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notes economiques

Chine : à propos du livre de Thierry WOLTON (VII)

Publié le par Alexandre Anizy

Avec « le grand bluff chinois » (édition Robert Laffont, avril 2007, 183 pages), Thierry WOLTON a réalisé une bonne étude, qui s’appuie sur des sources sérieuses citées. Nous en avons résumé les lignes de force dans les 6 notes précédentes consacrées à ce sujet.

D’aucuns souligneront le manque de données chiffrées, l’absence de tableaux comparatifs, l’impasse sur la réfutation des objections possibles à la thèse présentée élégamment : mais est-ce vraiment sérieux si on admet que les statistiques officielles contiennent, pour le moins, de sérieuses incohérences ? A notre connaissance, l’objectif de Thierry WOLTON n’était pas d’écrire une thèse pour l’Université ni une communication pour un colloque d’experts.

Nous écrivons étude et non pas enquête : Thierry WOLTON nous a épargné le plan du journaliste d’investigation qui mouille sa chemise sur le terrain pour rapporter des témoignages et des notes de voyage.

Frédéric PAGèS, dans le Canard enchaîné du 18 juillet 2007 (page 6), a commenté finement ce livre : « Riche en citations, pauvre en choses vues, ce livre passionnant mais unilatéral tient souvent, lui aussi, de l’atelier d’assemblage. Mais il est salutaire : aux Occidentaux fascinés par les grandes murailles de papier, il incite à faire preuve d’un peu plus de bravitude intellectuelle. »

Alexandre Anizy

P.s :
Prochainement, sur ce sujet, une note sur le MPC.

La Chine est un dragon de papier (VI)

Publié le par Alexandre Anizy

Dans les années 80, le monde des affaires enviait les NPI asiatiques (Corée du Sud, Japon, Taïwan, Singapour, Hong-Kong), et les économistes écrivaient beaucoup d’articles pour les revues spécialisées et les colloques, à cause notamment de leurs taux de croissance à 2 chiffres, leurs parts de marché en expansion, leurs produits submergeant les vieilles économies. Et puis la crise frappa ces pays et brisa cette vague d’admiration. Il semble que le phénomène se soit reproduit avec la Chine.

Rappelons quelques éléments.

« Chez les dragons et les tigres, comme en Chine maintenant, l’Etat jouait les premiers rôles dans l’ordonnancement économique, primat était donné aux industries d’exportation et les investissements étrangers représentaient le principal moteur de la croissance. La compétitivité de leurs produits reposait aussi, en grande partie, sur une main d’œuvre abondante, disciplinée et peu coûteuse. » (Thierry WOLTON, le grand bluff chinois, page 156).

Résumons l’enchaînement des faits qui provoquèrent l’arrêt brutal du développement de ces NPI : une perte de confiance des investisseurs (des travailleurs peu qualifiés dont les salaires augmentent, une productivité médiocre, des produits de qualité faible, l’absence de personnel qualifié, le poids excessif des capitaux étrangers, un environnement qui se dégrade… : toutes ces informations finissent par arriver au cerveau des décideurs et des traders moutonniers) qui provoque une crise boursière se transformant en crise financière avec la découverte des créances douteuses dans les bilans des banques locales, ce qui aboutit à une crise économique qui met en évidence la mauvaise gestion (gouvernance dit-on aujourd’hui) des grandes entreprises qui inondaient les marchés occidentaux avec leurs produits « à petits prix »…

Pourquoi la Chine n’a-t-elle pas été touchée par cette crise asiatique ? Parce que sa monnaie est quasiment inconvertible, parce qu’elle n’a pas de bourse locale significative, ce qui lui évita l’effondrement des valeurs.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

En bons marxistes léninistes, les dirigeants chinois ont privilégié le développement des forces productives, l’industrialisation à outrance : ils sont scotchés au stade secondaire (l’industrie) quand le mode de production capitaliste a changé (d’aucuns parlent de « capitalisme cognitif ») avec une croissance provenant essentiellement du secteur tertiaire. La Chine s’est condamnée à devenir l’atelier du monde.

Mais pour ce faire, « En raison de son parc industriel vieillot et de sa main d’œuvre peu qualifiée, la Chine utilise 2 fois plus d’énergie que les autres pays d’Asie – 7 fois plus que le Japon – pour produire une unité de PIB. Le pétrole est au cœur du problème. (…) Le pays est condamné à (en) importer toujours plus pour satisfaire une consommation qui devrait augmenter de 80 % d’ici à 2010.» (T. WOLTON, idem, page 159)

Tous les ans, la Chine connaît des pannes d’énergie généralisées dans quasiment toutes les régions, des arrêts de production de plusieurs jours  dans de grandes entreprises : c’est le signe avant-coureur de la crise à venir. Faute de ressources suffisantes dans le monde, la Chine ne peut pas reproduire le modèle économique des grands pays industriels qui est fondé sur les sources d’énergie fossiles et l’exploitation des sous-sols.

L’économie chinoise va donc s’enrayer avant que d’être florissante.

Ecologiquement, la Chine est gravement malade (puisqu’elle a suivi l’exemple du grand frère russe communiste). Exemples : 70 % des eaux usées du pays entier ne sont pas traitées ; les déchets sont généralement enfouis sous terre ; pour les ¾ des rivières, la pêche est impossible et l’eau ne peut servir à l’irrigation.

Démographiquement, l’horizon va vite s’assombrir. En 2040, la Chine comptera 430 millions de vieux, soit 30 % du total. En moins de 20 ans, la Chine passera d’une population adulte à une population vieillissante.

L’endettement est une grosse menace économique : la dette publique chinoise est évaluée à 70 ou 150 % du PIB, selon les estimations. Les prélèvements obligatoires augmentent plus vite que le PIB. Les investisseurs étrangers n’aiment pas ce genre de statistiques.

Concernant les brevets, le score chinois n’est pas folichon : 0,3 % du stock des brevets internationaux, contre 35,6 % pour les USA et contre 25,6 % pour le Japon. Les 2/3 des brevets déposés par la Chine sont étrangers.

Selon l’OCDE, les dépenses de Recherche et Développement s’élèvent à 136 Milliards USD pour la Chine, soit un peu plus que le Japon (130 Milliards USD), mais moins que l’Union Européenne (230 Milliards USD) et surtout que les USA (330 Milliards USD). De plus, la priorité est donnée au développement et non pas à la recherche fondamentale.

 
En conclusion, nous pensons que si la Chine est l’avenir du monde, on peut être certain que ce ne sera pas le paradis. Mais reprenons ici l’alternative présentée par Thierry WOLTON : « De 2 choses l’une, ou la République Populaire réussit son pari et devient la 1ère puissance de notre planète – ce qui est douteux -, alors, nous n’avons pas fini d’en souffrir, ou la bulle économique se dégonfle et le pays s’effondre, provoquant un vaste trou noir qui aspirera une partie de l’économie mondiale. » (T. WOLTON, ibid., page 182)

Alexandre Anizy

P.s : à suivre, note VII.
Et prochainement, sur ce sujet, une note sur le MPC.  

Le système bancaire français est-il à l'abri de la crise ?

Publié le par Alexandre Anizy

Pour l’incompétent ministre LAGARDE, la réponse ne fait aucun doute : une catastrophe similaire à celle de Northern Rock Bank est « totalement hypothétique (…) parce que le système bancaire français n’a pas d’établissement aussi spécialisé ». De plus, le marché immobilier en France est « extrêmement formalisé ».

Certes, Madame, mais les marchés financiers étant tous reliés, des produits financiers si complexes ayant été élaborés pour diluer le risque en le mutualisant (voir l’entretien récent au Figaro du Président d’Axa),est-il raisonnable de croire que le système bancaire ne sera pas touché par la crise américaine ? La réponse est non évidemment puisque :
La BNP a pris une décision récemment, Axa et Oddo également ;
Le Crédit Agricole vient de révéler qu’une position anormalement élevée sur « certains indices du marché du crédit » coûtera 250 Millions d’euros à sa filiale Calyon.

L’incompétent ministre LAGARDE aurait-il oublié qu’impossible n’est pas français ?

Alexandre Anizy

Le bluff pacifique chinois (V)

Publié le par Alexandre Anizy

Lorsqu’il présidait l’école du Parti, HU JINTAO a inventé le concept de « la montée en puissance pacifique », parce que la Chine voudrait se démarquer des montées en puissance dévastatrices du passé, comme celle de l’Allemagne au XIXème ou  celle du Japon au XXème siècle. La crainte d’une menace chinoise a bien été prise en compte par la propagande de l’Etat – Parti.

Sur le terrain diplomatique, les dirigeants chinois font donc profil bas, qui s’accommode bien avec la légendaire modestie de cette nation. Realpolitik oblige, camarade : si le pouvoir est au bout du fusil (comme disait MAO), encore faut-il avoir un fusil ! Autrement dit, il convient toujours d’avoir les moyens de ses ambitions.

Quelques éléments de réflexion :
les médias chinois parlent quotidiennement des exercices de l’Armée Populaire de Libération ;
en suivant les hypothèses hautes du Pentagone (le budget militaire réel de la Chine est 3 fois plus élevé que le chiffre officiel) et les projections de la Rand Corporation, la Chine dépenserait pour l’Armée 185 Milliards USD en 2025, ce qui est encore très loin des 500 Milliards USD que les USA allouent actuellement aux dépenses d’armement ;

« En terme de capacité militaire stricto sensu, la Chine n’est (encore) une menace ni pour le reste du monde ni pour les Etats-Unis en particulier. » (T. WOLTON, le grand bluff chinois, page 136) ;

« (…) du Moyen Orient à la mer de Chine, Pékin met en place un « collier de perles », comme le dit Tokyo, une enfilade de bases navales chargées de sécuriser ses voies maritimes ; la marine côtière est transformée en flotte capable d’affronter l’océan (…) » (T. WOLTON, idem, page 137) ;

la Chine est l’amie des Etats voyous (Corée du Nord, junte birmane, islamistes iraniens, soudanais, palestiniens, afghans, etc.) : c’est un marchand d’armes capable d’attiser des conflits ;

en 1993, HU JINTAO déclarait : « Suivant la stratégie hégémoniste globale des Etats-Unis, leur principal rival est à présent la République Populaire » (in Jean-Luc DOMENACH, où va la Chine ?, cité par T. WOLTON page 139) ; au pouvoir, MAO a dit aussi : « Les Etats-Unis sont à respecter tactiquement mais à mépriser stratégiquement » (in T. WOLTON, ibid., page 141).

« L’ambition de devenir une superpuissance demeure le fondement de sa politique internationale » (T. WOLTON, page 140). Pour cela, il s’agit d’appliquer les préceptes de SUN ZI dans « l’art de la guerre » : « Sans bataille, immobiliser l’ennemi, voilà qui est excellent ». C’est la guerre indirecte pour une victoire sans combat grâce à la primauté du travail politique. Tout se joue dans le déroulement.

« L’engagement économique dans le monde pèse sur la majorité alors que les privilégiés eux en profitent, ce qui oblige le pouvoir à des résultats s’il veut faire oublier le gouffre qui se creuse .» (T. WOLTON, ibid., page 145) Le nationalisme satisfait les pulsions populaires auxquelles l’élite rouge n’est pas insensible.

Alexandre Anizy

P.s :
A suivre … la Chine est un dragon de papier (VI)

Les justifications incomplètes de l'euro imperator TRICHET

Publié le par Alexandre Anizy

Suite à la crise américaine des crédits immobiliers à risque (« subprime »), les Banques Centrales sont intervenues massivement pour calmer les marchés financiers : elles ont rempli leurs obligations.

Le Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA a fait remarquer qu’il était curieux de ne calmer les opérateurs financiers affolés qu’en leur prêtant des sommes importantes, sans agir aussi sur les taux d’intérêt pour soutenir l’activité : « On a fait des facilités pour les spéculateurs, on complique la tâche pour les entrepreneurs. »

Pour l’euro imperator TRICHET, la BCE n’a fait que protéger les acteurs du marché qui se comportent correctement sans favoriser d’aucune façon les spéculateurs.

Remarquons d’une part que l’euro imperator TRICHET reconnaît implicitement que la BCE a pu aider des acteurs spéculateurs sans les favoriser. C’est bien la moindre des choses correctes de ne pas les favoriser dans l’obtention de liquidités, non ?

Notons d’autre part que la définition d’un comportement correct mériterait d’être précisée : en effet, si on se réfère au scandale du Crédit Lyonnais où le sieur Jean-Claude TRICHET s’est illustré (voir notre note du samedi 11 août 2007), on peut dire que la notion de « comportement correct » est floue.

 
Concernant la transparence des marchés financiers, la BCE ne devrait-elle pas montrer l’exemple, comme dans ce cas précis : qu’est-ce qu’un « comportement correct » ? Qui sont les acteurs du marché qui ont obtenu des facilités ? Répondaient-ils aux critères d’un « comportement correct » ?
Sans les réponses à ces questions, on reste dans le pouvoir discrétionnaire, i.e. le contraire de la transparence.

Alexandre Anizy

Epargnants de la Northern Rock Bank, sauvez-vous !

Publié le par Alexandre Anizy

C’est en Grande-Bretagne que le marché financier se fissure, ce qui n’étonne personne, tant ce pays est inféodé aux USA.

Parce que la 8ème banque de ce pays, la Northern Rock Bank, ne trouvait plus un seul prêteur sur le marché interbancaire, la Banque d’Angleterre a dû se résoudre à jouer son rôle de prêteur en dernier ressort. 
Comment analyser ces informations ?

La Northern Rock Bank est touchée par la crise américaine des crédits immobiliers à risque, où elle s’est lourdement engagée. Les experts financiers le sachant, les ordres des gros clients (des institutionnels, des banques : ils ont accès aux bonnes informations…) pour solder les comptes avec cette banque sont partis : en fermant leurs comptes, ces grands opérateurs ont placé la Northern Rock dans une situation délicate, que les confrères n’ignorent pas … Les marchés financiers fonctionnant par mimétisme(s) (voir les travaux remarquables de l’économiste André ORLEAN), le phénomène de rejet a pris de l’ampleur pour aboutir à un refus général de prêt sur le marché interbancaire. C’est à ce moment-là que la Banque d’Angleterre est obligée d’intervenir.

Vendredi 14 septembre, les épargnants ont retiré 1,5 Milliards d’euros des caisses de cette banque. Le soir, l’action de la Northern Rock Bank a chuté de 30 % à la bourse : l’effet mimétique était à l’oeuvre.

Qui reproche aux gros clients de s’être enfuis ? Personne.
Qui reproche aux autres banques d’avoir refusé de prêter sur le marché interbancaire ? Personne.
Mais que lit-on à propos des « petits épargnants » ? 
« Les clients paniqués se dépêchent de retirer leurs économies » ; « des milliers de clients affolés de la Northern Rock Bank se sont rués » etc.
Quand les spécialistes quittent le navire en perdition (information qu’ils détiennent en primeur), ils agissent en gestionnaire responsable ; quand les clients lambda vont sauver leurs économies, ils se comportent comme des sauvages ayant perdu la raison (voyez les mots : paniqués, affolés…). Vous avez saisi tout ce qu’il y a de méprisant dans cette représentation différente d’une même opération de salut personnel.   

Car en fait, les petits épargnants prennent eux aussi une sage décision : en cas de faillite, il faudra bien qu’il y ait des perdants…
Le comble de l’hypocrisie a sans doute été atteint, quand l’Association des Banquiers Britanniques (BBA) a affirmé qu’il n’y a « absolument aucune raison que les clients (de Northern Rock Bank) dépositaires ou emprunteurs s’inquiètent ». Si c’était vrai, pourquoi n’ont-ils pas soutenu leur confrère sur le marché interbancaire au moment opportun ?
Les conseilleurs ne sont jamais les payeurs.

Epargnants de la Northern Rock Bank, soyez raisonnables : reprenez l’oseille et tirez-vous !

Alexandre Anizy

Le bluff social chinois (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

Examinons aujourd’hui (lire les notes économiques précédentes sur la Chine) le plan social de l’économie de l’Empire du Milieu.

Pour mémoire, le rattrapage économique du Japon a permis au salaire japonais d’égaler le salaire européen ou américain en 30 ans : celui des Chinois n’a pas varié de 1979 à 2001.

Avec 63,8 % de la population, la consommation des paysans ne représente que 34,6 % du total : depuis 2001, si pour 90 % des urbains les revenus ont augmenté, ils ont baissé de 0,7 % pour les ruraux, avec une baisse de 6 % pour les plus pauvres. Le fossé riches/pauvres se creuse aussi en ville : la moyenne des revenus les plus élevés est 12 fois supérieure à celle des revenus les plus faibles, cet écart ayant presque triplé en 10 ans.

En 1999, 1 % de la population active chinoise, soit environ 9 millions, possédait 60 % des richesses du pays. Un rapport rédigé par Carrefour estimait quant à lui le nombre de Chinois très riches entre 5 et 10 millions, le nombre des cadres supérieurs (2.000 à 5.000 USD de revenus annuels) à 30 millions, le nombre des petits consommateurs (1.000 à 2.000 USD de revenus) à 150 millions. Entre les différentes provinces, les revenus familiaux varient de 1 à 7.

« Les élites politiques, économiques et culturelles ont scellé une alliance au sommet. Cette classe dominante dispose de ses résidences, magasins, restaurants, écoles et de ses propres moyens de transport. (…) Cette élite se distingue toutefois par sa totale dépendance à l’égard du pouvoir. (…) Le train de vie de cette élite dépend surtout de ses avantages en nature, légaux et illégaux, dont la corruption est un élément essentiel. » (Thierry WOLTON, le grand bluff chinois, pages 115-116)

 
Plus une région devient riche (Canton, Shenzhen, par exemple), plus les salaires sont bas, et plus elle tendra à s’affranchir du code du travail chinois. A ceci, il faut ajouter la concurrence entre les provinces pour attirer les capitaux étrangers, qui a pour effet une tendance à la baisse générale des salaires : quand le gouvernement central intervient, il favorise toujours la partie où les salaires sont les plus bas.

Pour Pékin, 5 % de la population active est au chômage ; pour l’Organisation Internationale du Travail, c’est 30 % ; pour Rand Corporation, c’est 18 %. « La Chine offre ainsi le paradoxe d’avoir une conjoncture exceptionnelle et un chômage record » (T. WOLTON, idem, page 123).
Il convient d’ajouter à ce constat que le non paiement des salaires est une pratique habituelle. Dans le secteur de la construction, le montant des salaires non payés s’élèverait à 45 Milliards USD (selon China Daily).
50 % des nouveaux logements restent inoccupés.

Quant au nouveau système de sécurité sociale, il est ruiné avant même d’avoir pu faire ses preuves : absence de recettes (les employés n’ont pas les moyens de cotiser et les employeurs s’en dispensent), mauvaise gestion, corruption. 21 des provinces et municipalités autonomes sur les 32 que compte le pays ont des programmes de pension en faillite : le déficit s’élèverait à 1.000 Milliards USD, soit la quasi-totalité des réserves de change de la Chine !

Le mépris de l’Etat - Parti est manifeste dans le domaine de la santé. Pour le paysan chinois (rappel : 63,8 % de la population), l’accès aux soins est impossible puisque, pour une intervention à l’hôpital, il faut un dépôt de garantie équivalent à 1 an de revenus, et il faut payer d’avance les médicaments vendus par les médecins (pas de dessin pour les prix, n’est-ce pas ?)… En Chine, il n’y a pas d’avenir pour les pauvres : c’est le seul pays au monde où les femmes se suicident plus que les hommes, parce qu’elles sont victimes d’une double oppression, sociale et « traditionnelle ».

« Le modèle chinois se caractérise aussi par un Etat de non – droit sous la coupe d’un pouvoir arbitraire, à la fois juge et partie des conflits qui pourraient surgir dans l’espace social » (T. WOLTON, ibid., page 125) Avec dans le rôle du flic, l’unique syndicat autorisé.

Un exemple du système chinois : la privatisation des mines de charbon.
La quasi-totalité des mines a donc été achetée par la nomenklatura communiste. Vous pensez bien que la famille au sens large (on se croirait en Sicile…) n’a pas laissé échapper un secteur aussi juteux, puisque le pays manque cruellement d’énergie. Etat des lieux : le mineur chinois attaque les veines à la pioche (ailleurs, c’est foreuses et trépans) ; absence totale de sécurité ; corruption des autorités ; carence des dirigeants à laquelle s’ajoute l’appât du gain. Conséquences : 20.000 morts par an dans les mines chinoises, soit 10 fois plus qu’en Inde, soit 30 fois plus qu’en Afrique du Sud, 100 fois plus qu’aux USA, par million de tonnes de charbon extraites.   

Résumons la situation sociale et politique : une nomenklatura (les membres du PC avec leurs familles au sens large) qui entend maintenir ses privilèges et une grande majorité de la population qui est exclue des acquis du développement. Pour tenir, les dirigeants n’auront plus que la fuite en avant nationaliste.

Alexandre Anizy

P.s :
A suivre … le bluff pacifique chinois (V)
Lire aussi les notes précédentes sur la Chine (archives « notes économiques »

Le bluff commercial chinois (III)

Publié le par Alexandre Anizy

3ème exportateur mondial, la Chine connaît des taux importants de croissance de ses exportations : + 44 % en Europe, + 30 % aux USA, 1er fournisseur du Japon. En tout, 177 Milliards USD d’excédent commercial en 2006. Le PIB est tributaire à 70 % des ventes hors de Chine.

Cette configuration ne peut pas tenir longtemps : le marché domestique doit prendre le relais pour devenir le pilier de l’activité économique. Car actuellement, la Chine est d’autant plus vulnérable que 60 % de son commerce extérieur est réalisé par des sociétés à capitaux étrangers, 40 % avec des entreprises totalement étrangères.

« Ce n’est pas la Chine qui exporte ses produits mais les pays développés qui sourcent leurs produits en Chine. (…) Bref, il ne faut pas confondre le made in China et le made by foreigners in China. » (Thierry WOLTON, le grand bluff chinois, page 98).

Quant aux champions chinois comme TCL, LENOVO, HAIER, BOASTEEL, ils doivent leurs performances plus au soutien de l’Etat qu’à leurs capacités commerciales. « Soyez global, a dit le Parti Communiste à ces entreprises,  en leur octroyant des surcapacités d’investissement (…) se contenter d’une rentabilité sur capitaux très inférieure à celle exigée par les actionnaires des firmes occidentales » (T. WOLTON, idem, page 105)

Depuis son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2001, 700 procédures anti-dumping ont été ouvertes. « En entrant à l’OMC, la Chine voulait le beurre, elle a eu aussi l’argent du beurre. Elle tient toujours la concurrence à distance sur son marché intérieur (…) » (T. WOLTON, ibidem, page 106)

1.100 Milliards USD de réserves de change : que fait la Chine de son pactole ? Elle achète des Bons du Trésor américain : c’est le 2ème détenteur après le Japon. C’est ainsi qu’elle veut empêcher la hausse des taux d’intérêt américains pour que la consommation ne faiblisse pas, ce qui soutient les exportations chinoises qui, rappelons-le, représentent 70 % de la production. Le Japon et la Corée du Sud agissent aussi de la sorte.

Parce qu’il n’est pas utilisé pour développer le marché domestique, pour investir dans la Recherche et Développement et dans la production de produits à plus forte valeur ajoutée, le succès commercial de la Chine a son revers : une pression à la hausse inéluctable du yuan. Or, si sa monnaie s’apprécie, les prix de vente des produits chinois augmenteront, ce qui fera baisser le niveau des exportations : alors le taux de croissance passera sous la barre fatidique des 7 %, et la Chine rentrera dans une période de récession.

Alexandre Anizy
P.s : 4 notes à suivre sur la Chine.

Anne LAUVERGEON un exemple de la syntaxe féminine de la grammaire des affaires

Publié le par Alexandre Anizy

Vendredi 31 août 2007, Anne LAUVERGEON commentait les résultats semestriels du Groupe AREVA qu’elle préside.

Elle insistait à nouveau sur le fait qu’une ouverture du capital d’AREVA, que le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) contrôle à 80 % environ, était la meilleure solution pour son développement.

Compte tenu du comportement récent de Mme LAUVERGEON (voir notre note du 2 mai 2007), nous parions qu’elle mettra son intelligence, son talent, ses relations politiques et diverses, au service d’une solution capitalistique présentant beaucoup d’avantages, et d’abord celui de protéger le pouvoir de Mme LAUVERGEON.

A notre avis, la Normalienne agira comme le Polytechnicien Jean PEYRELEVADE lorsqu’il était au Crédit Lyonnais : une défense acharnée du son intérêt. (Rappel : presque 10 ans de « guerre larvée » avec BERCY, le Crédit Agricole,…, pour le résultat que nous connaissons tous)

 
La syntaxe féminine de la grammaire des affaires n’est pas différente de la syntaxe masculine.
L’instinct maternel est un mythe (lire les études spécialisées).
Le « management au féminin » n’est qu’un argument mercatique sans fondement.    

Alexandre Anizy

Le bluff économique chinois (II)

Publié le par Alexandre Anizy

Selon Pékin, la Chine aurait accompli une révolution industrielle que les autres ont faite en un siècle. Qu’en est-il réellement ?

« Pékin ne fait pas mieux aujourd’hui que Tokyo ou Séoul hier. Ramené à la moyenne de ces 25 dernières années, le taux de la croissance chinoise n’est plus unique dans la région : 6,1 % par an entre 1978 et 2004 contre 8,2 % pour le Japon et 7,6 % pour la Corée du Sud, sur des durées comparables, à l’époque de leur décollage économique. » (Thierry WOLTON, « le grand bluff chinois, édition Robert Laffont, page 57)

De même, il faut remettre à sa place le niveau de la production chinoise : son PIB correspond à 5 % environ du PIB mondial, quand les USA représente environ 33 % et la zone euro 21 %. Avec une croissance de 3,1 % en 2003, les USA enregistrent une hausse de 321 Milliards USD de leur PIB, quand celui de la Chine augmente de 96 Milliards USD avec une croissance de 7,8 %.

« Le bluff économique de la Chine tient plus du trucage, de l’habillage, de l’omission (volontaire), de la propagande aussi (…) » (Thierry WOLTON, idem, page 58) Exemple : comme on ne connaît pas vraiment le nombre de chinois, il peut être avantageux d’en diminuer la masse pour améliorer les indices de productivité par tête d’habitant. Autre exemple : dans les années 90, les satellites américains ont permis d’établir que les superficies agricoles cultivées étaient supérieures de 30 % aux chiffres officiels chinois.

Quelques incohérences dans les chiffres des années 90 :

Quand les taux annuels de croissance étaient de 8 % environ, d’autres chiffres indiquaient une baisse de la consommation d’énergie et une baisse de la production des principaux produits industriels ;

Les ventes au détail des biens de consommation s’accroissaient plus vite que les revenus des ménages, quand la loi économique veut qu’il y ait un rapport entre niveau des achats et taux des salaires.

Maintenant, les choses statistiques ont-elles changées ? Non.

En 2001, la croissance des PIB de l’ensemble des provinces dépassait de 11 % celle du PIB national. En 2003, l’écart s’est réduit.

En réalité, les statistiques chinoises sont gonflées, pour des raisons économiques et politiques. Selon Henri EYRAUD, cité par WOLTON, il faut au moins 8 % de croissance « officielle » pour qu’il n’y ait pas récession ; pour Cheng XIAONONG, 7 % de croissance équivalent à 3 % de croissance américaine, parce que l’héritage de l’économie planifiée est un frein pour le développement. Mais avec un tel taux, la majorité des entreprises chinoises ne fait pas de profit à cause de leur fonctionnement et de l’état de leur capital fixe. En 2001, « la Cour des Comptes chinoise » a accusé les 2/3 des 1300 plus grosses entreprises d’Etat de truquer leurs bilans : les P-DG y décident eux-mêmes des chiffres à publier !

« Les travaux des historiens ont montré que le PIB chinois a toujours été le 1er du monde, de l’Antiquité à la Renaissance, évoluant entre 15 et 30 % du total planétaire, ce qui était en rapport avec l’importance de sa population. Le déclin a commencé quand le pays s’est fermé au monde sous la dynastie mandchoue des Qing (1644 – 1911). Le communisme a achevé le processus, ajoutant à la ruine de l’économie la paupérisation du peuple. » (T. WOLTON, ibidem, page 66-67).

Les dirigeants chinois n’ignorent pas l’état calamiteux de leur économie. C’est pourquoi ils ont permis, de 1980 environ à 2004, à 514.385 sociétés à capitaux étrangers d’investir en Chine 570 Milliards USD, et pas moins de 63 Milliards USD en 2006 ! Ces investissements directs étrangers (IDE) leur évitent de s’endetter (1/3 des IDE sont d’origine chinoise). Au début des années 2000, les filiales étrangères contribuaient pour 30 % à la production industrielle chinoise : elles représentaient plus de 60 % de la production dans les secteurs de la chimie, du textile, des machines et des équipements.

Quels sont les dindons de la farce chinoise ?

« En premier lieu, il y a eu les victimes des joint-ventures, ces co-entreprises qui ont permis aux industries locales (d’Etat pour la plupart) de profiter de l’argent étranger pour se renflouer. » (T. WOLTON, ibid., page 69) Exemple : les brasseurs Budweiser, Carlsberg, Guiness, Forter’s qui ont perdu 1 Milliard USD dans l’Eldorado chinois !

Quand les joint-ventures tiennent le coup, les étrangers comme VW et GM se sont retrouvés avec un partenaire chinois, comme le constructeur automobile Shanghai Saic, qui voulait rompre le contrat pour devenir maître de la production. N’est-ce pas ce qu’est en train de vivre en ce moment DANONE avec son partenaire chinois ?

Aujourd’hui, les joint-ventures ne sont plus de mode : le filon est épuisé. Ce sont les accords de partenariats ou de fusions acquisitions  qui ont le vent en poupe. Le but des Chinois est de s’accaparer du savoir-faire puis de casser le deal. Des exemples ?

Le Maglev allemand (train à lévitation magnétique).

AIRBUS + BOEING sont les perdants – perdants du ciel chinois, puisque Pékin va construire son propre avion, alors que AIRBUS a accepté d’installer en Chine une chaîne de montage pour l’A320 et que BOEING sous-traite certains de ses composants : un A320 vendu à la Chine ayant disparu (aucune immatriculation chinoise), le consortium européen est convaincu que l’appareil a été démonté et étudié pièce par pièce pour être copié (source : Air et Cosmos, mars 2007, cité par T. WOLTON). Sans commentaire.

Il faut signaler la clairvoyance de Monsieur Claude BéBéAR qui, lors d’un colloque au Japon en novembre 2006, a alerté ses amis sur les dangers d’un aveuglement sur la Chine.

Selon Price Waterhouse Coopers, 26 % seulement des sociétés étrangères ont réalisé des bénéfices en 2004 ; en 2005, un rapport de AT Kearney précisait que sur 229 investisseurs étrangers, 38 % seulement avaient équilibré leurs comptes. Certains taisent leurs bilans, comme les Français, même si la plupart d’entre eux investissent sans risque grâce à la COFACE qui éponge leurs pertes : une assurance – garantie de l’Etat pour les marchés difficiles. On reconnaît bien dans cette pratique la marque du capitalisme français : un goût du risque modéré, très modéré, couplé au génie français de la débrouillardise, en l’occurrence faire payer par les contribuables anonymes les ratés de la marche triomphante de la mondialisation.

Une étude de BNP Pérégrine révèle que les marges brutes ont baissé dans 23 des 37 secteurs économiques de la Chine. Pourquoi ? Des marchés saturés où la guerre des prix fait rage.

Selon la revue China Economic Quaterly, « la Chine reste attractive pour les entreprises qui l’utilisent comme base d’approvisionnement à bas prix et non plus les firmes qui y investissent (…) » (T. WOLTON, ibid., page 77).

Après l’industrie, c’est le secteur bancaire qui est placé sous perfusion capitaliste étrangère. Pour les Chinois, cette nouvelle phase s’appuie sur le même principe : faire payer aux investisseurs étrangers l’incurie du système pour qu’il perdure. Le montant des créances douteuses du secteur bancaire est un secret d’Etat : en mai 2006, Ernst & Young avança le chiffre extraordinaire de 911 Milliards USD, soit presque le double du montant des investissements reçus en 25 ans ! Le gouvernement, qui en reconnaît 164 Milliards USD, protesta, le cabinet d’audit s’excusa … pour ne pas perdre un marché.

La communauté des experts occidentaux semble miser sur 320 à 400 Milliards USD. A ce niveau de flou statistique, le terme « miser » nous paraît le plus approprié, parce que, pour les étrangers, l’Eldorado chinois ressemble beaucoup à un casino.

Alexandre Anizy

P.s :
A suivre … le bluff commercial chinois (III)

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