvercle noir.

          Dans ces moments-là, la douce mélancolie d'un poète comme Charles Cros nous semble opportune.

 

 

          La vie idéale

 

Une salle avec du feu, des bougies,

Des soupers toujours servis, des guitares,

Des fleurets, des fleurs, tous les tabacs rares,

Où l'on causerait pourtant sans orgies.

 

Au printemps lilas, roses et muguets,

En été jasmins, œillets et tilleuls

Rempliraient la nuit du grand parc où, seuls

Parfois, les rêveurs fuiraient les bruits gais.

 

Les hommes seraient tous de bonne race,

Dompteurs familiers des Muses hautaines,

Et les femmes, sans cancans et sans haines,

Illumineraient les soirs de leur grâce.

 

Et l'on songerait, parmi ces parfums

De bras, d'éventails, de fleurs, de peignoirs,

De fins cheveux blonds, de lourds cheveux noirs,

Aux pays lointains, aux siècles défunts.

 

                              Charles Cros, Le coffret de santal.

 

Pinar Selek doit rester à la Maison

Publié le par Alexandre Anizy

Nous venions juste de terminer La maison du Bosphore de Pinar Selek (Liana Levi, mars 2013, livrel à 15,99 € - trop cher !), quand nous apprîmes que la Turquie d'Erdogan avait demandé son extradition, une demande incongrue puisque la sociologue a obtenu l'asile politique en France, mais pas irréaliste. Nous avons donc deux bonnes raisons de parler de Pinar Selek.

 

            Dans La maison du Bosphore, l'auteur immerge le lecteur dans Istanbul, racontant la vie d'un quartier où se mêlent les nationalités. Par touches délicates et successives (c'est un roman chorale), elle évoque le passé douloureux de son pays intranquille, depuis si longtemps.

            A vrai dire, nous eûmes du mal à rentrer dans l'histoire : disons que les 50 premières pages n'emportaient pas notre adhésion. Mais comme ni l'architectonique de l'ouvrage, ni le style ne nous ont bloqués par la suite, force est de conclure qu'il ne s'agit que d'une mise en route imparfaite ou bien d'une indisponibilité momentanée du lecteur, car au fur et à mesure, nous fûmes séduits par l'œuvre réussie de Pinar Selek.

 

            Concernant l'acharnement judiciaire de l'Etat turc à l'encontre de la sociologue, nous pensons qu'il confirme, ici comme ailleurs, tout en laissant de l'espoir puisque des tribunaux l'ont déjà acquittée à 3 reprises, la thèse de Carl Schmitt : le droit dépend du politique. Est-ce une raison pour la livrer à son pays qui lui veut du mal ? Non, évidemment.

           

            Alors tant qu'elle le voudra, Pinar Selek doit rester chez nous, à la Maison.

 

 

Alexandre Anizy

 

On re Meša Selimović avec L'île

Publié le par Alexandre Anizy

            Pour Noël, vous avez peut-être eu du mal à offrir un exemplaire du roman de Meša Selimović dont nous avons parlé dans le billet précédent : Le derviche et la mort.  Qu'à cela ne tienne, nous présentons aujourd'hui L'île (ce livre a l'avantage d'avoir été publié récemment par Phébus : mars 2013, 206 pages, 19 €), qui est aussi un chef d'œuvre à mettre dans toutes les mains.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Le talent de Meša Selimović

Publié le par Alexandre Anizy

Cet automne, l'avalanche habituelle des nouveautés n'aura pas permis l'émergence d'un nouvel auteur prometteur. C'est pourquoi nous vous invitons à lire Le derviche et la mort de Meša Selimović (Gallimard, collection l'imaginaire, avril 2012, 380 pages ; nous soulignons le travail remarquable des traductrices Mauricette Begić et Simone Meuris).

 

            Pour vous ouvrir l'appétit, un extrait pris quasiment au hasard :

            « On juge l'homme d'après ses  actes, non d'après ses pensées. Mais une fois la lourde porte de chêne refermée, quand, le loquet tiré, je me retrouvai dans la sécurité du jardin de la tekké, contrairement à toute attente, à toute logique puisque ce monde familier me protégeait, l'angoisse soudain s'empara de moi, presque sans aucune transition, comme si, par le fait d'ouvrir et de refermer la porte, de tirer le loquet, de vérifier qu'il était bien logé dans son berceau de bois, j'avais laissé échapper la pensée qui nourrissait mon élan. (...) La pensée humaine, je ne le compris que bien plus tard, est une vague instable, que soulève ou apaise le vent capricieux de la peur ou du désir. » (p.138 et 139)

           

            Quelle précision, quel rythme ! En un mot : quel style !

 

 

Alexandre Anizy