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notes economiques

Fiscalité : retour vers 1913 ?

Publié le par Alexandre Anizy

En votant en octobre 2007 le régime de prélèvement libératoire à 18 %, la majorité présidentiel a opéré un changement majeur : l’impôt sur le revenu pèse principalement sur les revenus du travail, les revenus du capital ont un régime préférentiel de taxation proportionnelle à taux réduit.

 
Lorsque Joseph CAILLAUX instaura l’impôt sur le revenu en 1914, tous les revenus du capital étaient intégralement soumis au barème progressif, et se surcroît passibles de l’impôt sur les bénéfices créé en 1917, de l’impôt sur les valeurs mobilières institué en 1872 : c’était le pacte républicain.

Après la Seconde Guerre Mondiale, on commença la stratégie du salami, à savoir : exonération d’une part croissante d’intérêts d’emprunts publics, exonération des loyers fictifs, et surtout création de l’avoir fiscal en 1965 et du prélèvement libératoire. Et on arrive à cette situation en 2005 : sur 100 Milliards d’euros de revenus du patrimoine perçus, seuls 20 Milliards étaient soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu.

 
La dernière tranche du salami vient donc d’être coupée : « (…) les dividendes (…) auront dès 2008 la possibilité d’échapper purement et simplement au barème progressif (…) » Thomas PIKETTY (Libération 22 octobre 2007)

« Maintenant que les revenus du capital échappent presque intégralement au régime de droit commun, il devient aisé de faire tendre vers 0 % les taux d’imposition de ces régimes dérogatoires » (Thomas PIKETTY, idem)

La course au dumping fiscal, au sein même de l’Europe, ne s’arrêtera pas de sitôt.

 
Thomas PIKETTY nous rappelle qu’« (…) une société détaxant durablement les patrimoines (alors même que ces derniers ont retrouvé leurs couleurs d’avant 1914 !) court le risque de sclérose économique (une classe de rentiers vieillissants réapparaîtra inévitablement) et d’explosion sociale. » (ibidem)

Mais les prémices d’un retournement se font sentir, notamment pour l’impôt sur les sociétés. Thomas PIKETTY se veut alors moderne : « (…) il est possible que le XXIe siècle doive inventer son propre modèle, fondé par exemple sur l’imposition des stocks de patrimoines eux-mêmes et non plus des flux de revenus. »
Vaste chantier.

 
Alexandre Anizy

Point de vue d' Eloi LAURENT sur la mondialisation

Publié le par Alexandre Anizy

Eloi LAURENT est un économiste.

Au début de l’année 2007, l’économie mondiale venait d’achever un quinquennat exceptionnel, le meilleur depuis 1945. Le commerce international était florissant et l’inflation était contenue.

« La combinaison de ces 3 dynamiques, accélérées par des marchés financiers créatifs et libres comme jamais, résulte en grande partie de la montée en puissance des pays émergents, ou plutôt renaissants, puisqu’ils comptaient pour les ¾ de la richesse du globe avant 1820 et leur décrochage par l’Occident. » (Eloi LAURENT, Libération 30 août 2007)

Grâce à ces pays émergents, nous serions passés à une mondialisation totale, universelle et paisible : l’âge d’or, en quelque sorte ?

 
Depuis 1945, les guerres sont principalement intra étatiques, rarement interétatiques. « Il en va de l’économie comme de la politique : le problème mondial n’est pas l’absence de gains mutuels pour les pays qui s’ouvrent à la réciprocité des échanges, mais leur inégale répartition au sein des nations, à chacun selon son talent. » (Eloi LAURENT, idem)

Mondialisation et progrès techniques se lient pour remettre en cause les contrats sociaux nationaux.

 
La 1ère mondialisation, qui va de 1871 à 1914, était transatlantique. Celle qui a commencé en 1971 est transpacifique, avec ses 2 piliers du système monétaire et commercial : les Etats-Unis et la Chine.
Ces 2 pays sont à un même niveau très élevé d’inégalité des revenus (indice de Gini).

Concernant la Chine, nous vous renvoyons à nos notes économiques intitulées « le grand bluff … ».
« La crispation chinoise à l’égard de l’étranger, filtrée par l’autoritarisme du régime est en tout cas palpable. » (Eloi LAURENT, ibidem)
« Les Etats-Unis sont dans une phase (…) de remontée des inégalités vers le niveau « victorien » du début du siècle dernier et la tentation protectionniste a rarement été aussi forte. » (Eloi LAURENT, ibid.)
Ces inégalités criantes expliquent en partie la montée de la « globalophobie ».

 
Dans notre note économique du 1 octobre 2007, nous évoquions le retour du protectionnisme. Le raidissement des relations transpacifiques est incontestable.

Eloi LAURENT signale aussi le débat académique sur cette question entre Paul SAMUELSON (MIT) et Alan BLINDER (Princeton).

Les institutions internationales comme l’ OCDE et le FMI ont bien senti le vent nouveau soufflé dans les esprits des oligarchies, l’une mettant en garde contre les inégalités salariales dans les pays développés, l’autre contre les politiques déloyales de change de pays émergents.

Les historiens ont tiré les leçons de la 1ère mondialisation : protectionnisme commercial et financier d’une part, développement de l’ Etat providence.

 
« (…) les Etats-nations sont désormais au pied du mur. Il leur faut s’adapter à un monde qui pourrait être prochainement plus fermé. »
C’est en effet une perspective probable.

« Il leur faut inventer les institutions qui permettraient de réduire le degré d’inégalités générées par le développement économique. » (Eloi LAURENT, idem)
Si Eloi LAURENT pense à des institutions internationales pour régler des problèmes volontairement cantonnés au niveau local, il commet une sérieuse erreur d’appréciation des rapports économiques et sociaux.

 

Alexandre Anizy

Un zeste d'inflation ne nuirait pas

Publié le par Alexandre Anizy

La poussée inflationniste actuelle provient principalement des tensions sur les marchés de l’énergie et des matières premières : c’est, au niveau mondial, une réallocation des ressources qui est en gestation sur les différents marchés où règne la loi de l’offre et de la demande.

L’inflation sous-jacente, celle que les banquiers centraux doivent limiter en temps normal, est faible (moins de 2 %).

Comme nous l’avons dit avec Patrick ARTUS (lire les notes économiques sur « les archaïques des banques centrales »), pour résumer la situation sur le front monétaire, il n’y a pas d’inflation dans la zone euro. Partant de ce constat et compte tenu de la dégradation de la conjoncture (c’est un euphémisme), il est utile de poser la question : un zeste d’inflation nuirait-il à l’économie européenne ?

Voici la réponse de Jean-Paul POLLIN (membre du Cercle des économistes ; professeur d’Université).

 
« D’une façon générale, l’inflation a toujours un effet redistributif : il y a des pays qui gagnent et d’autres qui perdent. »

« La France a fait ses Trente Glorieuses [1945 – 1975] avec une inflation élevé (…). (…). Donc, a priori, c’est une ponction qui touche plus les détenteurs de capitaux que les salariés. »

« Aujourd’hui, la question pour les économies occidentales se résume à savoir comment va se répartir cette perte de pouvoir d’achat. »
Dans notre note du 12 janvier 2008, nous disions clairement de quel côté penche la BCE : les rentiers.

Dans la bataille entre le capital et le travail, « il y a un moment où le rapport de force c’est aussi une question de désespoir et de détermination des salariés. »

 
« Ce dont elles [les banques centrales] doivent s’inquiéter en premier lieu, c’est moins de la hausse générale des prix que le niveau de l’inflation sous-jacente. »

Ce que Patrick ARTUS, ce que nous écrivons ci-dessus.

L’objectif de 2 %, que la BCE s’est elle-même fixée (les statuts de la BCE sont en gros ceux de la Bundesbank), est déjà atteint, et de plus, il n’a pas valeur de traité.

Les économistes sont d’accord pour dire que, pour qu’une économie fonctionne bien, « (…) il est normal qu’il y ait une certaine dérive des prix, entre 2 et 3 %. »


En guise de conclusion, force est de constater l’absence réelle de politique : « En Europe, nous nous retrouvons dans une situation où il n’y a plus trop de politique monétaire, pas de politique de change et la politique budgétaire se limite à mettre tout le monde sous les 3 % de déficit. » Une indigence intellectuelle affligeante.

 
Alexandre Anizy

Allemagne gagnante dans une Europe perdante

Publié le par Alexandre Anizy

Nous avons vu hier avec Nicolas BAVEREZ que l’Europe était la grande perdante de la mondialisation : son taux de croissance depuis 1990 n’a été que de 1,8 % quand l’activité mondiale progressait de 4,2 % par an.

 
Mais dans cette Europe perdante, force est de constater que l’Allemagne, bien qu’ayant subi le choc de la réunification au début dans les années 90, a retrouvé le leadership au jour d’aujourd’hui, si tant est qu’elle l’avait perdu auparavant : une croissance de 2,5 %, un chômage passé de 12,4 % à 8,4 %, un solde positif de la balance commerciale de 180 Milliards d’euros, des finances publiques excédentaires au 1er semestre 2007.

La France est loin de ce tableau mirifique.

 
Comment obtient-on de si bons résultats ? Avec 3 principes : une modernisation du pays négociée (en commençant par l’alliance au sommet des 2 grands partis), la priorité accordée à l’offre, i.e. aux entreprises, à l’industrie et aux exportations, la facture de la réunification imputée aux ménages, de même que la stratégie de la désinflation compétitive (soit une stagnation des salaires nets sur 20 ans ! – 1320 € par mois en moyenne en 2006, 1315 € en 1986).
Aujourd’hui, pour restaurer ses comptes publics et sociaux, l’Allemagne taxe la consommation en augmentant le taux de TVA normal de 3 points, ce qui surenchérit d’autant plus les importations : les excédents commerciaux vont perdurer.

 
Dans notre note du 3 septembre 2007, nous disions que l’Allemagne avait pris en compte le choc de la crise américaine et un euro fort pour baisser le taux de croissance prévisionnel de 2008 à 2 % (au lieu de 2,4 % en 2007) : pour Angela MERKEL, un euro fort est de nature à renforcer l’Europe dans son rôle de puissance économique, et selon elle, le dossier est entre de bonnes mains auprès de la BCE. (Figaro 16 janvier 2008)

La France, par la voix de son Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes Jean-Pierre JOUYET, s’est empressée de déclarer qu’elle ne prendra aucune initiative pour modifier les statuts de la BCE dont elle approuve désormais la politique.
Avec ça, on est bien servi.


L’Allemagne ne passera pas trop mal l’orage économique de 2008.

 

Alexandre Anizy

La méthode Coué du social traître Pascal LAMY

Publié le par Alexandre Anizy

Né en 1947, énarque depuis 1972, inscrit au Parti Socialiste depuis 1969, on ne peut pas dire que Pascal LAMY connaisse grand-chose des gens qu’il prétend défendre : il n’a d’ailleurs jamais osé se présenter à des élections. Pourtant ce haut fonctionnaire imbu de sa personne donne des leçons de politique et de gestion aux gouvernants ou aux élus depuis longtemps.

 
Pendant la campagne présidentielle de 2007, la rumeur le faisait Premier Ministre de François BAYROU si celui-ci avait gagné …
On le présente comme un « croisé » de la mondialisation, et cela ne lui déplaît pas : il considère d’ailleurs qu’elle profite à la France.

« (…) avec des critères objectifs, comme le commerce international, l’actionnariat, le nombre de connexions à l’Internet ou celui des touristes étrangers, elle se classe dans le peloton de tête. C’est la preuve que le corps de la France est globalisé, mais que sa tête ne l’est pas. (…). Il s’agit d’un problème de culture et de rapport à l’échange. » Pascal LAMY (Express 12 avril 2007)

Si vous prenez les délocalisations, observez que les investissements étrangers créent plus d’emplois que ceux qui sont délocalisés. Certes, mais sont-ils comparables en terme de savoir-faire ? Où est le profit ?

Regardez l’importance du commerce extérieur dans l’économie française, nous dit le « croisé » : on voit une balance commerciale déficitaire. Où est le profit ?

Regardez les exportations phénoménales de l’agriculture française. On voit un enrichissement constant des grands céréaliers (en particulier) grâce à une politique de subventionnement indécente, les Américains ne faisant pas autre chose d’ailleurs (mais différemment), et on voit l’asphyxie de l’agriculture d’autosuffisance dans les pays pauvres. Où est réellement le profit ?

 
Dans un moment de lucidité, Pascal LAMY admet : « Certes, la mondialisation exerce des pressions sur les salaires, les qualifications ou les localisations. Mais son bilan d’ensemble est positif, car elle crée globalement de l’efficacité, source de croissance et de bien-être. » (Express 12 avril 2007)
Mais qu’y a-t-il dans ce bilan d’ensemble, quels sont les critères objectifs ? LAMY n’en cite aucun. Il faut le croire sur parole.

 
Si la redistribution n’est pas à l’ordre du jour, la mondialisation provoque des « dislocations » : autrement dit, dans ce cas, seuls certains profitent de la mondialisation. Mais en fait, ce sont in fine les effets des mauvaises politiques nationales : « Pourquoi la Suède, la Finlande ou le Danemark ont-ils réussi leur reconversion dans le secteur du textile et de l’habillement, à l’inverse de la France et du Portugal ? Est-ce la faute à la globalisation ? » Pascal LAMY (Express 12 avril 2007).
Cet argument frise la malhonnêteté intellectuelle, car le poids de ces activités dans les économies nationales n’était pas comparable.

 

Concrètement, Pascal LAMY ne nous montre pas, avec des critères objectifs, que les soldes sont bénéficiaires pour la France.

Par contre, Nicolas BAVEREZ exprime en peu de mots ce qu’est la défaite européenne dans le mouvement de globalisation :

« La croissance de l’Europe a été limitée à 1,8 % depuis 1990 dans un monde où l’activité a progressé de 4,2 % par an, ce qui en fait la grande perdante de la mondialisation. »  (Le point 25 octobre 2007)

 

Alexandre Anizy

Récession : Daniel COHEN pour un renouveau sur des bases saines

Publié le par Alexandre Anizy

Faisons-nous aujourd’hui l’avocat du Diable !
Après tout, pourquoi les tenants de la théorie économique dominante refusent-ils de laisser l’économie partir en vrille, alors qu’ils ne cessent de prôner le laisser-faire quand tout va bien ? Cette contradiction ne les gêne toujours pas aujourd’hui comme hier : il est vrai que les profits des grandes sociétés et les avoirs des grandes familles en souffriraient beaucoup.


Question théorique
 : en luttant contre la récession, les économistes ne s’opposent-ils pas à un phénomène endogène du capitalisme et ne s’opposent-ils pas à la « destruction créatrice » ?

« Ce processus de Destruction Créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme : c’est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste doit, bon gré mal gré, s’y adapter. » Joseph SCHUMPETER (« Capitalisme, socialisme et démocratie », éditions Payot 1983, page 117)

 
La récession, selon Daniel COHEN (professeur d’économie à l’Ecole Normale Supérieure), « permettrait d’apurer les comptes, de provoquer des faillites salutaires et de repartir sur des bases assainies. Ce n’est pas pire que de poursuivre cette fuite en avant. » (Libération 19 janvier 2008)
Voilà un économiste que le concept schumpétérien de destruction créatrice ne doit pas rebuter.

 
Mais de quelle fuite en avant parle-t-il ?
« Les Américains vivent avec un taux d’épargne négatif depuis 12 ans. Cela ne peut pas durer éternellement. » (Libération, idem)
N’importe quelle ménagère de moins de 50 ans (et plus aussi) en conviendra, et si ce n’est pas le cas, son banquier saura lui faire entendre raison !

Remarquons néanmoins que le banquier Alan GREENSPAN n’était pas effarouché par le taux d’épargne négatif des Américains : ça laisse rêveur, n’est-ce pas ?

Il s’agit du cycle infernal que le boss de la FED voulait stopper : crise financière, baisse des taux, constitution de bulles, éclatement des bulles provoquant une crise financière etc.
« (…) dans un mouvement sans fin de correction d’un déséquilibre par un autre. Cette perpétuation de la croissance par le surendettement est très dangereuse. » Daniel COHEN (Libération, ibidem)

 

Les Etats-Unis (Gouvernement et FED) venant d’opter pour la relance économique par un accroissement de leur déficit budgétaire et par une baisse des taux, nous sommes loin du processus naturel de destruction créatrice et sans doute loin du retour aux bases saines chères à Daniel COHEN qui pronostique avec le scénario actuel :

  • Baisse du dollar ;
  • Euro toujours plus fort ;
  • Croissance faible pour les pays dont le dynamisme dépend des exportations, comme l’Allemagne par exemple.

Si le dollar chute, la BCE fortement inspirée par les intérêts allemands (lire nos notes du 3septembre 2007 et 12 janvier 2008 ) saura baisser ses taux.
Si la FED change sa politique, l’Europe aura également le krach mais sans effondrement du dollar.
Si l’Europe reste à l’abri de la récession, elle connaîtra une croissance au mieux de 2 % (prévision de l’OCDE) : la France sera-t-elle dans la fourchette basse allant de 1 à 1,5 % ?

 
Daniel COHEN n’écarte pas cette possibilité. Il regrette par conséquent « (…) que le gouvernement a préféré dégager 1 % de PIB pour son paquet fiscal. Les conséquences de cette politique à contresens risquent de peser longtemps. (…). (…) et les ardeurs réformistes du gouvernement anéanties par l’aggravation des finances publiques.»
Nous approuvons sans réserve cette critique.

 
Enfin, sourions avec Daniel COHEN :
« Je trouve cocasse qu’on ait opté pour un dispositif très avantageux d’heures supplémentaires au moment où ces dernières vont stagner voire décliner, en raison du ralentissement de la croissance. Tout cela aura coûté très cher et n’aura strictement servi à rien. »
A rien pour les salariés, nous sommes d’accord.

 

Alexandre Anizy

Féroce récession américaine : la faute à Alan GREENSPAN

Publié le par Alexandre Anizy

Dès le mois de septembre 2007 (lire nos notes du 17 septembre, 20 septembre et 4 octobre), nous pressentions la crise. Dans la note du 10 décembre, nous annoncions les dégâts et les perspectives noires. Les choses se confirment maintenant.

 
Donnons quelques chiffres de l’économie américaine :

  • Le prix des maisons chuterait à un rythme annuel de 11 %,
    • soit une perte virtuelle de 2.200 Milliards,
    • soit une baisse de la consommation de 100 Milliards ;
  • la consommation, c’est 70 % de l’économie : les ventes au détail ont connu leur plus forte baisse depuis 6 mois avec 0,4 % en décembre (y compris hors automobile) ;
  • le chômage passe de 4,7 à 5 % en décembre ;
  • l’inflation s’élève à 4,1 % en 2007 ;
  • les taux d’intérêt à 10 ans sont déjà en dessous du taux d’inflation.

Autrement dit, relancer l’économie par une baisse des taux ne suffira pas.

« Les économistes ne prédisent jamais les récessions. Ils les reconnaissent quand elles sont déjà là. Celle qui se profile sera certainement la plus féroce depuis la Seconde Guerre Mondiale. » Dean BEAKER (économiste américain ; Libération 17 janvier 2008)

 

Pour Alan GREENSPAN, ex patron de la FED (Wall Street Journal du 15 janvier) : « Clairement, les symptômes sont là. Les récessions n’arrivent pas doucement. Elles se signalent généralement par une discontinuité sur le marché, et il est tout à fait possible de décrire ainsi les chiffres des dernières semaines. »
Personne n’aurait vu venir cette crise, si on croit Alan GREENSPAN. Ce qui n’est pas le cas de Dean BEAKER :

« Et qui a lui-même contribué à la laisser arriver en encourageant la bulle : Alan GREENSPAN, l’ex boss de la FED. Il a ignoré les conseils de régulation du marché du crédit, qui aurait pu limiter les abus. Aujourd’hui il réécrit l’histoire en tentant de s’exonérer. Il dit qu’il ignorait le scandale des subprimes ou qu’il n’a pas été prévenu. Il n’a pas d’excuse pour une telle négligence, un tel laisser-faire dicté par le seul souci d’enrichir les plus riches … » (Libération, idem)

Alan GREENSPAN est le digne successeur du monétariste « pur et dur » Paul VOLCKER qui sévissait à la tête de la FED du temps de REAGAN : le voilà rhabillé pour l’hiver !

 

Les fonds d’investissement souverains surgissent de partout pour sauver les plus grandes banques qui n’ont pas le choix.
« Elles sont, dans l’ensemble, dans une situation désespérée. Il leur fallait du cash, des liquidités. » Dean BEAKER (Libération, ibidem)
La Présidence Républicaine et le Congrès Démocrate « (…) ne stopperont pas la récession, tout juste l’édulcoreront-ils. » Dean BEAKER (Libération, ibid.)

 

 
Suite à l’appel à l’aide du patron de la FED Ben BERNANKE, qui reconnaissait que la banque centrale ne pourrait pas à elle seule empêcher le plongeon de l’économie américaine, le Président BUSH vient de présenter un plan de stimulation économique estimé à environ 1 % du PIB, soit 145 Milliards de dollars. Les ¾ seraient alloués aux ménages.

Selon le Secrétaire au Trésor Henry PAULSON, son principal artisan, ce plan de relance fiscale répond à un besoin urgent et il satisfait la règle d’or des « 3 T » : timely, targeted, temporary (bon moment, ciblé, temporaire). Il va même plus loin que la proposition du démocrate SUMMERS (chiffrée à 75 Milliards).

Les réactions à ce plan :

  • Bourse Wall Street clôturait vendredi soir avec un indice DOW JONES en recul de 4,2 % sur la semaine ;
  • Les présidentiables démocrates OBAMA et CLINTON jugent le paquet fiscal  insuffisant.

A notre avis, ce plan ne pourra obtenir qu’une stagnation en 2008.

 

 
Nous tenons à souligner le pragmatisme des Américains : le bon fonctionnement de l’économie de marché est au-dessus des batailles doctrinaires, idéologiques.

L’idée d’une action conjuguée du Gouvernement et de la FED a été émise dans un 1er temps par Martin FELDSTEIN (ancien conseiller économique de REAGAN et inspirateur de BUSH) et dans un 2ème temps par Lawrence SUMMERS (dernier Secrétaire du Trésor de CLINTON).
Ils estiment tous les deux que les taux de la FED pourraient passer de 4,25 % à 3 % en 2008, mais que ce ne sera pas suffisant : l’exemple japonais des années 90 où la politique de taux zéro a grippé les circuits du crédit reste dans les mémoires.
Par ailleurs, ils ne méconnaissent pas les effets sur le taux de change du dollar, qui pourrait chuter suite à une politique d’argent bon marché.

Rappelons ici que l’OCDE, avant même cette relance fiscale, chiffrait déjà le déficit budgétaire américain à 3,4 % du PIB, qu’il faut comparer au déséquilibre de 0,7 % en moyenne de la zone euro.

 
Comme les Américains, les archaïques de la BCE et l’oligarchie européenne devraient abandonner leur dogme libéral pour agir dans leur propre intérêt, qui n’est pas forcément identique à celui des populations.

 
Alexandre Anizy

Pour Nicolas BAVEREZ 2008 ne sera pas 1929

Publié le par Alexandre Anizy

Pour Nicolas BAVEREZ, la crise de 2007 est multiforme : retournement du cycle mondial, krach immobilier avec dégonflement des liquidités qui aboutissent à un rationnement du crédit bancaire et une hausse des taux.

 

La crise est globale, puisqu’elle touche l’économie réelle des Etats-Unis, du Japon, de l’Europe : baisse de la consommation et de l’investissement.

 

La crise est structurelle et durable : c’est la fin d’un modèle fondé sur la dynamique de consommation des Américains, sur le crédit abondant à faible coût, sur une inflation sous-jacente très limitée, sur la baisse parallèle des taux, des matières premières et des biens industriels.

 

2008 sera l’année du choc : crédit bancaire bloqué, hausse des taux, baisse des prix immobiliers aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Espagne, menace de faillites de ménages (> 2 millions rien qu’aux Etats-Unis) et d’entreprises, une récession possible aux Etats-Unis et une croissance de 1,5 % en Europe et au Japon.

 

La crise met en évidence le basculement de l’économie mondialisée vers le Sud. « Aujourd’hui, la crise venue du système financier américain contraint les pays de Nord à accepter le sauvetage de leurs institutions financières par les fonds souverains des superpuissances du Sud et des pétromonarchies. » (Nicolas BAVEREZ, le Monde 9 janvier 2008)

D’un point de vue strictement géographique, il est plus juste de parler d’Orient plutôt que de Sud, puisque les pétromonarchies, le Japon, la Chine, l’Inde, sont dans l’hémisphère Nord.

« Le Nord ne perd pas seulement le monopole de la production et de l’innovation, mais celui du contrôle des actifs stratégiques et de la régulation du capitalisme mondialisé. »  (Nicolas BAVEREZ, idem)

 
2008 ne sera pas 1929, parce que la mondialisation produira toujours ses effets positifs, à savoir l’ouverture économique, l’innovation, l’enrichissement des populations des pays pauvres (ceci est un argument d’une grande faiblesse, et tout à fait contestable), parce que le secteur industriel conservera des structures financières saines et une rentabilité élevée, parce que le marché des actions n’est pas surévalué.

« De nombreux moyens restent disponibles pour prévenir les risques d’effondrement du crédit ou de récession. (…) Cela implique notamment que la BCE rompe avec une stratégie schizophrène accommodante sur le plan de la liquidité et restrictive dans son refus de diminuer les taux et dans sa défense d’un euro surévalué. »  (Nicolas BAVEREZ, ibidem)

 
2008 pour la France, ce sera : une croissance de 1,5 %, une inflation de 2,5 %, un déficit public de 3 % du PIB, une dette publique de 65 % du PIB.

Nous trouvons indéniablement beaucoup d’éléments pertinents dans cet article de Nicolas BAVEREZ.

Mais Nicolas BAVEREZ est un battant : 2009-2010 verra une reprise, nous dit-il. La France en profitera pleinement si elle continue à se libéraliser… (Nous vous épargnons la liste des démolitions)

Il est vrai que la condition sine qua none de la reprise est la confiance, dont le préalable est la croyance.  

 

Alexandre Anizy

La désinvolture de Dominique STRAUSS-KAHN

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un entretien au Journal du Dimanche le 16 décembre 2007, Jacques ATTALI a exprimé toutes ses inquiétudes pour 2008.

Il remarque que les Etats-Unis restent aveugles devant leurs problèmes économiques alors que la campagne électorale commence : une récession se profile à l’horizon et elle n’épargnera pas l’Europe.

 
L’origine de cette récession, c’est bien sûr la crise des « subprimes » : « Elle a détruit en quelques mois des richesses égales à 10 % du PIB mondial, soit 4.000 Milliards de dollars, c'est-à-dire 50 fois plus que les pertes générées dans les industries de pointe par l’explosion de la bulle Internet. » (Jacques ATTALI, idem)

Comment est-ce possible ?

« (…) les banques ont reprêté leurs prêts à n’importe qui, pour les racheter ensuite beaucoup plus cher. C’était à la mode. Devant la révélation de la folie que cela représentait, on est passé, en une semaine, de l’euphorie à la panique : plus personne ne prête à personne. » (Jacques ATTALI, ibidem) Notons que cette méfiance généralisée a perduré puisque les banques centrales, y compris la BCE en contradiction avec son credo anti-inflation, ont injecté à nouveau des montants énormes de liquidités en fin d’année : ceci facilitera le toilettage des bilans des banques, mais repoussera d’autant le retour de la confiance sur le marché interbancaire.

 
Pourtant, souligne Jacques ATTALI, « tout est en place pour une forte croissance de longue durée de l’économie mondiale. L’épargne est abondante, les progrès techniques et la consommation de vastes populations nouvelles sont au rendez-vous. Mais nous manquons d’une régulation au centre : celle des banques centrales et du G8. Il est urgent de réduire les taux directeurs en Europe, pour relancer la consommation. » (Jacques ATTALI, ibid.)

« Et si les banquiers continuent à paniquer, nous risquons une crise de 29. »  (Jacques ATTALI, ibid.)

On sait le rôle funeste joué par les banques en 1929, ne serait-ce qu’en lisant « la crise économique de 1929 : anatomie d’une catastrophe financière » de John Kenneth GALBRAITH (Payot 1989).

Mais, hormis cette référence à 1929, Jacques ATTALI ne prétend pas assimiler la crise actuelle à celle de 1929 : il avance plutôt les arguments contraires dans cet entretien.

 

De passage à Paris, le professeur Dominique STRAUSS-KAHN n’a pas pu s’empêcher de faire la leçon devant ce qu’il reste de ses troupes de notables socialistes. En substance, il affirma que nous sommes face à une crise financière, alors que 1929 était une crise de production.

Si c’était une pique à l’encontre d’ATTALI l’ex éminence grise du francisquain MITTERRAND, STRAUSS-KAHN le socialiste ami des patrons du CAC 40 aurait pu faire l’effort de lire entièrement les propos d’ATTALI : les déclarations péremptoires ne valent que pour les gogos.

 
Parce que STRAUSS-KAHN a été l’artisan de la création de la société EADS qui constitue un hold-up de la famille LAGARDèRE (lire note « Pour Jacques JULLIARD l’affaire EADS est trop compliquée pour indigner les foules » du 15 octobre 2007),

Parce que nous nous souvenons des factures antidatées du consultant STRAUSS-KAHN,

Parce que nous nous souvenons de la cassette MéRY laissée négligemment dans un coffre de sa voiture personnelle (sans l’avoir regardée, ne l’oublions pas …),

nous considérons que la désinvolture est la marque du Directeur du FMI.

 

Alexandre Anizy

Michel ROCARD et la prochaine crise mondiale

Publié le par Alexandre Anizy

Pour Michel ROCARD, la crise mondiale nous attend demain. En bon énarque, il apprécie les chiffres qui mettent en perspective son diagnostic et son jugement, et il sait les trouver.

 
Ainsi, la dette des Etats-Unis (ménages, entreprises et Etat) sur une longue période s’est envolée à partir de 1982 : « Lors de la crise de 1929, l’endettement américain –environ 130 % du produit national – était déjà au « cœur du système ». Aujourd’hui il atteint plus de 230 % ! Pour éviter la faillite, le système financier américain doit emprunter 2 Milliards de dollars par jour ! » (Michel ROCARD, Nouvel Observateur 13 décembre 2007)

De 1945 à 1980, le monde a connu des crises nationales. Mais la sphère financière ayant pris une grande importance à l’aube de l’ère mitterrandienne, nous avons connu des crises financières graves : les crises latino-américaines dans les années 80, la crise asiatique dans les années 90, la crise du système monétaire européen en 1992, l’éclatement de la bulle Internet en 2000. La financiarisation globale a permis de mutualiser les risques, ce qui in fine amortit la dureté et l’ampleur des chocs.

Et aujourd’hui, la dette américaine hors banque s’élève à 39.000 Milliards de dollars. Comment en arrive-t-on à cette situation inextricable ? Pour Michel Rocard, « ce passage d’un équilibre à un déséquilibre massif, généralisé, tient au changement de la répartition du produit national, entre les salaires (salaires et revenus de protection versés par la Sécurité sociale) et les profits (bénéfices industriels, honoraires des professions libérales, rémunérations directes sur le marché). (…) En gros, les salaires sont passés de 71 % du PIB en 1981 à 60 % en 2005. » (Michel ROCARD, idem) Pour être plus explicite, si le partage de 1981 s’était maintenu en France, les ménages auraient dépensé 130 Milliards de plus, ce qui auraient représenté 1 point supplémentaire de croissance chaque année : nous aurions 500.000 chômeurs de moins.

« Tout a changé dans les années 90 avec l’apparition des fonds et d’abord des fonds de pension. L’actionnaire (…) a exigé un retour sur investissement de plus en plus élevé. Corollaire : une pression de plus en plus forte sur les salaires (…). » (Michel ROCARD, ibidem)

« Avec une pauvreté de masse évaluée à 10 millions de personnes en Grande Bretagne et entre 5 et 6 millions en France, la part des salaires dans le PIB a évidemment reculé par rapport au profit réinvesti de manière spéculative. D’où, faute d’une demande suffisante, une croissance anémiée, incapable de contenir l’hémorragie des déficits et une dette de plus en plus difficile à rembourser. » (Michel ROCARD, ibid.)

 

Les pétrodollars, les excédents commerciaux chinois et japonais, représentent une masse abondante de liquidités. « Tous les banquiers vous le diront, malgré leur affinement, les politiques économiques ne peuvent rien sur l’usage et l’évolution de ces liquidités. Ce dysfonctionnement, culturel dans sa nature, structurel dans son résultat, est terrible. Personne ne sait comment ça peut finir, et j’ai la conviction que ça va bientôt exploser. (…) C’est le capitalisme dans sa forme mondialisée et financiarisée – non le marché dont je suis partisan – qui est en cause aujourd’hui.» (Michel ROCARD, ibidem)

 
Nous vous épargnons les considérations éthiques et les mesures techniques envisagées par l’énarque ROCARD.
Car pour lui, la clé du problème réside dans le statut juridique de l’entreprise : fin des apporteurs extérieurs de capitaux, vive la communauté oeuvrant pour le projet collectif.
« (…) une seule force capable de le mener à bien : la social-démocratie internationale. Il va falloir défendre tout ce qui produit contre tout ce qui spécule. C’est ça, la nouvelle lutte des classes. »
Vaste programme.

 

Alexandre Anizy

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