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notes culturelles

Quelque chose de Jacques Roubaud

Publié le par Alexandre Anizy

La mélancolie de Jacques Roubaud dans Quelque chose noir (Poésie Gallimard) charme le lecteur, parce que sa prose poétique a bonne mine. Un échantillon en guise de preuve ?

Dans l'espace minime (extrait)

Je m'éloigne peu souvent de cet endroit comme si l'enfermement dans un espace minime te restituait de la réalité, puisque tu y vivais avec moi.

A sa descente, comme à sa montée, le soleil pénètre, s'il y a du soleil, et suit son chemin reconnaissable, sur les murs, les planchers, les chaises, courbant, couchant les portes.

Je suis là beaucoup, à le suivre des yeux, à interposer ma main, sans rien faire, penser, complément d'immobilité.

Tu n'habites pas ces pièces, je ne pourrais dire cela, je ne suis pas hanté de toi, je n'ai plus, maintenant, que rarement l'hallucination nocturne de ta voix, je ne te surprends pas en ouvrant la porte, ni les yeux.

(...)

Mailman de J. Robert Lennon

Publié le par Alexandre Anizy

Certains éditeurs français sont tellement "in" qu'ils ne traduisent plus les titres des romans américains. Un exemple : Monsieur Toussaint Louverture qui met sur le marché en février 2014 Mailman de J. Robert Lennon, publié en 2001.

Au cours de la promotion, certains journalistes ont évoqué Bukowski, un postier dégueulasse qui a fini par décrocher la timbale littéraire, et même le Kennedy de la conjuration des imbéciles. C'est une comparaison bien excessive.

Alexandre Anizy

Les mal-vivants de Pierrick de Chermont

Publié le par Alexandre Anizy

Le plus dur n'est pas une vie d'aveugle, mais d'agir avec

l'humilité requise ; nous sommes des si mal-vivants

Que même un cheval avec des œillères, ou du foin que

disperse le vent, en savent plus sur le monde que le

plus savant d'entre nous.

Pierrick de Chermont. Par-dessus l'épaule de Blaise Pascal

(éditions de Corlevour, juillet 2015 ; extrait de la page 20)

Sur cette Terre qui est parfois si jolie, que d'ignorance et d'orgueil !

Fuir les polars de Pablo De Santis

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un style de bonne facture, Pablo De Santis écrit des histoires policières qui se déroulent à la fin du XIXe : après avoir résisté à l'ennui jusqu'au bout du Cercle des douze, nous n'avons pas hésité à refermer Crimes et jardins à la page 66.

Pablo De Santis se réfugierait-il dans le passé pour échapper aux temps présents ?

Alexandre Anizy

Les elfes de Barbery

Publié le par Alexandre Anizy

L'élégance de Muriel Barbery nous avait séduit :

http://www.alexandreanizy.com/article-7099178.html

c'est aujourd'hui son audace. En publiant un roman dans un autre genre, La vie des elfes (Gallimard, 2015, livrel à 13,99 € - trop cher !), elle fait ce qui lui plaît, se moquant des règles commerciales de l'édition tout en sachant que les envieux, les pisse-froid et les gardes-chiourmes comme Frédéric Beigbeder, pif enfariné du milieu germanopratin, ne manqueraient pas de l'éreinter. De fait, ils ne s'en sont pas privés.

Quant à nous, pas intéressé par ce genre-là, nous essayâmes en vain de le goûter : arrêt page 50.

Alexandre Anizy

Un extrait d'Arnaud Schwartz pour les 16 prochains mois

Publié le par Alexandre Anizy

Ce qui pourrait être un résumé des 16 prochains mois pour beaucoup de Français ?

L'envers et l'au-dehors

(extrait)

une contingence

après l'autre

tu ne t'appartiens pas

un sentiment

de vide

suscite

ton malaise

sans relâche

le réel

te retient

de descendre

en tes profondeurs

tu ne sais même plus

ce que tu cherchais

l'ennui t'accable

tu le trompes

en t'égarant

Arnaud Schwartz

(ARPA n°113, revue de poésie, page 64)

Fils de Jo

Publié le par Alexandre Anizy

Pour l'anniversaire, notre fils Aurian nous avait offert Police et pour Noël il se précipita sur le présentoir de caisse pour saisir un exemplaire du Nesbo nouveau : Le fils (Gallimard, série noire, septembre 2015, 515 pages, 21€). Dans ces conditions, il paraissait difficile, pour ne pas dire indélicat, d'échapper à la lecture d'astreinte paternelle.

Heureusement dans cet opus, l'auteur abandonne provisoirement son héros récurrent (1), sans quitter Oslo et sa police, pour introduire deux nouveaux personnages. Grâce au savoir-faire (une architectonique sophistiquée doublée d'un style sobre et efficace), nous étions à nouveau embarqués dans un monde qui nesbo que pour les amateurs de polars réalistes.

Le fils est un bon livre, dans lequel émerge la possible héroïne (Kari, une jeune flic) d'une future longue série forcément noire... Evidemment, nous avons remercié le nôtre pour son choix judicieux !

Alexandre Anizy

(1) Lire nos précédents billets, par exemple :

http://www.alexandreanizy.com/article-6609478.html

http://www.alexandreanizy.com/article-33802200.html

http://www.alexandreanizy.com/article-jo-nesbo-est-un-sacre-bonhomme-120205577.html

Police de Nesbo

Publié le par Alexandre Anizy

Tant de romans déçoivent que se replier de temps en temps vers une valeur sûre est un réflexe compréhensible. Jo Nesbo fait partie à juste titre de ce gotha, et son Police (Gallimard 2014, Folio mars 2015, 671 pages, 8,50 €) le prouve une nouvelle fois (1).

Aguerri par des années d'écriture et confiant dans son public, l'auteur s'autorise une situation particulière de l'inspecteur Harry Hole au sein de la police. A force d'exceptions dans des textes boursouflés, il finira par se déconnecter du réel... et perdre ses lecteurs.

Alexandre Anizy

(1) Lire le billet précédent :

http://www.alexandreanizy.com/article-jo-nesbo-est-un-sacre-bonhomme-120205577.html

L'infini de François Cheng

Publié le par Alexandre Anizy

L'infini n'est autre

Que le va-et-vient

Entre ce qui s'offre

Et ce qui se cherche.

Va-et-vient sans fin

Entre arbre et oiseau,

Entre source et nuage.

François Cheng (A l'orient de tout, poésie Gallimard 2014, p.146)

De l'apparente répétition des choses naîtrait le sentiment de plénitude. C'est aussi pourquoi, comme l'écrivait Albert Camus, « il faut imaginer Sisyphe heureux ».

Alexandre Anizy

Moments poétiques de Christian Bobin

Publié le par Alexandre Anizy

Régulièrement, Christian Bobin satisfait l'appétit de son public fidèle en le gratifiant d'une sorte de journal en prose poétique. 2015 est l'année de Noireclaire (Gallimard, livrel à 7,99 €).

« Il est impossible de vivre sans cruauté. Respirer, exercer sa joie, c'est déjà blesser quelqu'un alentour. » (p.30-31/63)

Tout y passe puisque c'est un journal.

Alexandre Anizy