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notes economiques

La BCE répond aux attentes allemandes

Publié le par Alexandre Anizy

La BCE vient de décider cette semaine de maintenir ses taux directeurs, ce qui n’est franchement pas une surprise. Mais elle se considère aussi « dans une position d’alerte absolue » contre toute flambée des prix.

Diantre ! Quelle sorte d’inflation cachée aurait-elle révélée ?

 
D’une part, nous avons déjà dit avec Patrick ARTUS qu’il n’y avait pas d’inflation dans la zone euro (lire la note économique du 11 décembre 2007) :« C’est un pur ajustement de l’économie réelle, lié à la rareté des matières premières ou à l’évolution de la productivité. L’inflation monétaire a été éradiquée par l’arrivée des pays émergents. »

D’autre part, nous avons aussi admis avec Patrick ARTUS que la BCE commettait une grave erreur d’analyse économique en se focalisant sur l’inflation totale, et non pas sur l’inflation sous-jacente (lire la note économique du 20 décembre 2007).

 
Alors, où est le danger inflationniste ?

Explication  de la BCE : « Nous vous [les décideurs] appelons à ne pas laisser s’enclencher la spirale de l’inflation résultant du pétrole, des matières premières … de l’alimentation et d’un certain nombre de décisions prises auparavant, y compris en matière de fiscalité indirecte. »
« Tout plan d’indexation des salaires nominaux sur les prix devrait être supprimé. (…). La BCE surveille les négociations salariales avec une attention particulière. »

En clair : nous ne voulons pas d’augmentation des salaires.

 
Quel pays a relevé de 3 points son taux de TVA en janvier 2007, ce qui ne pouvait être que néfaste pour l’inflation totale chère à la BCE ? L’Allemagne.

Dans quel pays a commencé le 10 janvier un cycle annuel de révision des salaires avec une demande de hausse de 8 % pour les fonctionnaires ? L’Allemagne.

 

Force est de constater que la BCE se soucie tout particulièrement des intérêts de l’économie allemande, prise globalement et selon ses critères, pour fixer sa politique monétaire.

A Francfort, les archaïques veillent à la santé de l’euromark.

 

Alexandre Anizy

Pour une politique de change de l'euro

Publié le par Alexandre Anizy

En 2007, L’Europe et les Etats-Unis avaient le même problème qui se nomme ralentissement de l’activité économique.

 
La banque centrale américaine (FED), en phase avec le gouvernement, réduit très significativement son taux directeur : d’abord 0,5 point, puis 0,25, et encore 0,25 point… Il s’ensuit une dépréciation importante du dollar, mouvement qui soutient l’activité économique.

 
Obnubilée par l’inflation, la banque centrale européenne (BCE) voulut relever ses taux d’intérêt, mais elle y renonça de peur d’être responsable d’une récession : en ne décidant pas sa politique, elle ne combattait pas l’inflation dont elle parlait et elle ne soutenait pas non plus l’économie. Mais rester passive devant la baisse du dollar et la montée de l’euro, c’est accepter le ralentissement économique dû à une perte de compétitivité provoquée par le taux de change.

« La BCE laisse ainsi le taux de change faire le choix qu’elle n’ose pas assumer clairement. » Jean-Pierre VESPERINI (Professeur des Universités ; Membre du Conseil d’Analyse Economique)  

 
Il ajoute : « La politique de change est donc centrale. C’est elle qui commande l’orientation de toute la politique économique.  (…) Seule l’Europe n’a pas de politique claire, ce qui est une des raisons de la faiblesse de sa croissance, de sa désindustrialisation et des délocalisations. »
 

Il faut définir la politique de change de l’euro : c’est en dernière analyse du ressort des politiques.

 

Pendant la campagne présidentielle, le candidat Nicolas SARKOZY DE NAGY BOCSA relevait l’inadaptation du taux de change de l’euro, qui valait 1,35 USD à ce moment-là. Que fait le Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA alors que l’euro vaut 1,46 USD à la fin de décembre, soit une hausse de 8 % ? Rien.

S’il persiste dans cette indolence, le déclin relatif de la France et de l’Europe dans le monde se poursuivra. 

 

Alexandre Anizy

Est-ce la fin du dollar ?

Publié le par Alexandre Anizy

Avec un taux de change d’environ 1,50 USD pour 1 euro, nous sommes loin des « fondamentaux » qui placent la parité entre 1,10 et 1,20.

Cette sous-évaluation du dollar va perdurer.

 
Pour l’économiste Daniel COHEN, il existe 2 risques catastrophistes.
Le premier serait le dévissage du dollar aboutissant au démantèlement de la zone dollar : l’euro deviendrait un actif de réserve.
Le second serait plus radical : une grave crise financière déclenchée par la hausse brutale et inattendue des taux par la banque centrale américaine (FED).

« Nous sommes actuellement au sommet d’une colline sans savoir de quel côté nous risquons de tomber : krach financier ou démembrement de la zone dollar. » (Daniel COHEN, Nouvel Observateur du 3 janvier 2008)

 

« D’une façon générale, l’euro fort veut dire que les exportateurs vont souffrir (…). Cela signifie donc une réduction des marges et une moindre croissance, même si l’euro fort nous permet de payer moins cher notre pétrole facturé en dollars. » (Daniel COHEN, idem)

La réponse des industriels sera inéluctable : délocalisation pour cause de surévaluation de la devise euro.

Il faut souligner ici l’incurie des experts financiers, car comme l’écrit Daniel COHEN, « on aurait aimé que leur sophistication extrême permette aux entreprises qui le souhaitent de se protéger des risques de change, ce qui éviterait de devoir délocaliser. »

 

Avec l’euro fort, il y a une bonne nouvelle : les grandes entreprises européennes auront entre 5 et 7 ans pour racheter les firmes américaines.

Beaucoup de business en perspective pour les banques : c’est peut-être plus juteux que les opérations contre le risque de change …

 

Alexandre Anizy

Les archaïques des Banques Centrales VIII

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire notre note I du 21 novembre 2007 « Les archaïques des Banques Centrales », note II du 30 novembre, note III du 11 décembre, note IV du 20 décembre, note V du 27 décembre, note VI du 28 décembre 2007, note VII du 2 janvier 2008)

 
Nous concluons ici avec Patrick ARTUS en donnant quelques éléments de réponse pour le dessein d’une banque centrale idéale.

 
Alors qu’aucune institution publique déterminant une politique n’est indépendante, celle qui gère la monnaie (au sens large) est indépendante et elle est en charge uniquement de la stabilité des prix : ce type d’organisation institutionnelle monétaire est anormale. Même si on admet que cette forme organisationnelle était pertinente dans les années 70 et 80, force est de constater qu’elle est aujourd’hui dépassée, voire nuisible à l’intérêt général.

 

Dans la zone euro, dans les années 60 et 70, les pays participaient à la bataille des taux de change : la création de l’euro a mis un terme à cette pratique. Mais la guerre économique a-t-elle cessée ? Non.

Par exemple, l’Allemagne pratique une lutte par les coûts de production, qui associe le secteur privé (baisse massive des coûts salariaux) et le secteur public (transfert des charges sociales vers la TVA dont on augmente le taux normal de plusieurs points), afin de gagner des parts de marché. C’est assurément une politique nationale non coopérative.

Mais contrairement à la guerre des taux de change, la lutte par les coûts de production aboutit, toutes choses égales par ailleurs, à la déflation.

 

Dans le cas des Etats-Unis, il est certain que la FED du temps de Paul VOLCKER se devait de mener une politique restrictive pour faire redescendre l’inflation.

« Aujourd’hui, la politique budgétaire des Etats-Unis montre parfois des déficits publics très importants, mais il s’agit en fait d’une politique très contracyclique, et les déficits se réduisent rapidement lorsque l’activité redémarre. On peut évidemment critiquer les déficits extérieurs des Etats-Unis mais on ne peut pas les attribuer à la politique budgétaire. Ils sont dus à une politique monétaire qui, ayant laissé monter (ou fait monter) les prix des actifs, a laissé persister une situation de taux d’épargne des ménages très faible (même négatif) » (Patrick ARTUS, « les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation », édition Perrin août 2007, p.129)

 
L’argument qui veut que les BC indépendantes soient un rempart contre les errements inflationnistes des gouvernements ne tient plus.

 

Si l’inflation sous-jacente (i.e. hors énergie et matières premières) est faible, quelle politique pour la BC ?

 
« Il faut, en l’absence d’inflation, un autre objectif final que la croissance, qui puisse rentrer en conflit avec l’objectif de croissance, avoir une importance économique, et conduire au choix d’un taux d’intérêt optimal qui ne soit pas seulement le plus bas possible. A quoi peut-on penser ? D’une part au taux de change, d’autre part au prix des actifs et au crédit. (…) Si le taux de change ne peut pas être l’objectif concurrent du taux de croissance, il reste les prix des actifs et le crédit. (…) on peut très bien imaginer pour les banques centrales un objectif mixte inflation/crédit – prix de l’immobilier. » (Patrick ARTUS, idem.131 et 132)

 

Quelle responsabilité pour la BC ?

 
« Pour qu’il puisse y avoir responsabilité, il ne peut pas y avoir indépendance d’objectif (…). La responsabilité implique donc que l’objectif de la banque centrale soit défini en accord avec le gouvernement ou le Parlement, que le respect ultérieur de cet objectif soit alors examiné, et que la banque centrale dispose de l’indépendance sur les instruments (elle est libre de mettre en œuvre les politiques monétaires qu’elle juge les plus efficaces pour réaliser l’objectif fixé conjointement). »  (Patrick ARTUS, ibidem, p.135)

 
« (…) les caractéristiques d’une banque centrale idéale : elle aurait une multiplicité d’objectifs choisis avec le gouvernement et le Parlement ; elle serait transparente et responsable du respect de ses objectifs et de la qualité de ses analyses (…). » (Patrick ARTUS, ibid., p.139)

                                                           

 
Nous l’avons souligné dès la 1ère note sur les archaïques des banques centrales : Patrick ARTUS, malgré le titre provocateur de son livre, n’a rien d’un économiste « révolutionnaire » ou ultralibéral.

Bien au contraire, et c’est pourquoi la finesse de son analyse étayée par des faits et des chiffres incontestables, la qualité de sa démonstration, et la sagesse de ses propositions, nous ont semblé dignes d’intérêt :

« Nous ne défendons pas l’idée qu’il faut faire disparaître les banques centrales, mais plutôt qu’il faut revenir aux origines. (…) il faudrait que les banques centrales se posent des questions qui sont assez voisines de celles du XIXème siècle : quelle est la bonne quantité de liquidité ? Où sont les risques (dans les banques, les marchés financiers) ? Comment réagir à temps aux crises ? »   (Patrick ARTUS, ibid., p.161)

 

Alexandre Anizy

Les archaïques des Banques Centrales VII

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire notre note I du 21 novembre 2007 « Les archaïques des Banques Centrales », note II du 30 novembre, note III du 11 décembre, note IV du 20 décembre, note V du 27 décembre, note VI du 28 décembre 2007)

 
Selon Patrick ARTUS, dans son livre « les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation », édition Perrin août 2007, 14,80 €), il existe 3 biais de comportement dangereux des banques centrales.
 

Aversion chronique pour l’expansion monétaire et l’expansion du crédit

Observons les années 2004-2007.

Aux Etats-Unis, le ralentissement attendu de la croissance dû notamment à la baisse d’activité de construction (mises en chantier chutent de 20 % à la mi-2006 par rapport au pic de 2005 ; stock de maisons invendues croît fortement depuis 2004, i.e. 4 millions au lieu de 2 millions ; le prix des maisons est en baisse à partir de l’été 2005) n’a pas freiné la hausse du taux des Feds Funds (taux d’intervention de la FED) jusqu’à la fin de 2006.

Dans la zone euro, la BCE a monté ses taux directeurs pendant toute l’année 2006, malgré les menaces qui pèsent sur la croissance en 2007 : ralentissement de l’activité américaine, retournement prévisible des taux d’intérêt américain, baisse du dollar par rapport à l’euro, politique budgétaire de restriction notamment en Allemagne et en Italie, dépendance de la croissance au crédit aux ménages (donc forte sensibilité aux taux d’intérêt), progression du pouvoir d’achat quasiment nulle.

Au Japon, dès le printemps 2006, la BC a piloté une hausse des taux courts et longs en réduisant la base monétaire. Pourtant, l’indice des prix publié durant l’été 2006 révèle une inflation négative (hors énergie) !

 
« Ces 3 banques centrales ont semblé dans la période récente très pressées de sortir d’une politique monétaire expansionniste » (Patrick ARTUS, idem, p.108)

 

Dangers d’un objectif d’inflation pour la stabilité financière mondiale

L’objectif d’inflation est de plus en plus consensuel dans l’économie globalisée. De quoi s’agit-il ?

A partir de ses hypothèses (prix du pétrole, croissance mondiale, etc.) et de sa politique monétaire, la banque centrale prévoit une inflation future. Comme la BC a un objectif d’inflation, elle ajuste sa politique monétaire pour faire coïncider « inflation future » et « objectif d’inflation ».

Cela signifie que la BC considère que le meilleur indicateur avancé de l’inflation future est sa propre prévision.

Si on observe les statistiques, l’inoculation d’une dose d’humilité à ces banquiers savants s’impose.

Bon nombre de BC contrôle l’inflation domestique sans se préoccuper du taux de change : il faut croire qu’elles partent du principe que le choix de l’objectif d’inflation est une pierre philosophale qui va mettre à bas les problèmes de déséquilibres monétaires et financiers, les déviations du taux de change, les problèmes de balance des paiements. Ce qui est faux bien entendu.

Prenons l’exemple des pays émergents.

Croissance forte, insuffisance des capacités de production, absence de concurrence : autant d’éléments qui créent la pression inflationniste. En réponse, les BC mènent une politique monétaire restrictive, qui va peser sur l’investissement (donc le développement) et attirer les capitaux étrangers alléchés par les taux d’intérêt qui montent, ce qui aboutit à une hausse du taux de change, i.e. une baisse de la compétitivité à long terme.

Le cas du Brésil est typique : la BC maintient des taux d’intérêt réels de 10 % (début 2007), ce qui réduit la croissance (à peine 3 % !) et apprécie la devise de 100 % en 4 ans.

Les rentiers adorent le Brésil.  

 

Souffrance des pauvres lors d’un durcissement monétaire

Prenant l’exemple du Royaume-Uni, Patrick ARTUS fait le constat suivant :

Les inégalités de revenus se sont accrues depuis 1995, sous Tony BLAIR, au profit d’une petite minorité ;

Les bonus de la City représentent 2 % du PIB en 2007 ;

En 2005, 95 % des crédits hypothécaires sont signés par des Britanniques aisés.

Alors, quand la Banque d’Angleterre augmentent ses taux d’intérêt, ces gens-là continuent à consommer et à acheter des biens immobiliers, et comme le poids de cette classe fortunée pèse lourdement sur le niveau de l’activité économique, la même Banque d’Angleterre, penaude, constate que l’inflation perdure…

Mais au Royaume-Uni, comme les crédits immobiliers sont à taux variables, la hausse des taux courts décidée par la BA provoque immédiatement la montée des intérêts payés : le nombre de Britanniques en situation de faillite personnelle, i.e. incapables de payer le service de leur dette) est multiplié par 3 entre la fin de 2004 et le début de 2007. 

 
Si la politique monétaire de la BA n’a pas freiné l’inflation, elle a placé un nombre important de Britanniques modestes dans de graves difficultés financières.

 

Pour conclure aujourd’hui, on peut dire qu’en focalisant leur politique monétaire sur la stabilité des prix, les BC obtiennent les résultats suivants :

Casse des reprises économiques ;

Instabilité des taux de change ;

Accroissement des inégalités sociales.

 
Avec un tel bilan, il est difficile de « penser positif ».

 

Alexandre Anizy

A suivre … les archaïques des Banques Centrales VIII

 

Les archaïques des Banques Centrales VI

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire notre note I du 21 novembre 2007 « Les archaïques des Banques Centrales », note II du 30 novembre, note III du 11 décembre, note IV du 20 décembre, note V du 27 décembre 2007)

 
La thèse officielle des banques centrales est la suivante :

« Il n’y a donc pas de « conflit d’objectifs » pour la politique monétaire : stabiliser le prix des biens et services et stabiliser le prix des actifs est équivalent, donc il n’y a pas de motif à créer un objectif séparé de stabilité des prix des actifs. » (Patrick ARTUS, « les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation », édition Perrin août 2007, p.81)

 

Ben BERNANKE (FED) a même soutenu qu’ajouter cet objectif contribuerait à faire apparaître une variabilité intenable de la politique monétaire.

 
Si c’est vraiment la même chose, les évolutions respectives doivent pouvoir le confirmer.

Aux Etats-Unis :
de 1996 à 2006, l’inflation a varié de 2 à 3,5 % par an ;
de 1998 à 2003, les prix de l’immobilier ont varié de 6 % par an ;
de 2004 à 2006, les prix de l’immobilier ont varié de 10 % par an ;
de 1996 à 2000, les cours boursiers ont été multipliés par 2,5.

Dans la zone euro :
Inflation autour de 2 % ;
Prix de l’immobilier ont augmenté de 12 % par an en 2004-2005.

Au Royaume-Uni :
De 1998 à 2005, inflation extrêmement faible ;
Certaines années (1999-2000, 2002, 2004) les prix de l’immobilier ont augmenté de 15 à 25 % par an.

Au Japon de 1986 à 1989, avant la crise patrimoniale :
Inflation inexistante ;
Cours boursier multipliés par 3 ;
Les prix des maisons ont augmenté de 40 à 60 %.

« En réalité, prix des biens et services et prix des actifs sont totalement déconnectés, et leurs évolutions posent deux problèmes distincts aux banques centrales. » (Patrick ARTUS, idem, p.82)

 

Autres arguments des banques centrales pour défendre leur thèse officielle.

Savent-elles mieux que « le marché » le bon prix d’un actif ? Non.

Pour les cours boursiers, cela est sans doute vrai ; mais lorsque les prix des maisons, au Royaume-Uni, en Espagne, en Australie, doublent relativement aux prix des biens et services, même un banquier peut comprendre qu’il s’agit d’une hausse excessive.

 

Le comportement dit d’aléa de moralité.

Ce comportement vient de la théorie de l’assurance : si une voiture est assurée contre le vol, son propriétaire ne fait plus attention à la fermer.

Ainsi, si les BC stabilisent les prix des actifs, les détenteurs de ces actifs auront une assurance contre le risque de variation de ces prix, donc ils ne feront plus attention à leurs investissements risqués…

Cet argument est valable pour les actions, mais pas pour l’immobilier résidentiel qui n’est que marginalement un investissement financier risqué.

 

Les prix des actifs ne sont pas contrôlables.

Faux. Les prix de l’immobilier dépendent directement du crédit, que les banques centrales peuvent facilement contrôler.

 

 
Bien entendu, ce n’est pas la stabilité des prix de l’immobilier qu’il faut prendre pour objectif, mais des limites raisonnables à leurs variations. Encore faut-il agir à bon escient : si les BC attendent des prix d’actifs et des taux d’endettement élevés pour monter les taux d’intérêt, elles provoqueront la même catastrophe, toutes choses égales par ailleurs, qu’au Japon dans les années 90.  

Maintenant prenons le cas des Etats-Unis.

En 2007, la dette des ménages correspond à 130 % de leur revenu contre 90 % en 1996, avec des défauts de paiement très bas jusqu’à la crise des « subprime » cet été, sachant que les intérêts payés aujourd’hui sont inférieurs à ceux de 1990 : faut-il agir pour arrêter la progression de la dette ?

Lorsque de 1995 à 2000, le Nasdaq (indice de valeurs technologiques) a été multiplié par 7, il ne fait guère de doute qu’il fallait limiter cette hausse par une politique monétaire restrictive.  

Ce que fit la Banque d’Angleterre en 2004, quand le prix relatif des maisons a doublé depuis 1996.

 

 
Depuis 10 ans, l’orientation de la politique monétaire mondiale dépend beaucoup de la politique monétaire et de change des pays émergents.

L’intégration des marchés financiers est une réalité : la banque ou l’assureur japonais peut acheter, à partir de ses ressources monétaires nationales, des actions, des obligations, des actifs immobiliers aux Etats-Unis ou en Europe. Dans ces 2 zones, les marchés des actifs dépendent aussi de la politique monétaire du Japon. 

L’accumulation des excédents commerciaux dans les réserves de change correspond à la politique chinoise : c’est une création de monnaie. Exemple : un exportateur chinois qui est payé en dollars les apporte à sa banque locale pour obtenir de la monnaie domestique (yuan) ; compte tenu de la politique de change quasi fixe menée par la BC chinoise, le banquier apporte les dollars à la BC chinoise qui les achète en créant des yuans. « (…) il y a donc bien parallèlement accumulation de réserves de change et création monétaire, qui alimente la liquidité mondiale. » (Patrick ARTUS, idem, p.95)

La liquidité mondiale circule, comme nous venons de le voir : ce mécanisme explique 90 % de la hausse des liquidités. Ce qui signifie que l’influence des banques centrales des grands pays est faible.

Exemple des taux d’intérêt à long terme aux Etats-Unis et dans la zone euro : « Les marchés obligataires sur le dollar et sur l’euro sont des marchés complètement internationaux, où les investisseurs étrangers ont un poids très important ; de ce fait, l’équilibre des marchés obligataires, qui détermine les taux d’intérêt à long terme, dépend de la politique monétaire mondiale (…) c'est-à-dire dépend des politiques d’accumulation des réserves de change dans les pays émergents beaucoup plus que des choix de politique monétaire (des niveaux de taux d’intérêt à court terme) aux Etats-Unis et dans la zone euro. » (Patrick ARTUS, ibid., p.97)

 
En fait, la FED et la BCE ne contrôle que les taux d’intérêt à court terme.

 
En 2006, Ben BERNANKE (FED) a écrit que le niveau bas des taux d’intérêt à long terme était dû à l’abondance de la liquidité mondiale. La BCE continuait de penser que c’était dû à sa crédibilité.

 

Alexandre Anizy

 
A suivre … les archaïques des banques centrales VII

Les archaïques des Banques Centrales V

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire notre note I du 21 novembre 2007 « Les archaïques des Banques Centrales », note II du 30 novembre, note III du 11 décembre, note IV du 20 décembre)

 

La question de la coordination des politiques structurelles (budget, fiscalité, marché du travail, etc.) et de la politique monétaire se pose bien, notamment dans la zone euro, puisque les réformes structurelles (déréglementation des marchés des biens et du travail – initiée par le démocrate CARTER, rappelons-le ici) ont été réalisées aux Etats-Unis dans les années 80.

 

Depuis 1995, les gains de productivité dans la zone euro varient autour de 1 %, parce que l’investissement productif est insuffisant (notamment dans les nouvelles technologies), parce que les gains de productivité dans les services (financiers, distribution, aux entreprises) sont faibles, parce que les dépenses de Recherche et Développement sont insuffisantes, parce que les efforts pour l’Enseignement supérieur sont insuffisants.

 

De 2000 à 2005, la productivité par tête aux Etats-Unis est supérieure à celle de la zone euro de 2,2 points par an. Les dépenses de Recherche et Développement représentent 2,7 points du PIB aux Etats-Unis et seulement 1,8 dans la zone euro : 75 chercheurs pour 10.000 emplois aux Etats-Unis pour seulement 29 dans la zone euro ; 21.000 dollars dépensés par étudiant aux Etats-Unis pour seulement 10.000 dollars dans la zone euro. Il n’y a donc pas de mystère concernant l’écart des gains de productivité entre les Etats-Unis et la zone euro.

 

 
Face à la détérioration des finances publiques, les gouvernements sont enclins à augmenter la pression fiscale indirecte : en 1997, le Japon a élevé le taux de TVA de 2 points, l’Allemagne de 3 points en 2007.

L’expérience japonaise montre que les résultats sont négatifs voire catastrophiques, puisqu’on obtient : hausse des prix et baisse de la demande intérieure, défauts d’entreprises aboutissant à une crise bancaire, chute des prix des actifs (actions, immobilier).

Une politique de restriction budgétaire couplée à une stimulation de la demande serait plus judicieuse. S’inspirer de l’exemple suédois où les dépenses publiques sont passées de 72 % à 60 % du PIB. Mais dans un tel cas de baisse forte des dépenses publiques et de l’emploi, il faut contrecarrer la contraction de la demande, et par conséquent la baisse de l’activité, par une expansion monétaire. En Suède, durant cette période de réformes structurelles, le taux d’intérêt à court terme passe de 11 % à 4 %, et le taux de change de la couronne suédoise par rapport au mark allemand chute de 30 %.

Pour réussir le changement, il faut impérativement agir simultanément sur les politiques structurelles et les politiques monétaires. Or, la BCE jouit d’une indépendance totale grâce au Traité fondateur, et l’euro imperator TRICHET y veille, comme le mari jaloux étouffe sa conjointe.

« Cette définition « étendue » de l’indépendance exclut donc la coordination entre la politique monétaire et les politiques de réforme structurelle. » (Patrick ARTUS, « les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation », édition Perrin août 2007, p.70)  

 

Dans l’état actuel des mentalités et des rapports de force, nous constatons que la zone euro est dans une impasse économique.

 

 
Alexandre Anizy

 
A suivre … les archaïques des Banques Centrales VI

Les archaïques des Banques Centrales IV

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire notre note I du 21 novembre 2007 « Les archaïques des Banques Centrales », note II du 30 novembre, note III du 11 décembre)

 
Les banques centrales suivent les évolutions de la demande intérieure, du crédit, de l’emploi, pour estimer l’évolution de l’inflation, comme aux temps des économies fermées.

« En réalité, les liens entre crédit, demande, emploi, inflation et salaires se sont énormément distendus dans les grands pays de l’OCDE. »  (Patrick ARTUS, « les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation », édition Perrin août 2007, p.53)  

 
En effet, les importations sont en mesure de répondre vite à une augmentation de la demande intérieure : autrement dit, les tensions sur les marchés du travail et des biens, consécutives à une hausse de la demande intérieure, disparaissent puisque les importations satisfont les besoins sans inflation.

 
Pourtant, les Banques Centrales n’ont pas changé leurs techniques d’analyse et continuent de s’attribuer les lauriers, dans un monde globalisé, pour la baisse de l’inflation grâce à « leur crédibilité ». On rêve.

La FED mène une analyse sur des bases strictement domestiques (lire les déclarations de son Président Bern BERNANKE) ; la BCE remonte ses taux à partir de 2005, au vu de certains indicateurs domestiques favorables, alors qu’il n’y a pas de reprise économique dans la zone euro.

 

Précisons les choses.

La FED a dit qu’elle surveillait l’inflation sous-jacente, c'est-à-dire en excluant les prix de l’énergie et de l’alimentation.

La BCE semble (avec cette citadelle, jouissant d’une liberté totale, la clarté n’est pas toujours au rendez-vous) suivre l’évolution de l’inflation totale : c’est une grave erreur d’analyse économique (lire note III).

« La concentration de la BCE sur l’inflation totale, et non sur l’inflation sous-jacente, est donc inexplicable. » (Patrick ARTUS, idem, p.60) 

 
Il faut compléter par le retour de l’analyse monétaire, parce que la croissance trop rapide de M3 (c'est-à-dire l’ensemble des liquidités) et du crédit au secteur privé indiquerait un retour de l’inflation.

Or une telle analyse démontre que les changements économiques et monétaires (la globalisation) n’ont pas été pris en compte : en effet, parce que les marchés financiers (nouveaux instruments, nouveaux acteurs) ont évolué, parce que la culture financière a progressé, les épargnants et les investisseurs font des choix d’investissement et de portefeuille de plus en plus sophistiqués.

« Il n’y a donc plus de lien rigide stable entre la masse monétaire (M3) et la production, donc les prix, puisque la masse monétaire n’est qu’un élément parmi les autres, de poids variable, dans les choix de portefeuille. » (Patrick ARTUS, ibid., p.61)

 
Le tableau sera complet si on ajoute la médiocrité de l’analyse du lien entre monnaie, crédit et inflation.

Les banques centrales pensent qu’elles doivent réagir, si la distribution de crédit s’accélère, en durcissant la politique monétaire. C’était vrai, disons il y a 20 ans : plus de crédit (donc M3 en hausse) donne plus de demande, et si l’appareil de production est quasi saturé, cela aboutit inéluctablement à plus d’inflation.

« Mais dans les économies contemporaines, le supplément de crédit se porte sans aucune difficulté sur les produits importés et ne génère ainsi aucun risque inflationniste domestique. » (Patrick ARTUS, ibid., p.63)

 

En lisant ARTUS, on a vraiment l’impression que ceux qui dirigent les banques centrales, notamment l’euro imperator TRICHET, ne savent pas que nous vivons dans une économie mondialisée.

 

Alexandre Anizy

 
A suivre … les archaïques des Banques Centrales V

Réserves de pétrole et d'uranium, plan éolien anglais

Publié le par Alexandre Anizy

Le groupe d’experts et de chercheurs allemands Energy Watch Group (EWG) a publié un 3ème rapport le 22 octobre.

Les 2 premiers concernaient l’uranium et le charbon : ils prévoyaient un épuisement total des ressources en uranium entre 2030 et 2070, avec des difficultés d’approvisionnement pour les centrales nucléaires avant 2020, et un pic mondial de production du charbon vers 2025.

 
Ce 3ème rapport affirme que le pic mondial de pétrole est survenu en 2006. Au lieu de fonder ses prévisions sur les données de réserves « officielles », dont on a dit qu’elles étaient fausses (lire nos notes sur la question du pétrole), EWG préfère utiliser les données de production et de découvertes passées, en publiant néanmoins leurs chiffres de réserves mondiales qui sont de 854 milliards de barils, soit 30 % de moins que celles des agences officielles de collecte.

 
La production de l’ex-URSS et de l’Afrique croîtra encore jusqu’en 2010, quand toutes les autres ont entamé l’irréversible descente. Seule l’Afrique produira plus de pétrole en 2020 qu’en 2005.

Concernant le plus grand gisement du monde, Ghawar, situé en Arabie Saoudite, il est déjà en déclin. L’Arabie Saoudite ne pourra donc plus augmenter sa production, qui a d’ailleurs baissé d’1 million de barils par jour depuis décembre 2005 et qui stagne depuis le printemps 2007. En août 2007, le roi Abdullah a déclaré : « Le boom du pétrole est terminé et ne se reproduira pas. Chacun de nous doit s’habituer à un style de vie différent. »

Si on prend les principales compagnies pétrolières, leur production cumulée a stagné depuis 10 ans : pour Shell, c’est même une baisse de 20 %.


Pour EWG, la production mondiale de pétrole devrait passer de 81 millions de barils par jour en 2006 à 58 millions en 2020, puis 39 millions en 2030. C’est là la plus alarmante découverte de ce rapport : la très rapide baisse de la production après le pic.

Pour Jorg SCHINDLER, ces difficultés d’approvisionnement vont fortement influencer les décisions politiques et économiques.

 
Pour nous, c’est déjà le cas pour les Etats-Unis, la Chine, par exemple.

 

Il semble que les Anglais prennent toute la mesure du problème : le secrétariat d’Etat aux Entreprises et à l’Energie vient d’annoncer un projet grandiose.

Il s’agit grâce à l’éolien d’alimenter l’ensemble des foyers britanniques en électricité pour 2020 ! Pour cela, 7.000 éoliennes offshore (33 gigawatts pour 25 millions de foyers) devront être implantées, uniquement le long des côtes anglaises avec 2 turbines par mile dans des eaux de 60 mètres de profondeur maximum.

On a bien noté « le long des côtes anglaises » : les arguments naturels et techniques n’expliquent certainement pas à eux seuls cette localisation strictement anglaise.

 

Pendant ce temps, la France pense beaucoup au « nucléaire », notamment avec l’EPR. Si EWG a raison, nous aurons l’air fin avec nos reluisantes centrales qui tourneront au ralenti faute de matière première !

 
Pendant ce temps, on observe que les Allemands maintiennent leur refus du nucléaire et sont par conséquent en avance sur la France sur les ressources énergétiques alternatives. A partir de cette question, on peut prévoir que les bonnes relations politiques avec la Russie perdureront.

 
La France devrait revoir son logiciel diplomatique.
Le Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA serait bien inspiré de pomper sur un vrai programme de rupture de la perfide Albion.

 

Alexandre Anizy

Chez AREVA, Anne LAUVERGEON délocalise

Publié le par Alexandre Anizy

Pour  vendre les 2 réacteurs nucléaires EPR (8 milliards USD), Anne LAUVERGEON a concédé le transfert de technologie à une coentreprise chinoise à 50 / 50 (AREVA / China Guangdong Nuclear Power Corp.).

A notre avis, ils se feront dépouiller, comme les autres. (Lire nos notes économiques sur le bluff chinois)

 
De plus, les futurs réacteurs EPR vendus à l’étranger seront construits en Chine : il paraît que les capacités de production en France sont insuffisantes.

 
Entre investir en France (ou en Europe, soyons magnanime) et délocaliser en Chine, Anne LAUVERGEON chez AREVA a fait le choix.  

 
Alexandre Anizy

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