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notes economiques

La question du pétrole (V)

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire les notes (I) du 10 octobre, (II) du 18 octobre, (III) du 26 octobre, (IV) du 1 novembre 2007)

 
A la fin de la 1ère Guerre Mondiale, 15 % du pétrole provient des gisements de la Russie : un tiers appartenait aux frères NOBEL, le reste à la Shell. En 1920, d’une part la Standard Oil appartenant aux ROCKFELLER négocie âprement avec les Soviétiques pour reprendre les intérêts NOBEL, après avoir racheté secrètement les actions NOBEL pour 145 millions USD via une société suisse et discrète (un pléonasme ?). D’autre part la Chase Manhattan Bank appartenant aussi aux ROCKFELLER négocie avec la Prambank la création d’une Chambre de Commerce américano-soviétique qui ouvrira en 1922 avec René SCHLEY, un vice-Président de la Chase, comme Directeur.

« L’établissement bancaire de la famille ROCKFELLER apparaît comme l’un des plus engagés dans les opérations de crédit destinées au nouveau régime révolutionnaire instauré à Moscou. » (Eric LAURENT, la face cachée du pétrole,  pocket 2007, p.57)

Les Américains veulent éviter un cauchemar : l’inondation des marchés européens par un pétrole russe à bas prix. En 1922, à la conférence de Gênes, force est de constater que la Russie a déjà perturbé l’industrie pétrolière occidentale, puisqu’elle écoule son produit à bas prix.

 
En marge de cette conférence, la Russie va signer avec l’Allemagne le Traité de Rapallo (« une alliance entre des bandits et des ruinés » selon le quotidien anglais Morning Post) :
« (…) un accord militaire secret prévoit que l’Allemagne s’engage à fournir en équipements et en munitions 180 régiments d’infanterie de l’Armée Rouge, et en pièces d’artillerie 20 Divisions soviétiques. Berlin réorganise également la flotte soviétique de la Baltique et livrera 500 avions Junker dans les plus brefs délais » (Eric LAURENT, déjà cité, p.59)

La République de Weimar disposera ainsi en URSS d’un espace et d’une main d’œuvre, via une organisation appelée « Sondergruppe » : seuls 2 ministres allemands connaissent son existence, Joseph WORTH le financier et Walter RATHENAU le diplomate, par ailleurs l’un des plus puissants industriels. En clair, dès 1922, l’Allemagne entamait sa course au réarmement !

Après le Traité de Versailles, les commissions d’enquête alliées rapportent que l’Allemagne n’a pas désarmée. « Mais aucune ne mesure l’importance de la complicité soviétique. Il faudra attendre 1935 pour que certains rapports révèlent ce fait stupéfiant : l’Allemagne nazie construit dans les chantiers de la Russie communiste un sous-marin tous les 8 jours. (…) cette coopération secrète pendant 19 années (…) »  (Eric LAURENT, déjà cité, p.61)

 
Puisque ces 2 Etats monstrueux coopéraient depuis si longtemps, pourquoi cette invasion en 1941 ?

Albert SPEER, qui fut le ministre de l’Armement et de la Production du IIIème Reich, répond en 1972 à cette question posée par Eric LAURENT : « (…) quel a été notre grand handicap ? (…) ce fut le pétrole. Bien avant le début de la guerre, HITLER répétait que c’était notre talon d’Achille. (…) nous avons développé avec beaucoup de succès l’essence synthétique qui représentait en 1940 la moitié de nos approvisionnements militaires. (…) Justement pour cette raison : mettre la main sur les approvisionnements en pétrole contrôlés par Moscou dans le Caucase. (…) pour HITLER de la première priorité : nous fournir en carburant, interdire aux unités russes d’en faire autant, pour prendre ensuite le contrôle des champs pétrolifères d’Iran. L’offensive a été lancée au début de 1942 ; malheureusement elle a échoué à proximité de Bakou. » (Eric Laurent, déjà cité, p.80, 81 et 82)

En effet, HITLER est assez réaliste au début de 1942, après avoir résisté à la contre-offensive d’hiver de JOUKOV devant Moscou :
« Il [Hitler] est arrivé à la conclusion qu’il ne peut renouveler l’offensive généralisée de 1941. (…) Il est donc résolu à faire l’impasse –provisoirement du moins – sur Leningrad et Moscou. L’économie guide sa future stratégie. Sur la foi de certains experts, il est persuadé que le pétrole du Caucase lui est absolument nécessaire pour poursuivre la guerre. Il frappera donc au sud pour conquérir les puits de Maikop et Grozny. » Pierre MONTAGNON, la grande histoire de la Seconde Guerre Mondiale, tome 4 (déc. 41 à Nov. 42), éd. Pygmalion, p.238.

Pour 1942, HITLER résume ses intentions dans sa directive n°41 du 5 avril, l’opération « bleue » prévue en 4 phases :

  • Franchissement du Don dans la région de Voronej par les II et IVème armée blindée ;
  • Anéantissement des soldats soviétiques à l’est de Kharkov ;
  • Scission du GAS en deux :

Groupe B (VI et IVème armée blindée) sur Stalingrad par la rive droite du Don ;

Groupe A (XVII et Ière armée blindée) sur Stalingrad par le Don inférieur ;

  • Conquête du Caucase jusqu’à la ligne Batoum – Bakou (pour champs pétrolifères du nord Caucase et de l’Azerbaïdjan).

Mais ce projet de manœuvre est incomplet : le sort de la Crimée n’est pas résolu, et quel rôle est dévolu à Stalingrad (bouchon pour couvrir la marche sur le Caucase, ou bien point de départ d’une autre avancée ?).

Au début de l’opération « bleue », la progression est rapide et facile, parce que les Soviétiques évitent le combat : « Les Allemands ignorent que TIMOCHENKO, leur adversaire direct, qui commande le front sud-ouest, a changé de méthode. Il ne veut plus risquer les terribles encerclements qui, à Kiev, à Kharkov, ont coûté si cher. Il troque de l’espace contre du temps. » Pierre MONTAGNON, p.240.

Cette impression de facilité induit une modification du dispositif initial des Allemands : la IVème AB  (qui devait ouvrir la voie à PAULUS jusqu’à Stalingrad, avant de passer en réserve) doit descendre plein sud pour participer à la marche sur le Caucase. Le 23 juillet, croyant la victoire assurée et proche, les plans sont à nouveau modifiés : von MANSTEIN et 5 divisions de sa XIème partent sur le front de Leningrad.  
Ces troupes feront cruellement défaut peu après.
Quant à l’armée avançant vers le Caucase, lorsqu’elle arrive à Maïkop, elle trouve des puits et des réserves incendiés, et elle ne réussira pas à franchir les montagnes du Caucase : la percée du Caucase est un échec.
Pour Stalingrad, ce sera la défaite.

L’histoire du XXème siècle se résumerait donc à une bataille incessante pour la maîtrise du pétrole : voir les guerres récentes de l’empire et les menaces actuelles sur l’Iran.

 
Vue sous cet angle, on peut douter de l’évolution de l’Homme depuis la guerre du feu.

 

Alexandre Anizy

A suivre … la question du pétrole (VI)

La question du pétrole (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire les notes (I) du 10 octobre, (II) du 18 octobre, (III) du 26 octobre 2007)

 
Il nous faut aborder maintenant la question cruciale du « pic pétrolier ». En 1956, le professeur King HUBBERT, qui est géologue et directeur des recherches chez Shell, commence une étude sur les découvertes des gisements en Amérique du Nord :

« Ses travaux démontrent mathématiquement que l’exploitation de tout gisement suit une courbe en cloche qui met du temps à décoller, puis augmente vertigineusement avant de se stabiliser et de décliner à nouveau brutalement et définitivement. » (Eric LAURENT, la face cachée du pétrole,  pocket 2007, p.178)

 
De plus, les champs les plus importants et les plus faciles à exploiter ayant été découverts en premier, les nouveaux seront par conséquent de moindre taille et d’accès plus difficile.

En conclusion, HUBBERT prédit que la production pétrolière américaine culminera en 1970, puis déclinera rapidement. Il précise que le déclin sera inexorable, malgré l’amélioration prévisible de l’ensemble des techniques.

 
En 1970, les USA sont entrés dans la phase de déclin. Comme le prévoyait l’étude d’HUBBERT. La justesse de ses travaux sera reconnue en 1989.
Le pic d’HUBBERT sert maintenant de modèle aux analystes.

 

Alexandre Anizy

A suivre … la question du pétrole (V)

Grenelle : agro carburants et catastrophe alimentaire

Publié le par Alexandre Anizy

Les agro carburants, communément appelés biocarburants, ont le vent en poupe chez G.W. BUSH, ce qui devrait en faire réfléchir quelques uns, et chez LULA, ce qui forme un drôle d’équipage dans les sommets internationaux.

Si les tenants américano-brésiliens des agro carburants l’emportent, c’est 26 millions d’hectares de terres vivrières qui seront réaffectées à la production de bioéthanol et de biodiesel.

Pour faire 50 litres de bioéthanol, il faut 232 kg de maïs, ce qui nourrit un enfant pendant 1 an.

En 2006, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim toutes les 5 secondes ; 854 millions de personnes dans le monde souffrent de malnutrition.

La réaffectation des terres vivrières, sans parler de la déforestation en Indonésie par exemple, débouchera sur une catastrophe alimentaire, par pénurie et poursuite de la hausse actuelle des prix.

En 2006, 38 des 53 pays africains comblent leur déficit structurel par des importations alimentaires. Malgré cela, le Président brésilien LULA conseille aux Africains de se lancer dans la production d’agro carburants : est-ce vraiment raisonnable ?

Comment expliquer un tel fourvoiement ?
La fabrication de bioéthanol, etc., est au jour d’aujourd’hui réservée à de grands groupes industriels : l’agrobusiness brasse des milliards de dollars.

Question écologie, les agro carburants ne sont pas le top ! Si on prend le cycle de vie de l’agro carburant, on s’aperçoit que pour sa fabrication l’agro carburant nécessite beaucoup d’eau et d’énergie, si bien que son bilan complet n’est pas très positif.

 
Certains spécialistes, comme l’économiste Jean ZIEGLER, réclament un moratoire de 5 ans : le temps nécessaire pour que la science progresse à grand pas et nous évite cette catastrophe alimentaire. Exemple : Mercedes travaille sur la plantation de jatropha (sur des terres arides) qui ne concurrence pas les plantes alimentaires.

 
Sur ce sujet, le mieux ne serait-il pas l’ennemi du bien ?

 
Alexandre Anizy

La question du pétrole (III)

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire les notes (I) du 10 octobre et (II) du 18 octobre 2007)

Sans l’Arabie Saoudite, l’OPEP n’existe plus et la prospérité occidentale s’évanouit. Alors, dans les années 1970, quelle est la réalité pétrolière de ce pays ?

Si l’Arabie Saoudite est supposée détenir 25 % des réserves mondiales de pétrole, sa structure d’exploitation est particulière : « 90 % de la production saoudienne proviennent de 6 gisements géants concentrés dans une zone minuscule du royaume, l’équivalent d’une petite portion de l’Etat américain de l’Utah. Le plus impressionnant d’entre eux est Ghawar (…). Selon les experts, le gisement abrite 17 % de toutes les réserves en pétrole accessibles de la planète. » Eric LAURENT, la face cachée du pétrole, pocket 2007, p.184.

Entre 1973 et 1976, les 4 compagnies américaines (Exxon, Texaco, Mobil, Chevron) ont peur d’être nationalisées (ce qui arrivera à hauteur de 60 % en 1976) et elles veulent profiter au maximum de la hausse du prix du pétrole : elles augmentent fortement la production, au mépris des normes techniques de pompage et de préservation. Les procédures indispensables de pressurisation des puits ne sont pas appliquées, ce qui provoquent des difficultés techniques. Ceci est révélé par Jack ANDERSON. (cité par E. LAURENT)

Pire : un rapport secret de Chevron affirme que cette surproduction effrénée au mépris des règles endommagent le champ de Ghawar et celui de d’Abqaiq !

En plus de l’appétit du gain, les dirigeants pétroliers ont la conviction que l’Arabie Saoudite peut produire 20 à 25 millions de barils par jour. Lorsque les problèmes évoqués ci-dessus surgissent, les prévisions sont abaissées à 16 millions, puis à nouveau corrigées à 12 millions.

 
En 1979, Seymour HERSH publie un article fondé sur des documents internes à Exxon et Chevron (2 membres de l’Aramco). C’est un tableau inquiétant de la situation pétrolière saoudienne : l’état des réserves permettrait de produire 14 à 16 millions de barils par jour pendant moins 10 ans, niveau estimé nécessaire pour éviter les ruptures d’approvisionnement dans les pays consommateurs. Ces documents sont transmis à la Commission des Affaires étrangères du Sénat américain, avec une étude détaillée réalisée à la demande du gouvernement saoudien.

Cette étude prévoit « (…) au début des années 1970, que si le rythme quotidien ne dépasse pas 8,5 millions de barils/jour, la production totale déclinera en l’an 2000. (…) La dernière projection est la plus inquiétante : avec un rythme d’extraction de 14 ou 16 millions de barils/jour, le pétrole saoudien atteindra son « pic » (niveau maximum) dans un délai de 6 ou 10 ans, avant de décliner rapidement. » (E. LAURENT, déjà cité, p.187)

En 1970, l’Arabie Saoudite représente 13 % des exportations mondiales de pétrole ; en 1973, la part est de 21 %.
En 1972, ce royaume produit 5,4 millions de barils/jour pour atteindre 8,4 millions à la veille du choc d’octobre 1973.

Au plus fort du second choc pétrolier de 1979 provoqué par l’arrêt des exportations iraniennes, « (…) le niveau de la production saoudienne ne dépassera jamais 10 millions de barils, alors que sur le marché, totalement paniqué, le baril crève le plafond des 40 dollars. Hormis cette brève pointe à 10 millions de barils/jour, l’Arabie Saoudite maintient son niveau de production à 8,5 millions de barils, malgré les supplications de Jimmy CARTER (…) » (E. LAURENT, déjà cité, p.189)

 
Parce qu’elle est informée de l’état réel de ses réserves, la famille royale saoudienne pense à sa survie.

 
Alexandre Anizy
A suivre … la question du pétrole (IV)

La question du pétrole (II)

Publié le par Alexandre Anizy

En 1965, la Libye est le 6ème exportateur de pétrole avec 10 % du total exporté. En 1967, elle produit 3 millions de barils par jour et 2 ans plus tard, elle dépasse l’Arabie Saoudite.

C’est l’américain Armand HAMMER avec sa société Occidental Petroleum qui touche le jackpot en forant dans ce pays : « Le cours de l’action Occidental Petroleum ressemble à la trajectoire d’une comète, passant de 90 cents à 100 dollars. (…) La guerre des Six Jours et la fermeture du canal de Suez vont décupler les atouts stratégiques que détient HAMMER. » (Eric LAURENT, la face cachée du pétrole, pocket 2007, p.135)

 
KADHAFI prend le pouvoir le 1 septembre 1969 : il demande immédiatement aux Forces Américaines de quitter le territoire, ce que le Président NIXON accepte en espérant ainsi sauvegarder les intérêts pétroliers. Mais KADHAFI est bien décidé à nationaliser toutes les compagnies pétrolières en Libye : pour cela, il choisit de s’attaquer en premier, et seule, à Occidental Petroleum, parce que cette firme cédera plus facilement que les autres à un ultimatum, puisqu’elle n’a pas de source d’approvisionnement de remplacement.

Et en effet, HAMMER ne trouvera aucun secours du côté de l’industrie pétrolière, qui commet là une erreur fatale, parce qu’étant acculé, HAMMER va négocier avec les Libyens. A partir du 30 août 1970, il quitte l’hôtel Ritz de Paris à 6 heures pour s’embarquer dans un avion de location (et non pas le sien) en direction de la Libye d’où il revient tous les soirs : HAMMER craignait d’être pris en otage. Son interlocuteur est le Premier Ministre Abdessalam JALLOUD.

Le 14 septembre 1970, Occidental Petroleum, 8ème compagnie mondiale, signe un accord qui stipule qu’elle va payer un supplément de 30 cents par baril, et son taux d’imposition passera de 50 à 58 %.

A la fin du mois d’octobre 1970, en Libye, toutes les autres compagnies ont accepté les conditions consenties par Occidental Petroleum, ce qui constitue un grand bouleversement dans la structure des prix pétroliers : une victoire qui préfigure celle de l’OPEP en 1973, car à ce moment-là le marché s’est retourné, après 20 ans d’excédents, avec une demande supérieure à l’offre.
En 1973, Occidental Petroleum cède 51 % de son capital à la Libye pour la coquette somme de 136 millions USD.

 
Que s’est-il passé en 1973 ? Eric LAURENT nous donne les informations pour une autre lecture de la crise.

« Depuis 2 ans, les responsables de l’industrie pétrolières ne cachent pas que les investissements futurs exigeront des sommes énormes, qui ne pourront être obtenues que par une augmentation notable des prix. » (p.150) A Rome en 1973, David ROCKFELLER, Président de la Chase Manhattan Bank, estime à 3 trilliards USD les besoins financiers des firmes pétrolières pour les investissements des années à venir.

Dès 1971, une commission formée par NIXON travaille sous la direction du Général G.A. LINCOLN à la politique énergétique américaine : elle conclue d’une part sur la nécessité pour les USA de provoquer une hausse du prix du pétrole importé, ce qui aura pour effet de stabiliser les prix intérieurs à un niveau élevé qui inciteront les financiers à développer les ressources nationales d’énergie, et d’autre part sur la recommandation d’un assainissement des relations avec les pays exportateurs pour éviter toute perturbation dans les approvisionnements.

Le 28 juin 1973, le Secrétaire d’Etat aux Finances William SIMON déclare : « Les USA se sont assignés pour objectif prioritaire l’adoption d’un plan d’action visant à réduire leur dépendance [énergétique] vis-à-vis de l’étranger » (cité p.156)

En 2006, dans son discours sur l’état de l’Union, G.W. BUSH tiendra quasiment mot pour mot les mêmes propos.

Selon Eric LAURENT, une étrange mise en conditionnement débute dans l’hiver 1972-1973, avec des signes de pénurie dans plusieurs Etats américains.

Curieusement, comme en 2000, juste avant l’élection de G.W. BUSH.

Utilisant ces pénuries locales, les pétroliers lancent des campagnes pour dramatiser la crise : la faute au Congrès, aux écologistes, qui ont maintenu des prix bas, qui ont découragé l’investissement en bloquant certains projets (comme l’oléoduc d’Alaska), etc. C’est un matraquage publicitaire, qui préconise la hausse des prix pour ne plus être dépendant des étrangers.

En 1974, grâce au quadruplement des prix du pétrole, les 30 premières firmes pétrolières mondiales vont accroître leurs bénéfices de 71 %, quand le volume des ventes n’augmente que de 10 %.

Mais un fait important n’a pas été mis en exergue en 1973 : à la veille du choc de 1973, les grandes compagnies ont d’énormes difficultés financières, parce qu’elles ont investi dans des projets dont le coût final est 5 à 10 fois supérieur aux estimations initiales. Certaines sont au bord du dépôt de bilan.
Le choc pétrolier d’octobre 1973 rend à nouveau attractifs ces projets, i.e. économiquement et commercialement viables. Comme les gisements de la Mer du Nord par exemple.

1973 : ce fut un hasard miraculeux.

En fait, le destin a bénéficié d’un sérieux coup de pouce. Dès janvier 1974, un journaliste du Washington Post, Jack ANDERSON, ayant eu accès à des documents secrets de l’Aramco (consortium regroupant Exxon, Texaco, Mobil et Chevron, qui exploitent le pétrole saoudien) grâce à une « gorge profonde », documents qui rendent compte des réunions de ces messieurs avec le ministre saoudien du pétrole Seikh YAMANI, au cours desquelles ils lui donnent un véritable feu vert à la hausse du prix (le chiffre de 6 USD est même évoqué).

Qui croit qu’en affaires il y a des miracles ?

Alexandre Anizy
A suivre … la question du pétrole (III)

Pour Jacques JULLIARD l'affaire EADS est trop compliquée pour indigner les foules

Publié le par Alexandre Anizy

Après une présentation sans complaisance de l’affaire, Jacques JULLIARD conclue sa chronique du Nouvel Observateur du 11 octobre 2007 par : « Trop compliquée pour passionner ou indigner les foules, cette affaire est sinistre. Voilà l’une des conséquences de la défaite politique et morale de la gauche : quand les puissants n’ont plus de raisons de craindre, le sentiment d’impunité s’accroît, la morale publique s’effondre et le lien social s’effiloche. »

 
Pour monsieur JULLIARD, on peut essayer d’expliquer simplement aux foules ce scandale financier d’Etat :

  • En 1999, LAGARDERE (le père) apporte dans la corbeille de naissance de EADS des actifs d’une valeur de 5 à 10 Milliards de francs pour recevoir 15 % du capital ;
  • En 1999, l’Etat français apporte dans la corbeille de naissance de EADS des participations d’une valeur de 80 à 160 Milliards de francs pour recevoir 15 % du capital.

Drôle d’arithmétique financière : 1O Mds = 160 Mds !!!

« La constitution d’EADS fut pour le groupe LAGARDERE le plus fantastique hold-up commis à l’occasion d’une privatisation » (un haut fonctionnaire cité par le Canard enchaîné du 10 octobre 2007)

  • En 2006, l’action EADS est au plus haut … et des turbulences vont se produire inéluctablement, MAIS, c’est juré, le patron propriétaire LAGARDERE (le fils cette fois) ne le savait pas quand il décida de vendre pour ramasser l’oseille, avec l’aide du bras financier de l’Etat, la Caisse des Dépôts et Consignations : 2 Milliards encaissés.

« 7 ans plus tard, le groupe LAGARDERE a perpétré un tout aussi fantastique hold-up sur le dos de la Caisse des Dépôts et Consignations et des petits actionnaires. » (le même haut fonctionnaire, déjà cité)

 
Comme le dit monsieur JULLIARD, le scandale EADS braque « une lumière crue sur la moralité des dirigeants d’entreprise qui se conduisent comme des barons pillards. »

La déconfiture d’Airbus (filiale d’EADS), c’est

10.000 suppressions d’emplois d’un côté,

1 Milliard de bénéfices au moins de l’autre côté.

Et quelle lumière sur le rôle de l’Etat en 2006 ? « Thierry BRETON prétend avoir appris la transaction par la presse. Ce n’est ni sérieux ni responsable » (Jacques JULLIARD) Voilà qui est clair pour 2006.

Alors, qu’est-ce qui ne va pas dans la conclusion de Jacques JULLIARD, hormis l’arrogance de l’intellectuel à l’égard des foules (peuple, c’est un gros mot pour Jacques JULLIARD ?) ?

La moralité publique qui s’effondre et le lien social qui s’effiloche ne sont pas une conséquence de la défaite de la gauche, mais plutôt le résultat désastreux de la gauche plurielle (et précédente) quand elle était aux
affaires.

Qui dirigeait le char de l’Etat en 1999 ? Lionel JOSPIN.

Qui a monté, et en tout cas accepté, le meccano EADS en 1999 ? Dominique STRAUSS-KAHN, le précieux socialiste ami des patrons du CAC 40 que le Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA vient de catapulter à la tête du FMI.

Ce sont des amis de monsieur JULLIARD, qui ont privatisé le plus, qui ont réformé les stock-options dans un sens libéral … 

Parce que la gauche a « le cul sale » dans le scandale EADS, comme dirait GALOUZEAU DE VILLEPIN, elle ne tirera pas à boulets rouges. Monsieur JULLIARD le sait. Alors il préfère évoquer une affaire « compliquée » qui n’intéresse pas « les foules ».

Alexandre Anizy

P.s. :
AVIS aux pays pauvres : si le FMI débarque chez vous, vérifiez les additions !

La question du pétrole (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Nous avons vu que pour comprendre la Chine, notamment son déploiement diplomatique tous azimuts, il faut disséquer tous les chiffres qui ont un rapport de près ou de loin avec les énergies et les matières premières qui lui font cruellement défaut.

C’est pourquoi nous nous sommes intéressés à la question du pétrole, en commençant par le livre de Eric LAURENT « la face cachée du pétrole » (pocket mars 2007, 461 pages).
Commençons aujourd’hui par les accords secrets de 1928.

« En juin 1928 à Ostende, au cours d’une conférence réunissant les principaux actionnaires de l’IPC, il est décidé qu’aucun des actionnaires ne pourra exploiter les gisements de pétrole qu’il viendrait à découvrir sur le territoire de l’ancien Empire ottoman sans le consentement et la participation de ses partenaires. » (p. 64)

(Irak Petroleum Company = Anglo-Iranian (futur BP) 23,7%, SHELL 23,7%, CPP (futur TOTAL) 23,7%, Standard Oil (futur EXXON) 11,87%, MOBIL 11,87%, et les 5 % restant au plus grand intermédiaire du pétrole Calouste GULBENKIAN)

Au cours de cette réunion, c’est GULBENKIAN qui tracera une ligne rouge sur une carte pour délimiter la zone de l’accord (Bährein, Qatar, Emirats arabes, Arabie Saoudite … le Koweït est hors de la zone, ce qui plaît aux Américains puisqu’ils vont bientôt y prospecter).

En août 1928, c’est une suite logique du 1er accord. Au Château d’Achnacarry, propriété du fondateur et Président de la Shell Henry DETERDING (qui montrera plus tard une fascination totale pour HITLER et le nazisme), les Présidents d’EXXON et de BP ont été conviés à une chasse ; ils sont rejoints par d’autres représentants de compagnies, dont MELLON, banquier et actionnaire principal de la GULF.

L’accord secret d’Achnacarry entérine la création d’un cartel international du pétrole dont les membres se partagent le monde. C’est l’illustration parfaite d’un accord de monopole.
Cette entente ne sera révélée qu’en 1952.

 
L’accord d’Achnacarry ne s’applique pas en principe aux USA. En 1929, 17 sociétés privées forment l’Association des Pays Exportateurs de Pétrole, où elles fixent des contingents et des prix de vente alignés sur ceux du Texas et du Golfe du Mexique (LA zone de production américaine, où les coûts d’extraction sont élevés). A ce prix, il faut ajouter le coût du fret pour le transport du pétrole de cette zone au port de destination.

« Pendant la Seconde Guerre mondiale, BP, pourtant contrôlée à 51 % par l’Etat britannique (…), fait payer à ses navires de guerre, et à ceux des Etats-Unis, leur ravitaillement en mazout dans le port iranien d’Abadan au prix du mazout payé aux Etats-Unis, majoré du montant, fictif, du fret entre le Texas et l’Iran. » (p.68)

 
A la veille de la Seconde Guerre mondiale, les 7 sœurs (Exxon, Shell, BP, Texaco, Mobil, Chevron et Gulf) contrôlaient l’ensemble du marché pétrolier, ce qui durera jusque dans les années 70. En 1945, par exemple, la richesse et l’influence de la SHELL dépassaient celles des Pays-Bas.

« Les hommes à la tête de ces groupes ont pour la plupart d’entre eux une vision autoritaire, hiérarchique et anti-démocratique du monde. » (p.69)

On a déjà cité le pro-nazi Henry DETERDING ; le cas de Walter TEAGLE, patron d’EXXON, est différent, puisqu’il a été démissionné en 1942. Mais en 1926, il signe un accord avec IG Farben dont le développement a été financé après la 1ère Guerre mondiale par des capitaux anglais et américains, dont la Chase Bank de ROCKFELLER, la MORGAN et la WARBURG. En 1932, IG Farben est devenue la plus importante entreprise chimique du monde : elle contrôle 400 sociétés allemandes, 500 sociétés commerciales ; elle possède ses propres lignes de chemin de fer et ses mines de charbon, des usines dans des dizaines de pays. En Allemagne, rien ne se fait sans IG Farben, qui a financé depuis sa création le parti national-socialiste.

Après 1940, EXXON continue à échanger des informations hautement stratégiques avec IG Farben. Dès l’arrivée d’HITLER au pouvoir, EXXON a fourni aux nazis les brevets du tétra-éthyle de plomb, indispensable à la fabrication de l’essence d’avion. Poussant la coopération plus loin, EXXON et General Motors en association avec IG Farben construiront des usines de tétra-éthyle. « Ainsi approvisionnée en fuel synthétique, la machine de guerre nazie, hautement mécanisée, évitera la pénurie. » (p.72)

EXXON a réalisé des profits énormes grâce à cette collaboration avec IG Farben, et sera condamné à 50.000 USD d’amende ! Interrogé sur les accords secrets entre EXXON et IG Farben, le Président TRUMAN répondra : « Oui, bien sûr, que voulez-vous que ce soit ! [une trahison] » (p.74)

 
Si la religion est l’opium du peuple, la morale (et autres valeurs) est un corset dont les affairistes s’affranchissent sans vergogne et … pour une amende dérisoire.

 
Alexandre Anizy
Prochainement : la question du pétrole (II)

Dans la crise bancaire, la liste des perdants s'allonge

Publié le par Alexandre Anizy

Dans notre note du 20 septembre 2007, nous évoquions les acteurs financiers français qui ont dû prendre acte de leur implication relative dans la crise du crédit immobilier américain. Dans notre note du 17 septembre, nous parlions de la Northern Rock Bank.

 
Le marché financier global a en quelque sorte mutualisé les risques, notamment avec les produits dérivés : c’est une gigantesque salade niçoise, pour reprendre une expression usitée par ailleurs. L’avantage de la mutualisation, c’est bien sûr la dilution des pertes sur un nombre plus élevé de perdants ; elle n’empêche pas les pertes.

 
Le 1 octobre, les suisses UBS (leader incontesté en gestion) et Crédit Suisse, ainsi que le géant américain Citigroup (n° 1 mondial par la capitalisation), on lancé des avertissements sur leurs comptes.

 
Nous accordons une mention spéciale à UBS, qui pour la 1ère fois depuis 9 ans affichera une perte trimestrielle comprise entre 360 et 482 millions d’euros avant impôts. UBS va enregistrer 2,4 Milliards d’euros de dépréciations de valeur… Face à des nouvelles aussi calamiteuses, il convient d’annoncer en parallèle des « bonnes » nouvelles pour les analystes financiers : UBS n’a pas dérogé à cette règle, en annonçant la suppression de 7 % de ses effectifs (soit 1.500 personnes) en banque d’investissement dont le Directeur Général Huw JENKINS est viré (lui doit avoir de toute façon son parachute…).

Pour le Crédit Suisse, c’est pour l’instant une baisse de 20 % de ses résultats trimestriels.

Pour Citigroup, c’est une baisse de 60 % de son bénéfice. Pour son patron Charles PRINCE, c’est « une évidente déception » : il parle d’« une mauvaise performance dans le marché du crédit obligataire, des dépréciations sur des créances relatives à des prêts à effet de levier et une augmentation des coûts du crédit à la consommation. »
On le voit : la crise des « subprime » s’est propagée dans le système financier américain.

En France, les grandes banques affirment que l’impact serait extrêmement limité dans leurs comptes trimestriels : rendez-vous début novembre.
Seul le Crédit Agricole fut victime d’un « trader fou ».

Alexandre Anizy

L'Allemagne déchante, la BCE va bouger

Publié le par Alexandre Anizy

Pour 2008, l’Allemagne est en train de revoir ses prévisions à la baisse : seulement 2 % de croissance au lieu de 2,4 %. Le gouvernement allemand prend en compte les impacts de la crise de l’immobilier américain (les fameux « subprime ») et la surévaluation de l’euro pour réviser son taux de croissance prévisionnel.
L’incompétent ministre LAGARDE serait bien inspiré de les imiter.

Dans la matinée de lundi, l’euro valait 1,4283 USD, soit une hausse de 3 % en 2 semaines. Tout le monde s’accorde pour dire que les « fondamentaux » européens ne peuvent pas justifier un tel taux. Même Jean-Claude JUNCKER, le Président de l’Eurogroupe, se dit « de plus en plus préoccupé » en déclarant : « Je n’accepterai plus que l’on considère comme normal que l’Europe doive à ses dépens gérer les conséquences des déséquilibres globaux. L’Europe ne peut pas être la partie de l’économie mondiale qui doit supporter les conséquences des abstentions des autres. »

Economiquement, l’Allemagne sait qu’elle va déchanter en 2008, comme les autres pays de l’Europe. La BCE va donc bouger.
L’euro imperator TRICHET va pouvoir donner sa nouvelle leçon magistrale : silence dans les rangs !

Alexandre Anizy

Bientôt le protectionnisme ?

Publié le par Alexandre Anizy

De nos jours, poser la question d’un retour au protectionnisme ou plus exactement oser remettre en cause le libre échangisme vous classe immédiatement parmi les extrémistes, de gauche ou de droite, ou bien un archaïque.

La question centrale est la suivante : le libre échange avec la Chine, par exemple, devrait permettre aux consommateurs européens d’obtenir des produits manufacturés à des prix inférieurs à ceux offerts par les unités de production européennes. Est-ce vraiment le cas ? Par exemple, le jouet qui était fabriqué dans le Jura et acheté toutes taxes comprises 100 € en France, lorsque sa production est délocalisée en Chine, à quel prix TTC revient-il sur le marché ? Globalement, on ne peut pas dire que ces produits reviennent avec une baisse de 5 % : les consommateurs n’ont pas vu ce mouvement général de baisse des prix, ce que l’indice INSEE a confirmé.

Ce qu’on observe, c’est : les usines européennes ferment et les emplois industriels diminuent ; les produits importés n’apportent pas de bénéfices monétaires aux consommateurs. C’est un jeu perdant-perdant.

 

« Dans nos relations avec la Chine, nous ne profitons pas des supposés bénéfices du libre échange. C’est pour cela que le retour d’un nouveau protectionnisme est inéluctable. » Jean-Luc GRéAU (in Libération du 9 juillet 2007, page 14) J-L GRéAU n’a rien d’un hurluberlu : c’est un ancien lobbyiste au CNPF puis MEDEF, qu’il a quitté en 2004.

Il précise : « Le problème c’est que ces nouveaux pays (il parle de la Chine et de l’Inde, A.A.) ont choisi un mode de développement qui privilégie la croissance de leurs exportations au détriment de l’énorme potentiel de leur demande intérieure et donc d’un certain progrès social. »

En effet, on sait que la pauvreté a augmenté en Chine : voir nos notes sur le bluff chinois.

 

3 décisions majeures de la Chine montrent que les choses n’évolueront pas autrement :

  • Hausse de 30 % des droits de douane à l’importation de certains biens d’équipement ;
  • Création d’une société à capitaux publics pour construire demain un avion de ligne chinois concurrent de Boeing et Airbus ;
  • Investissements sur les marchés financiers en utilisant une partie des réserves de change.

Pendant ce temps, l’Europe continue à se dépiauter.

 
Ce n’est pas le cas des USA. Par exemple, Hillary CLINTON et Barack OBAMA ont dans leurs programmes une proposition de loi visant à taxer les produits importés de Chine tant que ce pays n’aura pas réévalué sa monnaie (le yuan). Pourquoi ? Pour aller vite et en dernière analyse, c’est parce qu’« il n’est pas tenable dans un pays à forte croissance que depuis 30 ans les salaires réels des travailleurs peu ou pas qualifiés, soit un tiers des gens, stagnent. Cela crée des tensions et commence à affecter la classe moyenne. » Jeffry FRIEDEN (Professeur à Harvard) (in Figaro du 11 juillet 2007).

Les Américains ont laissé depuis longtemps aux Européens le soin d’appliquer aveuglément chez eux l’idéologie qu’il véhicule par ailleurs pour dominer les échanges : chez eux, le pragmatisme règne toujours, même chez les politiques. Par exemple, il est absurde de prétendre que REAGAN avait instauré une politique de l’offre.  


Mais pour les eurocrates libéraux comme Nelly KROES, Peter MANDELSON ou Alistair DARLING (nouveau ministre des Finances anglais), c’est pêle-mêle «une politique purement défensive », « la concurrence n’est pas un gros mot », « le patriotisme économique est une absurdité ».

Quant au social-traître Pascal LAMY, directeur général de l’OMC, il affirme que « la mission de l’institution (l’OMC, A.A.) correspond à mes engagements : réguler les échanges pour faire reculer la pauvreté » (in Libération du 29 septembre 2007).

En tout cas, la pauvreté intellectuelle s’est aggravée en Europe.

Alexandre Anizy

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